Journal de bord

actu > contestation étudiante au québec

L’agente XXX libre

N’en déplaise à Stéfanie Trudeau, cette policière qui a défrayé la manchette à plusieurs occasions en 2012, le film érotique 728 agente XXX sera diffusé.

La policière connue sous son numéro de matricule 728 a été déboutée en Cour supérieure hier. Elle tentait d’obtenir une ordonnance permanente pour interdire la diffusion du film pornographique parodique qui, selon elle, « portait atteinte à [sa] dignité et [sa] vie privée ».

Elle réclamait 100 000 $ en dommages compensatoires et punitifs, et que toute référence au nombre « 728 » soit retirée du film.

La juge Hélène Le Bel a rejeté ses arguments en tenant compte du fait que Stéfanie Trudeau s’est fait connaître dans la sphère publique pour des gestes faits en tant que policière.

« Un policier […] est un fonctionnaire public, quelqu’un qui est investi d’une autorité particulière, indique la magistrate dans le jugement rendu hier. Qu’on puisse prétendre soustraire une telle personne à la critique ou au commentaire […] en invoquant la notion de l’atteinte à la vie privée semble pour le moins étonnant. »

La juge a ajouté que la liberté d’expression permet la critique ou la contestation de ceux qui nous gouvernent ou qui se trouvent en position d’autorité, comme les policiers, que ce soit par les manifestations ou la parodie, notamment.

Quant au caractère pornographique du film, qui a par ailleurs été approuvé par la Régie du cinéma, la cour considère qu’il ne lui appartient pas d’apprécier le « mérite artistique » ou de sanctionner une parodie qui serait de mauvais goût.

La policière soutenait que son image avait été utilisée à des fins commerciales sans son autorisation. Mais la juge a retenu que le film ne mentionne pas son nom et ne montre pas de photo d’elle. Mme Trudeau alléguait toutefois que la référence à son matricule 728 permettait de l’identifier.

Encore là, la juge a souligné que ce matricule ne fait pas partie de sa vie privée, mais relève de sa fonction publique et qu’il évoque des gestes commis dans la sphère publique.

Stéfanie Trudeau s’est fait connaître pendant le conflit étudiant grâce à une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux où elle poivrait des manifestants.

En octobre 2012, elle avait de nouveau été filmée lors d’une arrestation musclée. L’histoire avait fait grand bruit en raison des propos tenus par l’agente qui expliquait à son supérieur avoir arrêté des « gratteux de guitare », des « platoniciens du nowhere » et des « carrés rouges », entre autres. À la suite de cet épisode, elle avait été suspendue.

Dans la foulée, la boîte AD4 Distribution Canada Inc. avait annoncé la sortie d’un film pour adultes inspiré des scandales impliquant la policière.

La Presse, Annabelle Blais : “Parodie porno : le matricule 728 débouté en cour”.

Comme une odeur de printemps…

À Montréal.

Anarchopanda

[Photo Geoffrey Dirat.]

Atteinte à l’image

Agent matricule 728

L’actrice qui parodie l’agente matricule 728 dans un film pornographique intitulé 728 agente XXX devra se rhabiller, au moins jusqu’au 10 décembre. Le film, qui devait être lancé en « grande première » ce soir, est mis sur une voie de garage.

Lundi, Stéfanie Trudeau, la vraie agente 728, a obtenu une ordonnance de sauvegarde qui stoppe la sortie du film, sa diffusion et sa promotion.

Mme Trudeau a demandé à la Cour supérieure de rendre une injonction contre la maison de production, A D 4 Distribution Canada, son président, André Grenier, l’actrice pornographique québécoise Alyson Queen et le Belmont, bar de la rue Saint-Laurent où le film devait être projeté ce soir.

[…] Outre le retrait du film, Mme Trudeau réclame 100 000 $ pour atteinte à son image et mauvaise foi. Elle signale qu’elle n’a jamais été consultée et n’a jamais consenti à l’utilisation de son image ou de ses caractérisques. Surtout pas dans le cas présent, où son image est associée à la pornographie.

Elle reproche à l’actrice principale et aux producteurs du film d’avoir utilisé une femme vêtue d’un uniforme de police avec l’insigne 728, d’avoir repris son langage et certaines de ses expressions, de même que certains gestes qu’elle a faits notamment avec une matraque et du gaz-poivre ainsi que lors d’une arrestation, et cela hors contexte.

La Presse, Christiane Desjardins : “La vraie Matricule 728 stoppe la diffusion du film pornographique à son effigie”.

La bande-annonce est toujours sur YouTube : “AGENTE 728 XXX Trailer Officiel”.

“En tout cas, toé, si tu veux me sauter dessus, tu vas avoir du fun”.

Casseroles, paroles

Réalisation : Jean-François Laé et Robert Bastien. Montage : Anna Woch.

Via Baptiste.

Lohataona québécois

Le plaisir d’être cité par Global Voices, c’est de retrouver sa prose traduite dans les langues les plus lointaines…

Hatao amin’ny 4 Septambra 2012 izao ny fifidianana solombavam-bahoaka 2012 any Quebec. Hifidianana ireo solombavambahoaka andiany faha-40 ho ao amin’ny Antenimieram-pirenen’i Québec izy io. Ireo fitsapan-kevitra farany dia maneho fa ireo mpitaky fizakan-tena avy amin’ny antoko Parti Québécois (PQ) no mitarika. Ny fifaninanana eo amin’ny federalista sy ny mpitaky fizakan-tena no nandrafitra hatry ny fiainana ara-politikan’i Québec. Saingy tamin’ity taona ity, ny vokatry ny fitokonan’ireo mpianatra ho setrin’ny fiakaran’ny vola samihafa fandoa eny amin’ny anjerimanontolo dia ho singa iray lehibe amin’ny safidin’ireo mpandatsa-bato. Maneho hevitra momba ilay fitsapan-kevitra ireo mpikirakira aterineto ao Québec, herinandro vitsy mialoha ny fifidianana.

Embruns dia manolotra famintinana ny tontolo politika ao Quebec sy ireo hery mpifanandrina :

Ny fomba fifidianana ao Quebec dia manome tombon-dahiny ho an’ireo antoko lehibe, na dia tsy ahazoana antoka loatra ny ho fahazoana ny maro an’isa mazava tsara aza, ary tena manao toetra tsy zaka amin’ireo antoko madinika. Ny governemanta eto an-toerana dia tsy nahazo afa-tsy 24% amin’ny fanohanana’ireo mpifidy voasoratra anarana. Eo amin’ny fibodoana tsy hifidy sy ny rafi-pifidianana, ity faharoa no mamahana amin’ny ampahany iry voalohany, mipetraka araka izany ny fanontaniana momba ny hoe iza no ho maro an’isa ao amin’ny Antenimieram-pirenena ary mitolona ho amin’ny fifandanjan-kery ny olom-pirenena sasany. Tsy dia mirona loatra amin’ireny hevitra ireny, marobe ireo Quebecois no mahita fa mety hampalahelo fa tsy hahita seza na iray aza ao amin’ny antenimiera i Amir Khadir avy amin’ny antoko kelin’ny elatra ankavia ‘Québec solidaire’, ary dia miainga amin’izany ny hamaroan-kevitra sy ny fifangaroam-pijery samihafa. [..] Araka ny fitsapan-kevitra iray natao tamin’ny 2010, Amir Khadir no olon’ny politika nolalàin’ireo Québécois. Nidina anefa izany hatreto, saingy mbola ao foana ilay firaiketam-pon’ireo Québécois amin’ny maha-izy azy ary avy amin’ireo tanora manokana, indrindra taorian’ny nibabeny 100% ny hetsika “Lohataona québécois”.

Aty amin’ny misandratr’andron’ny fifidianana, ny lohataona québécois (na ‘printemps érable’) dia mbola velona hatrany ao an-tsaina. Ity fifidianana mialoha ny fotoana ity dia tsy inona fa vokatry ny fitokonana lavareny teo amin’ny tantaran’i Québec.

Global Voices Malagasy, Lova : “Fifidianana Solombavambahoaka Mafampàna Taorian’ny Lohataona “québécois””.

Relation contractuelle

La mollesse des établissements d’enseignement qui ont fait fi de la directive du ministère de l’Éducation en suspendant les cours dans le cadre de la grève étudiante, et la négligence du gouvernement, sont au coeur des doléances contenues dans la demande de recours collectif déposé en Cour supérieure par deux étudiants.

Kim Laganière, une étudiante en techniques infirmières du Collège Montmorency, et Mihai Adrian Draghici, un étudiant en histoire de l’Université Laval, réclament des dommages pour avoir été empêchés de suivre leurs cours lors de la session d’hiver 2012, ce qui les a retardés dans leur cheminement scolaire et professionnel. À titre d’exemple, Mme Laganière aurait normalement passé son examen final d’infirmière en juin dernier. Elle ne pourra le passer qu’en mars prochain.

Lors d’un point de presse, ce midi, l’avocat Michel Savonitto, qui pilote cette demande de recours collectif, a indiqué que le recours est basé sur la notion de contrat. Pour cette raison, les associations étudiantes qui ont moussé la grève ne sont pas visées. « Mes clients n’ont pas de relation contractuelle avec les associations étudiantes. Ils ont un contrat avec les établissements d’enseignement, et ils sont en droit de demander que les services leur soient fournis conformément au contrat », a-t-il résumé. […] Me Savonitto a indiqué qu’il ne conteste pas le droit de grève des étudiants. « Je pense que le droit de grève des étudiants il existe, ils ont le droit de manifester, mais leur droit s’arrête où celui de mes clients commence, d’obtenir les services en vertu du contrat qu’ils ont avec les établissements. Le droit de grève en vertu du droit du travail est une chose, et le vote de grève chez les étudiants est autre chose. Les tribunaux l’ont déjà reconnu à plusieurs reprises. Il y a eu plusieurs dossiers d’injonctions qui ont été décidées par les tribunaux. »

Signalons enfin que le recours est financé par la Fondation 1625, lancée au cours de l’été par trois étudiants, Laurent Proulx, Marc-Olivier Fortin et Alexandre Meterissian. M. Proulx est le premier étudiant à avoir obtenu une injonction.

La Presse, Christiane Desjardin : “Demande de recours collectif contre 25 établissements d’enseignement”.

La Primavera del Arce

La elecciones generales de Quebec 2012 [en] están programadas para llevarse a cabo el 4 de setiembre. Se designará a los miembros de la 40° legislatura estatal de la Asamblea Nacional de Quebec. Las últimas encuestas muestran que el Partido Quebequés (PQ), partido político que defiende la soberanía nacional, está a la cabeza.

La vida política en Quebec ha estado moldeada durante años por las disputas entre federalistas e independentistas. Sin embargo, este año los efectos de las huelgas estudiantiles en respuesta al aumento de las matrículas [fr] tendrá un fuerte impacto en las opciones de los votantes. Cibernautas de Quebec han reaccionado a las encuestas de opinión pocas semanas antes de las elecciones.

El blog de Embruns ofrece un retrato del ámbito político en Quebec [fr] y el actual equilibrio de fuerzas:

El sistema electoral en Quebec favorece a los grandes partidos políticos, pero este sistema electoral no ofrece garantías de tener como resultado una clara mayoría y hace que la vida sea muy dura para los partidos políticos más chicos. El actual gobierno tuvo apoyo de solamente el 24% de los electores registrados. Con una abstención alta y con el actual sistema electoral, uno se pregunta qué tanto la Asamblea Nacional representa al pueblo. Es más, algunos ciudadanos están haciendo campaña por una representación proporcional. Aunque no estén de acuerdo con todas sus ideas, a muchos quebequenses les parecería una lástima que alguien como Amir Khadir del pequeño partido de izquierda Québec solidaire (‘Quebec solidario’) no obtuviera un escaño en la Asamblea. Ciertamente, eso reduciría la riqueza del debate y la diversidad de opiniones. [..] Según una encuesta de opinión llevada a cabo en 2010, en ese momento Amir Khadir era la figura política favorita en Quebec. Su popularidad disminuyó luego, pero a muchos en Quebec les sigue gustando, sobre todo a la gente joven, después de que adoptó completamente el movimiento de la “Primavera de Quebec”.

En la víspera de estas elecciones, la Primavera de Quebec (también llamada printemps érable en francés [‘primavera del arce’, árbol símbolo de Canadá, juego de palabras para vincularlo el movimiento con la Primavera Árabe] ) está en la mente de todos. A fin de cuentas, estas elecciones anticipadas vienen como resultado de la huelga más prolongada en la historia de Quebec. […]

Global Voices, Lova: “Canadá: importantes elecciones en Quebec tras la ‘Primavera del Arce’”.

Rentrée scolaire à l’UDM

[UTV est la télé étudiante de l’Université de Montréal.]

Leomania

“Dans les yeux de Léo”, paroles et musique de Dominique Beauchamp, alias DouceRebelle.

Carrés rouges dans le Nord

algonquins-juillet-2012-01.

algonquins-juillet-2012-02.

algonquins-juillet-2012-03.

Solidarité Lac Barrière : “Des Algonquins menacent de bloquer une coupe à blanc, une escouade anti-émeute de Montréal est en état d’alerte.”

The Dominion: “Barriere Lake Stands Against Resolute.”

Indian Country: “Quebec Police Threaten Arrest of Barriere Lake Algonquins for Anti-Logging Protest.”

(Peu d’articles en français sur le sujet, les Québécois pour la plupart se désintéressent du sort des Amérindiens.)

Quel con…

[…] En effet, le Manifeste de la CLASSE prend la défense des femmes, des noirs, des autochtones, des transgenres et des emballeuses de supermarché, mais il n’est (oubli ? omission volontaire ?) JAMAIS question des nains.

Or, non seulement les nains sont-ils sous-représentés dans certains domaines (la haute finance, entre autres), mais on note un manque flagrant d’échelles dans la plupart des bibliothèques canadiennes, ce qui empêche les personnes de petite taille d’avoir accès à certains manuels (façon à peine déguisée de leur barrer le chemin aux études supérieures).

Déjà, plusieurs pays ont manifesté leur désir de recevoir la tournée de Gabriel Nadeau-Dubois sur leur sol : l’Iran, la Corée du Nord, le Yémen, Cuba et le Venezuela, entre autres.

Hugo Chavez prévoit même sortir de sa convalescence pour décerner une médaille au leader de la CLASSE.

À quand un chapiteau permanent sur le Plateau ?

Richard Martineau : “The Gabriel-Nadeau Dubois World Tour”.

Rouge au carré

rouge-carre-urbania-2012.jpg

Numéro spécial (et gratuit) d’Urbania : “Rouge au carré”. Fabriqué sur une terrasse à Outremont. La belle vie…

Super Mario Br’Hausse

Réalisé par Daniel Thibault, Pascal Barriault et Jérémie Larouche. Avec en étoile invitée, Léo-Bureau Blouin en bobettes.

Vendredi !

C’est… manifestation.

manif-22-juin-2012.

Un message de notre Premier ministre

Être premier ministre du Québec, c’est pas un concours de popularité, c’est le moins qu’on puisse dire, surtout quand le Québec vit une période de turbulence.

Être Premier ministre du Québec, c’est d’abord travailler dans l’intérêt de tous les Québécois. C’est être capable de prendre des décisions qui sont souvent difficiles, mais toujours pour le long terme. En d’autres mots, être capable de prendre des décisions qui sont responsables, quelles que soient les pressions.

Ça peut jamais être parfait, puis on a pas réponse à tout. Sauf qui faut à chaque fois regarder les choses en face pour prendre les bonnes décisions, pour tout le monde, et surtout, pour la prochaine génération de Québécois.

En politique, comme dans la vie, il faut avoir le courage de ses convictions. J’ai fait le choix de la responsabilité, je sais que c’est le bon.

La police vous protège

Service de police de la ville de Montréal en action

[Photo Reuters.]

Ce jeune délinquant anarchiste, âgé de 5 ans, transportait un masque séditieux dans son sac à dos. Fort heureusement, la glorieuse police de Montréal a l’œil ! Elle a donc arrêté le jeune factieux qui faisait semblant de jouer dans les fontaines du parc Jean Drapeau avant de probablement commettre quelque terrible crime contre la paix.

Malgré les origines ethniques du suspect, toute menace de terrorisme islamique a été rapidement écartée par les brillants officiers.

La loi 78 n’ayant pas prévu d’article concernant la détention des moins de 12 ans, les vaillants agents de l’ordre ont dû lâcher leur prise. Ils ont cependant averti le père irresponsable, et sans doute marxiste, qu’ils allaient transférer le cas aux services de la Protection de la Jeunesse.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s’est déclaré très satisfait du travail de sa police. La population de Montréal sait qu’elle est bien protégée.

P.S. Certains semblent douter sur Twitter, cette histoire est cependant réelle.

Cinq jours après les événements, le petit garçon de cinq ans et demi est encore troublé d’avoir été interpellé par six policiers, et le père songe à porter plainte contre l’un d’eux, qui a menacé d’appeler la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) lorsqu’il a découvert un masque dans le sac de l’enfant.

[…] Vers 13h, deux policiers se sont approchés et ont demandé de vérifier le contenu du sac de M. Duchêne, puis celui de son fils. « En voyant le masque, un des policiers s’est exclamé, puis il m’a fait la morale. Il a dit qu’on devrait appeler la DPJ parce que je me servais de mon enfant. J’ai tenté de rester poli, mais je lui ai répondu qu’il n’était pas psychologue et qu’il y avait des cas pas mal plus sérieux que celui de mon fils », raconte le père.

M. Duchêne a tenté de garder son calme pour ne pas alarmer son fils. « Mon garçon est encore troublé. Il a vu six policiers avec leur arme à feu [à la ceinture] qui nous encerclaient. »

Juste avant d’être forcé de quitter le parc, M. Duchêne a demandé le numéro de matricule du policier qui a menacé d’appeler la DPJ. Il juge que ses propos étaient déplacés, et il compte porter plainte contre lui.

La Presse, Émilie Bilodeau : “Son sac à dos fouillé : un enfant de 5 ans troublé”.

Blanc voit rouge

Michelle Blanc, avec la subtilité et l’élégance intellectuelle qu’on lui connaît, place le “carré rouge” sur un pied d’égalité avec “le col mao, la barbe islamiste, la croix gammée”.

Il serait vraiment intéressant que des sociologues neutres (si ça existe encore) s’intéressent à ces questions et nous aide à comprendre sans le parti pris de la gauche, ce phénomène nouveau au Québec. De mémoire d’homme, jamais un sigle politique (le carré rouge) n’avait été porté par une frange importante de la population ici. On sait sans doute que d’autres éléments symboliques politiques ont eu cette portée ailleurs dans l’histoire récente (le col mao, la barbe islamiste, la croix gammée), mais ici, au Québec, je ne trouve pas de corolaires. Dans vos commentaires, évitez de me dire que la jeunesse est belle et que c’est une saine expression de la colère. Je sais déjà tout ça et la jeunesse qui est belle a déjà très bien servi Hitler ou Mao (qui étaient de droite et de gauche). Comme le soulignait Bouchard, nous sommes maintenant dans l’irrationnel symbolique et ça va prendra sans doute un autre symbole pour nous sortir de cette crise.

Michelle Blanc : “L’importance de la symbolique du mouvement étudiant”.

Je vous épargne le passage où elle convoque La Troisième Vague pour faire un parallèle entre le mouvement étudiant et la montée du nazisme.

On m’apprend qu’elle aurait aussi mis au feu ses petites robes rouges, “trop communiste”.

Carrés de la violence

Notre ministre de la Culture, Christine Saint-Pierre, a déclaré que le carré rouge était un symbole de violence, d’intimidation… comprendre de “terrorisme”.

Elle n’a aucune originalité en la matière, puisqu’elle reprend les mots assénés jour après jour en Chambre par son maître, le Premier ministre Jean Charest, ainsi que par ces chroniclowns et foutres du Roi qui répètent en canon ad nauseam cette antienne frelatée. Des gens se sont cependant émus qu’elle l’eut fait à l’égard d’un poète échevelé et campagnard qui aurait probablement des difficultés à effrayer une souris grugeant les grains d’une grange de Mauricie.

Porter ce carré rouge est devenu un délit, tu peux te faire arrêter dans la rue par la police pour ce seul motif. Innocent carré de feutrine qui t’expose à te faire insulter, maltraiter, frapper, menotter, emprisonner. Tu peux même te méfier de ce voisin d’ordinaire si effacé, si placide, qui soudainement te cracheras dessus, t’arroseras de son mépris.

J’ai fermé mes yeux.

J’ai revu cette frêle jeune fille de ma rue, un genre de petit moineau qui, tout mouillé, ne doit pas peser plus qu’une brassée de linge, toute jolie juste vêtue d’une petite robe de cotonnade imprimée. Elle avait un carré rouge épinglé à hauteur de ses semblants de seins. J’ai eu peur, j’ai vu la violence et l’indimidation.

J’ai revu ce très vieil homme, sur le quai de la station Sherbrooke, assis, digne, immobile, dans un vieux costume propre bien qu’élimé. 80 ans sans doute, peut-être bien plus. Il avait un énorme carré rouge sur le revers de sa veste. J’ai eu peur, j’ai vu la violence et l’intimidation.

J’ai revu ce caissier au supermarché IGA sur Saint-Zotique, un grand jeune homme charmant, tout sourire, plein d’attention pour chaque client malgré le fort achalandage de fin d’après-midi. Il portait un carré rouge en boucle d’oreille, doublé d’un carré noir. J’ai eu peur, j’ai vu la violence et l’intimidation, sans compter le péril anarchiste.

De fait, je n’ose à peine sortir de chez moi… Ils sont partout.

Ces gens m’agressent à ainsi exposer leur carré rouge flamboyant dans des environnements d’ordinaire si gris, insignifiants et sécurisants.

Leurs carrés rouges me hurlent au visage qu’ils sont plein de vie et de sang, de sensibilité et d’altruisme. Leur foutu carré qui n’est en fait qu’un cœur masqué.

Oui, vos carrés rouges sont violents. Oui, vos carrés rouges m’intimident. Ils palpitent. Ils m’agressent. Ils me remuent les tripes et me donnent envie de pleurer.

Salauds de terroristes humains.

Intimidation gouvernementale

On peut être de gauche ou de droite. On peut être pour ou contre une hausse des droits de scolarité. On peut trouver que les atteintes aux libertés fondamentales de la loi 78 sont justifiables dans une société libre et démocratique.

Mais quand on est ministre, quand on est ministre de la Culture dans un contexte de crise sociale, on ne peut se permettre de déclarer que le carré rouge porté par des milliers de citoyens - pour la très grande majorité pacifique - est un symbole de « violence » et d’« intimidation ».

De la part d’un clown qui blogue anonymement de son demi-sous-sol à Saint-Augustin-de-Desmaures, on peut admettre pareille ânerie. De la part d’un ministre, c’est un dérapage en règle. Un mensonge irresponsable, tellement grossier qu’il ne se qualifie pas comme un sophisme.

Un ministre a plusieurs responsabilités. Celle, entre autres, de faire preuve de discernement et de bonne foi dans ses déclarations publiques. Celle, de façon générale, de calmer le jeu, plutôt que de jeter de l’huile sur le feu.

Jeter de l’huile sur le feu, c’est pourtant ce que le gouvernement Charest, avec toute son arrogance, tout son mépris et son cynisme, s’applique à faire depuis le début de ce conflit. Un conflit qui s’est transformé en crise sociale, à force d’entêtement d’un gouvernement impopulaire qui a laissé pourrir la situation et qui pourrait ironiquement en profiter.

[…] Je ne sais pas s’il faut parler dans ce cas précis de mauvaise foi ou de crasse incompétence, mais en matière d’intimidation, on ne fait guère mieux que la déclaration sans nuance de Christine St-Pierre.

Le plus grave, c’est que ce discours simpliste, découlant d’une logique binaire que ne renierait pas George W. Bush (« Vous êtes avec nous ou avec les terroristes »), semble avoir été assimilé par l’ensemble des ministres du gouvernement Charest.

La ligne de parti est claire et a pour objectif de stigmatiser tous ceux qui, même de la manière la plus pacifique et symbolique, contestent l’intransigeance du gouvernement dans son combat contre les étudiants.

[…] Je comprends, quand les esprits s’échauffent, que personne n’est à l’abri d’une ineptie. Je comprends aussi que ce gouvernement semble prendre les gens pour des abrutis, dupes de ses stratégies de relations publiques. En tentant stupidement de diaboliser des milliers de citoyens qui s’affichent en faveur de la justice sociale.

Des milliers de citoyens qui dénoncent la violence et l’intimidation - celle du gouvernement, des policiers, comme celle des casseurs. Et qui portent le carré rouge, non pas, comme le prétend la ministre St-Pierre, pour empêcher des gens d’étudier, mais pour que, justement, tout le monde ait le droit d’étudier.

La Presse, Marc Cassivi : “La violence et l’intimidation”.

Fred Pellerin, un gars violent…

C’est certain, on ne s’attend pas à beaucoup de hauteur de la part des membres du gouvernement Charest, surtout par les temps qui courent.

Mais on ne peut simplement pas passer sous silence la diatribe de la ministre de la Culture — de la Culture ! — contre un des plus remarquables talents que le Québec contemporain ait produits : Fred Pellerin.

En plus d’être conteur, poète et auteur de chansons, Pellerin a su mettre en images son imaginaire et exporter dans le reste de la Francophonie l’extrême singularité québécoise qu’il incarne. Il est, de plus, progressiste, écologiste et indépendantiste et a associé son nom et son renom à bon nombre de causes qui ont pour dénominateur commun d’être en porte-à-faux avec le gouvernement Charest.

C’est pourquoi il a indiqué, sans la moindre agressivité, qu’il préférait ne pas recevoir l’Ordre du Québec dans le climat actuel :

« J’ai été touché. Et on est dans le peu-dire. J’ai été viré à l’envers de fierté. […] J’en suis flatté, dans le sens du poil debout sur les bras. […] On allait me piquer à la veste un bout de brillance au nom du peuple québécois. Mon peuple. Mais il se trouve que ce peuple, à qui on me demande de faire honneur en tant que membre de l’Ordre, se trouve présentement plongé dans une crise sociale d’ampleur. Je m’en voudrais de célébrer et de trinquer à l’honneur de ce peuple dans le contexte actuel, où même notre démocratie se fait secouer par la base. »

Lorsqu’on reçoit cette lettre de quelqu’un qu’on veut honorer, on s’incline en silence, surtout si on a un peu de culture et de savoir-vivre. Mais voici la pique que Christine St-Pierre a servie au poète :

« Il a le droit de porter le carré rouge, on est dans la liberté d’expression, mais nous on sait ce que ça veut dire, le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier. Pour nous, c’est ce que ça veut dire et pour une grande, grande, grande partie des Québécois, c’est ce que ça veut dire. »

On aurait entendu le ministre de l’Agriculture ou de la Sécurité publique proférer de telles âneries, on aurait haussé les épaules. Mais que l’ancienne journaliste Saint-Pierre, qui a pour mandat d’accompagner les artisans québécois de la culture, donc de comprendre leur sensibilité — sans avoir à la partager —, donne une lecture aussi tronquée, limitée et pour tout dire bornée de la signification que revêt pour des centaines d’artistes et des centaines de milliers de Québécois ce carré rouge dépasse l’entendement.

L’Actualité, Jean-François Lisée : “Carré rouge et ministre de l’Inculture”.

Dérive éditocratique

Pour le professeur Normand Landry, spécialiste des questions de liberté d’expression et enseignant-chercheur à la Téluq, « le virage des journaux quotidiens vers un modèle beaucoup plus magazine, où on donne un espace considérable à des chroniqueurs vedettes, crée une confusion chez beaucoup de gens ». « Ils associent les journaux, non plus à des plateformes d’information, mais à des organes de propagande, surtout quand un média à une ligne éditoriale très claire sur un enjeu controversé. »

« Quand on donne deux ou trois pages à des chroniqueurs qui martèlent les mêmes arguments et que de l’autre côté on a des journalistes extrêmement compétents qui font un travail de terrain fabuleux, mais auxquels on donne un espace plus limité, moins intéressant dans le journal, ça n’aide pas à changer la perception du public, explique-t-il. C’est difficile dans ce contexte de leur montrer que le journal n’est pas là pour prendre part au conflit et l’orienter, mais pour les aider à le comprendre. »

Mais, plus fondamentalement, le chercheur estime que la vocation commerciale des entreprises de presse interfère avec leur rôle d’information. « C’est beaucoup plus payant d’avoir quelques chroniqueurs vedettes qui assurent un grand lectorat qu’une armée de journalistes qui font un travail d’analyse objectif sur le terrain », note-t-il. « Je pense qu’il y a du grand journalisme qui se fait au Québec en ce moment, y compris sur la crise. Le problème ne vient pas des journalistes, il vient des institutions médiatiques. Des institutions qui ont la propension à vendre de la copie plus qu’à faire de l’information. »

Projet J, Anne Caroline Desplanques, 25 mai : “L’opinion nuit au journalisme”.

Également : Acrimed, Jean Pérès, 11 juin : “Mobilisation sociale et critique des médias au Québec”.

Et mon héros du jour s’appelle Max, il a 13 ans et aurait apostrophé Richard Martineau dans la rue avec un “Va chier, Martineau !” bien senti. Il ne faut jamais désespérer de la jeunesse.

En parlant de couleur éditoriale, j’ai pris la liste complète des chroniqueurs du Journal de Montréal (le plus gros tirage au Québec) et je les ai classés selon la couleur politique (dans un traditionnel clivage gauche-droite) qui semble émaner à la lecture de leurs dernières chroniques (assez rapide et subjectif pour ceux que je connais moins bien, mais je ne pense pas faire de très grosse erreur — sûrement pas de communiste caché…) :

Je ferai ultérieurement le même exercice pour La Presse qui me paraît un peu plus gauchiste… (Ce qui ne semble pas très difficile…)

Profilage politique

Le Service de Police de la Ville de Montréal a été de nombreuses fois mis en cause pour profilage racial. Il se renouvelle aujourd’hui avec le profilage politique.

Je suis encore sous le choc de ce qui vient de m’arriver. Ce dimanche 10 juin 2012, vers 12h25, j’étais à l’intérieur de la station Berri-Uqam. Deux agents de police du SPVM m’interpellent. Précision importante : je porte le carré rouge comme je le fais presque tous les jours depuis plusieurs mois maintenant. On me demande ce que je transporte dans mes sacs. Je réponds le plus honnêtement du monde: des livres, quelques papiers, mon portefeuille, etc. J’ai aussi mon iPad dans les mains. Les deux policiers insistent pour fouiller mes sacs. Je leur demande poliment s’ils ont un mandat à cet effet. C’est alors que l’un d’eux m’attrape rapidement par le bras et m’enserre violemment le poignet pendant que l’autre s’éloigne avec mon sac et mon iPad. Celui qui me tient me dit qu’ils n’ont pas besoin de mandat, qu’ils ont le droit de fouiller qui ils veulent, en vertu d’un règlement de la STM, soit le règlement AC-3, qui est en vigueur sur tout le réseau. L’autre policier, un peu à l’écart, fouille mes sacs, ensuite il se met à regarder mes photos personnelles et mes vidéos sur mon iPad. Je proteste et lui dit que c’est une intrusion illégitime dans ma vie privée. Visiblement, il s’en moque. Pire encore, ce même policier a volontairement effacé une de mes séquences vidéo, sans mon consentement évidemment. Je lui ai dit qu’il n’avait pas le droit de faire ça, d’autant plus que je l’avais avisé au préalable (au moment il a saisi mon iPad) de ne pas en modifier le contenu. J’ai insisté à plusieurs reprises pour connaître leurs noms et matricules. Leurs noms étaient en effet cachés sous leurs dossards, donc invisibles, mais vers la fin, ils m’ont finalement donné leurs noms et matricules: agent Chapdelaine matricule 2108 et agent Lopez matricule 6200. Tout au long de l’intervention, ils ont agi avec rudesse, sans aucune diplomatie ni courtoisie, ils me tutoyaient (alors que je les vouvoyais), l’un d’eux a usé de force physique non nécessaire à mon égard. Entre-temps, je suis allé voir ce qu’était le règlement AC-3 et je constate que ça n’existe tout simplement pas! Je suis dégoûté de cet État Policier. C’est de l’intimidation. Cherche-t-on à faire en sorte que les gens qui portent le carré rouge se sentent comme des criminels? C’est dégueulasse.

Témoignage de Guillaume, étudiant.

Ce genre de témoignages, j’en ai lu des dizaines.

Il faudrait également m’expliquer à quoi sert ce texte

Nivellement québécois

[…] Il voyage beaucoup et traîne souvent ses deux fils, Jules et Joakim. « J’en profite avant qu’ils ne commencent à fréquenter l’école régulièrement », dit-il.

Il les emmène en Suisse, où ils ont commencé à faire du ski. « Ils sont doués. C’est extraordinaire pour eux. Ils me l’ont demandé. Je veux qu’ils découvrent le plus de choses possibles. Qu’ils s’ouvrent. Le ski, ça nous accompagne toute la vie. Et ça donne l’occasion de leur faire découvrir la compétition. Je veux qu’ils sachent que terminer premier ou deuxième, c’est différent. Ils ont déjà cet esprit compétitif et c’est sain. D’ailleurs, je n’ai pas l’intention de les faire étudier dans le système québécois. Je trouve qu’on nivelle par le bas et qu’on n’est pas assez exigeant. Je préfère le baccalauréat français. J’y suis passé et on sait ce qu’on vaut et où on se situe. Et les millions d’enfants qui y sont passés ne se sont pas suicidés. Ils ont appris à travailler pour réussir et à se mesurer. C’est ce que je souhaite pour mes enfants », dit-il.

[…] Il regarde aller les choses et fait la moue. Au moins, Bernie Ecclestone est encore en poste. On peut dire ce qu’on voudra de tonton Bernie, il a encore de la poigne: « Voyons! Sans Bernie, il n’y a plus de Formule 1! C’est un groupe d’enfants gâtés et tous ont besoin d’un grand-papa qui a de la poigne. Après Bernie, la F1 va aller dans toutes les directions », dit-il.

Dans le fond, c’est du Villeneuve tout craché. Un homme qui croit à la discipline, à un encadrement dans la société et à une ligne d’autorité.

Quitte, comme il l’a fait tant de fois, à défier l’encadrement et la ligne d’autorité.

La Presse, Réjean Tremblay : “Jacques Villeneuve: « Je vais mourir pilote »”.

Ah, charmant monde des riches où l’on peut choisir le pays pour élever ses enfants…

La farce Laurent Proulx

Laurent Proulx

[Photo Le Soleil.]

Donc, le petit cul Laurent Proulx, militant pour des études plus chères, a fait chier le monde pour assister à son cours d’anthropologie, “J’ai payé pour, j’y ai droit”.

Il a porté plainte en justice et a obtenu gain de cause. Devenu emblème des “injonctions” contre les fédérations étudiantes, contre les grèvistes, les profs et les universités, le petit Monsieur a fait le tour des médias pour assurer la publicité de son “carré vert” et de sa propre personne, et a ainsi entrainé quelques émules, souvent téléguidés par le Parti libéral (quand il n’en étaient pas déjà des sbires), qui ont à leur tour contesté l’annulation de cours et les piquets de grève devant des juges plus ou moins complaisants pour la cause… avec toutes les conséquences et l’instrumentalisation gouvernementale que l’on sait.

Et maintenant, deux mois après, nous apprenons qu’il laisse tomber ses cours d’anthropologie ? Pire encore, il se justifierait par le fait qu’il manque d’argent (rire…) et que ses activités militantes, près des plateaux de télévision, le tiennent à Montréal alors que ses cours sont à Québec…

« Mon bref engagement à titre de porte-parole auprès des étudiants socialement responsables n’étant pas rémunéré et mes dépenses de télécommunications et de déplacements n’étant pas remboursées, j’ai dû continuer à travailler en plus de mes études et de cet engagement. »

Pauvre petit gars, être obligé de travailler parce qu’être étudiant au Québec, ça coûte déjà cher…

La vraie raison serait qu’il est finalement accepté en Droit (il veut devenir avocat) et qu’il n’aurait ainsi plus besoin de compléter son cours d’anthropologie pour y parvenir.

Quelle farce.

Couillon.

Ah, et le cours de M. Martin Hébert, un professeur souhaitant apporter de la “réflexion sur les conditions et les caractéristiques de la justice sociale”, portait sur l’anthropologie des conflits, des violences et de la paix… Nul doute que Laurent Proulx en eût fait bon usage s’il avait été un peu plus persévérant dans son goût opportuniste et tarifié d’apprendre.

Jeunesse dorée

Jacques Villeneuve

[Photo Graham Hugues.]

La jeunesse dorée du fils à papa qui traite les étudiants québécois de fainéants…

[…] Chacun a droit à son opinion.

N’empêche, il est particulièrement fascinant de voir comment le débat entourant l’accessibilité aux études peut être perçu par quelqu’un qui a fréquenté le collège alpin Beau Soleil, en Suisse, qui est reconnu comme la maison d’enseignement la plus prestigieuse du monde.

Durant son passage dans cette école secondaire, Villeneuve a côtoyé des princes et des princesses ainsi que les héritiers des plus grandes fortunes d’Europe. De nos jours, les parents des quelque 180 élèves qui fréquentent cette école doivent débourser environ 97 000 $ par an pour assurer un enseignement de qualité à leurs enfants. Cela exclut bien sûr les dépenses reliées aux activités sportives et aux expéditions…

Puisqu’il est question d’expéditions, justement, pendant que les étudiants québécois protestaient dans les rues de Montréal et esquivaient les matraques à la mi-mai, les élèves de troisième secondaire du collège Beau Soleil pagayaient dans l’Ardèche, dans le sud de la France. Et en mars, au moment où les étudiants québécois commençaient à s’aventurer dans les rues pour protester contre la hausse de leurs droits de scolarité, huit élèves de Beau Soleil mettaient le cap sur l’Équateur pour faire l’ascension du volcan Cotopaxi.

De toute évidence, les élèves de Beau Soleil ne passent pas leur temps à se plaindre dans les rues. Mais on peut se demander si ce sont les étudiants québécois ou les étudiants de Beau Soleil qui se font le plus souvent dire non par leurs parents…

Les étudiants du collège Beau Soleil n’ont certainement pas de problèmes avec leurs prêts et bourses. Et il est permis de croire que les consoeurs et confrères de classe de Jacques n’ont pas eu à occuper deux ou trois petits boulots afin de se loger, se nourrir et payer les coûts de leurs études comme le font les fainéants du Québec.

Villeneuve a par ailleurs raison lorsqu’il prétend que les étudiants qui protestent aujourd’hui devront demain payer leur contribution à la société.

En effet, la plupart n’auront pas le choix de payer leur pleine contribution. Ils ne pourront pas s’installer à Monaco ou en Suisse par exemple (comme tant de pilotes de F1 le font) pour éviter de faire face à des taux d’imposition qu’ils jugent injustes et disproportionnés.

Radio Canada Sports, Martin Leclerc : “Le monde selon Jacques Villeneuve”.

Chaud printemps

manifestation-montreal-7-juin-2012.jpg

manifestation-montreal-7-juin-2012b.jpg

manifestation-montreal-7-juin-2012c.jpg

[Photos AFP.]

(Mais qui est ce charmant garçon ?)

L’avis de Jacques Villeneuve

Jacques Villeneuve

Que pensez-vous des manifestations étudiantes ?

Ben, qui… qui zarrêtent là. C’est le temps. Ça coûte une fortune à la ville. Heu. Ça a pas de bons sens. C’est tout. Ça a juste pas de bon sens. Ça coûte cher à tout le monde, et en plus, ce que je trouve un peu désolant, c’est qu’ils prônent la liberté, mais ce qu’ils se rendent pas compte, c’est qu’ils en enlèvent à beaucoup de gens. Donc, y a un manque d’équilibre qui se fait à ce niveau-là. Donc, faudrait peut-être… Je pense qu’ils ont passé leur jeunesse à grandir sans que leurs parents leur disent non. Jamais ! Et donc, c’est ça maintenant qu’on voit dans les rues. Ça passe son temps à se plaindre, et c’est tout.

[…] J’ai du mal à comprendre ce qui se passe. Il est temps que les gens se réveillent un petit peu, qui zarrêtent de faire les feignants là. Ça fait assez longtemps que ça dure, tout simplement !

Déclaration de Jacques Villeneuve à la presse, lors du cocktail “Le Grand Soir”.

Le grand soir

Grand Soir, Grand Prix du Canada, Montréal

Je me demande si les organisateurs de la F1 à Montréal sont des incultes ou des provocateurs… Je penche pour la première option.

Député arrêté au Québec

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a été arrêté ce soir vers 21 h, en compagnie d’une cinquantaine d’autres personnes, lors d’une manifestation nocturne au rythme des casseroles dans la ville de Québec.

Après une vingtaine de minutes de marche, les manifestants ont été pris en souricière par les membres de l’escouade antiémeute du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) dans le quartier Petit Champlain.

Le député a été menotté et embarqué à bord d’un autobus affrété par la police en compagnie des autres manifestants. Ils recevront tous une contravention de 494 $, sous prétexte d’avoir contrevenu au Code de la sécurité routière, puis seront libérés.

Au Québec, les politiciens impliqués dans la corruption dorment tranquilles. Ceux qui manifestent pacifiquement contre des lois iniques sont appréhendés et menottés. Drôle de démocratie.

Le 30 mai dernier, l’ONU avait fait part de ses inquiétudes sur la situation au Québec, faisant suite aux dénonciations d’Amnesty International.

Montréal républicaine

« Il y a, au Québec, trois cultures politiques, dit-il [le sociologue Stéphane Kelly]. Il y a la tradition libérale du Montréal impérial, anglophone, connecté sur l’empire américain, qui adhère au libéralisme et regarde le Québec francophone ébahi. Il y a le Québec conservateur, profond, hors Montréal. Il y a un troisième Québec républicain, le Grand Montréal francophone, qui considère que le peuple peut manifester. D’ailleurs, quand on regarde quels cégeps sont encore dans le mouvement, étrangement, on retrouve les circonscriptions derrière Papineau en 1837. Pour moi, ces trois cultures politiques se recristallisent en ce moment. »

Le Devoir, Stéphane Baillargeon : “Monarcho-libéraux contre républicains”.

(On se souviendra que le soutien à Louis-Joseph Papineau est essentiellement montréalais. Les députés de Québec ont régulièrement tenté de l’écarter. Lors des mouvements insurrectionnels de 1837-38, le soutien aux Patriotes est quasi-inexistant à Québec.)

Formule 1, fascisme et vulgarité

Et assez extraordinairement, il est en même temps parvenu à dénicher des politiciens assez serviles pour lui verser, en plus, un boni de 15 millions de dollars par année. « Le Grand Prix génère des retombées de plusieurs dizaines de millions. Il est donc normal de partager ces recettes avec Bernie Ecclestone », disent les politiciens comme le ministre québécois des Finances, Raymond Bachand.

Quand son contrat viendra à échéance en 2014, Ecclestone aura empoché 75 millions (dont une grande majorité provient des fonds publics) simplement parce que les politiciens trouvent « normal » de lui donner cet argent. Et cela, en surplus des millions de profits qu’il engrange avec l’organisation du Grand Prix!

C’était donc particulièrement comique cette semaine de lire qu’Ecclestone veut obtenir encore plus d’argent à compter de 2015 et qu’il exige, en plus, que 15 millions supplémentaires soient investis pour rénover les installations de l’île Notre-Dame.

Quand Normand Legault demandait de l’aide pour rehausser la qualité du site, les gouvernements lui répondaient de s’arranger tout seul. Mais quand Bernie lève le petit doigt, le ministre Bachand accourt aussitôt : « M. Ecclestone veut des installations en bon état et c’est normal. Il faut trouver une façon de financer cela », dit-il.

Bref, la paille de Bernie Ecclestone est plongée bien au fond de notre grand milk shake collectif. Et pour lui, de toute évidence, les coffres de l’État sont infiniment profonds.

Les chefs de file du mouvement étudiant peuvent aller se rhabiller. À leur place, Bernie Eccletone aurait depuis longtemps obtenu la gratuité scolaire. Et à titre de boni, Raymond Bachand aurait sans doute accepté, en plus, de verser un salaire à tous ceux qui fréquentent le cégep ou l’université.

Radio Canada, Martin Leclerc : “Qu’aurait fait Ecclestone à la tête du mouvement étudiant ?”.

Ecclestone, c’est aussi le type qui a dit que les femmes devraient s’habiller en blanc pour mieux ressembler à de l’électroménager, que Hitler était un type efficace, et que la démocratie était détestable.

À son image, la Formule 1 n’a rien d’un sport et tout de l’exhibitionnisme de la vulgarité ploutocrate, un bruyant et coûteux divertissement de douchebags. J’espère sincèrement que le Grand Prix de Montréal soit saboté et que les poules siliconées de la rue Crescent aillent se faire voir ailleurs.

Lire aussi cet article de Jean-François Nadeau dans le Devoir en 2009 : “Bernie Ecclestone - Attention, chauffard à droite !”.

J’y serai

manifestation-2-juin.

Et vous ?

Rabais casseroles

rabais-casseroles.

Chez Jean Coutu. Via Fuck Yeah Qc.

Citation du jour

Certes, le gouvernement Charest faisait face dans ce dossier à l’habituelle et habile coalition des partisans de la cryogénisation du modèle québécois: jeunes, artistes, syndicats, écologistes. Mais s’il avait bien joué ses cartes, le gouvernement aurait pu faire fi de cette opposition prévisible; c’est lui, après tout, qui défendait l’intérêt des contribuables.

La Presse, André Pratte : “Une faiblesse inouïe”.

Les jeunes, les artistes, les syndicats, les écologistes, voilà donc les ennemis du Québec.

Le Fouquet’s ? Minable

Au Québec, on fait mieux, plus chic, plus grand. Et même Grand Siècle.

Fête d’anniversaire de Jacqueline Desmarais à Sagard, épouse de Paul Desmarais, le patron de Power Corporation et ami de Nicolas Sarkozy.

(Paul Desmarais a reçu Nicolas Sarkozy dans sa propriété de Sagard, et était des invités du Fouquet’s le 6 mai 2007. En 2008, Paul Desmarais a été décoré Grand-croix de la Légion d’honneur. Une rumeur persistante dit que c’est Desmarais qui a payé la facture de la soirée au Fouquet’s).

On peut y apercevoir, au milieu d’huiles du patronat et de la finance, le gratin politique : Lucien Bouchard, Brian Mulroney, Jean Charest, Jean Chrétien et George Bush père. Et même Liza Frulla.

Troublant. Indécent ?

(C’est qui qui parlait de “l’élite gloutonne, vulgaire et corrompue” déjà ?)

Dynamique du mépris

Marc-Antoine Dilhac (Université de Montréal) : Qu’est-ce qui explique la résistance du mouvement étudiant qui ne s’est pas essoufflé depuis de 100 jours de mobilisation?

Christian Nadeau (Université de Montréal) : La résistance du mouvement trouve pour partie sa source, paradoxalement, dans le mépris dont il a fait l’objet dès le départ. Le refus d’identifier la grève pour ce qu’elle est en la qualifiant de boycott, la manie de décrire les étudiants comme des enfants gâtés, la volonté de vouer aux gémonies les représentants étudiants et de diminuer la valeur morale de leurs demandes, tout cela a eu pour effet de soulever l’indignation des étudiants mais aussi peu à peu d’une partie de la société qui ne peut admettre de voir une partie d’entre eux être marginalisée de la sorte. Mais le plus important selon moi est l’intelligence du mouvement, qui a voulu éviter toute forme de démagogie et qui a su se maintenir uni et cohérent malgré bon nombre de tensions. En ce sens, ils ont donné une formidable leçon politique à leurs ainés.

Collectif 22 : “Entretiens sur les enjeux démocratiques du mouvement étudiant québécois”.

Dans la tête des policiers

[…] Que pensent-ils des manifestants ? ai-je demandé à mon trentenaire au coeur plutôt à gauche.

Plusieurs les voient comme des enfants-rois, des bébés gâtés qui ont des iPhone, qui voyagent et qui, en plus, veulent se faire payer leurs études.

Et Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la CLASSE ?

Ils le trouvent dangereux. Ils le voient comme un agitateur, un communiste. Certains lui prêtent des intentions, ils pensent qu’il prépare une révolution politique. Ils le haïssent, une haine profonde.

Après l’adoption de la loi spéciale, Gabriel Nadeau-Dubois a lancé un appel à la désobéissance civile. Les enquêteurs ont interprété ses propos comme une menace, un encouragement à la violence.

Ils ne sont pas tendres non plus avec Martine Desjardins, présidente de la FEUQ. Certains lui donnent un surnom peu flatteur. Du genre qui ne s’écrit pas.

[…] Les policiers font des bons salaires, ils vivent souvent en banlieue. Ils ne comprennent pas toute cette agitation, ça les dérange profondément.

Un certain climat de paranoïa s’est installé. Les policiers se font dire que des groupes anarchistes les prennent en photo et montent des banques de données.

Près de 80% des Québécois pensent que les policiers font du bon travail, selon le dernier sondage CROP. Ils ont la cote, même s’ils dérapent parfois en abusant de la matraque et du gaz poivre.

Pour l’instant, leur image tient le coup. Il faut dire que leurs préjugés sont rarement étalés sur la place publique. Sauf lorsqu’un employé du SPVM décide de se vider le coeur.

La Presse, Michèle Ouimet : “Bourrés de préjugés, les policiers ?”.

Visiblement indigné

Olivier Roy

[Photo Ninon Pednault.]

L’homme qui me parle de sa voix enrouée s’appelle Olivier Roy. Il a 31 ans. Des lunettes de ski posées sur sa table. Il est visiblement épuisé. Visiblement indigné.

Le jour, Olivier Roy est professeur de philosophie au Cégep de Terrebonne. Le soir, depuis plus d’un mois, il manifeste contre la brutalité policière. Il a participé à une trentaine de marches. Il y était encore mardi soir.

Olivier me confie, presque gêné, qu’il a récemment senti le besoin de s’acheter ces lunettes de ski. Pas pour le ski, vous l’aurez compris. Ni pour affronter les policiers, ce n’est pas du tout son genre. Mais juste pour pouvoir manifester pacifiquement sans craindre pour ses yeux. Depuis un mois, il a senti trop de gaz poivre. Il a vu rebondir trop de balles de plastique, trop de bombes assourdissantes qui peuvent éborgner. Après son marathon de manifestations, il en est arrivé à la triste conclusion qu’un citoyen qui veut manifester se doit d’avoir deux choses : des lunettes de ski et une caméra.

Drôle d’époque quand même que celle où des professeurs de philo tout ce qu’il y a de plus pacifiques s’achètent des lunettes de ski en mai ou se déguisent en panda pour aller manifester. Triste époque que celle où on s’en fait davantage pour deux vitres brisées que pour des jeunes victimes de brutalité.

[…] Il n’a rien d’une tête brûlée, non, mais la grève étudiante devenue conflit l’a radicalisé comme elle a radicalisé bien des gens.

[…] Ce soir-là, Olivier a vu exploser pour la première fois une bombe assourdissante au-dessus de sa tête. Il a senti le gaz lacrymogène. Il a vu les gens paniquer autour de lui. Il a eu peur. « Ce qui m’a énormément surpris et choqué, c’est qu’on ne nous a pas laissé le temps de nous disperser. »

Devant ce déploiement de force excessive et injustifiée, le jeune professeur a senti qu’il n’avait qu’une seule possibilité : continuer à manifester pour ne pas céder à la peur.

[…] « En tant que professeur, je ne peux pas tolérer ça. Mon travail, c’est d’aimer ces jeunes. On leur rentre dedans comme s’il s’agissait de soldats ennemis. Ça n’a pas de sens. La gestion de la crise par les forces policières, autant le SPVM que la SQ qui est arrivée en renfort, est complètement aberrante. »

Les tintamarres de casseroles ont changé la donne. Les policiers sont moins présents, plus calmes et plus polis dans ces manifestations contre la loi spéciale (78) rassemblant monsieur et madame Tout-le-Monde et leurs chaudrons. Pour la première fois, des policiers ont vouvoyé Olivier, lui ont dit « s’il vous plaît » et « merci » au moment de donner leurs ordres. Avant, c’était tout de suite le « tu » et la matraque… Une bonne chose qui en révèle une autre, moins réjouissante, observe le professeur. Tant que les policiers n’avaient affaire « qu’à des jeunes », on considérait que ce n’était pas grave de les tabasser et de les poivrer sans raison.

Ce conflit a fait perdre à Olivier la confiance qu’il pouvait encore avoir envers nos institutions publiques. Des institutions qui ont davantage donné dans le théâtre et le corporatisme que dans la recherche de la vérité, de la justice et du bien commun, dit-il. Résultat : le conflit a créé toute une mouvance d’anarchistes.

[…] Le prof de philo aux lunettes de ski retient aussi la leçon de courage servie par les étudiants. « Se tenir ainsi debout, soir après soir, par pure conviction, alors qu’on déploie des forces paramilitaires pour vous faire taire et vous casser, même si tout ça fait terriblement peur et mal », ce n’est pas rien.

Le Presse, Rima Elkouri : “Le prof de philo et ses lunettes de ski”.

(J’aurais eu un prof de philo comme celui-ci que j’eusse eu plus d’interêt pour la matière…)

Pour 35 piastres…

dildo-valentino-priape.jpg

Le gouvernement Charest a finalement accepté de plier en ce qui concerne la hausse des droits de scolarité, l’enjeu au centre du conflit étudiant qui dure depuis plus de 100 jours. Une réduction de la hausse, mise sur la table par Québec, était désormais au coeur des négociations entre la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, et les leaders étudiants. Terminées tard en soirée mardi, elles doivent se poursuivre ce matin.

[…] Selon nos sources, tant du côté du gouvernement que de celui des étudiants, Mme Courchesne a présenté en après-midi une offre qui ramènerait de 254$ à 219$ par année, pendant sept ans, la hausse des droits de scolarité, une baisse de 35$. L’augmentation totale passerait donc de 1778$ à 1533$ sur sept ans - avant l’étalement, la hausse était de 1625$ en cinq ans.

Mais pour le gouvernement Charest, toute modification aux droits de scolarité devait être faite « à coût nul ». Pour financer la mesure, le gouvernement proposait de réduire le crédit d’impôt applicable aux droits de scolarité.

La Presse, Tommy Chouinard et Denis Lessard : “Québec plie et offre de réduire la hausse des droits de scolarité”.

Double-sodomie.

Elle en a plein le cul

[…] Quel futur premier ministre pourra dorénavant faire passer des réformes nécessaires quoi qu’impopulaire? Qui pourra renier avoir appuyé les citoyens à désobéir et requérir leur obéissance lorsque cela fera son affaire?

J’ai plein le cul d’entendre dire que c’est la population qui descend dans la rue. On parle de quelques centaines de personnes à Québec et de quelques milliers à Montréal. Le terme la population s’applique plutôt à ceux et celles qui entendent les hélicos incessants au-dessus de leur tête, qui sont pris en otage entre les divers manifestants, qui doivent fermer portes et fenêtres pour pouvoir faire dormir les enfants tandis que des héros de la casserole sévissent.

[…] J’en ai plein le cul d’entendre les médias parler de manifestations festives. Qu’est-ce qu’il y a de festif à faire chier ses voisins et la population de Montréal prise en otage par ces hors-la loi?

J’en ai aussi plein le cul de cette presse gratuite de fin de semaine et de ces commentateurs pro gogoche qui ferait mieux de s’en tenir aux sujets culturels pour lesquels ils sont moins trou de culs.

J’en ai plein le cul, mon vase déborde, ma patience aussi…

Michelle Blanc : “Plein le cul et émotivité”.

Démarrer dans la vie

[…] En tant que couple, nous avons commencé notre vie « adulte » avec 30 000 dollars de dettes. 30 000 dollars de dettes et rien d’autre dans nos poches qu’un diplôme chacun.

Un diplôme qui ne nous rendra jamais riche. Mais une réelle dette à rembourser. 300$ par mois pendant des années et des années et des années. Ceci est une réalité qui semble peu comprise de ceux qui ne la vivent pas. Et je ne parlerai pas des taxes et impôts! Un tout autre sujet…

Alors revenons à nos moutons: le prix de l’université. Prenons l’exemple d’un étudiant de classe moyenne qui travaille pendant ses études et s’endette tout à la fois.

Un étudiant normal qui vit en appartement et qui n’a pas des parents richissimes derrière lui. Un étudiant qui mange des pâtes (et parfois du pain sec). Un étudiant qui travaille pour arriver à boucler ses fins de mois et qui ne part pas dans le Sud quand vient Spring Break…

Car quoi qu’en disent les mauvaises langues, ces étudiants là font aussi la norme…

Pensons à ceux là, en un futur imparfait, ceux là qui devront payer quoi 500-600$ de remboursement par mois pour un simple bacc? Mettez les en couple. Ils n’auront pas de quoi s’en plaindre n’est-ce pas? Après tout, quand on a l’amour, on peut vivre d’eau fraîche…

Parce-que, vraiment, y’a pas de quoi se plaindre de commencer sa vie avec un tel handicap financier n’est-ce pas? Pas de quoi en faire un scandale…

Ouais… et bien moi, si je me mets dans les chaussures de ces étudiants futuristes et bien je les plains! Et c’est sans parler des multiples exemples de diplômés américains qui croulent sous les dettes jusqu’à s’y noyer…

L’idée de devoir vivre ma vie et rembourser le double de ce que l’on rembourse déjà pour avoir eu le privilège d’étudier me semble si exagéré que cela me révolte…

L’option d’un salaire à 35 000$ - 40 000$ - ou même 55 000$ par année avec un remboursement annuel de plus de 500$ pour un couple me semble si aberrant que la peau me hérisse et voilà que je suis rouge!

Qu’on ne vienne alors pas me parler de politique mais de réalité! Car c’est pour cette réalité là que se battent les étudiants en ce printemps d’érable qui fait les manchettes…

N’oublions pas de nous rappeler que sortir de l’université avec un bagage intellectuel ne veut pas obligatoirement dire avoir un emploi qui apporte la richesse sur plateau d’argent. Étudier, cela veut parfois juste dire obtenir un emploi où l’on peut se nourrir les neurones…

Vol de Mots, Étolane : “Voir rouge…”.

Réveil du Québec

Exaspéré, Jacques Parizeau n’a pas de conseils à donner à Jean Charest tellement il trouve « inconcevable » que le gouvernement libéral, par son inaction, ait laissé se détériorer le climat social au Québec.

« Qu’on ait laissé pourrir pendant 14 semaines quelque débat social que ce soit, je n’en reviens pas », a déclaré Jacques Parizeau au cours d’une conférence de presse tenue dans le cadre du volet Capitale nationale des États généraux sur la souveraineté du Québec.

Selon lui, les gouvernements Charest et Harper, qui sont tous deux passés du statut de minoritaire à celui de majoritaire, sont devenus « trop autoritaires ». « Ils disent : “j’ai gagné, tu as perdu, je fais ce que je veux”. Ce qui reste aux opposants, c’est la rue », a avancé Jacques Parizeau. « Le système parlementaire britannique, ça demande une certaine retenue. »

L’ancien premier ministre a repris une citation de François Mitterrand qu’il a lue récemment dans les journaux. « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. » C’était en mai 1968.

Au-delà de la crise étudiante, on assiste à « un extraordinaire réveil d’une génération », estime-t-il. « C’est tout à fait fascinant. »

Ce n’est pas sans lui rappeler l’atmosphère de la Révolution tranquille. « La Révolution tranquille, dont on vante constamment les réalisations, c’est une révolution de jeunes », a-t-il fait valoir. « L’atmosphère, à ce moment-là, était irrésistible », à tel point que Daniel Johnson, père, bien qu’à droite, « fut emporté par le mouvement », a relaté Jacques Parizeau. « Et là, ça sent ça. Ç’a commencé avec les indignés et Occupy Wall Street. Écoutez, qu’on dépense 1000 milliards pour sauver les banques et que trois millions de familles américaines perdent leur maison, on s’indigne à moins que ça. »

Pour l’heure, Jacques Parizeau ne sait pas si le réveil politique des étudiants va profiter au mouvement souverainiste. « Il y a une seule chose qui me frappe », a-t-il dit. « C’est la première fois que je vois ça : que 200 000 personnes puissent manifester au Québec sans un seul drapeau canadien, je n’en reviens pas. Les manifestations sont en train de régler le problème identitaire. »

Le Devoir, Robert Dutrisac : “Crise étudiante - Charest exaspère Parizeau”.

Jacques Parizeau, grand défenseur du souverainisme, a été premier ministre du Québec en 1994-95. Initiateur du second référendum, il essuie l’échec du Non en octobre 1995.

Le mépris

Au milieu des nombreuses poubelles malodorantes qui empuantissent l’air au Journal de Montréal, il y a “Glade® Brume odorante sur demande” qui vous accueille avec un parfum frais Jean Barbe :

Dès le départ de la grève étudiante, il a fait comme s’ils n’existaient pas. Il a fermé les yeux et les oreilles. Il les a laissés crier, en se disant qu’ils finiraient bien par se fatiguer et se rendormir.

Mais ça n’a pas marché.

Alors il a tenté de les ridiculiser, les a traité d’enfants gâtés. Il a voulu faire de leur grève un boycott. Il n’a pas voulu discuter, il n’a pas voulu dialoguer, les yeux dans les yeux. Il a préféré continuer à les regarder de haut.

Nous étions 200 000 dans les rues, le 22 mars. Il n’a pas bronché.

Il a voulu les diviser. Il a encouragé ceux qui avaient voté contre la grève à demander des injonctions et à retourner en classe malgré le vote démocratique des assemblées étudiantes, et sous escorte policière. Mais les étudiants ont maintenu la ligne, et les cours ne se sont pas donnés, et ce sont les policiers qui ont fini par reculer.

Nous étions 300 000 dans les rues, le 22 avril. Il n’a pas bronché.

Il a joué de stratégie, jamais de franchise. Il a gardé les yeux tournés vers le Nord, qu’il veut vendre au plus offrant, tandis que dans le sud des manifestations tournaient aux arrestations de masse. Des milliers. Mais d’autres milliers se joignaient à eux. Pour chaque coup de matraque, pour chaque jet de poivre, pour chaque arrestation arbitraire, d’autres décidaient de lâcher leur confort pour venir appuyer cette jeunesse qui n’a pas peur.

Alors il a décidé de se voter une loi spéciale, qui menaçait de disparition le mouvement étudiant en guise de représailles. Qui suspendait le droit de manifester spontanément. Qui voulait museler. Qui voulait éteindre le feu.

Nous étions 400 000 dans les rues le 22 mai.

C’est un peuple qui dit non à la loi spéciale. Pas un mouvement étudiant. Tout un peuple qui se lève et tape sur ses casseroles, le soir, pour dire non au mépris, au «business as usual», aux politicailleries.

Après trente ans de néolibéralisme pour seul horizon, d’autres façons de voir le monde et son économie percent maintenant le mur de l’indifférence. Après 30 ans de cocooning et de chacun pour soi, de matraquage publicitaire et de déboires boursiers, dans le vacarme du tintamarre, c’est la voix d’un peuple qui se fait entendre à nouveau.

Ce peuple, Monsieur Charest, que vous avez aimé petit, silencieux, manipulable, effrayé. Émietté.

Ce peuple, vous l’avez réuni en le méprisant, vous lui avez redonné une voix en ne l’écoutant pas. Vous l’avez fait se soulever en cherchant à l’écraser.

Ce peuple, Monsieur Charest, est désormais trop grand pour vous.

Journal de Montréal, Jean Barbe : “Un peuple trop grand pour lui”.

Lettre ouverte au Premier ministre du Québec

Monsieur le Premier ministre, je vous fais une lettre que vous ne lirez pas, quand bien même vous en auriez le temps.

Il y a dix ans, on m’a fait venir à l’Université de Montréal pour contribuer à l’excellence en enseignement et en recherche en bio‐informatique, un domaine émergent particulièrement important pour la médecine moléculaire. Pour me faire quitter mon poste de directeur de recherche au CNRS en France, on m’a offert une chaire de recherche du Canada, qui non seulement me fournissait des fonds pour effectuer mes recherches, mais aussi une prime de 30 000 $. Mieux encore, le gouvernement du Québec m’a exonéré d’impôt provincial pendant les cinq premières années. J’aurais dû me méfier, mais les scientifiques sont fort naïfs. Comment considérer qu’un gouvernement est sérieux dans son support à l’université quand il exonère d’impôts les plus riches, mon salaire étant en effet d’environ 100 000 $ ?

En fait, ces considérations financières avaient peu d’importance. L’excellence universitaire, exercice humain très demandant et très délicat, nécessite avant tout un cadre favorable. J’étais donc attiré par un environnement de recherche humainement riche au département de biochimie, et par le Québec, un pays démocratique, respectueux des droits, avec un enseignement de qualité, où il faisait bon vivre. Même si cette vision idyllique s’est un peu modifiée au fil du temps, je n’ai jamais envisagé de revenir en France. Non seulement j’ai payé mes impôts provinciaux avec plaisir il y a cinq ans, mais j’ai aussi choisi de transformer la prime en subvention de recherches pour recruter des étudiants supplémentaires. Bref, tout allait bien jusqu’il y a 100 jours.

Avant de revenir sur ces 100 funestes jours, je tiens à vous indiquer, Monsieur le Premier Ministre, en utilisant un langage économique que vous affectionnez, que mon retour sur investissement est excellent. Mon immodestie, qui est probablement la seule chose que je partage avec vous, n’en souffrira pas. Excusez-­moi pour la nécessaire technicité de ce paragraphe. Le principal critère pour évaluer la recherche fondamentale est le nombre de publications, surtout dans les meilleures revues scientifiques (seules les publications dans les revues Nature et Science sont prises en compte dans le célèbre, bien que critiquable, classement des universités réalisé, par exemple, par l’Université de Shanghai), et le nombre de citations. Avec une petite équipe et des moyens financiers relativement modestes, notre travail s’est traduit par quatre publications dans Nature et Science (l’Université de Montréal dans sa totalité en a publié 49 depuis 2003) et a reçu plus de 1000 citations en 2011. Demandez à vos experts, vous trouverez très peu de chercheurs au Canada, voire aux États-­Unis, ayant une productivité aussi grande, c’est-à­-dire un impact scientifique par dollar investi. Je pense donc avoir rempli ma part du contrat et contribué à l’excellence de la recherche scientifique québécoise.

Depuis 100 jours, tout a changé pour moi. Un mouvement étudiant, massif, démocratique, a soulevé une question primordiale, les frais de scolarité universitaire que votre gouvernement a décidé d’augmenter de 75% sur 5 ans, paraît-­il pour favoriser l’excellence dans la recherche. Faire payer aux étudiants la recherche de pointe, est-­ce une bonne idée ? 100 jours de grève étudiante et aucune négociation, ou si peu. Pire encore, 100 jours de grève étudiante et quasiment aucun débat sur cette question. Tout a été fait pour parler d’autres choses que de l’excellence en enseignement et en recherche. Est-­ce un boycott ou une grève ? Une vitrine brisée par ci, un parcours non annoncé par là. La condamnation de la violence par les associations étudiantes est-­elle suffisante ? En même temps, malgré des blessés graves, nous n’avons jamais entendu le gouvernement appeler à limiter la violence policière, j’y reviendrai.

Monsieur le Premier Ministre, pourquoi donc le Québec et le Canada recrutent­‐ils les chercheurs d’excellence préférentiellement dans des pays où l’éducation est gratuite, ou à tout le moins très peu chère, comme la France, la Chine, l’Allemagne, l’Argentine, l’Autriche, l’Inde ou la Russie ? Pourquoi les recrutements n’ont-­ils pas lieu dans les pays où les frais de scolarité sont très élevés, comme les États-­Unis d’Amérique ? Pourquoi ces mêmes États-­Unis sont-­ils contraints de recruter autant d’étudiants et de professeurs à l’étranger si leur système d’éducation très coûteux pour les étudiants est si performant que le Québec se doive de l’imiter ? Sans prétendre résoudre ce paradoxe, je peux apporter quelques éléments de réflexion. En transformant les étudiants en clients, on introduit plusieurs moyens de pression permettant de dégrader fortement l’excellence de l’enseignement, et par là même l’excellence de la recherche, qui rappelons-­le repose avant tout sur les étudiants. Les clients achètent leur diplôme, et ils s’attendent donc à l’obtenir, même s’ils n’ont pas le niveau. Ensuite, l’université a tout intérêt à garder ses clients, puisqu’ils constituent leur principale source de financement. La pression se transmet aux professeurs, qui doivent réduire le taux d’attrition au maximum. Dans ces conditions, pourquoi faire échouer un client à un examen, puisque cela réduirait les ressources de notre département et de notre université, allant à l’encontre de l’intérêt du professeur ? Les professeurs, qui, vous l’avez peut-­être oublié, Monsieur le Premier Ministre, sont avant tout des êtres humains, se trouvent tous les jours face à des étudiants, qui sont aussi des êtres humains, mais des êtres humains luttant pour survivre dans un monde où les richesses sont de plus en plus accaparées par une petite minorité. Comment, humainement, peut-­on refuser un cours à un étudiant sérieux qui a travaillé fort et qui s’est lourdement endetté, mais qui est juste en dessous du niveau requis pour satisfaire aux hautes exigences du savoir intellectuel actuel ? Comment peut-on, humainement, laisser un jeune avec une grosse dette et sans diplôme ?

Aucune des pressions induites par le clientélisme universitaire n’est à elle seule décisive pour dégrader la qualité de l’enseignement. Mais elles vont toutes dans ce sens et il y a fort peu mesure gouvernementale pour soutenir l’excellence dans l’enseignement, la bonne volonté des étudiants et des professeurs nous préserve, pour combien de temps encore, du naufrage. Aux États-­Unis, où les études sont très chères depuis longtemps, les notes finales d’un étudiant sont corrélées positivement avec le montant des frais de scolarité, est‐ce bien sérieux ! La dette étudiante y est actuellement de plus de mille milliards de dollars, et l’enseignement est déjà sévèrement dégradé. Une question cruciale est de savoir comment elle sera remboursée, si tant est qu’elle puisse l’être. Monsieur le Premier Ministre, oui, la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire est très complexe et ne peut pas se résoudre par une loi spéciale, mais par un large, long et difficile débat démocratique.

Débat démocratique, mais quel étrange concept viens­‐je d’évoquer ? La démocratie semble se résumer, pour vous, au seul dépôt dans l’urne d’un bulletin de vote tous les quatre ans. Mais comment croire que l’on puisse décider intelligemment de toutes les questions complexes auxquelles notre monde est confronté par un seul bulletin ? Quel n’a donc pas été mon désespoir quand une association étudiante, la CLASSE, a été vilipendée, insultée, traînée dans la boue parce que ses représentants respectaient le mandat qui leur avait été confié lors de votes démocratiques ! Quelle horreur, des élus qui refusaient d’abuser de leur pouvoir, qui refusaient de faire passer leur opinion personnelle en lieu et place de celle des gens qu’ils représentaient, et outrage inimaginable, osaient affirmer qu’ils allaient consulter leur base ! Monsieur le Premier Ministre, comment puis‐je accepter de voir ainsi bafouer les principes fondamentaux de la démocratie par un gouvernement censé oeuvrer pour l’épanouissement de la démocratie ?

La vraie démocratie, qui n’est pas la dictature de la majorité, doit mettre en oeuvre de multiples systèmes, des contre-­pouvoirs, pour garantir les droits de tout un chacun. Comment peut-­‐on respecter les minorités, si seul un vote tous les quatre ans est considéré comme suffisant ? Or, du fait du baby-boom, les jeunes, les étudiants, constituent une petite minorité au Québec. Il y a plus de personnes de plus de 75 ans que de jeunes de 15 à 19 ans, fraction de la population qui de toute façon n’avait pas le droit de vote lors des dernières élections. Il y a seulement 500 000 jeunes de 20 à 24 ans, mais plus de 2 millions d’aînés âgés de plus de 65 ans. Dans un tel contexte, et sans un long débat, quelle est la chance de faire passer l’idée d’études universitaires presque gratuites garantissant l’excellence de l’enseignement, alors que l’impact concret d’un tel choix servira l’intérêt des Québécois dans 10, 20 ou 30 ans, avant l’idée d’une baisse immédiate des impôts ?

Cent jours de lutte menée par des centaines de milliers de jeunes Québécois n’ayant comme seul pouvoir que des manifestations pacifiques et le sacrifice de leur propre session. Et quelles réponses le puissant gouvernement québécois a-t-il fourni ? Le mépris, l’absence de dialogue, la répression et maintenant une loi spéciale qui réduit la liberté d’expression de tous et qui laisse à la police, et bientôt peut-­être à l’armée, le soin de régler la question de l’excellence universitaire. Il n’est nul besoin d’être grand clerc pour imaginer la violente répression qui sera nécessaire pour arrêter un mouvement si profond, si massif, si motivé. Chaque fois que mes enfants, ou leurs amis, sortent le soir, c’est avec la peur au ventre que j’attends leur retour, sursautant à chaque coup de téléphone qui pourrait m’annoncer la perte d’un oeil, un traumatisme crânien, voir pire. Oui, je sais, la police fait un métier difficile, oui il y a de très rares casseurs qui veulent en découdre et se cachent parmi la foule, oui il y a maintenant beaucoup de fatigue. Les conditions sont réunies pour que de graves bavures se produisent. Monsieur le Premier Ministre, agissez pour qu’elles ne se produisent pas, soutenez les policiers qui font bien leur travail et condamnez ceux qui abusent de la violence, comme par exemple à la brasserie Saint-­Bock. Croyez-­vous vraiment que poivrer des touristes va permettre de recruter des chercheurs d’excellence et de former d’excellents étudiants ?

Cent jours de lutte à mains nues face à un pouvoir sourd, autoritaire et violent, peuvent-ils s’expliquer seulement par la question des frais de scolarité et de l’excellence universitaire ? Que Nenni. La jeunesse sent bien, voit bien que notre modèle de société est en train de s’effondrer ; tous les marqueurs sont au rouge : un environnement social dégradé, marqué par une montée indécente des inégalités ; un environnement biologique dégradé, avec une disparition accélérée des espèces et des écosystèmes ; un environnement physique dégradé, avec le réchauffement climatique et les multiples pollutions chimiques ; un épuisement généralisé des ressources, qui oblige à exploiter à grands frais les sables bitumineux, les gaz de schiste, les métaux au fond des océans ou dans le Grand Nord ; un système financier démesuré, mais qui ne survit qu’à force de subventions, générant une dette publique impossible à rembourser. Ces cent jours de lutte sont un extraordinaire cri de désespoir de notre jeunesse, désespoir qui s’est cristallisé sur la question des frais de scolarité, mais qui dénote un très profond malaise sociétal.

Le Québec est le premier pays riche à prendre massivement conscience du mur dans lequel nous sommes en train de nous enfoncer avant que la crise économique se manifeste de manière évidente comme en Grèce ou en Espagne. Monsieur le Premier Ministre, vous avez l’opportunité extraordinaire de disposer d’une jeunesse courageuse, innovante, politisée, prête à explorer un nouvel avenir qui nous fera éviter tous les graves dangers évoqués plus tôt. Ou alors, souhaitez-­vous choisir l’obstination, l’aveuglement, la répression, la violence et m’obliger à vivre dans un autre pays où la démocratie, l’éducation, la nature… bref : la société humaine, pourront s’épanouir ?


Hervé Philippe,
Professeur titulaire,
Chaire de Recherche du Canada en Bioinformatique et Génomique Évolutive,
Département de Biochimie – Université de Montréal.

Via La Lanterne.

Un peuple dans la rue

De Barthes au Web 2.0

Il est toujours utile de citer Roland Barthes, encore faut-il le comprendre.

Il y a encore des hommes pour qui la grève est un scandale : c’est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature. Inadmissible, scandaleuse, révoltante, ont dit d’une grève récente certains lecteurs du Figaro.

C’est là un langage qui date à vrai dire de la Restauration et qui en exprime la mentalité profonde ; c’est l’époque où la bourgeoisie, au pouvoir depuis encore peu de temps, opère une sorte de crase [contraction] entre la Morale et la Nature, donnant à l’une la caution de l’autre : de peur d’avoir à naturaliser la morale, on moralise la Nature, on feint de confondre l’ordre politique et l’ordre naturel, et l’on conclut en décrétant immoral tout ce qui conteste les lois structurelles de la société que l’on est chargé de défendre.

Aux préfets de Charles X comme aux lecteurs du Figaro d’aujourd’hui, la grève apparaît d’abord comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève, c’est « se moquer du monde », c’est-à-dire enfreindre moins une légalité civique qu’une légalité « naturelle », attenter au fondement philosophique de la société bourgeoise, ce mixte de morale et de logique, qu’est le bon sens.

Car ceci, le scandale vient d’un illogisme : la grève est scandaleuse parce qu’elle ne gêne précisément ceux qu’elle ne concerne pas. C’est la raison qui souffre et se révolte : la causalité directe, mécanique, computable, pourrait-on dire, qui nous est déjà apparue comme le fondement de la logique petite-bourgeoise dans les discours de M. Poujade, cette causalité-là est troublée : l’effet se disperse incompréhensiblement loin de la cause, et c’est là ce qui est intolérable, choquant. Contrairement à ce que l’on pourrait croire des rêves petits-bourgeois, cette classe a une idée tyrannique, infiniment susceptible de la causalité : le fondement de sa morale n’est nullement magique, mais rationnel. Seulement, il s’agit d’une rationalité linéaire, étroite, fondée sur une correspondance pour ainsi dire numérique des causes et des effets. Ce qui manque à cette rationalité-là, c’est bien évidemment l’idée des fonctions complexes, l’imagination d’un étalement lointain des déterminismes, d’une solidarité des évènements que la tradition matérialiste a systématisé sous le nom de totalité.

La restriction des effets exige une division des fonctions. On pourrait facilement imaginer que les « hommes » sont solidaires : ce que l’on oppose, ce n’est donc pas l’homme à l’homme, c’est le gréviste à l’usager. L’usager (appelé aussi l’homme de la rue, et dont l’assemblage reçoit le nom innocent de population : nous avons déjà vu tout cela dans le vocabulaire de M. Macaigne [Pierre Macaigne, journaliste au Figaro]), l’usager est un personnage imaginaire, algébrique pourrait-on dire, grâce auquel il devient possible de rompre la dispersion contagieuse des effets, et de tenir ferme une causalité réduite sur laquelle on va pouvoir raisonner tranquillement et vertueusement. En découpant dans la condition générale du travailleur un statut particulier, la raison bourgeoise coupe le circuit social et revendique à son profit une solitude à laquelle la grève a précisément pour charge d’apporter un démenti : elle proteste contre ce qui lui est expressement adressé. L’usager, l’homme de la rue, le contribuable sont donc à la lettre des personnages, c’est à dire des acteurs promus selon les besoins de la cause à des rôles de surface, et dont la mission est de préserver la séparation essentialiste des cellules sociales, dont on sait qu’elle a été le premier principe idéologique de la Révolution bourgeoise.

C’est qu’en effet nous retrouvons ici un trait constitutif de la mentalité réactionnaire, qui est de disperser la collectivité en

individus et l’individu en essences. Ce que tout le théâtre bourgeois fait de l’homme psychologique, mettant en conflit le vieillard et le Jeune Homme, le Cocu et l’Amant, le Prêtre et le Mondain, les lecteurs du Figaro le font, eux-aussi de l’être social : opposer le gréviste et l’usager, c’est constituer le monde en théâtre, tirer du monde total un acteur particulier, et confronter ces acteurs arbitraires dans le mensonge d’une symbolique qui feint de croire que la partie n’est qu’une réduction parfaite du tout.

Roland Barthes. “L’usager de la grève”, 1957.

L’otage de la grève revendique un malheur. Par la supplication feinte, le gémissement véhément, l’affliction démonstrative, il réclame l’estime et le respect de ceux qu’il combat et qui le privent de ses repères coutumiers. Il observe une stratégie de l’accablement. La pitié est son négoce. Son désir : l’inspirer afin de s’en prévaloir. Il s’arroge une faiblesse alors qu’il se trouve du côté du manche, du fort institutionnel. Il réagit par une sorte d’absence visible et mime ici où là, à doses homéopathiques, ceux qui le troublent sans le séduire, je veux dire ceux qui prennent des libertés avec un « savoir-vivre » et mettent à l’occasion les pieds dans le plat quand la cantine leur déplaît. Il est dans son rôle d’un champion du désespoir, interprété avec une assurance balbutiante dans les médias, « pour faire plus vrai ». Il s’évertue à produire de la mélancolie et porte sur son environnement limité le regard des chiens battus par d’autres maîtres que le sien, une mélancolie infinitive que des ministres conjuguent pour lui, car l’otage de la grève, en dernier ressort, est un légitimiste, comme l’est, par ailleurs, le petit actionnaire spolié.

L’Humanité, Denis Fernàndez-Recatalà, 10 juin 2003 : “L’otage de la grève”.

Nous avons au Québec une “matante des réseaux sociaux 2.0” qui ne cesse de chialer ces derniers jours. Et d’être “inquiète pour Montréal, pour le Québec et pour la démocratie”. Et de geindre “Nous vivons l’anarcho-syndicalisme”. Et de craindre “la Révolution communiste”. Et de glapir devant le Péril rouge. Et de se lamenter de la prise d’otages par des “wanabe terroristes économiques”, du bruit des manifestants comme de celui de l’hélicoptère de la police. Et de rouspéter qu’elle ne peut plus promener sa chienne tranquillement.

Et de citer Roland Barthes à contresens :

Barthes, L’usager de la grève : la grève est scandaleuse parce qu’elle ne gêne précisément ceux qu’elle ne concerne pas

Instrumentaliser les écrits de Barthes quand on porte la parole de la raison petite-bourgeoise, ce “mixte de morale et de logique qu’est le bon sens”… Ne reculons devant rien.

Oui, comme dans les années 1950, “Il y a encore des hommes pour qui la grève est un scandale : c’est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature.”

“Inadmissible, scandaleuse, révoltante” disaient certains lecteurs du Figaro. 55 ans plus tard, on lit toujours la même chose sous la plume des éditorialistes réactionnaires, comme Aubin au Journal de Montréal et tant d’autres ailleurs.

Michelle Blanc, grande théoricienne du Moi Inc. sur la Toile, à qui la seule vue de Gabriel Nadeau-Dubois pourrait déclencher de disgracieux érythèmes, ne fait que reproduire de vieux schèmes de la pensée bourgeoise et réactionnaire sous le masque d’une pseudomodernité conférée par les médias numériques. Toute sa carrière récente s’inscrit dans la promotion multimédia de l’ego ; il est bien certain qu’elle ne puisse ainsi se retrouver dans les valeurs portées par la jeunesse étudiante en lutte.

Une contestation de gauche

Intervention de Gabriel Nadeau-Dubois, le 7 avril dernier, lors du rassemblement “Nous ?”.

Oui, je m’appelle Gabriel Nadeau-Dubois, et depuis 54 jours, aujourd’hui, je suis en grève.

Depuis 54 jours, je suis en lutte. 54 jours de lutte, 54 jours de matraques, de gaz, de poivre, moi, mes amis, mes camarades, les étudiants et étudiantes du Québec. 54 jours de grève contre les libéraux, contre les boss, contre la police, contre les chroniqueurs méprisants.

54 jours et déjà, déjà, nous avons gagné.

Déjà, nous avons gagné contre le cynisme, déjà, nous avons gagné contre l’impuissance. Contre ceux qui disaient il y a quelques semaines à peine que le peuple du Québec était mort, que sa jeunesse ne valait pas mieux.

C’est pour ça, je crois, que je vais profiter de la tribune qui m’est offerte aujourd’hui pour remercier, chaleureusement, le premier ministre du Québec, M. Jean Charest. Merci M. Charest, vous nous avez donné une confiance inébranlable en nous-mêmes. Merci M. Charest de nous avoir montré ce que nous pouvions faire contre vous.

Mais maintenant, maintenant, vous êtes en sursis. Vous avez déclaré la guerre à une génération en entier.

Nous avons marqué le sol de l’histoire d’une marque indélébile. L’histoire du Québec dorénavant ne pourra plus se lire sans s’y arrêter.

Vous nous avez montré la violence de votre monde, pour nous permettre, peut-être, d’un peu mieux imaginer le nôtre. Parce que nous aspirons à plus qu’à votre monde qui meurt. Nous aspirons à plus qu’à votre éducation marchandise, qu’à vos écoles laboratoires, et qu’à votre société du Moi Inc.

Nous avons maintenant confiance en nous, nous avons maintenant confiance en l’histoire, nous avons confiance en nos camarades de classe. Nous avons confiance en notre peuple. Et il ne s’arrêtera pas là.

Notre colère, la colère étudiante, a déjà des échos aux quatre coins de la Province. Et déjà les oreilles de nos enfants, de nos nièces, de nos cousins, de nos cousines, en sont emplies.

L’école de la grève pour nous, ce printemps, aura été la meilleure des formations. Elle aura été gratuite en plus… L’école de la grève ce printemps aura été pour nous donc la meilleure des formations, une formation gratuite.

On a appris ce printemps, on a appris pour vrai. On a appris c’est quoi l’injustice, c’est quoi la violence, c’est quoi la violence d’un système. On a appris ça goûte quoi le poivre de cayenne, on a appris ça sent quoi les gaz lacrymogènes. Mais surtout, on a appris la résistance.

On a appris par centaines de milliers à se battre comme jamais on ne l’avait fait dans nos vies, comme jamais on ne l’avait fait dans l’histoire du Québec.

Notre grève, ce n’est pas l’affaire d’une génération, ce n’est pas l’affaire d’un printemps. C’est l’affaire d’un peuple, c’est l’affaire d’un monde.

Notre grève, ce n’est pas un évènement isolé. Notre grève, c’est juste un pas, c’est juste une halte, le long d’une route beaucoup plus longue.

Notre grève, elle est déjà victorieuse. Elle est déjà victorieuse parce qu’elle nous a permis de voire cette route-là, celle de la résistance. Il est là, le vrai sens de notre grève. 250 000 personnes, ça sort pas dans la rue parce que ça veut pas payer 1625$ de plus.

Il est là le sens de notre grève. Dans la durée, dans la poursuite demain de la désobéissance. Nous avons planté ce printemps les graines d’une révolte qui ne germera peut-être que dans plusieurs années.

Mais déjà ce qu’on peut dire, c’est que le peuple du Québec n’est pas endormi. Pas plus que ne l’est sa jeunesse.

Ils on peut-être les matraques les plus dures. Ils ont peut-être les armures les plus épaisses. Ils ont peut-être les plus grands journaux. Ils ont peut-être les portefeuilles les plus épais. Mais nous, nous avons le souffle le plus long.

Nous avons le courage des opprimés, nous avons la force de la multitude.

Mais surtout, surtout, nous avons, tout simplement, raison. On a raison de se lever. On a raison de crier. On a raison de manifester. On a raison de faire la grève. On a raison de bloquer l’entrée à nos CEGEP. De bloquer l’entrée à nos universités.

On a raison de ne pas se laisser impressionner par les injonctions d’un petit con qui a perdu son débat en assemblé générale et qui a des parents assez riches pour se payer un avocat. On a raison de se battre contre ça. Contre un monde…

On a raison de se battre contre un monde qui veut nous couper les ailles. Qui veut nous dresser à coups de dettes, puis à coups de travail.

Mais cette lutte-là, c’est pas seulement une lutte étudiante, en fait, ça ne doit pas être seulement une lutte étudiante. Parce que les gens qui veulent augmenter les frais de scolarité, qui vont augmenter peut-être les frais de scolarité, les gens qui on décider d’imposer une taxe santé, les gens qui ont mis sur pied le Plan Nord, les gens qui ont mis à pied les travailleurs et les travailleuses d’Aveos, les gens qui tentent de mettre à pied les travailleurs et les travailleuses de Rio Tinto Alcan à Alma, les gens qui tentent d’empêcher les travailleurs et les travailleuses de Couche-Tard de se syndiquer. Tous ces gens-là sont les mêmes. C’est les mêmes personnes, avec les mêmes intérêts, dans les mêmes groupes, dans les mêmes partis politiques, dans les mêmes instituts économiques.

C’est gens-là, c’est une seule élite, une élite gloutonne, une élite vulgaire, une élite corrompue. Une élite qui ne voit l’éducation que comme un investissement dans du capital humain, qui ne voit un arbre que comme une feuille de papier, et qui ne voit un enfant que comme un futur employé.

C’est gens-là ont un projet… C’est gens là ont des intérêts convergents, ils ont un projet politique convergent, et c’est contre eux que l’on doit se battre.

Pas seulement contre le gouvernement libéral.

Et je peux aujourd’hui vous transmettre le souhait, je crois le plus cher des étudiants et des étudiantes qui sont en grève actuellement au Québec, et c’est de servir de tremplin. Que notre grève serve de tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, et beaucoup plus, oui, radicale, de la direction que prend le Québec depuis les dernières années.

S’il y a une tradition québécoise à conserver, ce n’est pas la poutine ou la xénophobie. S’il y a une tradition québécoise à conserver, c’est celle que les étudiants et étudiantes du Québec sont en train de transmettre. Une tradition de lutte, de lutte syndicale, de lutte étudiante, de lutte populaire.

Et pour parler de cette lutte-là, je n’ai pas pu terminer mon mot aujourd’hui sans vous laisser sur les mots de Gaston Miron :

« Nous avançons, nous avançons, le front comme un delta. “Good-bye, farewell.” Nous reviendrons, nous aurons à dos le passé, et à force d’avoir pris en haine toutes les servitudes, nous serons devenus des bêtes féroces de l’espoir. »

Merci.

Le rêve brisé de Jean Charest

[…] L’orgueil de Charest est touché. Il voulait passer à l’histoire comme PM du Canada, c’est raté, il ne sera que PM du Québec. Mais il n’a pas préparé d’héritage à ce titre. Après neuf ans, tout ce qu’il lègue est une commission d’enquête qui accentuera les mauvais souvenirs de sa gestion « intérimaire ». Pour se rattraper, il a un plan. Un Plan Nord. Un plan pour les gens de 20 ans! Mais ça lui prend une réélection pour en faire un héritage digne de l’Histoire. Il est coincé entre la commission d’enquête et les sondages. Mais il est un combattant d’expérience et avec un peu de chance et beaucoup de culot, il gagnera dans une course à trois.

Il n’avait pas vu les étudiants. Il les a ignorés car il était pressé de passer au dossier «réélection». Il n’avait pas vu leur détermination. Il a la sienne et il a la force du pouvoir et des sondages à la hausse. Il a vu que le temps passait. Il a précipité la police pour couper court.

Ce sera court en effet. Les sondages se défont, une ministre démissionne, le gouvernement est pris pour un abuseur. Charest le sait maintenant, il n’aura pas son quatrième mandat. Conséquemment, il ne pourra pas laisser son héritage digne de l’Histoire. Il aura raté et son rêve, et son « intérim ». Et dans sa tête, les étudiants sont coupables de ne pas avoir respecté son « timing » à lui. Les étudiants, ces gens de 20 ans, des blancs-becs quoi, l’ont mis en retard et lui ont fait manquer son train pour l’Histoire.

Charest ne serrera pas la main des étudiants. Son rêve détruit, il n’a plus rien à y gagner. Il a probablement déjà accepté un moratoire et laisse à son nouveau chef de cabinet et à la ministre Courchesne le soin de trouver une formulation qui permettra de sauver un peu la face.

Charest est ailleurs. Dans les jours qui viennent, vous le verrez reprendre sa bonne humeur, vous le verrez tourner la page. Il sera parti avant août.

PoliticoGlobe, Bertrand Lemire : “Pourquoi Jean Charest ne rencontrera pas les leaders étudiants”.

Un “putsch de gauche”

Le mouvement des étudiants et des casseroles vu par un chroniqueur du Journal de Montréal :

[…] Moi, j’y vois surtout l’aboutissement - pour l’instant - d’une campagne brillante, parfois violente, totalement cynique, entièrement démagogique, et non démocratique menée par une minorité de citoyens qui a pris la majorité en otage, et saboté nos institutions, pour obtenir ce qu’elle voulait.

Une minorité qui pense que la fin justifie les moyens - parce qu’elle est persuadée d’avoir raison dans son idéal révolutionnaire - peu importe ce qu’en pense la majorité.

[…] Il s’agit en vérité d’une minorité d’étudiants (qui dit parler au nom de toute une génération !) qui a pris le public en otage, défié une loi votée par un parlement démocratiquement élu, défié des ordres du tribunal, renié sa propre signature, refusé de condamner la violence, pour obtenir ce qu’elle disait réclamer : un gel de la hausse des frais de scolarité.

La démocratie repose sur un consensus de bonne foi. La police, le Parlement, ne peuvent la défendre quand un groupe déterminé prend les moyens pour empêcher un gouvernement d’appliquer une loi qu’il estime aller dans le sens du bien commun.

Et c’est exactement ce que le mouvement étudiant a fait.

Résister à ce putsch de gauche en ce moment n’équivaut pas à défendre le gouvernement Charest- mais plutôt les structures et la culture démocratiques sur lesquelles repose notre société.

Que ceux qui veulent vivre dans le genre de monde esquissé par la campagne des étudiants - nous méprisons le Parlement, les lois, les tribunaux. Nous savons qui sont les bons et les méchants et savons ce qu’il faut faire - que ceux-là tapent sur leurs casseroles.

Moi ? Non, pas vraiment…

Le Journal de Montréal, Benoît Aubin : “La gauche casserole”.

Un panda ému

[…] C’est le No-Kung-Fu Panda. Le dalaï-lama de la peluche qui oppose les câlins aux coups de matraque. Quand la tension aux manifestations monte, AnarchoPanda collectionne les étreintes, accordant une plus-value à celles volées aux policiers. « Mon fantasme était une escouade de mascottes qui s’interposerait systématiquement entre les policiers antiémeutes et les étudiants lors des interventions injustifiées, confie au Devoir le panda nu. Plus fondamentalement, si des étudiants pacifiques qui manifestent de façon normale méritent de se faire matraquer, de se faire lancer du poivre, des gaz, des balles de caoutchouc ou assourdissantes, je le mérite aussi. La raison de mon intervention, c’est contre la brutalité policière. » Pourquoi en panda ? « À circonstances bizarres, réponse bizarre. C’est ma façon d’intervenir pour que les étudiants arrêtent de souffrir, sans trahir leur lutte ni détourner leurs discours. »

Il nous a donné rendez-vous, plumé, dans sa bambouseraie, et parle au Devoir au-dessus d’une bière du « QG non officiel » de sa meute de « profs contre la hausse ». AnarchoPanda, quand le Québec n’est pas en crise, enseigne la philo au cégep. Il en pince pour les antiques, Platon, Aristote, Plotin, et lit le grec ancien « avec du temps et un dictionnaire. En philo, je veux que les gens se posent des questions, même les plus difficiles, qu’ils prennent le temps dans leur vie d’y réfléchir. Qu’ils comprennent qu’il n’y a pas de solutions faciles à des questions compliquées, que tout seul dans ton coin, t’as moins de chances de trouver une solution qu’en faisant un débat. »

Au passage, ses collègues ne cessent d’interrompre l’entrevue de poignées de main et de commentaires sur la manif de la veille, s’inquiétant de la santé du p’tit ours. Anarcho n’est pas seul. « Dans une mascotte comme la mienne, t’es dans une position de vulnérabilité absolue : c’est pas du vrai padding, ton champ de vision est super réduit, ta mobilité aussi, t’as pas de vrais souliers dans tes pattes, c’est pas possible de vraiment courir, il fait chaud, t’as quatre doigts… Je ne suis même pas capable de mettre et d’ôter le costume seul. »

Pourquoi le panda ? Pour le symbole et les couleurs, noir et blanc, de l’anarchisme, mais essentiellement « parce que c’était la plus belle des mascottes cheaps en vente sur E-Bay China. » Digressons pour rappeler que « la diplomatie du panda » existe en Chine depuis 2000 ans avant J.-C. : on y offre en cadeaux des pandas géants en gages de bonnes relations. En témoignent Er Chun et Li Ji, deux émissaires d’amitié prêtés en février dernier à Stephen Harper pour dix ans. AnarchoPanda, ici et maintenant, s’offre pour diluer la tension entre étudiants et policiers.

[…] Dans la rue, il a tout vu. « Dans le contexte actuel, tu ne sais jamais si la violence va démarrer, de quel côté, ni jusqu’où elle va aller. » Il est outré des abus des policiers. « J’ai vu souvent des policiers frapper des étudiants en train de se disperser, de courir loin de l’action. Tu ne peux pas demander à 1000 personnes de se disperser en cinq secondes. C’est irrationnel : tu demandes aux gens de faire quelque chose, ils le font et tu les frappes. » Même incongruité à tolérer une manifestation après l’avertissement policier pour charger, plusieurs dizaines de minutes plus tard, sans prévenir de nouveau.

[…] Sur plus de cent jours de grève, AnarchoPanda a constaté des mutations. « Les étudiants se sont radicalisés dans leurs comportements de manifestants, mais pas sur leurs positions. Et ce ne sont même pas des positions radicales, mais des valeurs de la Révolution tranquille. Vouloir la gratuité scolaire, ce n’est ni radical ni communiste. » Cet Ewok extra-large est fasciné par ce que ces jeunes, dits hyper individualistes, sont prêts à sacrifier. « Ils sont étonnamment adaptés aux manifestations. Tu te fais poivrer, des gens avec des masques te ramènent en arrière, s’occupent de toi. J’te jure qu’ensuite tu vois autrement les jeunes aux masques et lunettes, quand ils t’ont soigné. On assiste selon moi à un des mouvements sociaux de l’histoire du Québec parmi les plus intelligents, les plus réfléchis, les plus stratégiques et les plus nobles, car ces étudiants de l’université ou du cégep ne vont pas subir la majorité de la hausse. Ils voient à long terme, ils se battent pour les autres. Et ils savent que, si cette petite hausse là passe, ça ne s’arrêtera pas là. J’aime les étudiants, les carrés verts. Mais les rouges, je les admire. Parce qu’ils ont plus d’arguments, pour ce qu’ils sacrifient et parce qu’ils ont raison. Ça m’émeut quotidiennement. »

Le Devoir, Catherine Lalonde : “AnarchoPanda : la philosophie dans le trottoir”.

Un conflit gauche-droite

[…] Les enjeux du conflit qui bat son plain depuis plus de 100 jours au Québec dépassent toutefois le simple conflit de générations, poursuit Marcos Ancelovici, professeur au département de sociologie de l’Université McGill et spécialiste des mouvements sociaux. « J’ai vu des gens de tous âges dans la grande manifestation de mardi. Résumer le conflit à un choc des générations serait une façon commode d’en évacuer l’aspect idéologique. Pour moi, il s’agit avant tout d’un conflit gauche droite. »

Si l’élément déclencheur du mouvement de contestation a été la hausse des droits de scolarité, bien d’autres enjeux sont venus s’y greffer. Les étudiants ont été prompts à observer que le scandale de l’îlot Voyageur, l’explosion des campus satellites ou encore le salaire versé à certains recteurs montrent que bien du ménage reste à faire dans les universités avant qu’on puisse parler de véritable sous-financement. Ces accusations de mauvaise gestion ont rapidement été étendues au gouvernement Charest lui-même, qu’on a blâmé pour le scandale de la corruption, le cafouillage sur la question des gaz de schiste, la direction prise par le Plan Nord, sans parler de la répression policière contre les étudiants et la récente adoption de la loi 78.

Les derniers mois ont aussi donné lieu à une dénonciation, beaucoup plus large encore, de la révolution néolibérale, note Jacques Hamel. On la condamne, non seulement pour sa conception utilitariste des études et sa marchandisation du savoir, mais aussi pour la montée des inégalités, les ravages causés par la dernière crise économique mondiale et son incapacité à faire prendre le virage vert au monde. « Le mouvement étudiant se fait notamment le défenseur de l’État-providence contre la privatisation des services publics et le principe de l’utilisateur-payeur. »

Ce discours ne manque pas de rappeler le mouvement des indignés en Europe ou d’Occupy Wall Street qui a déferlé l’an dernier jusqu’à Montréal. Il s’inscrit dans un grand courant de remise en cause des fondements des sociétés développées, observe Madeleine Gauthier. Chez les jeunes, il est entre autres nourri par toute une série de problèmes comme la montée de l’endettement des étudiants, le chômage accru des jeunes et le délitement de la classe moyenne, dont l’ampleur, pour le moment, n’est pas aussi grande ici qu’ailleurs, mais qui fait peur quand même.

[…] La façon qu’ont eue les médias de couvrir le conflit étudiant n’a pas permis à la population de voir et comprendre tous ces facteurs, déplore Marcos Ancelovici. « La place accordée à la question de la violence est totalement disproportionnée et sert bien la stratégie du gouvernement qui vise à délégitimer le mouvement étudiant. En fait, quand on fait le total du nombre d’actes de violence qui se sont réellement produits et qu’on tient compte de la durée de la crise et du nombre de manifestations qui se sont tenues, je trouve, au contraire, qu’on a fait preuve d’incroyablement de retenue. Je m’en ferais plus à propos de la violence policière. »

Par un amusant retour des choses, ces jeunes Québécois, qui se sont largement inspirés d’autres mouvements de contestation étrangers, semblent en voie d’influencer à leur tour la scène internationale. On sait que leur histoire a déjà été racontée par de nombreux médias étrangers. On rapporte aussi, depuis quelques jours, des manifestations d’appui ailleurs au Canada, mais aussi aux États-Unis, en France ou encore en Amérique latine.

[…] Gabriel Nadeau-Dubois se dit fier de ce que les étudiants ont su accomplir ces derniers mois. « On démontre que malgré tous les préjugés qui nous tombent sur la tête comme génération, on est encore capables de se mobiliser et de défendre nos droits, qu’on n’a rien à envier à nos parents, à nos grands-parents. Tout ce bouillonnement a permis de mettre plein d’enjeux sur la table. C’est une grande contribution du conflit étudiant au débat politique québécois. »

Le Devoir, Éric Desrosiers : “Ras-le-bol des idées néolibérales”.

Un message de Tourisme Montréal

« Revivez le Paris de 1968, le fameux été de la révolution dont tant de Parisiens sont nostalgiques. Comme dans vos souvenirs, notre ville offre des manifs étudiantes passionnantes et des affrontements dans la rue entre policiers et étudiants gauchistes. Le tout dans un Quartier latin authentique !

Nous avons même des leaders étudiants charismatiques qui deviendront ministres un jour. Avec son carré rouge, Gabriel Nadeau-Dubois vous rappellera Dany «le rouge », le célèbre leader étudiant parisien, Daniel Cohen-Bendit.

Tout comme Paris en 1968, nos manifestants étudiants sont soutenus par les grands syndicats, qui espèrent ainsi renverser le gouvernement. Lors de votre séjour, vous aurez peut-être la chance de vivre une élection imprévue ou même une révolution !

Et n’oubliez pas votre téléphone intelligent pour découvrir notre calendrier des événements… sur le compte Twitter de la police de Montréal. »

L’Actualité, Josh Freed : “Conflit étudiant : une nouvelle façon de vendre Montréal aux touristes”.

Tout un programme

Un pays vert, un peuple éduqué, un État honnête, un Québec libre.

Ce jeune homme en demande beaucoup… Mais quitte à choisir, je prends le tout.

[Photo AFP.]

Girouette

Attention, le vent tourne…

Maintenant, monsieur et madame Tout le monde sont dans la rue, avec mononcle, matante et les p’tits enfants. Sans compter mémé.

On bat même la casserole à St-Lambert, pas reconnu pour être un fief communiste!

On amorce un nouveau tournant. Mes analyses en tiendront compte…

Journal de Montréal, Richard Martineau : “Mutation”.

Tourbillon du rêve

Casseroles dans la rue, jour 3 sous la pluie. Un des plus beaux moments de ma vie. Encore une fois ce soir nous avons déambulé pour jouer du tambour-casserole avec quelques centaines de nos voisins d’Outremont. Nous marchons pour signifier notre mécontentement face à ce gouvernement corrompu qui tente de faire passer des mesures révoltantes après 3 mois d’impasse de la crise étudiante. Sous l’orage, sous cette pluie diluvienne qui prenait des airs tropicaux, nous avons tous battu la mesure avec joie et énergie. Ce soir le rytme était franc et à l’unisson: “Ce n’est qu’un début, continuons le com-bat!”. Sous la pluie battante, j’ai dansé nu pied dans la rue avec des centaines de personnes fouettées comme moi par l’énergie de la nature en furie. La joie au coeur, alors que des éclairs fendaient le ciel en réponse à notre colère qui gronde, une pluie si intense qu’on aurait dit un film. Nous étions tous au diapason avec cette nature si belle qui elle aussi est chamboulée par les dérives et les abus du néo-libéralisme. Au beau mileu de la rue Van Horne, sur l’asphalte chaude et mouillée par cette pluie d’été, mes pieds suivaient le rythme, mon corps lavé et heureux de faire la fête, mon âme vibrait d’espoir. Un moment qui donne le droit au rêve, comme le début d’une grande transformation dont notre société a cruellement besoin.

Vivre la vie, Yannou : “Carnaval de la révolte”.

À la une de Libération

Une Libération du 26 mai 2012. Police Démontée.

Le printemps érable ressemble au printemps arabe. Répression comprise. Dans cette démocratie que l’on croyait avancée, des centaines d’étudiants ont été arrêtés, menottés et détenus pour avoir manifesté. Une loi d’exception, justement surnommée «matraque» et qui semble appartenir à la panoplie d’une dictature style Biélorussie ou Azerbaïdjan, limite désormais le droit de manifester, d’association et d’expression. Tout rassemblement de plus de 50 personnes est soumis à une autorisation de la police. Comme si la répression pouvait répondre à un mouvement de masse vivace et festif qui réunit étudiants protestant contre la hausse des droits d’inscription en fac et la société civile outrée par les méthodes du gouvernement. Comme pour les révolutions arabes, Twitter et les réseaux sociaux détournent cette loi scélérate qui a finalement décuplé le soutien au mouvement étudiant. Mais, le gouvernement de Jean Charest reste sourd, refusant de discuter des droits d’inscription, devenus le symbole d’un libéralisme qui gagne et corrompt la société québécoise, cet îlot de social-démocratie en Amérique du Nord. Les étudiants et leurs parents manifestent parce qu’ils sentent qu’un modèle de vivre ensemble est menacé. Comme le clame une chanson des rebelles : «On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter.»

Libération, François Sergent : “Symbole”.

Page du Libération du 26 mai 2012.

«Libérez-nous des libéraux.» Dans une chanson comique et engagée de 2004, les Loco Locass, un trio hip-hop québécois, francophone et souverainiste, réclamait déjà le départ de l’équipe gouvernementale. Sans effet. Au pouvoir depuis seulement un an, les libéraux de Jean Charest se moquaient alors des critiques de «la gogoche». En ce début de millénaire, le mouvement indépendantiste rassemblé dans le Parti québécois (PQ) n’était plus que l’ombre de lui-même. Le Québec semblait avoir renoncé à sa spécificité pour embrasser les valeurs des États-Unis. Magouilles. Une décennie plus tard, le Parti libéral est usé et englué dans les scandales. Les travaux d’une commission d’enquête, qui commence le 3 juin ses auditions publiques sur les magouilles dans le secteur de la construction, devraient éclabousser l’establishment du parti de Jean Charest. Avec ses amis, il a mené une politique à la Sarkozy, coupant dans tous les budgets, et diminuant les impôts des riches. «Prêt, pas prêt / la charrue Charest, acharnée / charcute en charpie la charpente de la maison qu’on a mis quarante ans à bâtir», chantaient les Loco Locass. Qui appelaient à l’aide. «Faut se ruer dans la rue, au printemps comme une crue / Faire éclater notre ras-le-bol, une débâcle de casseroles / trêve de paroles, faites du bruit ! / Un charivari pour chavirer ce parti.»

Huit ans plus tard, les étudiants sont dans la rue. Et derrière leur rejet des hausses des frais universitaires point celui d’une société libérale à l’anglo-saxonne. Et leur désir de défendre les derniers acquis de la Révolution tranquille des années 60, celle qui a fait du Québec, enfermé sous le double carcan d’un catholicisme francophone conservateur et d’une élite anglophone quasi coloniale, une société moderne. C’est de cette période que date la création d’une série d’universités francophones, accessibles à tous financièrement, qui a permis le développement d’une classe moyenne éduquée dans la Belle Province.

«Ce qui est en question maintenant sont les inégalités, pas seulement les frais de scolarité. Jean Charest a creusé un grand trou dont il sortira difficilement», soulignait vendredi, pour Reuters, Vincent Mosco, professeur de sociologie dans l’Ontario. Jean Charest fait profil bas. Plus question d’élections anticipées, qui, d’ordinaire, se tiennent un an avant la fin du mandat de cinq ans du Parlement provincial et auraient, par conséquent, pu déjà avoir lieu au printemps. Au plus bas dans les sondages, Charest aurait

décidé, dans la perspective d’un scrutin anticipé, de laisser pourrir le mouvement étudiant pour rassembler autour de sa personne les partisans de la loi et de l’ordre, estiment de nombreux commentateurs. Mais il est allé trop loin. La loi 78 qui punit d’amen-

des sévères les participants à des manifestations illégales lui a aliéné bien des sympathies. Le gouvernement a dû accepter de discuter avec les étudiants «alors qu’il avait espéré, comme De Gaulle en 1968, que des débordements violents retournent l’opinion en sa faveur», souligne le politologue français Gérard Fabre, de l’EHESS-CNRS.

Fleur de lys. L’équipe Charest souhaite une solution avant la tenue, en juin à Montréal, du Grand Prix du Canada de Formule 1, que les étudiants menacent de perturber, et l’ouverture de la saison touristique. L’opposition pourrait, à terme, y trouver son compte. Les jeunes défilent sous le drapeau à la fleur de lys, mais le Parti québécois, qui a longtemps gouverné la province, «n’est pas en mesure de cristalliser l’opposition au libéralisme», souligne Fabre. Toutefois, «le souverainisme pourrait avoir une nouvelle chance s’il incorpore des préoccupations comme la santé, l’éducation et l’écologie».

Libération, Hélène Despic-Popovic : “Punir et laisser pourrir, le choix risqué de Charest”.

Page du Libération du 26 mai 2012.

Pendant ce temps là…

La marquise Mario Roy est dans tous ses états à La Presse. Son château de la rue Saint-Jacques, dernier rempart de la “démocratie”, est assiégé d’une horde de révolutionnaires haineux, la rue, le peuple !

[…] Les principes fondamentaux qui civilisent les sociétés évoluées, prospères et pacifiques, c’est-à-dire la primauté du droit ainsi que la mécanique démocratique, ont pris un sale coup sur la gueule. Du jamais vu ici. Il est dorénavant légitime d’adhérer à l’idée d’un buffet de lois dans lequel chacun peut piger celles qu’il respectera. À l’idée, aussi, d’un pouvoir dévolu à la «rue» à partir d’un certain niveau de nuisance, d’intimidation et de violence.

Il s’agit d’un recul, non pas de quelques décennies, mais de quelques siècles.

De plus, une haine d’une nature inédite, irrationnelle, fanatique, s’est manifestée à l’endroit des médias traditionnels. En particulier à l’endroit de la fraction de ceux-ci qui ne sert pas quotidiennement des vivats enflammés au nouveau régime de droit et de gouvernance. Ce n’est pas anodin. Il sera difficile pour des années à venir de mener des débats à peu près sensés. Quant à la notion de respect, c’est une coquetterie de vieux mononc’ dont on n’entendra plus parler de sitôt.

Le dessert a été gardé pour la fin.

L’agitation des trois derniers mois a bien fait comprendre que toute réforme essentielle, mais exigeante, à laquelle pourrait songer un gouvernement à venir est dorénavant impensable. Elle sera rejetée par la «rue». Tout le monde a compris les nouvelles règles du jeu.

La Presse, Mario Roy : “Les séquelles”.

Mon analyse et commentaire : LOL.

IVe nuit de casserolage

J’y étais avec mon mari. Montréal, on t’aime en colère. Et ça met du baume sur le cœur.

Les casseroles déferlent

Douces nuits de Montréal

[UniversiTV.]

Lettre à Isabelle Maréchal

Car je trouve que c’est un bien désolant spectacle que nos chicanes de famille soient exposées ainsi au festival international de Cannes. Le délégué général du festival, Thierry Frémaux, s’est tout de suite demandé ce que pouvait vouloir dire ce petit carré rouge que lui tendait son jeune prodige, Xavier Dola.

Pour un Européen, ce carré rappelle celui des Brigades rouges, commando révolutionnaire mené par de jeunes Italiens rebelles qui en avaient contre le pouvoir et l’argent. Le mouvement des BR s’est éteint complètement discrédité. C’est une page sombre de l’histoire de l’Italie.

En Europe, le carré rouge fait aussi référence au drapeau rouge des communistes, emblème sanglant du peuple opprimé ! Bref, en résumé, que des histoires de feu et de sang qui ont mal tourné. La symbolique n’est pas légère. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe chez nous. Pas de quoi en faire tout un cinéma. Le pauvre patron du festival s’est retrouvé « avec une patate chaude » sur le veston.

[…] Notre crise du carré rouge se fait en ce moment sur le dos de la majorité silencieu­se, celle qui travaille, prend le métro et paie ses comptes. Cela n’a rien à voir. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour faire la différence.

Le Journal de Québec, Isabelle Maréchal : “Le carré de la honte”.

(Oh mon dieu, quelle idiote. Désolé, je ne trouve pas d’autre adjectif. Nou ne sommes plus dans le débat d’idées, nous sommes là dans la bêtise crasse.)

Le bien désolant spectacle qu’Isabelle Maréchal décrie dans son dernier billet se situe dans sa cour davantage que dans la mienne, en ce qui me concerne. Qu’elle réduise le “conflit social” actuel ou “crise sociale”, pour utiliser un vocabulaire plus factuel, à des “chicanes de famille” illustre parfaitement l’idée que certaines personnes de sa génération, et plusieurs générations confondues à bien y penser, se font de cette hausse des frais de scolarité devenue débat de société : une hausse mineure recyclée par de vulgaires anarchistes, ou plutôt des bébés-gâtés, comme prétexte au désordre civil et au brassage de marde récréatif. Ainsi, il paraît inacceptable pour un Québécois de porter le carré rouge à Cannes en ce sens où le Québec se couvre de ridicule en arborant les couleurs du communisme ou des Brigades rouges, entre autres, dans toute l’insouciance et l’inculture de sa jeunesse belligérante, et dont Isabelle Maréchal devrait assurer l’édification politique.

Mais non ; au Québec, à la lire, mieux vaut rester le nez dans sa pisse, l’inhaler profondément, sans trappes d’air ni puits de lumière, et jouer à l’autruche. Laver son linge sale en famille comme on dit, se chicaner à table, fenêtres closes. vec une lePourvu qu’on ne parle pas de nous, pourvu qu’on ne pense rien de mal de nous, Seigneur, pitié! pourvu que le monde ne se moque pas de nous, n’ait pas honte, le grand “monde” dont Isabelle parle, le Monde, même, attre majuscule, devant lequel il faut avoir de la tenue. Comme le gouvernement, tiens. Le gouvernement a belle tenue ; rejoignons-le : redressons nos échines, fouettons-les chevaux fous, taillons la haie qui dépasse, enfonçons le clou rebelle, prenons nos responsabilités et marchons droit devant, endormis au gaz individualiste, aveuglés par le danger de la bronca nocturne et la terreur de la casse de vitrines Payless Shoes, ou pis, Isabelle, de l’acné post-lacrymogène provoqué par les résidus dispersés dans l’air climatisé de 98,5FM rue de la Gauchetière — cet endroit où il y a deux ans, tu me demandais, pensant me tendre un piège, si l’homosexualité récurrente dans mes films m’était un thème cher parce que, peut-être, je n’étais pas hétérosexuel ; et tu pensais lever le voile, polémiste du matin, sur un mystère insondable.

Polémiste du matin, oui, ou chroniqueuse du soir ; investie du devoir de la Vraie Vérité ou du brûlot sensationnaliste, c’est donc à toi qu’on s’en remet pour faire la lumière sur l’état des choses, et dont on manque cruellement dans ce trou noir où l’on s’enlise avec Amir, Claude Legault, Guy A. et Christian Bégin… nous, personnalités osant houspiller l’État qui nous finance, nous ingrats, nous qui geignons sans bons sens, la bouche dégoulinante de crevettes trempées dans la sauce à cocktail dans les coulisses de Saturday Night Life comme Arcade Fire, le goulot irrigué au Roederer dans un Cannes festif et outrancier où, oui, nous dupons des gens comme Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes et de l’Institut Lumière, directeur affilié de la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, “le pauvre patron du festival” qui s’est “retrouvé avec «une patate chaude» sur le veston”, pour te citer. En effet, le pauvre Frémaux ne m’aurait poser aucune question avant d’épingler à son col ce symbole et de l’afficher à la presse internationale? Allons donc! Ce symbole, d’ailleurs, qui souille la mémoire des “colonies” – comme Maréchal y fait référence avec toute l’esbroufe opportuniste qui sert son propos – que l’ont a mis à feu et à sang ?

[…] Deuxième conclusion : quand on fait du cash, quand on va à Cannes, quand on assoit son cul dans l’caviar, à croire ce que les gens semblent croire, on doit renoncer du même coup à une idéologie, et à ses principes. Autrement, c’est contradictoire et de si mauvais goût! On devient cette gauche bien-pensante friquée qui “peut bien parler, elle”. En ce qui me concerne, je répondrai à Isabelle que j’ai payé de ma poche mon premier film, avec l’aide magnanime de ma famille, mes amis, mes collègues, et quelques bonnes gens qui croyaient en moi. J’ai payé le suivant des maigres profits de l’autre — sans, volontairement, le déposer auprès de l’État — et me suis vu allongé de l’argent par de généreux investisseurs envers qui je suis encore, à ce jour, endetté. Le troisième, après deux invitations à Cannes, a reçu, oui, l’aide de l’État, et une aide plus qu’appréciable, je dois dire. Mais j’ai dans cette oeuvre investi une partie de mon salaire à nouveau, sur laquelle j’ai payé de l’impôt, comme tout le monde. Il me reste à présent 13,000 dollars dans mes poches jusqu’à mon prochain contrat d’acteur ou de réalisateur. Je n’ai pas l’assurance pécuniaire d’une animation quotidienne à la radio, mais j’assume les choix que j’ai fait, et mène un train de vie agréable. Ça ne m’empêchera jamais, ô grand jamais, de prendre la rue pour défendre une idée sous le prétexte d’être un peu trop riche pour la penser, la dire, la crier. Et si à quarante quelques années passées, c’est ainsi que Maréchal conçoit le devoir politique et social, grand bien lui fasse : qu’elle reste dans son salon et qu’elle appelle les boeufs quand elle trouvera qu’on chante trop fort. Car comme aurait dit la chanson de Jacques Brel, “quand Isabelle dort, plus rien ne bouge.

[…] Il est grand temps, je pense, que certains chroniqueurs, journalistes et éditorialistes rétifs investis du devoir d’opinion cessent une fois pour toutes, quelle que soit leur position, dont ils ont la prérogative — de la même manière que Maréchal s’adresse à moi dans son article, avec condescendance, démagogie, maternité, parce que je n’ai que 23 ans — de traiter les leaders étudiants, et absolument les étudiants eux-mêmes, comme des bums, des fauteurs de trouble, des enfants-rois, et admettent, pour en finir avec cet accès de déni, que la crise que le Québec traverse en est une vraie, et une importante. Une qui, bien qu’elle ne rassemble pas toutes les mentalités sur son origine même — la hausse ou pas la hausse — peut désormais les rassembler sur un même point commun : que souhaitons-nous pour le Québec de demain ? Parce rien n’est plus sûr que le Québec de demain est celui que l’on brime, baffe, bat, asperge et fiche ce soir, à grands coups d’arrestations arbitraires et barbares, de la part de forces de l’ordre purement impulsives devant le chaos légitime d’une minorité majeure dont la patience a atteint ses limites. Car non, il n’y a pas que la patience du Montréalais insomniaque caché dans la tourelle de sa demeure sur Docteur-Penfield qui peut être éprouvée.

Justement, plusieurs citoyens des classes moyenne et supérieure, concernées peu ou proue par la dite hausse, rongés par la précarité imaginaire de son petit bonheur, sont quant à eux en scotomisation sur un temps rare, et doivent comprendre que la hausse n’est que la pointe de l’iceberg ; un iceberg hypothétique qui ne tient qu’à ceci qu’une majorité d’individus ouvrent la porte UNE fois au fascisme le plus subtil.

Les sondages du Journal de Montréal, et le très intéressant article d’humeur de Jean-Marc Léger du Journal de Québec intitulé Une loi qui divise, instruit le lectorat que son Québec échantillonné est plusieurs choses, dont notamment : en colère, écoeuré des manifs, de la violence, enragé par la radicalité de la loi spéciale, fataliste aussi devant son éventuelle efficacité, découragé par tous les chefs de tous les partis, ainsi que par l’incompétence du gouvernement Charest, préfère les associations étudiantes plus modérées dans leurs discours, s’attend à ce que le gouvernement se remette à table avec les étudiants pour poursuivre les négociations, et pratique à temps perdu le fil-de-ferrisme politique — une conclusion privée.

Victor Hugo disait : « On ne se compose pas plus une sagesse en introduisant dans sa pensée les divers résidus de toutes les philosophies humaines qu’on ne se ferait une santé en avalant tous les fonds de bouteille d’une vieille pharmacie. »

Vrai. Vrai aussi qu’avant les prochaines élections, il faudrait se faire une idée. Il faudrait, en bon québécois, se brancher, et encore et toujours envisager l’élection du “moins pire”. Je suggère en ce sens — on critique les grands-parleurs petits-faiseurs ces temps-ci, alors je suggère, je suggère — le choix d’un projet de société par le biais du choix d’un chef d’État. Je suggère que le Québec sache reconnaître que ce glissement ex-centré est une grave incartade, et suit la direction que le Québec a précisément, et massivement, décidé de ne pas prendre en rejetant Harper aux dernières élections.

Je suggère que le Québec ne se laisse pas faire. Je suggère que le Québec se tienne debout, sans hésitation. Je suggère que le Québec soit fier, et qu’à défaut d’être prêt à dire OUI, il sache à tout le moins dire NON.

Xavier Dolan, vendredi le 25 mai 2012.

Montréal, l’insoumise

Bien sûr, Montréal est rebelle, délinquante, insoumise. Il ne peut en être autrement. Montréal, c’est l’épicentre des contradictions sociales et nationales du Québec. Montréal, c’est le cœur militant du Québec.

Que Montréal se soit embrasée avec l’étincelle de la lutte étudiante ne devrait pas étonner. Montréal a été le quartier général du mouvement des Patriotes, la base combattante du Québec français, le principal bastion du mouvement indépendantiste. C’est chez les francophones de Montréal que le Oui a fait son meilleur score lors du référendum de 1995.

Montréal, c’est le point de ralliement, de convergence des forces du changement. Sans Montréal, le Québec ne serait qu’éparpillement, dispersion, sans point nodal.

Aujourd’hui, Montréal sort d’une longue torpeur. Le peuple de Montréal prend la rue. Montréal redevient la locomotive de notre combat. Nous devons clouer au pilori tous ceux qui essaient de la décrier, de placer un coin entre Montréal et le reste du Québec.

Montréal la révoltée attire les regards et suscite l’intérêt militant du monde entier. Que cette révolte s’élève d’un cran et se transforme en projet politique émancipateur de l’ensemble du peuple et c’est le Québec tout entier qui sera source d’inspiration et ferment de transformation sociale.

Vive le Montréal populaire et militant!

L’Aut’Journal, Pierre Dubuc: “Moi, je reconnais ma ville, Monsieur Rozon”.

Vieille folle

Je voudrais que les étudiants « aillent s’asseoir » (c’est l’expression la plus à la mode en ce moment) avec leurs parents et leurs grands-parents pour prendre le temps de discuter de la situation avec eux. Que chacun des jeunes manifestants se donne comme mission de rassurer les plus vieux car, en vieillissant, les humains qui se fragilisent deviennent plus inquiets devant les revendications, les opinions qu’il faut défendre, les soulèvements populaires et la moindre violence qui leur fait horreur. C’est pourquoi ils sont si faciles à manipuler par les politiciens qui depuis des décennies ont joué sur leurs peurs pour en faire des supporters soumis. Dites-leur que vous avez besoin de leur appui et profitez-en pour leur dire que vous les aimez ; ça leur donnera des ailes. Vous ne les reconnaîtrez plus. Ils en ont déjà tant fait pour vous. Ne me dites pas que vous ne le savez pas.

Pour conserver l’appui de la population, il faut que vos sorties ne mènent pas à des dérapages incontrôlés. Vous êtes assez nombreux pour vous assurer que les casseurs deviennent des anges de vertu. Il suffirait probablement de lever un mur de protection autour de chacun d’entre eux.

De quoi je me mêle ? Vous avez raison. Ça aussi il faut que vous l’appreniez par vous-mêmes. Un lecteur s’est donné la peine de m’écrire la semaine dernière pour me dire que je n’étais qu’une vieille folle. Ce sont ses mots. Je lui réponds qu’il a parfaitement raison. Je suis vieille, c’est vrai. Si je suis folle, c’est d’admiration pour ceux qui, comme vous, défient tous les Césars de ce monde.

Le Devoir, Lise Payette : “Une chanson dans la tête”.

[Jacques Michel, “Un nouveau jour va se lever” (1970).]

La révolution CUTV

La grande révolution médiatique du moment au Québec, c’est vraiment l’irruption dans le paysage de Concordia University Television. Tous les médias d’information télévisuels vont devoir repenser leurs moyens et modes de travail pour couvrir ce genre d’événements. Premier signe de vacillement, on a vu à plusieurs reprises RDI, la chaîne d’information continue de Radio Canada, reprendre le flux CUTV en direct pour peupler son écran, ses moyens lourds via satellite étant empêtrés dans le chaos de la ville (en remplaçant toutefois le son de CUTV par des invités plateau ou des journalistes par téléphone).

Cette séquence de la dernière nuit illustre le travail de CUTV, la web-télé étudiante (et illustre par ailleurs le travail de la police…) :

La plupart des journalistes professionnels et les observateurs des médias, bien que soulignant les risques de l’immersion permanente, le manque de recul, et la vocation militante clairement affichée de la webtélé, saluent l’innovation et le travail opiniâtre de l’équipe de CUTV.

[…] Biased and proud

The crew has become a minor celebrity of sorts amongst protesters and it’s not uncommon for them to be greeted with cheers of “CUTV! CUTV! CUTV!” when they arrive, gear in hand, at a protest site. (The Quebecor-owned TVA occasionally gets the less friendly, “Fuck TVA! Fuck TVA!”)

There’s no mystery to their popularity amongst protesters, many of whom feel unfairly represented by mainstream media outlets. The station is fervent defender of the student movement. In fact, they have been criticized by many who say their editorial stance goes too far.

Since the introduction of Bill 78, their reporters have referred repeatedly to being in a “police state” and living under “martial law.”

On the other hand, CUTV often skirts over instances of vandalism, or when bottles and rocks are lobbed at police. Some people online have said the coverage is best watched with the sound off.

But Marouf makes no apologies. He readily admits the station favours the striking students and their supporters.

“We’re not under any illusion that we are balanced,” he said. “We tell everybody that we are biased and we wear that bias proudly on our sleeve.”

Marouf said this approach is in keeping with the station’s mandate under the CRTC, which is to represent the student community. CUTV is now considering the possibility of livestreaming other events, such as the Charbonneau inquiry, which is examining allegations of corruption in the province’s construction industry and possible links with political parties.

If people want “the voice of the premier and the police and the university rector amplified a million times,” they can watch corporate media, he said.

“Our job is to give the other side,” he said. “There’s no shame in that.”

OpenFile, Benjamin Shingler: “How CUTV has become must-see TV during Quebec’s student strike.”

Vierge effarouchée

Voilà que Richard Martineau nous joue la scène de la vierge effarouchée. “Qu’ai-je fait pour mériter ça ?”.

Pauvre Ti-Rico, avec sa compagne qui se pose la même question “On me traite de salope, pourquoi ?”.

J’ai simplement exprimé des opinions que plusieurs personnes partagent aux quatre coins de la province.

Je n’ai pas dit qu’il fallait appeler l’armée, jeter les leaders étudiants en prison ou interdire les manifestations.

J’ai seulement défendu l’ordre, la loi et le respect des institutions. Et pour mémoire, j’ai écrit à de nombreuses reprises que je partage l’écoeurement de la population face à la corruption endémique qui semble gangréner le Québec.

Or, parce que j’ai osé écrire ça, on m’insulte, on me harcèle, on me hue quand je marche dans la rue, on me menace, on me traite de tous les noms, on est même venu manifester devant ma demeure, où j’essaie de mener une vie tranquille avec ma femme et mes trois enfants de 16, 13 et 4 ans.

Ça va pas, la tête ? Que s’est-il passé pour qu’on en soit arrivé là ?

On n’est plus capable de discuter ?

Quelle différence y a-t-il entre la loi 78 qui tente de circonscrire le droit de manifester, et l’attitude de ces militants qui tentent de circonscrire mon droit de m’exprimer ?

C’est la même mentalité…

Je ne suis pas le seul à me faire traîner dans la boue pour avoir osé exprimer des opinions qui vont à l’encontre de celles défendues par une certaine élite autoproclamée.

Il faut savoir que Ti-Rico, c’est en fait Ti-Trollator. Il enflamme les débats avec des gros trolls, se fait rembarrer avec vigueur, et hurle ensuite à la censure des élites bien-pensantes (toujours de gauche, bien évidemment).

Il ose se poser la question du “pourquoi je me prends de la merde dans la face ?”, quelle impudence… Je crois qu’il le sait fort bien, mais qu’il use de la posture de la vierge effarouchée afin, encore une fois, de taper sur la vilaine “gogoche” qui voudrait brimer “sa liberté d’expression”. Il n’est cependant pas tout à fait exclu qu’il soit sincère, auquel cas, il ne serait qu’un con un peu trop visible.

Mais non, il n’est pas un idiot. Moi-même ayant un certain temps usé du troll, je sais reconnaître toutes les ficelles de l’Art. À le suivre depuis bientôt dix ans, je vois bien qu’il maîtrise avec brio toute la subtile gamme du troll. Comparé à un grossier populiste de droite comme Stéphane Gendron, Richard Martineau fait figure de véritable artiste.

Un seul exemple, ce “tweet” qui restera dans l’histoire :

“Vu sur une terrasse à Outremont: 5 étudiants avec carré rouge, mangeant, buvant de la sangria et parlant au cellulaire. La belle vie !”

Là, je suis comme un juge de patinage artistique qui se lèverait, malgré les bienséances de sa fonction, pour manifester son émerveillement devant un quadruple boucle piqué parfait.

Je crains toutefois que Richard Martineau, grisé de ses succès trollesques, ait un peu perdu le sens des limites. Nous sous souviendrons au début de l’année de l’incident avec Maître Jacques Vergès, où Ti-Rico a accusé l’avocat de ne défendre que des antisémites et a terminé piteusement l’entretien la queue entre les jambes sous la menace d’une intervention policière.

Richard Martineau écrivait en 2005, alors dans Voir, “Ce qui est amusant, quand on est chroniqueur, c’est de brasser la cage, de prendre un sujet à rebrousse-poil, d’amener les lecteurs à questionner leurs certitudes et à voir la réalité sous un autre angle”. Certes. Mais tout est une question de dosage dans le ton, dans l’expression, et il faut aussi avoir une certaine solidité de ses opinions pour garder sa crédibilité. Quand tu changes d’opinion au grè des saisons et que tu insultes les gens en vitupérant dans tous les sens, tu perds tout crédit et tu deviens un clown pathétique. Une girouette.

Toujours en 2005, quand Jean Charest, qui avait promis le gel des frais de scolarité pour les études supérieures (LOL), avait coupé dans le régime des bourses d’études, une grève étudiante s’était automatiquement déclenchée. Ti-Rico écrivait alors :

Afin de sauver de l’argent, un gouvernement a décidé de sabrer dans l’éducation. Pire: il s’en est pris aux étudiants qui en ont le plus besoin…

Me semble que c’est clair, non? C’est une décision dégueulasse, que les jeunes ont parfaitement raison de dénoncer. […] Quoi? Vous me dites que cette grève est controversée, et que plusieurs personnes condamnent la réaction des étudiants? Come on, vous me niaisez! Je ne vous crois pas…

[…] Ça me fait penser à ce qu’on dit sur les assistés sociaux. “Ils ont rien qu’à arrêter de fumer et de manger des chips…”

C’est fou comme on doit être vertueux quand on est au bas de l’échelle sociale! Quand t’es assis tout en haut, pas de problème, tu peux avoir tous les vices possibles et impossibles. Mais quand t’es en bas, tu dois être plus catholique que le pape. Pas fumer, pas sortir, rester de glace devant le matraquage publicitaire qui t’incite à (sur)consommer, jamais te fâcher. Un vrai petit ange!

Si les coupures du gouvernement Charest pénalisaient les étudiants riches, pas de problème. Mais elles pénalisent justement ceux qui ont le plus besoin de l’aide de l’État.

Et vous dites qu’il y a encore des gens qui se demandent si cette grève est justifiée ou pas?

Wow.

On vit vraiment une époque formidable.

Ça me fait penser très précisèment à ce qu’on dit des étudiants de 2012 : “Ils ont rien qu’à arrêter la sangria et le iPhone”, ces “enfants gâtés”…

On vit vraiment une époque formidable.

Dany Laferrière aurait dit : “Richard Martineau vit intellectuellement au dessus de ses moyens. Il dépense plus qu’il ne possède. Et je crois qu’un jour, il fera faillite. Un huissier frappera à sa porte!”

Je crois que le temps de la faillite est arrivé.

À trop tendre la ficelle du troll, parfois, elle se casse…

Rafle à Montréal

La Presse : “Près de 400 arrestations à la 30e manifestation nocturne”.

The Gazette : “400 arrested in nightly Montreal student protest”.

Et à Québec aussi. Même tactique policière qu’à Montréal : la souricière.

Journal de Québec : “Vague d’arrestations à Québec”.

24-mai-2012-arrestation.

En photo, “dangereuse marxiste” arrêtée dans la rafle de Montréal. [Photo Olivier Pontbriand.]

P.S. Dernier bilan : 518 personnes arrêtées à Montréal, 176 à Québec.

Où va le Québec ?

La loi spéciale a fait monter la tension d’un cran. On ne connaît pas l’avenir, mais on sait qu’elle ne rétablira pas l’ordre. En tout cas, pas avant d’avoir transformé des milliers de jeunes en criminels.

« Vous n’aurez pas assez de juges, vous n’aurez pas assez de prisons », a prévenu une jeune fille.

Tout le monde le sait. La police. Les manifestants. Même notre ministre Jean-Marc Fournier le sait, lui qui fait semblant de confondre désobéissance civile et vandalisme, avec toute la subtilité d’un hippopotame essayant de jouer de la harpe avec ses pattes de derrière.

Les anglophones disent que la règle de base pour sortir d’un trou, c’est de commencer par cesser de creuser. Malheureusement, il faut constater que M. Charest et ses ministres n’ont cessé de commander d’autres pelles.

À quand une trêve ?

Le mot de la fin appartient à la pancarte d’un manifestant anonyme :

« Où s’en va le Québec, M. Charest? Je veux connaître votre itinéraire. »

Le Soleil, Jean-Simon Gagné : “La grande illusion du Québec”.

Carré rouge vu de France

Merci France 2. (Journaliste : Maryse Burgot.)

Le bruit des casseroles monte !

Grosse manifestation spontanée de casserolistes contre la loi 78 dans le quartier Villeray :

Casserolistes au carrefour Fleury-Saint-Hubert, quartier Ahuntsic :

Casserolistes au carrefour Jarry-Saint-Denis, quartier Villeray :

De mon côté, nous n’étions que quatre dans ma ruelle, mais ce fut une bonne occasion de rencontrer des voisins.

Conseil aux casserolistes : oubliez les cuillères en bois, ça casse… une bonne louche en métal, il y a rien de mieux.

« Ting ! Ting ! Ting ! » L’invitation à se joindre au mouvement « Nos casseroles contre la loi spéciale ! » s’est répandue au cours des derniers jours comme une traînée de poudre dans les réseaux sociaux, si bien que des dizaines de milliers d’indignés ont sorti hier soir leurs ustensiles, puis ont tapé… fort. Des personnes de tous âges — des tout-petits en pyjama enfreignant leur couvre-feu sous l’oeil complice de leurs parents aux mamies en bigoudis — s’en donnaient à coeur joie sur leur balcon ou dans la rue.

« On ne le prend pas, ce n’est pas compliqué ! », a fait valoir Linda Jolicoeur au coeur d’un attroupement de plus de 250 protestataires rassemblés à l’angle des rues Laurier et Fabre, à Montréal. La Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent, adoptée la semaine dernière par l’Assemblée nationale du Québec — 68 pour, 48 contre, comme se plaît à le rappeler le premier ministre Jean Charest — restreint sévèrement les libertés de manifestations à leurs yeux. N’hésitant pas à la comparer à la Loi sur les mesures de guerre proclamée durant la Crise d’octobre, Mme Jolicoeur juge la législation « trop sévère », « inutile » et « contribuant à amplifier la rage des gens ». « Je suis sans mot devant l’attitude du gouvernement », a-t-elle ajouté tout en donnant des coups de cuiller de bois sur son ustensile de cuisson.

À 20 h tapantes, des milliers de personnes, comme Linda Jolicoeur, sont sorties à l’extérieur tenant fermement une casserole et une cuiller n’attendant qu’un voisin fasse résonner les premières notes pour à leur tour entrechoquer leurs ustensiles. D’autres « casseroles » se sont agglutinées par dizaines à des intersections animées afin de faire entendre leur grogne à l’égard du gouvernement libéral, avant de mettre le cap vers la 30e manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité dans le centre-ville.

Du haut de ses six ans, Théo Pelletier et sa soeur cadette, Ève — surnommée affectueusement « Eille » pour sa personnalité affirmée —, ont aussi fait entendre leur mécontentement donnant consciencieusement des coups de cuiller sur leur bol. En milieu de soirée, ils se faisaient tranquillement à l’idée de se mettre au lit regardant avec envie des centaines de personnes défiler à proximité, dans la rue Masson. « Demain ! », a promis papa.

Le mouvement, né vendredi dernier dans les arrondissements Villeray, Saint-Michel, Parc-Extension, Rosemont, La Petite-Patrie, Mercier, Hochelaga-Maisonneuve et Le Plateau-Mont-Royal, embrassait hier soir Ahuntsic-Cartierville, le Sud-Ouest, Verdun et… Outremont, en plus de la Ville de Québec.

« Tapez dessus avec toute la rage que cette loi spéciale fait naître en vous ! », a lancé sur Facebook l’instigateur du mouvement de contestation, François-Olivier Chené. « J’ai lancé l’invitation sur Facebook dans la nuit de jeudi à vendredi au moment où il y avait les débats sur la loi spéciale. J’ai lancé la bouteille à la mer ne sachant pas qui allait répondre à l’appel », a-t-il expliqué.

Quelque 1000 personnes étaient associées publiquement sur le réseau social au groupe lorsque les premiers coups de casserole ont été donnés vendredi dernier à 20 h. Hier, ils étaient dix fois, vingt fois plus à participer à la démonstration de force aux quatre coins de la métropole.

M. Chené s’est dit « agréablement surpris » de l’engouement populaire suscité par son idée, mais du même souffle ne revendique pas le titre d’« organisateur » de ce tintamarre. « Ce n’est plus du tout de mon contrôle. J’ai lancé l’idée et tous ceux qui étaient intéressés l’ont reprise », a-t-il précisé. Le professeur de science politique au cégep de Saint-Hyacinthe — toujours en grève — a souligné le caractère « accessible » de cette action politique. « Ça permet à tous ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas participer aux manifs nocturnes… Parfois, ce n’est pas rassurant de voir ce qui s’y passe. »

Le Devoir, Marco Bélair-Cirino : “Grand tintamarre contre la loi 78”.

Gaétan Maudit pète sa coche

Complainte des chroniqueurs

Il y a des chroniqueurs au Québec pour déverser des torrents de merde sur les étudiants, encore aujourd’hui avec Lise Ravary au Journal de Montréal qui traite les étudiants contre la hausse de “demeurés”.

J’admets que traiter Sophie Durocher de “salope” n’est pas de la plus grande élégance, mais, franchement, je n’arrive pas à m’étonner de ce genre de réaction colérique, et qui demeure, il faut le souligner avec force, tout à fait isolée. Qui sème le vent, peut récolter la tempête… (Une observation jugée “pathétique” par l’intéressée.)

Entendons-nous bien, il est tout à fait condamnable de traiter Sophie Durocher de “salope” ou Richard Martineau de “mal baisé”, mais je comprends la frustration qui conduit à ce genre de débordements.

Quand on est une personne publique, on est exposé à tous types de commentaires, y compris les insultes gratuites. Quand on est une personne publique, dotée d’importantes tribunes médiatiques, qui fait état de positions politiques marquées et vigoureuses, on y est mille fois plus exposé que le blogueur en macramé. C’est juste inévitable. Il faut avoir le “cuir épais” pour s’engager dans ces carrières.

Sophie Durocher montre sur les grands chevaux de l’indignation : “C’est une attaque contre les femmes et le journalisme”. Une pancarte d’un hurluberlu dans une manifestation, et c’est soudain le féminisme et la liberté de la presse qui sont menacés, rien que ça. Mais ne soyons pas dupes, Mme Durocher monte en épingle cet incident pour encore asséner ses idées et accuse en totalité les étudiants contre la hausse : “Les carrés rouges (se) disent « étudiants et étudiantes » et se prétendent égalitaires, mais ils traitent de « christ de salope » une journaliste mariée avec un chroniqueur qui ne penche pas de leur bord.” Voilà, les salauds de rouges, tous derrière la pancarte, tous unanimes, tous complices.

Demain, reprenant les rhétoriques gouvernementales usées jusqu’à la corde, Mme Durocher va sans doute exiger que les Fédérations étudiantes condamnent unanimement cette pancarte si celles-ci ne veulent pas se voir dénoncer comme étant contre les femmes, contre la presse, contre la démocratie.

Je ne sais pas si Sophie Durocher est une salope — nous ne sommes pas intimes — mais je sais que Sophie Durocher n’a rien d’un conne… J’en vois pour preuve, si besoin était encore, son instrumentalisation à des fins idéologiques d’une petite pancarte insultante noyée au milieu d’une foule de dizaines de milliers de citoyens en colère…

Par ailleurs, cette même Lise Ravary nous décrit Sophie Durocher “une femme plutôt discrète, toute en retenue”. Hum… Ça se discute.

Bilan des 100 jours

[…] Ça fait donc plus de 100 jours que ça dure. Des centaines de manifs; plus d’un millier d’arrestations; une entente bidon avortée; une ministre sacrifiée; une loi spéciale très dure adoptée dans la cohue, et puis quoi ? Rien. L’impasse. Le gouvernement en « mode menace ». La police en « mode anti-émeute ». Les étudiants grévistes en « mode manif ».

[…] Depuis plus de trois mois, ce gouvernement a tout faux. Malgré le ton grave et confiant de celui qui ne reculera pas, ce gouvernement est dépassé et inadéquat.

Au début, il a mal évalué l’ampleur du mouvement, qui allait rapidement s’essouffler, pensait-on à Québec. Puis, le gouvernement a cru que la grève prendrait fin à Pâques. Ensuite, les libéraux ont tenté de diaboliser Gabriel Nadeau-Dubois. En vain. Ils croyaient par ailleurs être capables de mettre fin au conflit avec une entente mal fagotée et farfelue et comme rien de tout ça n’a fonctionné, ils ont cru faire peur aux étudiants avec une loi spéciale.

Bien sûr, le gouvernement n’a pas tous les torts. Les représentants des étudiants ont fait preuve d’une sacrée intransigeance par moments, mais à la fin, en démocratie, c’est le gouvernement qui doit régler les crises et assurer la paix sociale. Il y arrive avec la FTQ, notamment, qui est nettement plus intimidante que ne le seront jamais les étudiants.

On a appris il y a quelques jours que la FECQ et la FEUQ ont offert de parler des droits de scolarité, mais que l’ex-ministre Beauchamp leur a alors dit que ce sujet n’était pas négociable.

Ce gouvernement n’a pas été capable d’en arriver à une solution négociée. Il est maintenant incapable de forcer la fin de la crise avec une loi matraque. Que lui reste-t-il comme crédibilité, comme légitimité ?

La ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a dit hier que son cabinet tentait depuis jeudi de joindre les associations ! Come on ! Tous les étudiants ont des cellulaires (et boivent de la sangria à Outremont !), c’est bien connu ! Et puis, si la ligne est occupée, envoyez votre invitation formelle par l’entremise des médias, ce ne serait pas la première fois.

Au point où on en est, nous devrions enfermer tout ce beau monde dans une église (ça facilite le recueillement !) et ne les laisser en sortir que lorsque la fumée blanche du consensus s’échappera de la cheminée.

Il est peut-être trop tard, par contre. On se dirige peut-être vers 100 autres jours de grève, vers un trimestre définitivement foutu et vers un joyeux bordel en septembre.

Le principal problème, dans l’approche du gouvernement, c’est qu’elle est intransigeante, qu’elle est antagoniste. Vous portez le carré rouge ?  Vous êtes contre le gouvernement, contre le Québec même, et pour la violence; vous désobéissez ? Vous êtes un vandale ! Vous ne dénoncez pas la violence ? C’est donc que vous l’encouragez ! Vous n’acceptez pas la hausse ? Vous êtes contre le développement des universités !

Il y a un problème d’équilibre, de contrepoids dans l’approche de ce gouvernement. Ça commence au sommet de la hiérarchie, avec Jean Charest, qui a apparemment oublié qu’il est aussi ministre de la Jeunesse. Il a écouté la commission jeunesse de son parti, qui a produit de judicieuses recommandations au cours des dernières années, mais les leaders étudiants n’ont, semble-t-il, aucune légitimité à ses yeux.

Problème de contrepoids, aussi, à l’Éducation, qui est maintenant entre les mains de la présidente du Conseil du Trésor, dont le mandat premier est de réduire les dépenses de l’État.

Quant au ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, il est d’abord ministre de la Police dans cette crise.

Que la police arrête et neutralise les casseurs et les têtes brûlées, soit, mais qui protège les victimes collatérales qui se font tabasser et poivrer si généreusement, comme le démontrent les vidéos du week-end ? Qui protège un photographe de presse dûment identifié qui se fait cogner la tête par une brute en uniforme? Qui protège un restaurateur ou un dramaturge injustement maltraités, insultés et arrêtés ?

« La déontologie », a dit hier M. Dutil.

Faites-moi rire…

La Presse, Vincent Marissal : “Un gouvernement dépassé et inadéquat | Vincent Marissal | ”.

Les casseroles de Montréal

Tous les soirs, à 20h, pendant 15 minutes, munissez-vous d’une casserole ou de tout autre objet pouvant faire du bruit et tapez dessus avec toute la rage que cette loi spéciale fait naître en vous !

Dans des circonstances où la dictature chilienne a limité les attroupements illégaux à tout regroupement de plus de 4 personnes, les citoyens chiliens ont utilisé ce moyen pour exprimer leur colère. Inspirons-nous d’eux !

Groupe Facebook : Nos casseroles contre la loi spéciale !

Le Globe, Annie Dubé : “Villeray, je suis tellement fière de toi”.

Mon conseil : le wok a une très belle sonorité.

Russie préoccupée

The Russian Foreign Ministry has expressed concern over reports of violation of protesters’ rights in the United States and Canada.

The Foreign Ministry Ombudsman, Konstantin Dolgov, has levelled criticism at the mass arrests of Occupy Wall Street movement activists in Chicago and university students in Montreal, amid disproportionate use of force and riot control agents despite the fact that the protests were peaceful in character, particularly at the beginning. Dolgov voiced hope that the US and Canadian authorities will in future exercise maximum restraint in dealing with peaceful protests.

The Russian Foreign Ministry also hopes that the response by the US and Canadian authorities to peaceful protests will be ‘responsible’ and in compliance with these countries’ commitments under international law.

The Voice of Russia: “Russia concerned about protesters’ rights violations in US, Canada.

LOL ?

Martineau outré

Richard Martineau fait caca

[Dessin Yvon Roy.]

Qui, à longueur de temps, sème le vent, récolte la tempête…

100 jours

100 jours

J’y serai. Et vous ?

Et merci à ceux qui à New-York, Paris, Vancouver, Toronto, manifesteront aujourd’hui leur solidarité.

L’agenda de Charest

Que vise exactement Jean Charest? Que cherche-t-il à provoquer sur ce fond de crise sociale? Une crise politique majeure?

Pour déchiffrer son agenda caché, il faut considérer l’ensemble de la situation politique canadienne. Une lecture attentive de la presse anglophone démontre qu’un spectre hante toujours le Canada anglais : l’indépendance du Québec.

Pour aucune considération, le Canada ne veut revivre la « Grande frousse » de 1995. Et le Parti Québécois au pouvoir, même avec une Mme Marois que plusieurs indépendantistes trouvent trop hésitante, représente un risque majeur qu’on ne veut pas courir.

Aussi, tout doit être mis en œuvre pour empêcher l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois, qui ouvrirait la possibilité de la tenue d’un nouveau référendum.

La création de la CAQ de Sirois-Legault, téléguidé des milieux financiers de Toronto et d’Ottawa, était une première tentative en ce sens.

Charles Sirois est président du conseil d’administration de la CIBC, deuxième plus grosse banque au Canada et il faut également se rappeler que la CAQ a été propulsée à l’avant-scène par une série de sondages douteux et de pages frontispices promotionnelles de François Legault par les journaux de Quebecor.

Pierre-Karl Péladeau a forgé une solide alliance avec Stephen Harper. Sun média, sa chaîne de médias au Canada anglais, a mené campagne tambour battant pour le Parti conservateur lors de la dernière campagne électorale.

Mais, de toute évidence, la CAQ ne constitue plus une alternative crédible au Parti Libéral. Que faire alors? Reporter le Parti Libéral au pouvoir? Avec un nouveau chef? À la faveur d’une crise politique orchestrée de toutes pièces? L’histoire récente du Québec est riche de tels scénarios. Au cours des prochains jours, nous en rappellerons les principaux.

L’Aut’Journal, Pierre Dubuc : “Jean Charest a-t-il un « agenda caché » ?”.

Réveil brutal

Le Québec est une démocratie exemplaire. C’est Jean Charest qui l’a dit dans le journal samedi matin. Dans une publicité. Y’a rien de trop beau quand on paye pour s’assurer de pouvoir le dire.

Exemplaire. Le mot est audacieux. Provocateur même pour quelqu’un qui, comme moi, a mal à son Québec — et qui est loin d’en être fier aujourd’hui.

Il y a évidemment la loi spéciale, démesurément répressive, qui suscite ma colère et qui me fait honte, mais il y a plus, il y a pire : il y a ce que les quatorze dernières semaines ont révélé sur l’état de la société dans laquelle je vis.

J’ai depuis quelques jours la très désagréable impression que rien ne va plus. Comme si le Québec que je tenais pour acquis s’avérait une illusion. Je réalise à quel point des années de négligence d’un peu tout le monde et l’arrogance de quelques-uns ont fini par abîmer mon pays.

— Nous sommes devenus irritables; nous surréagissons à la moindre contrariété.
— Nous avons l’esprit critique endormi; nous nous contentons très souvent d’information aux allures de fast-food, sans questionner la véracité de ce qu’on nous présente comme la vérité;
— Nous avons perdu le tour de débattre; nous nous obstinons; nous heurtons des amitiés; ou nous préférons nous taire.
— Nous semblons avoir perdu confiance en nous; nous sommes en panne de grands projets collectifs.

Tout est comme si nous avions perdu l’envie de rêver d’un monde meilleur, d’inventer, de s’offrir en exemple au monde — sinon dans les publicités, et ça m’écoeure!

Heureusement, les étudiants qui ont manifesté.

Je pense qu’on avait perdu de vue que la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise et que les mécanismes sur lesquels elle repose doivent être continuellement mis à jour pour continuer à être efficaces. On a laissé la démocratie s’endormir.

[…] Le réveil est brutal.

Soudain, tout est devenu plus clair — grâce aux manifestants.

[…] Heureusement, il y a les jeunes, et les moins jeunes, qui manifestent encore, tous les soirs.

Ils me donnent confiance dans l’avenir, parce qu’ils sont là, plus créatifs et plus vigoureux que jamais.

Non, le Québec n’est plus la démocratie exemplaire qu’il a déjà été, mais on va se retrousser les manches pour qu’il le redevienne rapidement — et on va le faire avec les jeunes à part ça! Avec les jeunes et avec les artistes, parce que c’est la seule façon d’y arriver. La plus agréable aussi!

C’est ça qu’il est urgent d’affirmer. Haut et fort. Sur toutes les tribunes. Maintenant.

Et pour que toute ce réveil ne soit pas vain, il sera aussi essentiel d’aller voter, massivement, dès qu’on en aura l’occasion.

Jeux de mots et d’images, Clément Laberge : “Le réveil est brutal”.

Ils désobéissent

Arrêtez-moi quelqu’un

Arrêtez-moi quelqu’un ! “Nous nous engageons à continuer à lutter; à rester mobilisé·e·s, en vertu des libertés fondamentales. Si cela nous vaut des poursuites pénales en vertu de la loi 78, nous nous engageons à y faire face.”

Ostie qui me font chier !

Pauvre Lise… L’est pas contente. 434 piastres…

Vous pouvez aussi lire le témoignage de Nathaly Dufour.

Tu sors dans la rue, t’as une tête qui revient pas aux flics, paf, une amende de 500 piasses dans la face.

Pis réplique pas, sinon, t’es gazé et/ou tabassé.

Tu manifestes, c’est 634 $ :

aAmende SPVM

Québec : État policier.

Affichistes de la contestation

Murs de l'atelier affiches de l'école des Beaux-Arts, 1968.

On se souvient des affiches de mai 1968… même créativité à l’œuvre en mai 2012. L’inspiration semble directe.

Murs de l'atelier affiches à l'UQÀM, 2012.

Atelier affiches à l'UQÀM, 2012

SPVM, police politique

Le combat est avenir

L’École de la Montagne rouge est un collectif d’étudiants en graphisme à l’UQÀM.

P.S. Voir aussi le travail de Clément de Gaulejac.

Un grand tonnerre

Caquiste déçu

[…] Quel est le résultat de tout ça? Paix sociale?

La CAQ n’a passé que des amendements cosmétiques pour se donner une raison d’appuyer cette loi extrême qui ne passerait pas le test de la Cour supérieure, la Cour Suprême, ainsi qu’Amnistie internationale.

Je ne suis pas dupe de croire que l’appui à cette loi de la CAQ, vient de l’influence de l’aile la plus à droite de la défunte ADQ qui prend encore trop de place dans ce parti. Responsabilité, paix sociale. Je n’y crois pas, car cette loi risque d’étendre la contestation aux autres secteurs de la société qui en ont plus que marre du gouvernement et du Parti libéral.

En conclusion, François Legault et la CAQ ont joué un rôle dans la pièce de théâtre mise en scène par Jean Charest en légitimant cette loi et à mes yeux, la CAQ, François Legault et son aile parlementaire se sont discrédités pour des fins de stratégie électorale. Si c’est ça faire de la politique autrement, je passe mon tour. La CAQ, François Legault et tous ses députés devraient avoir honte aujourd’hui, du vendredi le 18 mai, car cette date a démontré hors de tout doute raisonnable que la CAQ est finalement un parti comme les autres.

Lettre de Guy Brosseau, ancien membre fondtaeur de la CAQ.

Mais si certains caquistes quittent, certains comme Mario Asselin assument. L’histoire s’en souviendra.

La CAQ est un croupion libéral opportuniste. Rien de plus qu’une escroquerie politique comme la défunte ADQ.

Lettre à La Presse

2012-une-lapresse-19-mai.

Lettre à Monsieur Crevier, président et éditeur de La Presse,

Christian Bégin au clavier. Comédien, auteur et citoyen, évidemment.

J’ai eu le plaisir de passer une soirée agréable en votre compagnie il y a deux ans maintenant. Peut-être vous en souvenez-vous. Échanges chaleureux, ludiques, éclairés; je vous trouvais sympathique et inspirant. Il y a de ces gens qu’on rencontre fugitivement et qui vous apparaissent intègres, qui vous inspirent spontanément confiance. Faut dire que je fais facilement confiance aux gens, que je suis souvent enthousiaste à l’idée d’aller à la rencontre, si brève soit-elle, de gens qui font dans la vie autre chose que moi et qui semblent le faire avec passion et sincérité.

En lisant votre journal depuis le début de cette crise étudiante, journal auquel je suis abonné depuis de nombreuses années, je ressens un malaise croissant avec la ligne éditoriale choisie par La Presse. J’y trouve une manipulation pernicieuse de l’information et un travail de propagande inquiétant. Samedi matin, le 19 mai 2012, vous atteignez des sommets de mauvaise foi et de détournement de l’opinion publique en faisant de votre première page un mensonge éhonté. Ce sondage tendancieux, dont la méthodologie est même contestée et expliquée plus précisément dans Le Soleil, laisse entendre que le Québec est massivement en faveur de la loi 78 et de la ligne dure choisie par ce gouvernement indigne et — c’est là que je considère que vous faites preuve d’une odieuse malhonnêteté — ce n’est que beaucoup plus loin dans l’article qu’on mentionne du bout des lèvres que ce sondage ne comporte aucune question relative au droit de manifester et qu’il a été tenu avant même que soit rendu public l’entièreté du contenu de la loi. De plus l’échantillonnage utilisé est fort contestable et ses résultats sont non probabilistes.

Je ne parle pas ici des éditoriaux de monsieur Pratte ou des commentaires de madame Gagnon et consorts qui sont désolants mais qui reflètent leur opinion que, vous aurez compris, je ne partage pas du tout et qui me découragent… et qui souvent me semblent dictées par de plus hautes instances… Mais bon… Ça se peut… C’est souvent dans l’ordre actuel des choses… malheureusement !

Vous comprendrez que je vous parle de manipulation volontaire de l’information. Je vous parle monsieur Crevier de DÉSINFORMATION et de propagande. Je vous parle d’un journal à la solde des puissants et qui outrepasse son droit à une ligne éditoriale en choisissant de trafiquer l’information.

Devant ce qui me semble odieux et malsain et pervers dans cet indicible détournement de l’opinion publique à des fins inqualifiables, je vous annonce monsieur Crevier que je me désabonne de votre journal et que je vais m’employer, de par l’image publique dont je jouis de par le métier que j’exerce et qui m’offre des fenêtres de visibilité une peu plus grandes, que je vais m’employer donc à inviter les gens tout aussi inquiets et en colère que moi devant ce manque de rigueur journalistique et d’honnêteté à en faire autant.

J’appellerai à un désabonnement massif de votre journal. Cela aura l’effet que ça aura et sûrement que ça ne vous inquiète pas beaucoup mais, vous comprendrez que je ne peux me taire devant cet affront fallacieux…

Nous vivons des temps sombres vous ne croyez pas ? Pourquoi contribuer si malhonnêtement à l’obscurantisme ambiant ?

Christian Bégin.

Premières cicatrices

Depuis le début de la grève, Gabriel prend part au mouvement étudiant et aux manifestations contre la hausse des droits de scolarité. Même s’il sait que je paierai ses études jusqu’à la toute fin de son doctorat en médecine, même s’il n’aura pas à débourser une seule cenne pour enrichir sa tête et son esprit, il fonce dans le tas avec ses camarades, en sachant aussi que le combat est maintenant tout autre. Il croit à la solidarité, il sait la chance qu’il a, il a envie de redonner un peu de cette chance à d’autres qui en ont moins. Il désire ardemment que cette société de marde change. Je l’y ai toujours encouragé. Hier soir, il a désobéi au pouvoir et à l’autorité en place en prenant part à la manifestation. Alors que l’esprit était à la fête et à la camaraderie, les policiers ont pris d’assaut la place Émilie-Gamelin. Il a eu peur pour sa sécurité. Mais il y est quand même demeuré aussi longtemps que possible. Parce qu’il a des convictions, parce qu’il sait que c’est grâce à des gestes comme ceux-là que le monde deviendra meilleur, plus juste. Voici la fin d’une note qu’il a écrit sur Facebook à son retour:

C’est drôle à quel point voir de la brutalité policière avec nos propres yeux laisse une cicatrice sur la conscience, une peur empoisonné qui laisse un goût amer dans la bouche et qui nous tue lentement.

Y a pas pire souffrance que celle de savoir son enfant mal. Mais malgré mes tripes qui se froissent à chaque fois qu’il met le pied hors de la maison, je sais qu’il le fait parce qu’il y croit et je m’incline devant sa force et son courage. Le gouvernement et la société de moutons nombrilistes peuvent bien me pointer du doigt en me traitant de parent indigne. J’en ai rien à foutre et je les emmerde. Parce que c’est grâce à des jeunes comme Gabriel qu’on finira par se sortir de cette mascarade sociale. C’est grâce à des jeunes comme lui qu’on mettra fin aux abus, à la corruption, aux inégalités et à l’injustice.

Désobéir, contester et crier son indignation, ça fait grandir et évoluer, qu’on ait 7 ou 77 ans.

Parce qu’y a pas juste les chips qui sont croustillantes !, Patrick Dion : “Désobéissance civile”.

Les terrasses de Montréal

2012-cafe-st-roch.

Intervention policière… au milieu des pichets :

Les policiers sont même intervenus sur les terrasses, selon le propriétaire du bar Le Saint-Bock, rue Saint-Denis, interrogé par Radio-Canada. Il a raconté que les policiers étaient intervenus directement dans son établissement, utilisant même des gaz lacrymogènes pour déloger des clients de sa terrasse, dont plusieurs sont partis dans l’urgence, sans payer. Il a affirmé que des serveuses, incommodées par les gaz, devraient probablement quitter le travail. Il a expliqué qu’il consulterait ses avocats pour déterminer la suite des choses.

Radio-Canada : “La 26e manifestation nocturne donne lieu à 69 arrestations”.

J’ai suivi la manifestation cette nuit sur CUTV live et sur Twitter, la couverture des événements étant indigente (et parfois mensongère) sur les chaînes de télévision traditionnelle.

J’ai vu beaucoup de violence policière, de la violence gratuite, des victimes choisies un peu au hasard, même des touristes.

J’ai vu une grande incompétence des forces policières à isoler les rares excités, faisant presque toujours le choix de l’intervention massive et non discriminante. Pour le plaisir de frapper ?

J’ai vu aussi un total manque d’organisation des manifestants, qui prêtent le flanc aux dérapages policiers.

J’ai vu beaucoup de larmes, et ce n’était pas les gaz.

Je me suis couché nauséeux.

tweet-touriste-montreal-2012.

Idée de manif : réunissez-vous à un point, puis divisez-vous par groupes de 40 personnes et sillonnez la ville (en respectant les sens uniques). Ce sera légal (pas d’itinéraire à déposer).

2012-violence-montreal-spvm.

2012-violence-montreal-spvm-1.

[Photos Olivier PontBriand, La Presse.]

Lesbienne pas belle

Tweets de Thomas Gerbet dans la nuit du 16 au 17 mai.

Témoignage de Thomas Gerbet, journaliste à Radio-Canada :

Aux alentours d’une heure du matin, alors que la foule était dispersée et que les agents procédaient à des arrestations massives, Bruno Maltais et moi-même nous sommes postés à quelques mètres des événements pour prendre des photos. Nous étions à une distance raisonnable, environ une dizaine de mètres. Un policier nous a demandé de nous écarter en pensant certainement que nous étions des manifestants. Nous avons présenté notre carte de presse, mais il a dit que ça n’avait pas d’importance.

Alors que nous ne bougions pas pour finir de prendre des photos, le ton est monté, il nous a crié dessus. Il a avancé sur nous avec sa matraque tenue à deux mains. Nous nous sommes écartés sur le trottoir d’en face, mais ça ne semblait pas être suffisant pour d’autres de ses collègues qui nous ont écartés plus loin en nous poussant avec leur matraque tenue à deux mains devant eux.

Quelques minutes plus tard, j’ai été témoin d’un policier qui a insulté une manifestante de “lesbienne” puis de “pas belle”. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis donc arrêté pour observer la scène. Bruno a tenté de filmer. Le policier nous a crié de “dégager”. Nous avons alors spécifié que nous étions journalistes.

Il est venu très proche de mon visage et m’a demandé ma carte de presse de manière insistante et intimidante. Il a dit que nous ne sommes pas des journalistes, car nous utilisons des “iPhone” comme les autres manifestants. On a essayé de lui expliquer que ce sont les nouveaux outils de travail, mais il a dit qu’on n’a rien à faire derrière leur dos, qu’on les dérange. Il semblait visiblement à bout et aussi contrarié qu’on ait assisté à la scène de l’insulte. L’agent a répété que, pour lui, nous ne sommes pas des journalistes.

Le ton est un peu monté et j’ai demandé son matricule (qui n’était pas affiché). Il n’a pas voulu le donner et a été voir son responsable avec nos cartes de presse. Ce dernier nous a traités comme des moins que rien en nous faisant la leçon sur ce que l’on doit faire et ne pas faire comme reporter, qu’on est toujours dans leurs pattes, qu’on ne comprend pas leur travail, etc. J’ai de nouveau exigé le matricule du premier agent. Il m’a dit: “tu te comportes comme eux, les manifestants, qui demandent nos matricules”.

Je me suis senti intimidé et brimé dans mon travail.

Via Projet J, observatoire du Journalisme.

Le major Isoré

Stéphane Hessel en France, Jean-Pierre Isoré au Québec…

Ne manquez pas la fin de la vidéo.

La jeunesse n’a pas toujours raison

[…] Vite surnommée loi-matraque. À côté de cela, l’augmentation des frais de scolarité ne parait plus grand chose. Indignation à gauche. “Infâmie”, “abus de pouvoir”.

Charest veut écraser le mouvement étudiant. Réussira-t-il ? La désobéissance civile s’annonce…

On attend encore les communiqués des partis de gauche français pour soutenir nos cousins d’outre-Atlantique…

Les corrompus liberticides du PLQ feraient bien de songer à la phrase prononcée par François Mitterrand à l’Assemblée Nationale le 8 mai 1968 :

“Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.”

Le blog de VinZ : “Québec : printemps érable et loi 78”.

Girouettes politiques

[…] Il apparaît particulièrement ironique que la hausse des droits de scolarité soit devenue une affaire non négociable, un point central de la crise. Car c’est peut-être le sujet à propos duquel les chefs de parti ont le plus souvent changé d’avis, au gré de leurs ambitions personnelles.

Jean Charest était pour le dégel des droits de scolarité en 1998. Contre en 2002. Pour en 2007. Pauline Marois était pour le gel en 1995. Contre en 1998. Pour en 2005. Contre en 2007.

Quant au chef de la CAQ, François Legault, il approuve désormais la hausse des droits avec tout l’enthousiasme d’une bonne soeur amourachée d’un bénitier dans lequel Jésus aurait peut-être fait pipi. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

« Le gel des frais de scolarité doit être maintenu […], disait M.Legault, en février2004. C’est vrai qu’ils sont bas au Québec par rapport au reste du Canada. Mais dans bien des pays d’Europe, comme la France, les frais de scolarité [ne] sont rien par rapport au Québec. Et je suis de cette école de pensée, à l’effet qu’il faut avoir les frais de scolarité les plus bas pour faciliter l’accessibilité. C’est notre jeunesse qu’on forme, nos leaders de demain. Et si des gens, par leurs études, remplissent des professions bien rémunérées, […] alors ils vont payer plus d’impôt et acquitter leur dette à la société. »

M. Legault ajoutait que le gel constituait un exemple de la « gauche efficace » qu’il voulait incarner.

Étonnant, n’est-ce pas ? Mais il est vrai qu’en 2004, M. Legault faisait partie d’une autre troupe de théâtre, celle du Parti québécois.

[…] Sûr que le Québec n’a pas présenté un visage aussi inquiétant depuis la crise amérindienne de 1990. À côté de cela, même le référendum de 1995 ressemble à un pique-nique en famille, par un beau dimanche d’été, en compagnie de Bob le bricoleur.

Comment pourrait-il en être autrement ? En trois mois, le premier ministre n’a jamais trouvé les mots pour calmer les uns et les autres. A-t-il seulement essayé ? On attendait l’homme d’État. On a eu droit à une mauvaise caricature de vendeur d’aspirateurs. Ricanant, partisan à l’excès et souvent indigne de sa fonction.

Qu’à cela ne tienne. À défaut d’une ronde ultime de négociation, M. Charest a choisi le gros bâton. Et si d’aventure ses paris tournent mal, il lui restera toujours le programme absurde du dramaturge Bertolt Brecht. « La jeunesse du Québec n’est pas à la hauteur, dirait-il. Il faut une loi d’urgence pour l’abolir et pour en élire une meilleure. »

La Presse, Jean-Simon Gagné : “À quand une loi pour interdire la jeunesse ?”.

Merci Nathalie, Xavier et les autres

The team behind ‘Laurence Anyways’ attends the film’s premiere in Cannes, France.

[Photo Gareth Cattermole/Getty Images.]

Abus de pouvoir

Le gouvernement Charest a choisi de dénouer la grève étudiante sur les droits de scolarité par la manière forte, suite logique de sa gestion d’une crise qu’il n’a jamais comprise ni maîtrisée. Son scénario était mauvais et la conclusion de l’histoire ne peut qu’être lamentable. Nous la dénonçons.

Les seuls mots qui peuvent qualifier la loi numéro 78 adoptée hier par l’Assemblée nationale pour assurer un retour aux études sont ABUS DE POUVOIR. S’il fallait une loi pour assurer les conditions d’accès à l’enseignement, ce qui était nécessaire en soi, rien ne justifiait de suspendre les droits démocratiques fondamentaux de l’ensemble des citoyens québécois, tel le droit de manifester qui sera désormais soumis à des conditions et des contrôles exercés arbitrairement par les corps de police.

Pourquoi un tel excès d’autorité ? On ne peut que remarquer que, dans l’histoire du Québec et du Canada, deux États démocratiques dotés de chartes des droits et libertés qu’on porte fièrement à la boutonnière, la tentation autoritaire est présente dès que la tension sociale croît. Elle est le corollaire de la peur engendrée par la faiblesse des autorités en place. Les exemples sont nombreux. Il y a bien sûr la Crise d’octobre, mais aussi l’abus de force des policiers lors du sommet du G20 à Toronto il y a deux ans. Dans le cas présent, cette faiblesse a été démontrée par l’incapacité du gouvernement Charest à régler par le dialogue cette crise.

Ces tentations autoritaires, nous avons toujours cru au Devoir qu’il fallait les dénoncer, même s’il fallait être seul contre tous. C’est ce qu’avait fait avec courage en 1970 Claude Ryan lorsque fut imposée la Loi sur les mesures de guerre. Le respect des droits fondamentaux fait partie de nos valeurs. Nous avons toujours été préoccupés par le destin collectif de notre société, mais tout autant soucieux d’assurer aux individus une protection contre les abus et dérives de l’État. Les voix qui protestent contre ceux contenus dans la loi numéro 78 sont nombreuses. Le gouvernement Charest a bien accepté quelques amendements à son projet de loi, mais la loi telle que votée va trop loin.

Le mépris ressenti par les groupes étudiants, et qui a fait obstacle à de saines négociations de toutes parts réclamées, s’articule aujourd’hui dans une loi porteuse d’arrogance et d’une volonté affirmée de casser une crise devenue hors de contrôle, alors qu’il s’agissait au départ d’un désaccord politique comme le Québec en a souvent connu. Pour les étudiants, cette loi est une « déclaration de guerre ». Pour les groupes sociaux, c’est l’occasion saisie par l’État pour miner des droits fondamentaux. La contestation juridique qui s’annonce sera vive.

L’idée d’une pause dans cette escalade insoutenable, par suspension des cours, eût suffi. Mais non. La dégaine est excessive : elle heurte de plein fouet des droits aussi cruciaux que ceux de l’expression et de la manifestation, bafouant la démocratie. Elle déborde du cadre habituel de la dissuasion avec des amendes outrancières - pour des étudiants qui dénoncent une hausse des droits ! Elle menace l’existence des groupes étudiants, leur nie tout rapport de force par voie de grève en faisant du droit à l’éducation le principe suprême, écorchant du coup le droit d’association. Elle incite à la délation. Sombre dans la dangereuse insignifiance en s’en prenant aux carrés rouges. […]

Le Devoir, Bernard Descôteaux, Josée Boileau, Jean-Robert Sansfaçon, Marie-Andrée Chouinard, Serge Truffaut : “Loi 78 - Abus de pouvoir”.

Petit opportuniste médiocre

C’est faire peu de cas tout ceux et celles qui quotidiennement essaient de se battre contre l’ignorance et la bêtise de cette droite qui ne voit dans le système d’éducation qu’un repaire d’enfants gâtés. Lisez sur tous les journaux, les blogues, les commentaires de ces apôtres des Martineau et consorts. Comptez les fautes des anti-grèves. Vous aurez une bonne idée de ce pourquoi ils n’aiment pas les étudiants et l’éducation en général.

Et voilà précisément ceux à qui les libéraux veulent donner un os.

M. Charest est le premier premier ministre à égaler les trois mandats consécutifs de Maurice Duplessis. Celui là même qui avait fait du Québec le champion de la sous-scolarisation en Amérique du Nord. Duplessis disait que l’éducation, c’est comme la boésson, y’en a qui portent pas ça. Il aimait bien les lois matraques aussi. On se souvient aussi comment les entrepreneurs en construction finançaient ses somptueuses campagnes électorales.

J’ai toujours eu un fond d’estime pour M. Charest que j’ai souvent croisé il y a 25 ans. On était pas du même bord, mais bon, la politique crée des adversaires, me disait-il, pas des ennemis.

C’est bien dommage, monsieur Charest, mais votre mépris pour mes étudiants, surtout les plus éveillés paraît trop. Votre loi, votre impéritie envers cette mision fondamentale qu’est le fonctionnement normal des institutions d’éducation qu’on ne peut régir à coup d’injonctions ou de lois trahit ce que vous êtes au fond.

Un petit opportuniste aussi médiocre que ceux qui vous protègent sont puissants.

Je vous déteste maintenant.

Addendum après lecture de la loi. Tu es pire que je pensais, petit Pinochet. Je te vomis, toi et ta bande. 

Les dits du magoua : “Ras le bol”.

Vendredi noir

D’ici moins d’une heure, la loi sale sera votée.

Ce blogue versera de facto dans l’illégalité. Il continuera à relayer si nécessaire les appels à la résistance, à l’action contre l’arbitraire, à la désobéissance civile.

Désobéissance civile

« Lorsque les lois deviennent injustes, parfois il faut désobéir et on est en train de réfléchir sérieusement à cette possibilité-là », a-t-il déclaré vendredi, à Québec, lors d’un point de presse conjoint avec les représentants des autres associations étudiantes et des grandes centrales syndicales.

« La répression policière ne nous a jamais effrayés. Ça ne commencera pas aujourd’hui avec ce projet de loi là. Les manifestations vont continuer, dès ce soir, j’en suis convaincu, tous les soirs s’il le faut. Il n’est pas exclu d’appeler à désobéir à cette loi. Il y a probablement une annonce qui va être faite concernant cela aujourd’hui », a-t-il ajouté. Est-il prêt à faire de la prison, lui a demandé un journaliste? « On verra », a lâché M. Nadeau-Dubois.

Le président de la CSN, Louis Roy, a dénoncé cette loi « pitoyable » que le gouvernement Charest s’apprête à adopter. Une loi « écrite par des mononcles impuissants », a-t-il renchéri. « On n’invite pas notre monde à défier la loi mais si vous pensez que vous avez une cause, bien, manifestez! On n’incite pas nos membres à désobéir, on incite nos membres à faire respecter nos droits », a-t-il nuancé.

« Souvent, les lois sont légales mais illégitimes et il y aura une réflexion à faire », a répondu à cet égard le président de la FTQ, Michel Arsenault. « Cette loi-là est guidée par la hargne, par la colère et la revanche du parti Libéral et du premier ministre Charest. Les amendes sont injustifiées. Ça n’a aucun sens dans une société démocratique… On n’est pas en Corée du Nord! », s’est-il insurgé, ajoutant qu’on est « dû pour élection ».

Disant essayer de contenir sa propre colère, le président de la CSQ n’a pas réussi à atteindre son objectif lors du point de presse, s’enflammant autant que ses confrères. « Ce n’est pas la première loi spéciale à laquelle on est confrontés comme syndicalistes (…) mais aussi loin qu’on puisse reculer, je n’ai jamais vu une loi aussi perfide que celle-là. Pour la première fois dans ma courte vie, je pense que tout est noir ce matin. Les conservateurs à Ottawa ont maintenant des leçons de law and order d’extrême droite à recevoir du Parti libéral du Québec », a-t-il laissé tomber.

« Le ministre Gignac nous faisait la leçon pour nous dire qu’on n’est pas dans une dictature mais je vais vous dire que c’est digne d’une république de bananes. J’espère que le bon sens les rattrapera avant la fin de la journée. »

Journal de Québec, Jean-Luc Lavallée : “La CLASSE songe à la défier”.

Pour un printemps

Pour un printemps.

Poutine, Charest, même combat

Moscou, Montréal, mêmes lois répressives.

Le parti au pouvoir Russie unie veut imposer de lourdes amendes aux organisateurs ou “participants actifs” de manifestations non autorisées, le Parlement devant se prononcer mardi alors que l’opposition multiplie les initiatives contre le régime de Vladimir Poutine.

Dernière annonce en date dans la floraison d’actions symboliques lancées depuis deux semaines pour incarner la résistance au régime, un groupe de poètes moscovite a appelé au rassemblement vendredi pour lire des vers devant un monument à Ossip Mandelstam, mort dans les camps staliniens en 1938.

Il y a une semaine, ce sont des écrivains russes qui menaient une “promenade” dans Moscou avec au moins 10.000 sympathisants, au motif de reprendre possession de la rue. Samedi, ce sont des peintres qui doivent les imiter avec une exposition itinérante.

[…] Mais le parti au pouvoir Russie unie, majoritaire à la Douma, a aussi entrepris d’adapter la loi pour lutter contre les rassemblements “illégaux”, en déposant un projet de loi prévoyant des amendes allant jusqu’à un million de roubles (25.000 euros) pour les organisateurs ou “participants actifs” à des manifestations non autorisées.

Le vote en première lecture sur la nouvelle loi était prévu vendredi. Il a été reporté à mardi mais maintenu malgré les protestations de l’opposition parlementaire.

[…] Le chef du groupe parlementaire Russie unie, Andreï Vorobev, a accepté de diminuer le montant des amendes pour le ramener à 500.000 roubles (12.500 euros) pour les personnes physiques.

“Ce sera une juste punition”, a-t-il estimé en ajoutant: “Il n’y a aucune restriction dans notre pays à la tenue de manifestations”.

La police russe a dispersé mercredi un campement installé par l’opposition dans le centre de Moscou et indiqué qu’elle ne tolèrerait aucune autre action de ce type.

Libération : “Russie: le parti du président Poutine prévoit d’énormes amendes pour les manifestants”.

Principales dispositions de la loi 78

projet-loi-78-2012.png

Dispositions relatives aux établissements d’enseignement

Les universités et collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP), actuellement touchés par des mouvements de grève, sont fermés, les cours y sont suspendus. La reprise des cours se fera entre le 17 et le 30 août, suivant les établissements.

Ces dates imposées de reprise pourront être ultérieurement modifiées avec l’accord de la ministre de l’Éducation.

De fait, cette mesure rend caducs les jugements d’injonction précédemment délivrés pour contraindre à la reprise des cours dans certains de ces établissements. (Cf. Article 31).

Tout salarié d’un établissement demeuré ouvert doit se présenter au travail. Il doit “accomplir tous les devoirs attachés à ses fonctions, conformément aux conditions de travail qui lui sont applicables, sans arrêt, ralentissement, diminution ou altération de ses activités normales.” — Article 11.

Il est interdit à toute association de salariés et à ses membres de participer à une “action concertée” pouvant contrevenir à l’accomplissement des tâches normales des salariés. — 12.

“Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver le droit d’un étudiant de recevoir l’enseignement dispensé par l’établissement d’enseignement qu’il fréquente, faire obstacle ou nuire à la reprise ou au maintien des services d’enseignement d’un établissement ou à l’exécution par les salariés de leur prestation de travail relative à ces services, ni contribuer directement ou indirectement à ralentir, altérer ou retarder la reprise ou le maintien de ces services ou l’exécution de cette prestation.” — 13.

“Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver l’accès d’une personne à un lieu où elle a le droit ou le devoir d’accéder pour y bénéficier des services d’un établissement ou pour y exercer des fonctions. Sans restreindre la portée du premier alinéa, toute forme de rassemblement qui pourrait avoir pour effet d’entraver un tel accès est interdite à l’intérieur d’un édifice où sont dispensés des services d’enseignement par un établissement, sur un terrain où est situé un tel édifice ou dans un rayon de 50 mètres des limites externes d’un tel terrain.” — 14.

Une association d’étudiants doit prendre les moyens appropriés pour amener les étudiants qu’elle représente à ne pas contrevenir aux articles 13 et 14. Il en est de même pour une fédération d’associations à l’égard des associations d’étudiants qu’elle regroupe et des étudiants représentés par ces dernières.

Dispositions relatives aux manifestations publiques

“Une personne, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation de dix personnes ou plus qui se tiendra dans un lieu accessible au public doit, au moins huit heures avant le début de celle-ci, fournir par écrit au corps de police desservant le territoire où la manifestation aura lieu les renseignements suivants :
1. la date, l’heure, la durée, le lieu ainsi que, le cas échéant, l’itinéraire de la manifestation;
2. les moyens de transport utilisés à cette fin. Le corps de police desservant le territoire où la manifestation doit avoir lieu peut, avant sa tenue et aux fins de maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique, ordonner un changement de lieu ou la modification de l’itinéraire projeté; l’organisateur doit s’y conformer et en aviser les participants.” — 16.

“Une personne, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation ainsi qu’une association d’étudiants ou une fédération d’associations qui y participe sans en être l’organisateur doit prendre les moyens appropriés afin que la manifestation se tienne conformément aux renseignements fournis en application du paragraphe 1 du premier alinéa de l’article 16 et, le cas échéant, de l’ordre donné en application du deuxième alinéa de cet article.” — 17.

Mesures administratives

Si un établissement est bloqué avec la participation d’étudiants, le chef d’établissement doit relever leurs appartenances syndicales et “le ministre peut ordonner à l’établissement de cesser, malgré toute disposition contraire, de percevoir la cotisation fixée par cette association d’étudiants ou par toute association d’étudiants qui lui succède et de lui fournir gratuitement un local, du mobilier, des tableaux d’affichage et des présentoirs. Cette cessation vaut pour une période égale à un trimestre par jour ou partie de jours durant lequel il n’a pas été possible de dispenser les services d’enseignement en raison de ce manquement.” — 18.

Les mêmes mesures d’appliquent aux fédérations “si le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport constate qu’il y a eu manquement de la part d’une fédération d’associations à une obligation prévue par la présente loi et que ce manquement a eu pour effet de, ne pas permettre que des services d’enseignement soient dispensés à des étudiants qui y ont droit.” — 20.

“Une association d’étudiants d’un établissement et une fédération d’associations dont fait partie cette association d’étudiants sont solidairement responsables du préjudice causé à un tiers en raison d’une contravention à l’article 13 ou à l’article 14” — 22.

Constitue notamment un préjudice, tout coût additionnel ou toute perte de gain assumé par quiconque, notamment un étudiant, un établissement ou l’État. — 23.

Dispositions pénales

Quiconque contrevient aux dispositions principales de la loi est passible d’une amende de 1 000 $ à 5 000$.

S’il s’agit soit d’un dirigeant, d’un employé ou d’un représentant, incluant un porte-parole, d’une association d’étudiants, d’une fédération d’associations ou d’une association de salariés, soit d’un dirigeant ou d’un représentant d’un établissement, soit d’une personne physique qui organise une manifestation, cette amende est portée aux sommes de 7 000 $ à 35 000$.

S’il s’agit soit d’une association d’étudiants, d’une fédération d’associations, d’une association de salariés ou d’un établissement, soit d’une personne morale, d’un organisme ou d’un groupement qui organise une manifestation, de 25 000 $ à 125 000 $.

En cas de récidive, les amendes sont doublées.

“Quiconque, par un acte ou une omission, aide ou, par un encouragement, un conseil, un consentement, une autorisation ou un ordre, amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction et est passible de l’amende prévue.” — 29.

Et attention, ça vaut même pour un message d’appel à la grève sur Twitter !

Portée temporelle

Les dispositions de la présente loi cesseront d’avoir effet le 1er juillet 2013 ou à la date ou aux dates antérieures fixées par le gouvernement. — 35.

Projet de loi complet (PDF).

Coupable d’être debout

J’ai beau le retourner dans tous les sens, j’ai du mal à voir comment le projet de loi matraque déposé hier pourrait régler la crise étudiante et ramener la paix sociale.

Depuis le début de ce conflit, le gouvernement Charest sous-estime la détermination et l’intelligence du mouvement étudiant. Il fait maintenant le pari qu’un gros couvercle posé sur la marmite étouffera la grogne. Il tente d’imposer la paix de force, en bafouant des droits fondamentaux. Les premières réactions d’indignation laissent présager que ce ne sera pas si simple.

À défaut de chercher à négocier une solution salutaire pour tous - carrés rouges, carrés verts, carrés blancs ou pas de carré du tout -, le gouvernement choisit une ligne dure qui attisera davantage les tensions. Des pouvoirs accrus aux policiers. Un droit de manifester restreint pour tout groupe de 10 personnes ou plus, avec obligation de fournir au moins 8 heures à l’avance son itinéraire aux policiers (qui pourront le modifier à leur guise). Une interdiction de manifester à moins de 50 mètres d’un cégep ou d’une université. Un retour en classe de force. La possibilité de juger les associations étudiantes coupables par association en renversant le fardeau de la preuve. La possibilité de leur couper les vivres. Des amendes sévères de 1000$ à 125 000$ par jour aux dissidents…

Bref, c’est tout un mouvement social que l’on semble vouloir mettre au pas, bâillonner et pénaliser sévèrement. On bafoue la liberté d’expression. On bafoue la liberté d’association. On bafoue le droit à la dissidence. Voilà qui est indigne d’une société démocratique. Et après, ce sera quoi? La Loi sur les mesures de guerre?

Au début du conflit, le gouvernement Charest a choisi d’ignorer le mouvement étudiant contre la hausse des droits de scolarité. Il a ensuite tenté de le diviser. Puis, de le discréditer en l’associant à tort à la violence ou à un mouvement d’enfants gâtés intransigeants. Quand il s’est finalement assis pour «négocier», on a eu le droit à une mascarade, deux fois plutôt qu’une. Et bien que des propositions intéressantes aient été présentées, le gouvernement n’a jamais reculé d’un iota sur l’enjeu principal - la hausse des droits.

[…] Au-delà du fait que cette loi matraque ne règlera rien, on peut s’inquiéter du message qu’elle envoie à la jeunesse. On reproche souvent aux jeunes d’être individualistes. Voilà qu’ils se lèvent pour défendre l’accès à l’éducation pour tous. Et on les traite comme des voyous en prétendant agir pour l’avenir du Québec. Drôles de voyous que ces jeunes gens souvent plus éloquents que bien des politiciens.

«Ça me fait perdre foi en nos institutions démocratiques», a dit Léo Bureau-Blouin. Pour les étudiants, ce projet de loi qui brime la liberté d’expression est pire encore que la hausse des droits de scolarité, a souligné Martine Desjardins. Combien de jeunes brillants et talentueux comme eux, jugés coupables de s’être tenus debout, ne font déjà plus confiance aux institutions?

La Presse, Rima Elkouri : “La loi matraque”.

[…] Vous avez réagi en vous promettant de bien montrer aux Québécois de quel bois vous vous chauffez. Votre colère s’est abattue sur nous sans retenue. Vous tirez visiblement du plaisir à nous faire mal et à nous diminuer. Votre mépris exprimé de toutes les façons possibles et sur toutes les tribunes quand vous parlez de ce peuple qui, selon vos prétentions, n’a pas su vous reconnaître les qualités exceptionnelles que vous vous reconnaissez vous-même, en est la preuve flagrante. Votre orgueil vous donne envie de régler des comptes. Ce que vous faites en pensant peut-être que nous ne nous en rendons pas compte.

[…] Il se lève dans nos rues une toute nouvelle génération de jeunes qui n’ont pas peur de vous. Ce sont les enfants des parents, et parfois même des grands-parents, qui sont restés avec la Crise d’octobre 1970 de travers dans la gorge. Le Québec a découvert qu’il a une mémoire et que son « Je me souviens » n’est pas juste une phrase vide.

Je ne connais pas les gens qui vous conseillent en ce moment, mais je vous assure que vous auriez tous intérêt à venir marcher un soir, dans la rue, avec des milliers de jeunes qui réclament « leur juste part » de cette société si mal foutue qui est la nôtre et qui partageraient volontiers avec vous des idées pour arriver à un meilleur équilibre. Mais je sais que vous ne viendrez pas. Comme je sais qu’il n’y a pas d’abonné au numéro qu’ils ont composé.

Je ne sais pas si vous arrivez à dormir la nuit. J’espère que non. Moi, après votre conférence de presse annonçant votre décision d’imposer une loi spéciale à nos enfants, j’ai repassé dans ma tête tous les premiers ministres que j’ai connus. J’ai 80 ans. J’en ai connu plusieurs. Quelques insignifiants, sûrement. Des brillants ? Quelques-uns, mais en moins grand nombre que les précédents. Mais j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes le pire ; c’est à se demander si vous avez du coeur.

Vous n’aimerez pas cette chronique. J’en suis bien consciente. Alors, si mon droit d’expression vous dérange tellement, je vous pense capable de vouloir me faire taire. Comme dit la chanson : vous pouvez m’envoyer vos policiers. Dites-leur « qu’ils pourront tirer, car je n’aurai pas d’arme ».

Les blessures que vous laisserez dans notre peuple, M. Charest, seront longues à guérir. Mais j’ai la certitude que nous y arriverons. Je suis heureuse de savoir que la relève est debout. Ça ira plus vite.

Le Devoir, Lise Payette : “Honte à vous, Jean Charest”.

Tout cela était préparé de longue date. Tout cela est un kidnapping de nos droits et libertés. Tout cela est un crime.

De deux choses l’une:

1) Le gouvernement Charest compte mettre à genoux le mouvement étudiant en le forçant à négocier sous la menace de cette loi spéciale qui est un couteau sur la gorge;

2) Le gouvernement Charest, devant la réelle possibilité d’un échec aux prochaines élections, tente par cette loi un véritable coup d’état qui réduit à l’impuissance toute forme de contestation de ses politiques.

Dans ces deux cas, je vois qu’une seule solution. Désobéir.

Il n’y aura pas assez de cellules pour nous tous.

Le Journal de Montréal, Jean Barbe : “Un coup d’État”.

Loi d’exception au Québec

Pour reprendre les termes de Bertrand St-Arnaud, député de Chambly, entendus en chambre vers 0 h 50, “une loi odieuse”, “une atteinte à la démocratie”, “un coup de force ignoble”. Ce n’est plus une question de droits de scolarité, c’est une question de pacte social et de libertés. C’est très grave.

Faisons bien la liste des députés qui voteront la loi… Nous la garderons en mémoire sous le titre “indignité nationale”. Toute la population devra être dans la rue pour manifester contre des intolérables atteintes aux libertés. Le 22 mai, j’y serai, et vous ?

Tristesse et colère.

Une journée très, très sombre dans l’histoire du Québec.

Montreal by night

Nuit ordinaire à Montréal.

Nadeau-Dubois, idôle des filles

(Et des gars sensibles aussi…)

Gabriel Nadeau-Dubois

Tumblr “Fuck Yeah Gabriel Nadeau-Dubois”.

Ce ne sont pas des terroristes

Nous sommes étudiant-e-s, chargé-e-s de cours et professeur-e-s à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).

Nous voulons aujourd’hui exprimer notre inquiétude concernant le recours par le ministère public à la loi anti-terroriste pour juger les 4 étudiant-e-s qui se sont rendu-e-s à la police la semaine dernière après la publication de leur signalisation, à titre de suspects, dans les grands médias. Le dispositif juridique de cette loi a été pensé après les évènements du 11 septembre 2001. Il donne des pouvoirs extraordinaires aux corps policiers. Il entraîne également des tensions sociales intenses et pourrait avoir des répercussions désastreuses sur la vie et l’avenir de ces quatre étudiant-e-s. La lourdeur des charges retenues est manifestement disproportionnée et participe de la tendance à la criminalisation des mouvements sociaux.

À cette inquiétude s’ajoute le traitement médiatique inacceptable de la question et la diffusion répétée des photographies, noms et occupations des présumé-e-s innocents. À lire ce qui circule dans l’espace public, on pourrait finir par croire que ces personnes sont des « intégristes », des « extrémistes » voire des « ennemi-e-s » du mouvement étudiant. Or, jusqu’à preuve du contraire, ce sont simplement des étudiant-e-s engagé-e-s et des membres à part entière de la communauté universitaire. Nous disons aujourd’hui qu’il est primordial que ces personnes reçoivent le même traitement que les autres citoyens.

Nous appelons toutes les personnes et organisations qui partagent notre position à une solidarité active avec les arrêté-e-s en exigeant que soit abandonnée l’accusation liée au terrorisme.

Ce ne sont pas des terroristes.

Anarchopanda

Les mauvaises langues disent que le panda est venu de Chine pour importer de la propagande communiste dans la bonne société libérale du Québec. Il n’en est rien, Anarchopanda est là pour donner des câlins à tout le monde, notamment à ceux qui en manquent le plus, les agents du Service de Police de la Ville de Montréal.

Anarchopanda

Anarchopanda

Anarchopanda

[Photos Édouard Plante-Fréchette, La Presse.]

Anarchopanda

[Photo AFP.]

Québec déchiré

[…] Terrorisme. Le mot est lâché. Ce n’est pas rien. Comme disait Robert Charlebois : “À soir, on fait peur au monde !”

Déjà, au début du conflit, le gouvernement libéral avait tenté de discréditer le mouvement de grève en parlant de boycott. Jamais, dans toute l’histoire du Québec, cela ne s’était produit.

Jamais on n’avait remis en question la légitimité des assemblées générales étudiantes. Jamais on n’avait voulu briser le lien qui unit les étudiants et les étudiantes d’un même collège, d’une même université, et cet exercice démocratique qui en est l’expression.

C’est cette négation de la démocratie étudiante qui a envenimé un conflit qui s’étend maintenant bien au-delà de la stricte augmentation des frais de scolarité. Car il apparaît qu’au Québec, la démocratie n’appartient qu’à ceux qui détiennent le pouvoir, et pas à ceux qui le contestent.

Ainsi ceux et celles qui refusent de livrer le Québec à la rapacité néolibérale ont joint leurs voix à celle des étudiants. Même des manifestations d’ampleur historique ne sont pas parvenues à ébranler le gouvernement, qui tentera bientôt de se poser en “sauveur de l’ordre” en maîtrisant, par la force s’il le faut, ce chaos social dont il est en grande partie responsable.

Et voilà le Québec déchiré en deux. Nous en avions l’habitude, depuis près de quarante ans. Mais cette déchirure avait plutôt pour cause ce qu’il est convenu d’appeler “la question nationale”, entre défenseurs de l’unité canadienne et partisans de l’indépendance du Québec. Ce débat nous a fait oublier que nous pouvions nous battre pour autre chose.

C’est que le Québec n’a jamais vécu de véritable révolution. Il en avait fait l’économie. Au Québec, semblait suffire une “révolution tranquille”, comme on en est venu à désigner la période de modernisation accélérée qu’a connue la Province au cours des années 1960. Elle aurait suffi, si nous étions allés au bout de nos idées. La gratuité scolaire était d’ailleurs l’un des principaux objectifs affichés.

[…] La colère s’est implantée dans de nombreux coeurs. Les étudiants, les médias, les responsables politiques, les voisins, les frères et les soeurs, tous ont dû prendre parti et afficher leurs couleurs. Voilà qui ne s’oubliera pas de sitôt. Les Québécois s’impatientent et réclament de pouvoir de nouveau discuter collectivement de leur avenir et de leurs valeurs, qui ne sont peut-être pas exactement celles du libre marché. Ça risque de brasser !

Le Monde, Jean Barbe : “Enfin une révolution sociale dans la Belle Province”.

Raisins de la colère

[…] Mais la fin de régime se mesure surtout par la perte de l’autorité morale de gouverner. La difficulté à mesurer et apprécier l’ampleur des crises et l’importance des mouvements qui agitent la société. La difficulté à reconnaître les moments où le sens de l’État doit prévaloir et où l’on doit s’élever au-dessus de la mêlée plutôt que de se réfugier derrière des formules creuses et des blagues qui ne font que mettre le feu aux poudres. Comment alors imposer un retour en classe, fut-ce même par la force de la loi, alors que la population doute encore de la probité des membres du gouvernement qui, pour certains, accueillaient volontairement ou non à leur déjeuner des proches du crime organisé ? Comment considérer les arrêts d’un magistrat dont on questionnait il y a un an à peine le processus de nomination ?

[…] À vouloir faire le pari du cynisme, à vouloir miser sur l’essoufflement d’un mouvement plutôt que sur le compromis et la bonne entente, le gouvernement a contribué à créer un climat de révolte et d’indignation chez des jeunes qui, au départ, manifestaient somme toute dans un esprit démocratique et pacifique exemplaire. A-t-on déjà oublié que le 22 mars dernier, alors que 200 000 personnes envahissaient les rues de Montréal, aucune vitrine brisée, aucun acte de violence, aucune interpellation ou arrestation n’ont été déplorés ? À ignorer souverainement les revendications légitimes - que l’on soit en accord ou non - d’une partie de notre société, on en vient à planter soi-même les vignes qui produiront, au final, les raisins de la colère. Aujourd’hui, le gouvernement en vendange les fruits pourris et amers, alors qu’il doit imposer par la loi ce qu’il a lamentablement échoué à négocier de vive voix.

À l’heure des médias sociaux et des plateformes participatives, à une époque où l’opinion publique est plus prompte à porter une cause sociale qu’à défendre un programme politique, il nous faudra trouver collectivement une façon de rénover l’édifice démocratique de notre État. La façon avec laquelle le gouvernement a ignoré pendant plus de deux mois les revendications des associations étudiantes nous donne la preuve qu’il est grand temps de refonder nos institutions démocratiques puisque face à une majorité parlementaire (élue par une minorité de voix), en dehors des élections, point de salut! Cette refondation, elle passe nécessairement par les urnes.

Cette grève étudiante qui nous touche tous, qu’on le veuille ou non, est le symbole de l’épuisement d’un gouvernement et d’un système parlementaire où l’omnipotence des appareils de partis aplanit les débats et transforme les député(e)s et ministres en moutons de Panurge. Line Beauchamp en fut la dernière victime, elle qui remplissait le carnet de commandes de son premier ministre. Nous sommes maintenant en fin de régime. Peut-être que les sondages s’amélioreront pour le premier ministre dans les prochaines semaines, mais il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle, il a perdu l’autorité morale de gouverner. Ne restera plus qu’aux étudiants, peu importe l’issue de ce conflit, à se déplacer massivement aux urnes aux prochaines élections. Car après tout, l’édifice vermoulu d’un gouvernement en décrépitude morale et politique peut servir de terreau fertile pour une nouvelle refondation de notre solidarité sociale et politique. Une certaine Révolution tranquille nous l’a déjà prouvé par le passé…

Le Huffington Post Qc, Pierre Luc Brisson : “Gouvernement Charest : la fin de régime”.

Tourisme à Montréal ?

On m’a posé la question “Crois-tu que je peux venir sans crainte à Montréal avec les événements actuels ?”.

Bien sûr que l’on peut venir quand même, ce n’est pas Damas ici, mais je ne le conseille pas trop : il est en effet impossible actuellement de profiter sereinement du centre-ville, d’ordinaire si agréable et paisible.

Les manifestations et, hélas, les scènes de violence, sont quotidiennes dans la ville. Selon Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec, les rues de Montréal sont la proie de “groupes radicaux anticapitalistes et marxistes” qui cherchent à “déstabiliser l’économie”. Selon un chroniqueur connu du Journal de Québec, un climat de terreur s’est installé à Montréal, les citoyens sont tous “très nerveux et suspicieux”. Bien sûr, tout cela est largement exagéré par les politiques et les médias.

Cela étant dit, la police de Montréal tapant indistinctement sur les étudiants, les non-manifestants et même les journalistes, la même police dressant des “souricières” vicieuses, et les manifestations se déplaçant rapidement sans plan préétabli, de jour comme de nuit, il y a un risque non négligeable de se retrouver au minimum gazé, au pire tabassé et/ou en prison.

Le candidat au tourisme montréalais doit aussi savoir que les transports en commun fonctionnent particulièrement mal (interruptions du métro par des “terroristes rouges”, embouteillages pour les bus…) et que Montréal est une ville étendue où il est difficile de s’en passer.

Le consulat américain à Montréal donne le sage conseil dans un message de sécurité à ses compatriotes de rester sur ses gardes à Montréal.

The Department of State strongly urges U.S. citizens to avoid demonstrations, as bystanders can quickly be caught up in unforeseen violence and in some cases detained by the local police.

Le consulat donne aussi le judicieux conseil de suivre sur son téléphone le compte Twitter de la police de Montréal (@SPVM), ce qui permet d’anticiper où se trouvent les manifestations en cours afin d’éviter de les croiser.

S’il n’y a pas de règlement de la crise, il y a fort à parier que des événements comme les festivals et le Grand Prix de Montréal soient perturbés par des manifestations, voire annulés comme c’est déjà le cas pour certains spectacles.

Si vous venez, vérifiez aussi que votre police d’assurance vous couvre bien, notamment en matière de blessures en cas d’émeutes, troubles civils, etc.

Pour le reste du Québec, il n’y a par contre aucun problème notable. L’occasion de découvrir les belles régions de la province.

La fin de Line Beauchamp

Line Beauchamp

Après 13 semaines de manifestations, son incapacité à résoudre le conflit a poussé Line Beauchamp à démissionner non seulement de ses postes ministre de l’Éducation et de vice-première ministre du Québec, mais aussi à se retirer de la vie politique, abandonnant ainsi son siège de député. Ses justifications un peu nébuleuses peuvent en partie motiver la démission de son ministère, “Je démissionne parce que j’estime que je ne fais plus partie de la solution” (alors qu’elle a toujours été partie du problème), mais n’expliquent en rien son retrait complet de la politique…

Il demeure le sentiment que cette ministre, peu outillée pour affronter une crise de cette ampleur, sans marge de manœuvre, qui a eu des réactions qui ont pu paraître puériles et empreintes d’orgueil, a été délibérément envoyée au casse-pipe.

Aussi sonnait étrangement la déclaration de Jean Charest qui, avec ses airs de raminagrobis matois, prétendait avoir “tenté de la retenir”.

Ultime affront pour cette femme, la question assassine de ce journaliste “Est-ce que les étudiants vont s’ennuyer de vous, Madame Beauchamp ?”.

La politique, ton univers impitoyable…

Carré rouge, vu par Arte

2012-arte-carre-rouge.

Pour ceux qui auraient besoin d’un résumé du mouvement, allez voir ce reportage d’Arte, la chaîne culturelle franco-allemande : “Québec, le printemps érable”.

Terrorisme étudiant

« C’est surprenant », a affirmé à La Presse Gilles Ouimet, ancien bâtonnier du Québec et expert du droit criminel. « Sans remettre en question l’idée de déposer des accusations, on peut s’interroger sur l’opportunité d’y accoler l’étiquette d’activité terroriste. »

Son confrère Louis Belleau est du même avis. « C’est difficile de comprendre pourquoi on les a accusés d’avoir incité à craindre des activités terroristes », a-t-il évalué. Pour les jeunes accusés, « ça peut avoir des conséquences réellement désastreuses. Les stigmates qui sont associés à ça sont terribles ». L’accusation d’avoir « incité à craindre des activités terroristes » prévoit une peine maximale de 5 ans de prison; celles de méfait de plus de 5000$ et de complot permettent au juge de prononcer une peine pouvant atteindre 10 ans derrière les barreaux.

La section « terrorisme » du Code criminel a été adoptée en vitesse dans la foulée des événements du 11 septembre 2011. « Les lois ont été passées très rapidement, sans grandes discussions, d’ailleurs. On était dans un contexte très particulier », a expliqué Jean-Claude Hébert, lui aussi  criminaliste bien connu. Aux critiques qui craignaient que ces nouveaux articles du Code criminel soient utilisés hors contexte, le gouvernement répondait: « Faites donc confiance au bon jugement de ceux qui appliquent les lois », a-t-il ajouté. Dans ce cas-ci, « on est loin de ce que nous entendons généralement par des activités terroristes », a estimé Me Hébert. Selon lui, le sens littéral des dispositions antiterrorisme du Code criminel pourrait toutefois englober les événements de jeudi matin.

La Presse, Philippe Teisceira-Lessard : “Paralysie du métro: des chefs d’accusation étonnants”.

Cheval de Troie

Nous vivons présentement dans un pays fédéré, adhérant au système démocratique et capitaliste établi en Amérique du Nord. C’est un système légitime, mais, sûrement, contestable et qui pourrait être changé.

Le problème ici au Québec en ce moment, c’est que la révolte des étudiants contre les hausses de frais de scolarité s’inscrit dans un mouvement plus vaste de contestation de l’ordre établi, mais qui ne s’affiche pas ouvertement comme tel.

La révolte étudiante, aussi légitime et inspirée qu’elle soit, s’inscrit dans ce mouvement plus vaste la gauche socialiste, syndicale nationaliste qui milite pour faire du Québec un pays indépendant, conçu et géré selon ses idéaux.

Il y a plus de Québécois en faveur de l’indépendance qu’il se trouve de citoyens prêts à vivre dans une société socialiste dans laquelle les droits collectifs de la majorité ont préséance sur les libertés individuelles. Et où l’État est la première et l’ultime référence. Démocratiquement, les Québécois ont voté NON à ce type de projet de société à deux reprises.

La « grève » des étudiants nous donne raison de nous être méfiés de ceux qui les supportent syndicats, PQ, QS… Des gens qui ne peuvent pas prendre NON comme une réponse démocratique…

C’est pour ça que la révolte étudiante est devenue une crise : un détournement de démocratie qu’il faut la prendre au sérieux.

Journal de Montréal, Benoît Aubin : “C’est une vraie crise !”.

Si je comprends bien la lecture de M. Aubin, en 1980 et 1995, la question posée était “Acceptez-vous le risque de vivre dans la RISQ (République indépendante socialiste du Québékistan) ?”. Sacré cheval de Troie…

Contestation des médias

presse-ne-pas-avaler-1968.jpg

[Affiche de mai 1968, École Supérieure des Beaux-Arts.]

L’escouade médiatique, avec aux avant-postes le journal La Presse et ses journalistes Gabrielle Duchaine, Vincent Larouche et Daphné Cameron, est parvenue à cerner le bouc-émissaire depuis longtemps recherché. Dans la tempête sécuritaire délirante qui souffle sur Montréal depuis la paralysie matinale du service de métro, notre groupe est pointé du doigt par ces médiocres journalistes comme l’épouvantail de service, le repère de radicaux et de radicales en pleine révolte, une poule pas de tête qui s’agite dans tous les sens en ayant pour objectif la perturbation maximale de tout ce que cette société compte de ponts, de tunnels, de chemins de fer, et quoi d’autre encore ?

Nous ne nous livrerons pas en pâture aux journalistes, qui cherchent désespérément à nous contacter pour obtenir nos commentaires, car nous refusons de participer au cirque médiatique. Les informations que ceux-ci et celles-ci recherchent à notre sujet se trouvent déjà sur notre site et elles sont accessibles à quiconque daigne s’intéresser un minimum à notre projet. Nous n’avons rien à dire de plus que ce qui y est déjà écrit, et l’ensemble de nos textes déjà parus nous semblent de nature à satisfaire toute curiosité à notre égard.

[…] Nous réagissons ainsi au traitement médiatique et policier qui prévaut actuellement. Nous constatons qu’avant même que des accusations formelles ne soient portées par le Service de Police de la Ville de Montréal, les personnes soupçonnées d’être à l’origine de l’action de jeudi matin dans le métro de Montréal ont eu droit à une inquiétante présomption de culpabilité, relayée sans gêne par les médias. Leurs adresses personnelles ont été dévoilées, leur vie privée scrutée à la loupe, les commentaires désobligeants de faux amis ont été publiés comme une vérité indiscutable. Leurs opinions politiques ont été ostracisées, en dépit de la présomption d’innocence qui, dans un pays où les élites politiques et le consortium médiatique s’empressent à tout bout de champs d’en vanter les mérites démocratiques, semble ici avoir été curieusement balayée du revers de la main par les piètres enquêteur-es et chroniqueur-es bas de gamme.

Le désir pervers des journalistes et de leurs boss est de diaboliser des militantes et militants en premier lieu, puis un groupe politique en second, et par extension l’ensemble des groupes qui se positionnent à la gauche de la CLASSE et des fédérations étudiantes. Il s’agit, hors de tout doute, d’une attaque politique en règle. La dénonciation et la stigmatisation font partie intégrante du processus de répression, car elles apportent une caution à celle-ci. En choisissant cette voie, La Presse et ses suiveux nous démontrent, encore une fois, de quel côté de la barricade ils se dressent: celui de la matraque, des arrestations, des gaz, du poivre et des balles de plastique. Les petits chefs de pupitre appuient l’érosion de nos libertés tel que prévu dans les projets de lois sur le port du masque et l’obligation de fournir un trajet pour les manifestations. Est-il étonnant, dans ce contexte, de constater que Jean Charest lui-même profite des largesses du propriétaire de ce torchon, en séjournant à plusieurs reprises dans son somptueux domaine de Sagard ?

Nous condamnons avec force les méthodes fascisantes qui se multiplient présentement au Québec lorsqu’il s’agit de traiter des événements de perturbation sociale. Nous estimons qu’en regard de la brutalité de l’État contre ceux et celles qui osent contester son autorité, le mouvement social actuel est davantage docile que perturbateur. Les minorités agissantes qui commettent des actes pour lesquels elles s’exposent à des peines criminelles sont sans surprise traînées dans la boue par les faiseurs ou faiseuses d’opinions à la sauvette, les laquais de l’industrie médiatique, elle-même au service d’intérêts autrement supérieurs. Nous revendiquons le droit à la résistance pour toutes celles et tous ceux qui en ont ras le bol de cette société étouffée par la désinformation continuelle des médias de masse, qui ne sont plus capables d’endurer les politiques antisociales du gouvernement. Pour tout le monde écœuré de se faire agresser, blesser et insulter par les forces de police - qui laissent entre la vie et la mort des manifestantes et manifestants dont on ne daigne même plus, par la suite, s’interroger sur leur sort - pour toute cette masse de gens qui, partout dans le monde, luttent contre toutes les violences imposées par la restructuration capitaliste, pour toutes ces personnes-là, nous revendiquons le droit à la juste colère, à l’action directe et à la révolte contre un système politique, économique et social qui abrutit les consciences et détruit des vies.

[…] En symbiose avec le pouvoir, les médias délateurs sont des cibles de choix pour les actions à venir. L’État cherchera désespérément des responsables et il s’en prendra aux plus combatifs et combatives d’entre nous : sa répression est politique et il trouvera tous les prétextes nécessaires pour tenter de mettre au pas celles et ceux qui, de plus en plus, osent le confronter, que ce soit dans la rue, dans les assemblées générales, dans les comités d’action et de mobilisation ou par la simple plume. On tente de présenter comme plus légitime les tendances qui exigent le moins possible, qui sont les moins dangereuses pour le maintien d’un semblant de statu quo afin de diviser le mouvement et d’isoler les tendances plus radicales de celles plus réformistes. Ne cédons rien. C’est seulement par la continuité du mouvement, l’expansion et l’intensification de celui-ci que nous pourrons aspirer à une société plus juste. The show must go down. La lutte continue.

Force étudiante critique : “The show must go down”.

Une stratégie de manipulation de la part des médias est de surexposer les idées et les intérêts des dominants alors que les positions divergentes sont cachées, masquées, niées. C’est une manifestation du poids différencié et du traitement inégal des acteurs sociaux dans l’espace public structuré par les médias. C’est un secret de polichinelle que les médias sont dans une grande majorité la propriété privée de quelques personnes fortunées pendant que les autres sont propriété de l’État, ce qui mène à un phénomène de concentration. Dans ce cadre, les discours véhiculés par les médias doivent rester conformes aux intérêts généraux de leurs propriétaires qui contrôlent leur ligne éditoriale et leur imposent un contenu politique. Or, les propriétaires des grands médias sont aussi ceux à qui profitent les politiques gouvernementales néolibérales dont fait partie la hausse des frais de scolarité. Ceux-ci ont alors un énorme intérêt financier et politique à défendre certaines idées plutôt que d’autres et ajustent leur ligne éditoriale en conséquence. En saturant le public d’idées conformes, les grands conglomérats médiatiques en arrivent ainsi à façonner l’opinion d’une manière spectaculaire.

Parabellum, numéro de février-mars 2012. PDF.

Un poids, deux mesures

Révéler que Richard Martineau habite avenue Stuart (un secret de polichinelle soit dit en passant), à côté du maire Tremblay, c’est “dégueulasse, honteux”, “à vomir”…

Par contre, pour le Journal de Montréal, il n’y a aucun problème éthique à révéler l’identité et l’adresse précise de suspects, de jeunes inconnus du public qui sont présumés innocents jusqu’à preuve du contraire.

(Et j’ai choisi l’exemple du Journal de Montréal parce que Richard Martineau y est chroniqueur, je ne doute pas que ce soit pareil ailleurs…)

Non, zéro problème dans cette société où il y a pourtant un nombre appréciable de nonos qui font des appels à la violence contre tous ces méchants étudiants gauchistes.

journal-montreal-adresses-supects-2012.jpg

[Copie d’écran du site Web du Journal de Montréal, floutée par mes soins.]

Benoît Aubin parle des conséquences de l’action d’hier, l’inutile exacerbation des divisions :

La matinée d’enfer que nous avons vécue hier démontre à quel point une grande ville moderne, organisée et industrieuse comme Montréal - en fait, comment l’équilibre d’une société - est vulnérable, quand on décide de la saboter.

Il ne fut pas nécessaire de détourner des avions, de faire sauter des tonnes d’explosifs, ou d’ouvrir le feu. Se procurer des bombes fumigènes est un jeu d’enfant - on en trouve sur des sites de vente en ligne pour moins de 10 $ pièce, ici même, à Montréal. En laisser tomber quatre ou cinq dans des stations de métro et se fondre dans la foule compacte qui s’y presse le matin : facile. Pas de blessés, pas de dégâts…

Qui a fait ça ?

J’espère que ce sont des étudiants radicaux, des étourdis, ou des vandales excités par l’atmosphère agitée qui règne à Montréal ces jours-ci et qu’ils ont agi sans trop réfléchir.

Car si ces bombes fumigènes lancées hier dans le métro sont le fait de groupes organisés - d’extrême gauche ou d’extrême droite - qui savent ce qu’ils font, nous sommes en danger, et la situation est alarmante.

Cela devient alors des gestes de guérilla, de terrorisme psychologique, visant à miner la cohésion sociale sans laquelle une société politique et une économie ne peuvent tenir.

L’agression d’hier a eu exactement cet effet : elle a atteint l’ensemble des citoyens, exacerbé les divisions qui existent déjà entre eux, et mis le calme et la tolérance des Montréalais à rude épreuve. C’est exactement en cela qu’elle est dangereuse et exécrable.

[…] Mais tant que les Montréalais garderont leur calme et leur sens de l’humour, comme plusieurs l’ont fait hier sur Twitter, (« Pas de fumée sans FEUQ », ou « ce que je veux le plus dans la vie c’est un Bixi et un parapluie » ou « ce n’est qu’un écran de fumée, » ou encore « ça pue toujours dans le Métro, » nous allons demeurer une société saine d’esprit.

Journal de Montréal, Benoît Aubin : “La loi, l’ordre et le bon gouvernement”.

Parole de flic

Cela fait maintenant quelques semaines que je suis un policier à part entière. Après des semaines d’attentes, j’ai finalement été engagé dans un service de police, le SPVM de son nom. Moi qui m’attendais à simplement patrouiller et à répondre à des appels d’urgences, j’ai eu ma dose de manifestations étudiantes. Dans ce débat, je n’ai jamais pris position fermement bien que tous mes amis soient en faveur de cette hausse. Je peux comprendre que cela représente une masse financière énorme et que si jamais je décidais d’aller à l’université, je n’aurais pas les moyens financiers. Bref, je respecte énormément toutes les personnes prenant part à ces manifs-là.

Quelques semaines après avoir été engagé, je me suis retrouvé au cœur d’une manifestation étudiante un peu comme celles qui se tiennent maintenant à tous les soirs. Étant dans une auto patrouille, je ne réalisais pas l’ampleur de ce rassemblement. Quelques pétards étaient lancés, mais pas de casse ni d’actes violents. Quelques minutes plus tard, on m’annonce qu’on s’apprête à déclarer la manifestation illégale parce que les esprits semblent s’échauffer. L’anti-émeute qui est présente comme à chaque soir se prépare au pire. On me dit même de demeurer dans l’auto puisque je n’ai pas assez d’expérience pour ce type d’interventions.

Les policiers lancent donc un avis d’éviction que les manifestants semblent se crisser en grande majorité. Des autobus de la STM étaient prêts à recevoir plusieurs militants suite à leurs arrestations. D’un seul coup, l’anti-émeute s’est mise en branle sous mes yeux et ont foncé dans le tas en sacrant littéralement des volées à des gens quittant la manif qui vire un peu trop violente. Puis, je vis carrément un carnage. Comment mes collègues pouvaient-ils rentrer dans le tas de cette façon? Comment pouvaient-ils blesser des jeunes innocents alors qu’ils savaient pertinemment que ce n’étaient pas ceux-ci qui foutent la marde lors des manifestations? Ce que j’ai vu m’a franchement dégoûté. Je n’ai pas été à l’école pour ça, j’y ai été pour défendre et protéger les droits des citoyens de ma province.

Par la suite, arrestations de masse, encore du gaz et des cris perçants provenant de manifestants blessés à qui je ne peux même pas porter assistance parce que c’est l’ordre que j’ai reçu. Puis, la manif se termine et en quittant je constate qu’on laisse derrière nous un véritable champ de bataille. Ce soir-là, je n’ai pas fermé l’œil. Ça m’a fait réfléchir, ça m’a fait vomir. Quelques jours plus tard, on m’a renvoyé sur une de ces manifs. C’était simplement la reprise de ce qui s’était passé quelques jours auparavant. Comme si ça avait été dans un film…

Pour avoir discuté avec des policiers et certains faisant partie de l’anti-émeute, une grande partie sont derrières les étudiants. Ça leur fend le cœur de devoir agir comme des sauvages avec ces derniers, ils exécutent les ordres. Bien sûr, d’autres s’en donnent à cœur joie dans ça. C’est probablement ce qui me dégoûte le plus dans mon métier, certains y passent leurs frustrations personnelles avant d’agir pour leur communauté.

Témoignage de “Kim”, transmis sur Facebook, via Pascal Renart Léveillé.

Charest le Grippeminaud

Samedi, en conférence de presse, commentant l’entente, M. Charest se pourléchait les babines comme Grippeminaud, le chat d’une fable de La Fontaine : Grippeminaud le bon apôtre leur dit, approchez mes enfants… et jetant la griffe des deux côtés en même temps croqua l’un et l’autre. On verra bien, ronronnait-il, ce qu’il sera possible de sabrer dans les universités. Mais soudain, inquiet : il ne faudrait pas, par exemple, toucher à la recherche…

On s’est extasié maintes fois sur l’intelligence des leaders étudiants. Si vous voulez mon avis, intelligent, M. Charest l’est autant que les trois en même temps. Et il ajoute à cette triple dose d’intelligence un zeste de malignité ratoureuse, comme lorsqu’il laisse entendre qu’il ne faudrait tout de même pas aller jusqu’à faire des coupes dans la recherche. Ce disant, il avait pris un petit air douloureux, comme s’il avait déjà mal, par avance, à sa recherche coupée…

Rassurez-vous, monsieur le premier ministre, l’entreprise privée qui subventionne très largement la recherche universitaire n’a pas du tout intérêt à faire des coupes dans cette recherche tout bénéfice pour elle, une recherche dont elle détermine souvent l’objet et parfois même les résultats. Voyez par exemple le lobby de l’amiante à McGill. C’est la recherche fondamentale qui est en danger. Vous savez, ces pelleteux de nuages qui ne savent même pas ce qu’ils cherchent. Il n’y a absolument plus rien à couper chez ceux-là, leurs ailes le sont depuis un bon moment déjà.

Bref, je ne suis pas le premier à le dire: les étudiants se sont fait fourrer. Il est trop tard maintenant pour relancer en grand la machine à manifester. Alors ? Rentrer la queue basse ?

Parlant de queue, j’ai une idée qui me vient d’une manif à laquelle j’ai participé jeudi dernier et qui rassemblait quelques centaines de marcheurs tout nus ou presque. Pourquoi tout nus ? ai-je demandé à une jeune fille en train de se peinturlurer les seins. Parce que, me répondit-elle avec un bel à-propos, tant qu’à se faire fourrer, aussi bien se mettre tout nu. Même qu’elle a dit « toute nuse ».

Ma suggestion, donc : mettez fin à votre grève, rentrez dans vos classes, mais rentrez tout nus et toutes nuses. On accourra du monde entier pour vous appuyer.

La Presse, Pierre Foglia : “Tout nu en classe”.

Grippeminaud
n. m. Homme fin, rusé et hypocrite. Personnage créé par Rabelais dans le Le Cinquiesme et dernier livre des faicts et dicts heroîques du bon Pantagruel. C’est “l’archiduc des chats fourrez”, ces chats fourrés étant les présidents à robes fourrées d’hermine, et l’archiduc des chats, probablement le premier président de la Grand-chambre du parlement de Paris. La justice grippeminaudière est symbolisée par une balance dont l’un des plateaux est plein d’argent et l’autre est vide. Rabelais avait quelque ressentiment envers le parlement qui avait censuré son Quart livre par arrêt au printemps 1552.
Ratoureux
adj. [Québec] Rusé. Malin. Sournois. Roublard.
Pelleteux de nuages
loc. [Québec] Personne rêveuse. Idéaliste. Utopiste.
Se faire fourrer
loc. [Québec] 1. Se faire pénétrer par un pénis, avoir des relations sexuelles avec un homme. 2. Se faire avoir, être berné. Syn. Se faire baiser.

Lettre de prof

Monsieur Reid,

Je viens de prendre connaissance des propos que vous avez tenus [mardi] et je me suis senti le devoir, comme beaucoup de collègues et d’étudiants je crois, de vous apporter quelques renseignements sur le mouvement étudiant actuel. Je suis professeur adjoint à l’Université de Montréal, au département de cinéma, depuis 2008. Je fréquente des étudiants de cinéma, mais aussi de littérature, de philosophie, de sociologie, d’anthropologie ; j’ai eu le plaisir de côtoyer nombre d’entre eux ces dernières semaines, dans le cadre du conflit étudiant.

Je ne sais pas ce que vous pensez, dans votre for intérieur, de ces disciplines que vous jugez peut-être trop improductives, mais je puis vous dire que ces étudiants qui, depuis le 20 février, sont dans les rues tous les jours, qui font preuve d’une inventivité, d’une patience, d’une créativité inouïes, sont parmi les plus brillants, allumés et impliqués dans leurs études que je connaisse.

Qui plus est, cette grève — appelons un chat un chat, M. Reid, vous êtes allés à l’école, vous comprenez le sens des mots — leur a donné une ouverture sur la réalité, une conscience politique fabuleuse, a fait d’eux de bien meilleurs citoyens et ils font, que vous le voyiez ou non, que vous le veuillez ou non, que le Québec sera un endroit où il fera mieux vivre et respirer.

Ce n’est sûrement pas par hasard que nous attirons l’attention, et l’admiration de plusieurs pays en ce moment, qui citent le mouvement étudiant québécois en exemple (davantage que le “Plan Nord” de M. Charest, je le crains).

Fier des étudiants

Ce sont ces étudiants de baccalauréat, de maîtrise, de doctorat qui sont l’élite de notre société, qui forment les meilleurs éléments de mes classes, à qui je suis fier d’enseigner, qui sont dans la rue aujourd’hui et depuis 84 jours.

Le saviez-vous ? Pouvez-vous le comprendre ? Les plus militants parmi ceux-là sont aussi, je puis vous l’assurer, les plus assidus, ceux qui obtiennent les meilleurs résultats scolaires, qui s’impliquent le plus dans leurs études, contrairement à ce que votre propos laissait entendre.

Ces paroles disgracieuses que vous avez tenues montrent bien à quel point la classe politique que vous représentez est décrochée de la réalité des étudiants. C’est cette attitude, qui témoigne d’une totale et complète incompréhension de la situation, qui se traduit en des propos méprisants, qui, SEULS, expliquent la durée et la violence de ce conflit historique. Quand des étudiants perdent leurs dents, perdent un oeil, subissent des fractures crâniennes, sont arrêtés arbitrairement et en toute illégalité — allez me dire que les 106 personnes dans les bus de Victoriaville étaient TOUS coupables, vous savez comme moi que c’était une opération pour augmenter le nombre d’arrestations et « rassurer » la population —, et sans vouloir justifier la violence des uns en invoquant la violence des autres, vous comprendrez, M. Reid, que l’on s’attend à des propos plus dignes et responsables que ceux que vous avez tenus aujourd’hui.

Respect mérité

Nous assistons, de la part de tous les leaders étudiants, en revanche, et à chacun des 84 jours de ce conflit, à un discours posé, responsable, éclairé, ouvert, à mille lieues des demi-vérités, des propos louvoyant, des rétractations lâches de votre parti. Ces leaders méritent, à tout le moins, un minimum de respect, à tout le moins le type de respect auquel on s’attend et qui incombe aux gens qui ont le privilège d’occuper le statut qu’est le vôtre. Ce que vous avez dit est indigne d’un ancien ministre de l’Éducation et je crois que vous devez vous expliquer et vous excuser publiquement.

Pourquoi pensez-vous que ces étudiants sont dans la rue depuis 13 ou 14 semaines, que, jour après jour, ils débattent des heures en assemblée, s’informent, militent, marchent, réfléchissent, rêvent (est-ce encore permis) ? Parce qu’ils considèrent qu’il est injuste de laisser les universités se faire noyauter par des individus qui ne visent que leur privatisation, qu’ils croient que l’éducation doit demeurer ouverte et accessible, qu’il y a des injustices sociales et des iniquités terribles qui doivent être dénoncées.

Envie de réfléchir ?

Ils sont en grève aussi, et c’est le plus beau, M. Reid, parce qu’ils voient bien que votre arrogance, la vôtre et celle de tous les autres, que ce mépris ne fera qu’un temps (du moins peut-on l’espérer), que votre monde est vieux et triste et qu’ils sont jeunes et vivants, qu’ils ont la chance de croire que ça vaut le coup de lutter pour des convictions, et même pour une cause qui ne les concerne que partiellement (je vous rappelle que beaucoup des étudiants ne seront plus aux études quand la hausse atteindra son plus haut seuil).

Est-ce que cela, à tout le moins, ne vous donne pas envie de vous arrêter, de réfléchir, et de vous demander si vous vous trompez ? Le fait que la quasi-totalité des professeurs de cégep et d’université du Québec appuie le mouvement ne vous amène-t-il pas, également, à réfléchir ? Ils étaient 350 000 étudiants en grève, au plus fort du conflit. C’est plus de la moitié des étudiants du Québec, M. Reid, qui sont, en réalité, contre cette hausse (si certains ont dû reprendre le chemin des classes, cela est en bonne partie dû à la nature de certains programmes, mais le fait demeure, ils sont 350 000 à s’opposer à cette hausse). Cela ne vous fait-il pas réfléchir ?

Je ne puis qu’espérer qu’il vous arrive encore de relever cette tâche si difficile pour les politiciens, de sortir à l’occasion de vos certitudes, d’écouter ce que l’autre a à dire et de regarder, un peu, la réalité en face. Si elle vous a échappé jusqu’ici, peut-être que ce message aura le loisir de vous l’éclairer.

André Habib. Professeur adjoint à l’Université de Montréal, Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques.

Rico, victime d’intimidation ?

[…] Le coup, c’est celui du on-débarque-en-gang-devant-chez-vous-pour-manifester. Chez-vous, comme dans chez-vous, chez toi, devant ta maison.

C’est le coup que Rico — mon coanimateur des Francs tireurs — s’est fait faire, la semaine dernière. En gang, des étudiants se sont pointés chez lui, jeudi soir dernier, dans une de leurs manifestations nocturnes. En gang ? Ils étaient des centaines !

Ils ont manifesté, ils ont chahuté. Ils ont le droit, ce n’est pas illégal. Cependant, c’est vil, infect, laid, abject, nauséabond, lâche, petit et j’en passe.

[…] Mais aller relancer devant chez lui l’auteur d’une parole qu’on n’aime pas, désolé, ce n’est plus de la liberté d’expression. Aller relancer chez lui un journaliste, alors qu’on est des centaines — Dieu qu’on est braves, en troupeau ! —, ce n’est plus de la liberté d’expression, c’est autre chose et ça porte un nom : intimidation.

Et, de grâce, ne me dites pas que Richard récolte ce qu’il sème par la virulence de son propos, par ses choix de mots. Il émet des opinions. Il n’envoie personne manifester devant les résidences personnelles des leaders étudiants, à ce que je sache.

La Presse, Patrick Lagacé : “Richard Martineau, la liberté d’expression et l’intimidation”.

Richard Martineau journaliste ? Ciel, nous en apprenons tous les jours…

Plus largement, la manif qui a fait une escale chez Richard — rapportée sur LaPresse.ca, avec le nom de la rue, ce qui a déclenché la colère de Martineau, ce week-end — devrait inciter les médias à réfléchir à une question: quand une manif s’arrête devant la résidence personnelle de quelqu’un, est-ce que le droit du public à l’information serait fatalement desservi si on ne mentionnait pas la rue en question ? On le fait, comme médias, sans trop se poser de questions, calibrés que nous sommes à révéler le plus de détails possible sur un événement. On l’a fait dans le passé pour des manifs chez le maire Tremblay, le PM Charest, l’ex-ministre Gagliano. Je pense personnellement que ça n’ajoute rien à la qualité de l’info. Je pense qu’on devrait y réfléchir.

Ibid.

tweets-martineau-duchaine-2012.gif

Les étudiants contre la hausse des droits de scolarité ont créé tout un imbroglio, jeudi soir, alors qu’ils se sont trompés de maison en allant crier et lancer des pétards sur la rue S####t, à Outremont, où vivent le maire de Montréal et le chroniqueur Richard Martineau, dans le cadre de leur traditionnelle manifestation nocturne.

Ce n’est pas clair lequel des deux était leur cible. Une chose est sûre, ils ne l’ont pas atteinte. Si le compte Twitter du SPVM affirmait que les protestataires avaient fait halte devant la maison et que des slogans « anti-Martineau » étaient scandés par le groupe, c’est sur le domicile de la Dr Vania Jimenez et sa famille, qui n’ont rien à voir dans le conflit à part le fait qu’une des filles du médecin, comme des dizaines de milliers d’autres, est actuellement en grève, qu’ils ont jette leur dévolu.

« Ma fille de 25 ans était seule à la maison avec le chien, raconte Dr Jimenez. Elle a été réveillée par le bruit. » En pleine nuit, par la fenêtre, la jeune femme a aperçu une cinquantaine de policiers qui ceinturaient sa maison, située à un jet de pierre de celles de Gérald Tremblay et de Richard Martineau. Dans la rue : 3000 manifestants en colère. Surprise, elle est sortie sur le balcon avant pour comprendre ce qui arrivait. « Elle a automatiquement été huée et les policiers lui ont dit de rentrer en vitesse ou elle allait se faire lancer des roches », dit Vania Jimenez.

[…] « J’ai juste hâte que ça se règle, dit-elle. Nous sommes tous pris dans ça. Plus ça dure et plus il y a des risques d’erreurs qui peuvent causer du tort. Il n’y a rien eu chez nous, mais ça aurait pu être différent. Il y aurait pu avoir des dégâts. »

La Presse, Gabrielle Duchaine, 4 mai 2012 : “Manifestation nocturne: les étudiants ont attaqué la mauvaise maison”.

(Message privé à l’attention de Gabrielle Duchaine : “qu’ils ont jeté”, c’est mieux…)

L’adresse du domicile du maire de Montréal est loin d’être un secret d’état. Et celle de Richard Martineau non plus, puisque les étudiants savaient qu’il habitait à côté du maire avant le papier de Gabrielle Duchaine.

Ainsi, il y a fort à parier que quiconque ayant des intentions criminelles à l’égard de Richard Martineau n’avait pas besoin d’attendre cet article pour savoir où le trouver.

Il semble clair que le chroniqueur a saisi au passage une excellente occasion de taper sur La Presse.

Cette manifestation nocturne, forte de 3000 personnes, a emprunté plusieurs artères du centre-ville en omettant à quelques reprises de respecter les consignes émises par la police. Une trentaine de participants habillés en noir et cagoulés ont été aperçus en tête de la manifestation, et des pièces pyrotechniques ont été lancées en cours de soirée.

À 22 h 50, la manifestation a été déclarée illégale devant la maison du maire Gérald Tremblay, sur la rue Stuart, dans l’arrondissement d’Outremont.

Le Journal de Montréal, Mélanie Colleu, 5 mai 2012 : “Vers une vague d’abandons”.

À part quelques cônes renversés et l’usage de pétards et de feux d’artifice, le début de marche s’est bien déroulé. Mais une fois sur la rue Stuart dans Outremont, celle de Gérald Tremblay, les choses ont vite dégénérées. Des manifestants ont fait éclater des pétards devant une résidence et lancé des projectiles aux policiers. Selon plusieurs sources, les marcheurs se seraient trompés de maison. Celle devant laquelle ils se sont arrêtés était pourtant protégée par près de 50 agents de la paix.

La Presse, Gabrielle Duchaine, 3 mai 2012 : “La 10e manifestation nocturne s’arrête sur la rue du maire”.

(Message privé à l’attention de Gabrielle Duchaine : “les choses ont vite dégénéré”, c’est mieux…)

Il me paraît effectivement critiquable d’aller manifester devant des domiciles privés. Vous n’aimez pas le maire Tremblay ou le polémiste Martineau ? Allez donc manifester devant la mairie de Montréal, le siège de Québecor et/ou du Journal de Montréal.

Méfions-nous aussi de l’indignation à géométrie variable, au seul bénéfice des riches et des puissants.

(Et vous aurez bien compris que ce qui me choque le plus dans le travail de la journaliste incriminée, c’est bien son total dédain de la grammaire française.)

Vexillologie québécoise

Mon petit doigt me dit qu’il n’y avait pas que des étudiants en première ligne à Victoriaville… Je veux bien de l’aide pour l’identification de ces drapeaux, les journalistes québécois étant étonnamment silencieux sur ces groupuscules apparemment violents.

2012-drapeau-victoriaville-01.jpg

[QMI.]

2012-drapeau-victoriaville-02.jpg

[Journal de Québec.]

2012-drapeau-victoriaville-05.jpg

[Thomas Gerbet, Radio Canada.]

2012-drapeau-victoriaville-06.jpg

[Thomas Gerbet, Radio Canada.]

2012-drapeau-victoriaville-03.jpg

[Édouard Plante-Fréchette, La Presse.]

2012-drapeau-victoriaville-04.jpg

[Édouard Plante-Fréchette, La Presse.]

Charest 1999

Selon Jean Charest, le gouvernement Bouchard n’a pas compris le sens du mandat que lui a donné la population, lors des élections du 30 novembre dernier, au cours desquelles le PLQ aura finalement récolté le plus grand nombre de voix. Ainsi, a affirmé le politicien, le discours actuel gravite essentiellement autour de la question de la séparation du Québec, pendant que la population, elle, ne cesse de s’appauvrir, matériellement et intellectuellement: “Par rapport à la moyenne canadienne, les jeunes Québécois bénéficient de moins de ressources pour étudier. Dans 10 ou 15 ans, nous connaîtrons d’ailleurs les effets de cette situation déplorable lorsque les entreprises auront de la difficulté à recruter chez nous et se tourneront vers les étrangers pour combler les postes offerts parce qu’ils seront mieux préparés au marché du travail.”

Par ailleurs, le chef libéral a insisté sur la nécessité de créer une loi-cadre sur les frais de scolarité qui, selon lui, permettrait l’accessibilité à l’éducation pour tous, de même que le maintien des frais de scolarité à un seuil bas: “Le gouvernement doit respecter sa décision de geler les frais de scolarité. À cet égard, je lui demande de donner les moyens aux universités de respecter les engagements qu’il a pris sur cette question.”

Université de Laval, Au fil des événements, Renée Larochelle : “Éducation : le Québec est en retard sur le continent”. 25 mars 1999. Via Ianik Marcil.

Sans chemise, sans pantalon

Parce que toutes les tactiques ont été utilisées,
Parce que Charest, Beauchamp continuent de faire la sourde oreille,
Parce que Tremblay et les Conservateurs ne veulent plus de manifestants masqués,
Parce que nos agents de la paix ont besoin de nouvelles distractions,
Parce qu’il faut rafraîchir nos slogans,
Parce que c’est le printemps,
Parce que la nudité ça pogne et que nous voulons attirer l’attention…

…Tout l’monde tout nu, on prend la rue!!! Pour les plus gênés, on reste un TI PEU HABILLÉS… ;)

Départ: Émilie-Gamelin
Arrivée: Parc Laurier

Facebook, Isabelle Leullier et François Dagniers : “Manifestation ludique: Sans vêtements pour un gouvernement transparent.

Minorité hystérique et artistes bêlants

Richard Martineau

[Photo Francis Lhotelin.]

Je crois que Richard Martineau est en train de devenir une caricature de Richard Martineau.

[…] Des membres de l’association étudiante EMPÊCHENT des étudiants d’entrer dans le cégep, INTIMIDENT et MENACENT les étudiants qui veulent étudier, et MANIFESTENT sur le terrain du cégep EN TOUTE IMPUNITÉ, sans que la justice fasse quoi que ce soit pour les en empêcher !

Pire : les manifestants, les intimidateurs et les harceleurs ont l’appui de profs syndiqués, qui utilisent les jeunes pour régler leurs comptes avec le gouvernement !!!!

Et cela se passe sous notre nez, devant les caméras de télé, sans que personne ne fasse quoi que ce soit !

Nos « courageux » artistes préfèrent bêler aux côtés des associations étudiantes et des grosses centrales syndicales qui les financent.

HONTE AUX ARTISTES

Combien de temps va-t-on encore laisser une minorité hystérique d’étudiants, financés et encadrés par de grosses centrales syndicales (et leurs amis les artistes), foutre le bordel ?

La loi et l’ordre, ça n’existe plus, au Québec ? Ce sont des notions dépassées ? Fascistes ? Capitalistes ?

Actuellement, des jeunes sans aucune ressource tentent désespérément de sauver leur session. Ils sont abandonnés par les administrations des universités et des cégeps, abandonnés par les profs (qui préfèrent jouer aux révolutionnaires de salon), abandonnés par la police (qui manque de ressources pour leur permettre de franchir les lignes de piquetage), abandonnés par le gouvernement, abandonnés par les médias, abandonnés par le système de justice (qui ne fait pas respecter les injonctions qu’il accorde)…

Ce n’est pas censé émouvoir les artistes, ça ? Ce n’est pas ça, le pain et le beurre des artistes — le pauvre individu qui lutte contre le système ?

Au lieu d’appuyer ces jeunes qui ne savent plus à quel saint se vouer pour ÉTUDIER, nos « courageux » artistes préfèrent bêler aux côtés des associations étudiantes et des grosses centrales syndicales qui les financent à coups de milliers de dollars.

Vous n’avez pas honte ? Il n’y a pas un MAUDIT artiste au Québec qui a un enfant qui VEUT étudier ?

Journal de Montréal, Richard Martineau : “Une situation dégueulasse”.

Le coût du gratuit

Le respecté sociologue Guy Rocher a lui aussi plaidé récemment pour le libre accès aux études supérieures, au cours d’un entretien au Devoir. « Il s’agit d’un choix de société qui coûterait 1 % du budget du Québec », a fait valoir celui qui a été membre de la commission Parent. Le principe de la gratuité était d’ailleurs déjà présent dans le rapport de cette commission historique. À cette époque, au début des années 1960, on avait souligné que la gratuité était « souhaitable à long terme ». Mais aucun gouvernement du Québec n’a depuis opté pour cette avenue.

Le Devoir, Alexandre Shields : “Le coût de la gratuité”.

2012-tuition-fees-ocde.png

Frais annuels de scolarité en université (US$), source OCDE.

Les frais au Québec sont actuellement de 2168 CA$ (2208 US$). Le gouvernement souhaite les augmenter à 3793 CA$ (3864 US$).

Nouvelles du printemps

Face à un gouvernement coléreux, arrogant et calculateur, des leaders étudiants raisonnés, calmes et posés. Lire en priorité chez La Presse cet entretien avec Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin.

On lira aussi chez le National Post (quotidien conservateur modéré) : “Quebec student protests not just about tuition but battle against ‘greedy elites’”.

Par ailleurs, Denis Lessard note une division au sein du groupe parlementaire libéral au pouvoir :

Les députés de Montréal, très inquiets des débordements de violence, ont presque unanimement exhorté Jean Charest à mettre de l’eau dans son vin. Au même moment, les élus des régions, ceux de Québec en particulier, prônaient la ligne dure devant les « enfants gâtés ».

[…] Fermeté… ou entêtement? Ce n’est pas la première crise qui survient parce que le premier ministre Charest reste campé sur ses positions. La centrale du Suroît, la privatisation d’Orford et l’agonie autour de la décision sur le déclenchement de la commission Charbonneau sont autant de cas où, inflexible, le gouvernement Charest a donné prise à des affrontements, avant de céder. Ce n’est pas la première crise, mais c’est de loin la plus grave.

[…] En 11 semaines, M. Charest n’aura pas souvent fait mouche. Québec a mésestimé l’ascendant de la CLASSE sur l’ensemble du mouvement étudiant et sous-évalué la solidarité des associations. On s’attendait à ce que le mouvement s’étiole de lui-même après les vacances de Pâques. Québec s’est trompé en pensant que les tribunaux forceraient le retour en classe. On pensait pouvoir diaboliser le jeune Gabriel Nadeau-Dubois. Autant de déconvenues pour Québec.

L’attitude de Jean Charest vendredi en disait long sur son exaspération. Dans un bien rare moment d’impatience, il a sauté les plombs quand une journaliste a insisté pour qu’il dise carrément qu’il ne déclencherait pas d’élections avant l’été, pour inviter les Québécois à trancher dans ce débat. C’est « grotesque », a-t-il répondu, de penser qu’on puisse appeler les électeurs aux urnes dans ce contexte de crise. Mme Marois a été « ignoble » de laisser entendre que le gouvernement pourrait tenter de tirer profit de cette crise, a-t-il dit. « Si vous n’avez pas compris ma réponse, vous ne la comprendrez jamais ! », a-t-il lancé, irrité. Il a dû s’excuser deux heures plus tard.

La Presse, Denis Lessard, “Droits de scolarité : le caucus libéral divisé”.

(Le premier paragraphe s’inscrit dans la traditionnelle division qui oppose les villes de Montréal et Québec. La ville de Québec est traditionnellement le refuge de la droite populiste qui flirte avec l’extrême-droite — ce qui s’y manifeste, en autres, par le phénomène des “radios-poubelles”. En regard, la ville de Montréal, plus cosmopolite et cultivée, est réputée plus libérale.)

(Le “caucus” est un anglicisme signifiant “groupe parlementaire” au Canada.)

Pour un résumé de la situation actuelle au Québec, lire : AFP, “Enlisé dans le conflit étudiant, le Québec regarde vers les urnes”.

P.S. En dédicace amusée (il comprendra) à Mario Asselin, cet excellent papier de Marie-Claude Lortie traite de cette fameuse démocratie directe qui trouble tant les politiques et éditorialistes québécois.

P.S. bis. Pascal Henrard : “J’étais pour”.

Il y a 25 ans, Malik Oussekine

Malik Oussekine

Photo LPLT / Wikimedia Commons.

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986 à Paris, en plein conflit gouvernement-étudiants, Malik Oussekine, 22 ans, était matraqué à mort dans le hall d’un immeuble parisien, au 20, rue Monsieur-le-Prince, où il s’était refugié, par deux “voltigeurs motoportés”.

Français d’origine algérienne, étudiant sans histoire à l’Ecole supérieure des professions immobilières (ESPI), il était d’une santé fragile à cause de déficiences rénales, devant être dialysé trois fois par semaine.

Le jeune homme s’était tenu à l’écart du mouvement estudiantin. Les étudiants dénonçaient un projet de loi instaurant, selon eux, la sélection à l’entrée de l’université. Ce jour-là, cependant, selon ses amis, Malik voulait aller voir une manif.

Seul témoin du drame, Paul Bayzelon, fonctionnaire au ministère des Finances, habitant l’immeuble du 20 rue Monsieur le Prince (6ème arrondissement), a raconté: “Je rentrais chez moi. Au moment de refermer la porte après avoir composé le code, je vois le visage affolé d’un jeune homme. Je le fais passer et je veux refermer la porte”.

“Deux policiers s’engouffrent dans le hall, a-t-il poursuivi, se précipitent sur le type réfugié au fond et le frappent avec une violence incroyable. Il est tombé, ils ont continué à frapper à coups de matraque et de pieds dans le ventre et dans le dos. La victime se contentait de crier: ‘je n’ai rien fait, je n’ai rien fait’ “.

Paul Bayzelon a dit avoir voulu s’interposer mais s’être fait lui aussi matraquer jusqu’au moment où il a sorti sa carte de fonctionnaire. Les policiers, présents dans le quartier pour disperser la manifestation, sont alors partis mais Malik Oussekine était mort.

Le lendemain, Alain Devaquet, ministre délégué à l’Enseignement supérieur et auteur du projet de loi polémique, présentait sa démission, cependant que les étudiants défilaient en silence portant des pancartes “Ils ont tué Malik”.

Le lundi 8 décembre, après de nouvelles manifestations, le Premier ministre Jacques Chirac annonçait le retrait du texte.

[…] Dans son récent livre “La tragédie du président”, le journaliste Franz-Olivier Giesbert décrit Jacques Chirac comme particulièrement sensible aux mouvements de la jeunesse depuis l’affaire Malik Oussekine, dont il pense, selon l’auteur, qu’elle lui a coûté son élection à la présidentielle de 1988.

Nouvel Observateur, 5 décembre 2006 : “Il y a 20 ans, Malik Oussekine”.

Nous avions dit après les violences et les répressions du gouvernement de Jacques Chirac, en 1988, on s’en souviendra. Je pense que c’est le moment aujourd’hui, tous ensemble, ici, de rappeler ce message : Jacques Chirac en 1988, on s’en souviendra de la répression, des violences, de la mort de Malik Oussekine et du projet de société qui était le vôtre aujourd’hui, celui de la sélection, celui du refus, celui de l’exclusion, celui qui empêche l’ensemble des jeunes de ce pays de pouvoir avoir une formation, de pouvoir faire des études et donc de pouvoir trouver un emploi, de pouvoir s’intégrer à la vie sociale et économique de ce pays. Je pense que c’est le moment de le rappeler aujourd’hui. Il reste quelques semaines importantes avant l’échéance de l’élection présidentielle. Nous devons mettre toutes nos forces pour rappeler à tous les jeunes, étudiants, lycéens, même aux autres, Jacques Chirac, en 1988, on s’en souviendra.

Isabelle Thomas, à l’occasion de la visite de François Mitterand à l’université de Villetaneuse, le 14 avril 1988.

Ostie de gros vrac matinal

La police au service de la politique :

On parle des étudiants comme s’ils était tous des casseurs, mais comment recevoir la volte-face policière d’hier soir après cette manifestation menée dans le centre-ville montréalais dans un appréciable calme? Une autre couche de provocation, rien de moins. On parlera seulement des excès des jeunes, mais la marche d’hier a été perturbée par la police sans qu’on n’y comprenne rien. Jusqu’à l’assaut des troupes policières, tout se passait bien.

Cette confusion entretenue de manière volontaire, où l’on tronque une portion de la réalité au gré des humeurs officielles, ne peut plus durer. La vraie ambiguïté est du côté du gouvernement, dont on peine à comprendre la stratégie. Tout cela mènera-t-il à des élections ? Si oui, qu’on le dise clairement !

Les leaders étudiants ont parlé de discussions cordiales à la table de négociation, mais confié que la hausse des droits fut à peine effleurée. Peut-être parce que cela n’a jamais été à l’ordre du jour officiel. Les libéraux auraient-ils à gagner à déclencher des élections sur un tel grabuge ? Certains semblent penser que oui, même si cela a des allures très nauséabondes de machiavélisme, dans le sens où ce serait gouverner sans morale.

L’odieux porté hier par la ministre Beauchamp se retournera contre les étudiants, si d’aventure les choses dérapaient encore au-dehors. Est-ce là le souhait d’un gouvernement sans scrupule ?

Le Devoir, Marie-Andrée Chouinard : “Grève étudiante - Machiavel à Québec”.

Au Journal de Montréal, on saluera la lumière de Djemila Benhabib perdue au milieu de chroniqueurs bien, bien à droite (Richard Martineau, Nathalie Elgrably-Lévy, Éric Duhaime, etc.) :

C’est ce qui arrive dans le conflit qui oppose les étudiants à la ministre Beauchamp. Comment expliquer qu’un gouvernement incapable de sévir contre des Mohawks bloquant des routes et qui a notamment fermé les yeux pendant longtemps sur la corruption dans la construction puisse agir d’une façon aussi unilatérale envers les étudiants ?

En sous-estimant leur rôle, leur potentiel ainsi que leur capacité de mobilisation, la ministre de l’Éducation a cruellement manqué de vision.

Cette façon de traiter des citoyens à part entière n’est pas digne d’un pays démocratique. Comment dire? Dépêcher des flics pour mâter des étudiants est franchement indécent. Tenter de les monter les uns contre les autres est terriblement détestable. Encourager la judiciarisation du conflit est pitoyable. En somme, tous les ingrédients étaient réunis pour faire déraper ce conflit vers un affrontement des plus destructifs. S’ajoute à tout le reste la « valse » hésitante d’une des organisations estudiantines à condamner les actes de violence.

Alors, que faire ? Aujourd’hui, la question n’est pas de savoir si l’on est pour ou contre l’augmentation des frais de scolarité ; elle est plutôt dans le rétablissement au plus vite du dialogue entre les parties, c’est-à-dire ouvrir un débat avec les trois associations qui représentent les étudiants.

Trop de temps a été perdu. Au diable cette frousse qui glace le cœur et congèle la raison. Trop, c’est trop !

Journal de Montréal, Djemila Benhabib : “Trop, c’est trop !”.

Je me demandais ce qu’était cet ovni politique que la Coalition Avenir Québec de François Legault. Je crois commencer à comprendre, une pièce à verser au dossier :

François Legault donne raison à la ministre Line Beauchamp, qui a expulsé la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE). Ce groupe d’étudiants « a démontré sa mauvaise foi », a-t-il insisté.

La FECQ et la FEUQ « porteront l’odieux » d’un éventuel échec si elles ne retournent pas à la table de discussions, a encore soutenu le chef de la Coalition avenir Québec.

Le Soleil, Jean-Marc Salvet : “Droits de scolarité: Québec prêt à faire un pas”.

Peut-être que Mario Asselin pourra nous faire du décryptage…

ÉTUDIANTS : vous m’inspirez.

ÉTUDIANTS : nous ne sommes peut-être pas nombreux, mais nous comprenons votre rage et votre frustration.

ÉTUDIANTS : j’espère que dans 20 ans, quand vous serez à la place de la ministre Beauchamp que vous n’aurez pas oublié, comme elle le fait maintenant, vos idéaux de justice sociale.

Votre carré rouge saigne, mais il se régénère quotidiennement.

Montréalistement : “Rage de dents”.

Sinon, comme je le touittais hier soir, on est en train d’apprendre la peur et la haine de la police à toute une génération. Cela ne cadre pas avec mon idée de la société québécoise.

Bon, je retourne au lit. Ostie de gros rhume…

P.S. Lire aussi Jean Barbe : “Avant qu’il soit trop tard”.

Lettre de prof

Lettre de Jean-François Hamel, professeur au département d’études littéraires de l’UQÀM, via Samuel Mercier.

Chères étudiantes,

Chers étudiants,

Il y a presque deux mois que je ne vous ai pas écrit, une éternité en somme. Si je ne devais pas veiller sur le sommeil de mon fils ce soir, je serais dans la rue pour manifester ma colère. Faute de quoi, je me décide enfin à reprendre le fil de nos échanges.

Depuis des semaines, j’admire la force et la rigueur du mouvement étudiant, qui est parvenu non seulement à faire entendre un refus catégorique de la hausse des frais de scolarité, mais aussi une critique argumentée et précise de la destruction néolibérale de nos institutions publiques. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai vu mes convictions politiques prendre corps dans les rues, prendre voix dans l’espace public, à une échelle que je croyais jusqu’ici inimaginable. Tout à coup, il y avait de la politique, c’est-à-dire des ennemis et des amis, et non seulement la gestion consensuelle des affaires quotidiennes. Tout à coup, il y avait de la démocratie, c’est-à-dire des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, et non seulement des experts qui imposent des décisions au nom des prétendues nécessités de l’économie. C’est la grandeur de ce mouvement que de donner espoir, au-delà de sa propre cause.

Aujourd’hui, à Santiago au Chili, il y avait des dizaines de milliers d’étudiants qui manifestaient dans les rues. Selon le New York Times, c’est dans ce pays que les frais de scolarité sont proportionnellement les plus élevés au monde, soit 3 400 dollars par années pour un salaire moyen annuel de 8 500 dollars. Le combat des étudiants chiliens, qui recoupe très largement les revendications de la CLASSE, a commencé il y a plus d’un an, et il leur faudra encore des mois pour ouvrir une brèche dans la privatisation massive des institutions publiques entreprises sous la dictature de Pinochet. Je ne souhaite évidemment pas que la grève des étudiants québécois dure aussi longtemps. Mais avec la décision de la ministre de l’Éducation de suspendre unilatéralement les négociations (car c’est bien le sens de l’exclusion de la CLASSE), mes derniers espoirs se sont évanouis. J’ai le sentiment que votre lutte ne fait que commencer. Il vous faudra entretenir votre colère, qui est la mère de toutes les émotions politiques.

J’espère que vous continuerez jusqu’à la victoire, si vous me permettez ce langage militaire. Bien sûr, il vous appartient de juger de l’état de la situation, d’identifier au fur et à mesure les actions à entreprendre et de débattre franchement des risques que vous êtes prêts à assumer collectivement. Mais sachez que, quelles que soient vos décisions, que la grève dure encore quelques jours ou des semaines, j’en serai solidaire, comme la très vaste majorité des collègues du Département d’études littéraires. Surtout soyez assurés que nous veillerons tous, peu importe le moment du retour en classe, à trouver des arrangements pour que personne ne soit indûment pénalisé. La grève que vous menez est essentielle pour préserver l’accessibilité à l’éducation, mais aussi pour assurer la survie de l’université telle que nous la connaissons. Nous aurions tort de ne pas vous apporter notre soutien.

Il ne faut surtout pas baisser les armes, malgré les nouvelles désastreuses du jour.

Faites-moi signe au besoin, il va sans dire.

Amitiés solidaires,
Jean-François.

Tous furieux

2012-le-silence.jpg

[Photo Bernard Brault, La Presse.]

Il est 23h33 et je regarde, furieux, les images de la tété qui montrent Montréal encore une fois transformée en terrain de bataille. Je regarde, furieux, une autre manif pacifique qui a dégénéré. Je regarde, furieux, un gouvernement qui est en train de réussir un coup fumant : laisser pourrir une situation en espérant en recueillir les fruits.

La Presse, Patrick Lagacé : “Ligne dure face aux étudiants : la queue du chien…”.

Le succès de CUTV

Tout le monde salue le magnifique travail de Concordia University Television, un groupe d’étudiants qui couvre en direct depuis des jours les manifestations à Montréal.

Dans un monde de médias privés vaguement réactionnaires et souvent un peu paresseux, c’est une voix qui témoigne, un média social indispensable à la démocratie. Une vision sans filtre, brute, non formatée, et tout à fait rafraîchissante.

Devant des milliers de spectateurs sur Internet, le cameraman de CUTV s’est fait gazer en direct (complètement gratuitement par une brute en uniforme du SPVM)… C’est dire comme nous étions au cœur de l’action derrière nos claviers.

“We’re media, motherfucker!”

Après, vous pouvez vous endormir en retournant sur RDI, ou avoir la nausée avec TVA.

Par ailleurs, vous irez lire Jean-François Lisée : “Étudiants : les victoires de la grève”.

Il dit notamment :

Des leaders modèles. Vous les avez entendus cent fois, les leaders de la CLASSE, de la FEUQ et de la FECQ. Rien à voir avec la langue pâteuse et relâchée du tsé-veu-dire. Leur langage est clair, précis, grammaticalement et syntaxiquement correct. Ils ont l’attitude de ceux qui savent ce qu’ils font, où ils vont, comment s’y prendre. Il y a du théâtre dans tout ça, évidemment.

Mais il y a surtout, pour les centaines de milliers d’étudiants, des modèles. Voilà comment on se tient quand on est un leader étudiant. Voilà comment on parle. Voilà qui on choisit. Voilà ce que notre école peut produire.

Et puisque les leaders étudiants d’aujourd’hui sont toujours nos ministres de demain, on sent là une relève qui promet.

J’ai écouté les conférences de presse cet après-midi des porte-parole étudiants. Si Léo Bureau-Blouin de la FECQ n’est manifestement pas à l’aise avec les médias et un peu confus dans son expression, Martine Desjardin de la FEUQ est juste impressionnante. Quelle force, quelle maturité, quelle conviction ! Line Beauchamp, la ministre de l’Éducation, ferait petite fille aussi irascible qu’insignifiante à côté.

Quant à Gabriel Nadeau-Dubois, l’incontestable vedette du mouvement, je suis tout aussi admiratif et fan, tout comme l’est Xavier Dolan (la concupiscence mise à part, bien entendu).

« J’aimerais dire avant tout que je trouve que Gabriel Nadeau-Dubois fait un travail formidable, je le trouve très, très éloquent, il m’impressionne beaucoup, et aussi que je trouve, mais bon, c’est sans importance… que je le trouve très sexy. Voilà, c’est fait ! J’étais tanné de garder ça pour moi. » — Xavier Dolan.

(Mais comme dit un soi-disant membre du Royal 22e Régiment, “Faut être une méchante lopette pour suivre et admirer GND”… J’assume, je suis, comme Xavier, une méchante lopette.)

J’ai été frappé par la médiocrité des questions qui ont été posées à Gabriel lors de son point-presse, toujours les mêmes, répétées à n’en plus finir, par des journalistes définitivement pas dans le “clair, précis, grammaticalement et syntaxiquement correct”, mais pour certains, de plain-pied dans le “tsé-veu-dire”.

Oui, les étudiants d’aujourd’hui sont prometteurs d’avenir, nous impressionnent et enrichissent la société.

Radicalisation

Dire que tout devient permis, c’est réaliser une chose : ce gouvernement n’est plus légitime. Il a violé le contrat social qui unit la population québécoise à ses leaders. Il a violé cette tradition typique de chez nous consistant à ouvrir le dialogue pour trouver des compromis, à rejeter l’affrontement pour trouver des terrains d’entente, à écouter la rue lorsqu’elle se manifeste si clairement. Il a violé les principes fondateurs de notre démocratie, de notre vivre-ensemble, de nos valeurs. Il n’a plus la légitimité de nous représenter. Il est à l’origine d’une violence qui nous est étrangère parce que nous n’avions jamais été témoins d’un tel mépris.

Étudiants, cassez des vitres. Étudiants, prenez des pavés. Étudiants, détruisez ce qui doit être détruit si vous en avez le désir. Il n’y a plus de dialogue. Assiégez la ville si c’est là votre volonté. Aucune de vos manifestations ne peut surclasser la violence du mépris et de la répression de ce gouvernement.

Charest a choisi d’ignorer la rue. Si c’est d’un Printemps québécois dont il est question, celui-ci doit aller jusqu’au bout : jusqu’au renversement de ce gouvernement pourri.

LouisPrefontaine.com : “Tout est permis”.

UQO - Université du Québec en Outaouais. 18 avril 2012.

Facho de Québec (suite)

Le directeur de la fiscalité au ministère, Bernard Guay, a écrit récemment une lettre véhémente contre le mouvement de grève étudiant que le quotidien Le Soleil a dû retirer de son site internet.

Dans la lettre, M. Guay a parlé de mettre fin à « la tyrannie des agitateurs de gauche ». Pour contrer les « activistes étudiants » et « reconquérir le terrain », il invite à s’inspirer des « mouvements fascistes » qui, dans les années 1920 et 1930, ont appliqué aux gauchistes « leur propre médecine ».

[…] La publication de cette lettre sur le site internet du Soleil a suscité un tel tollé que la direction a dû la retirer en présentant ses excuses.

Mardi, le ministre des Affaires municipales, Laurent Lessard, a condamné les propos de son fonctionnaire en les qualifiant d’« inappropriés ». Il a indiqué que M. Guay avait été rencontré par le sous-ministre et que des sanctions administratives avaient été appliquées. M. Lessard n’en a toutefois pas précisé la nature.

[…] La montée des mouvements fascistes dans l’Europe des années 1920 et 1930 a été marquée par des heurts et de nombreux combats de rue avec les organisations de gauche, syndicats et partis communistes. En Allemagne, les chemises brunes du parti nazi se sont imposés par la brutalité jusqu’à l’élection d’Adolf Hitler en 1933.

La Presse Canadienne : “Allusions fascistes: un haut-fonctionnaire sanctionné”.

(Il y a la liberté d’expression au Québec, mais les fonctionnaires sont astreints à un devoir de réserve quant à l’expression publique de leurs opinions politiques. “Le fonctionnaire doit, dans l’exercice de ses fonctions, s’abstenir de tout travail partisan et faire abstraction de ses opinions politiques. Le fonctionnaire doit faire preuve, tant dans sa vie privée que dans sa vie professionnelle, de réserve quant à la possibilité pour lui de faire connaître publiquement ses opinions politiques.”Code d’éthique dans la fonction publique québécoise.)

Facho ordinaire à Québec

Le facisme, une réaction de salubrité politique. Une tribune malheureuse dans le quotidien Le Soleil.

[…] Par ailleurs, quand on observe l’évolution du conflit des frais de scolarité, on constate qu’une clique restreinte d’apprentis révolutionnaires complétant leur stage en agitation sociale est parvenue à entraîner une partie importante des étudiants dans une grève ruineuse et antisociale. Cela oblige à s’interroger sur les moyens qu’il faudrait prendre pour éviter de telles situations.

Les activistes étudiants ont, en profitant de la pusillanimité de la police et de la complicité de certains enseignants, occupé le terrain par des manifestations et des piquetages. Ils ont prétendu que les votes extorqués lors d’assemblées manipulées auxquelles ne participait qu’une partie des étudiants leur permettaient d’exiger que tous les étudiants suivent leur mot d’ordre de grève, comme si la formule Rand s’appliquait également aux étudiants. Il ne suffit pas, pour faire échec à une opération préméditée et extra-légale comme celle-là, de prendre part aux assemblées, de déclarer publiquement son opposition ou de s’adresser aux tribunaux. Étant passé par là en mon temps, j’ai beaucoup d’admiration pour ceux qui ont posé de tels gestes, mais cela ne suffit pas: il faut s’organiser pour reconquérir le terrain. Dans les années 1920 et 1930, c’est ce qu’on fait les mouvements fascistes, en appliquant aux gauchistes leur propre médecine. Ceux-ci en ont gardé un souvenir si cuisant que, trois quarts de siècle plus tard, ils s’acharnent encore à démoniser cette réaction de salubrité politique. Les opposants aux grèves doivent donc cabaler, s’organiser pour franchir en masse les lignes de piquetage, apostropher les porteurs de carrés rouges où qu’ils les rencontrent, répondre à l’intimidation par le défi.

Un des facteurs qui a le plus contribué à étirer le conflit est la complicité évidente des médias à l’égard des agitateurs étudiants: traitement hostile des opposants aux grèves, attribution aux instigateurs des grèves d’une représentativité inexistante, orientation des enquêtes (ex: rémunération des recteurs) pour corroborer le discours des activistes, etc. La vraie concentration de la presse, ce n’est pas la mainmise de quelques entreprises, mais le contrôle des salles de rédaction et des plateaux de télévision par les journalistes gauchistes et leurs syndicats; les quelques chroniqueurs plus modérés (souvent des gauchistes repentis) des pages éditoriales sont loin de contrebalancer ce noyautage.. Les gens qui s’opposent aux points de vue véhiculés par les médias contrôlés par la gauche doivent se doter de leurs propres médias. On en retrouve une ébauche dans certaines radios populaires de la région de Québec et cela inquiète tellement nos gauchistes qu’ils essaient constamment de les discréditer en les qualifiant de radios-poubelles.

Elle est difficile, la route qui permettra de s’affranchir de la tyrannie des agitateurs de gauche. Contrairement à ces derniers, dont la priorité est d’attiser le mécontentement pour se hisser au pouvoir, les gens de droite s’intéressent d’abord à leurs devoirs professionnels, scolaires et familiaux, et ensuite seulement à la lutte politique. Il faudra pourtant qu’ils y viennent, s’ils veulent éviter que les activistes de gauche leur imposent des conflits perpétuels.

Le Soleil, tribune libre de Bernard Guay : “Pour en finir avec les grèves”.

Via Québec Facho-Watch.

Sans trop de grande surprise, ce discours nous vient de la bonne ville de Québec…

La prose de Stéphane Gendron

Une centaine d’étudiants en colère contre le gouvernement Charest a bloqué le pont Champlain pendant une heure hier matin, causant des embouteillages. Le maire de Huntingdon a exprimé sa rage sur sa page Facebook. Il ne s’excuse aucunement et assume pleinement ses propos.

Impossible de rentrer à montréal ce matin…

Les tabarnaks d’étudiants. Les criss, ça va finir dans le sang un moment donné. Ils ne cessent de provoquer… Câlisse on veut aller travailler bande d’esties de puants sales. La bastonnade, c’est pour quand?

[…] Charest doit prendre des mesures pour garantir l’accès aux ponts de Montréal: L’armée et la bastonnade pour les esties de morveux puants sales.

[…] Ça se peut tu? Les pacifistes et les ma-tantes pro-étudiants sont choqués. Qui agressent les gens à Montréal et nous écoeurent à tous les jours? Les puants de “grévistes” étudiants qui emmerdent le peuple au lieu de se fermer la boîte et étudier. On prend en otage des populations? L’armée, et si on ne dégage pas: On frappe. C’est pas la violence. C’est l’état de droit contre la violence et les agressions étudiantes. Bande de caves…

Page FaceBook de Stéphane Gendron, maire de Huntingdon.

Oui, puant.

L’école, à quoi ça sert ?

Le seul vrai succès historique de l’école est d’avoir fait reculer l’analphabétisme. Et encore, c’est un succès très mitigé : selon la fondation pour l’alphabétisation, 49% des Québécois sont analphabètes ou ont de trop faibles compétences en lecture pour accomplir les tâches élémentaires de leur vie courante. Alors soit que l’école ne fait pas son travail, soit que l’école ne sert pas vraiment à transmettre des connaissances - et j’ai tendance à choisir cette seconde option. Car même les écoles les plus libérales restent… des écoles, c’est-à-dire des lieux où l’on transforme des individus en citoyens, en consommateurs, en main d’œuvre - autrement dit, en simple marchandise. Toutes les écoles, qu’elles soient privées ou publiques, catho ou alternatives, sont des lieux où on apprend le conformisme et l’obéissance. Et la cour d’école et le gymnase participent autant que la classe à ce processus, particulièrement pour les garçons qui y apprennent l’esprit grégaire et la soumission au chef de meute.

Née avec l’industrialisation, l’école moderne fonctionne comme une usine. Elle a évidemment comme but de donner aux individus les habilités élémentaires en lecture et en calcul pour qu’ils puissent comprendre ce qu’on attend d’eux dans le contexte du travail et mettre en application les procédures de production. Mais encore plus important, elle instille dans l’esprit des jeunes la discipline qui est nécessaire au travail: comment adapter son cycle de sommeil et l’heure de réveil pour se plier aux exigences du boulot, comment arriver à l’heure, apprendre à contrôler ses sphincters pour aller aux toilettes uniquement aux moments prévus à cet effet, bref, savoir être un esclave à temps partiel capable d’autodiscipline. Enfin, l’école a pour mission d’inculquer le respect de l’autorité et pousse l’élève à adopter un comportement hiérarchique de respect envers ses supérieurs et de condescendance méprisante envers les subalternes.

Le blog flegmatique d’Anne Archet : “Étudiants, encore un effort si vous voulez favoriser l’accès à l’éducation”.