Lesbienne pas belle

Témoignage de Thomas Gerbet, journaliste à Radio-Canada :
Aux alentours d’une heure du matin, alors que la foule était dispersée et que les agents procédaient à des arrestations massives, Bruno Maltais et moi-même nous sommes postés à quelques mètres des événements pour prendre des photos. Nous étions à une distance raisonnable, environ une dizaine de mètres. Un policier nous a demandé de nous écarter en pensant certainement que nous étions des manifestants. Nous avons présenté notre carte de presse, mais il a dit que ça n’avait pas d’importance.
Alors que nous ne bougions pas pour finir de prendre des photos, le ton est monté, il nous a crié dessus. Il a avancé sur nous avec sa matraque tenue à deux mains. Nous nous sommes écartés sur le trottoir d’en face, mais ça ne semblait pas être suffisant pour d’autres de ses collègues qui nous ont écartés plus loin en nous poussant avec leur matraque tenue à deux mains devant eux.
Quelques minutes plus tard, j’ai été témoin d’un policier qui a insulté une manifestante de “lesbienne” puis de “pas belle”. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis donc arrêté pour observer la scène. Bruno a tenté de filmer. Le policier nous a crié de “dégager”. Nous avons alors spécifié que nous étions journalistes.
Il est venu très proche de mon visage et m’a demandé ma carte de presse de manière insistante et intimidante. Il a dit que nous ne sommes pas des journalistes, car nous utilisons des “iPhone” comme les autres manifestants. On a essayé de lui expliquer que ce sont les nouveaux outils de travail, mais il a dit qu’on n’a rien à faire derrière leur dos, qu’on les dérange. Il semblait visiblement à bout et aussi contrarié qu’on ait assisté à la scène de l’insulte. L’agent a répété que, pour lui, nous ne sommes pas des journalistes.
Le ton est un peu monté et j’ai demandé son matricule (qui n’était pas affiché). Il n’a pas voulu le donner et a été voir son responsable avec nos cartes de presse. Ce dernier nous a traités comme des moins que rien en nous faisant la leçon sur ce que l’on doit faire et ne pas faire comme reporter, qu’on est toujours dans leurs pattes, qu’on ne comprend pas leur travail, etc. J’ai de nouveau exigé le matricule du premier agent. Il m’a dit: “tu te comportes comme eux, les manifestants, qui demandent nos matricules”.
Je me suis senti intimidé et brimé dans mon travail.


