Journal de bord

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Lesbienne pas belle

Tweets de Thomas Gerbet dans la nuit du 16 au 17 mai.

Témoignage de Thomas Gerbet, journaliste à Radio-Canada :

Aux alentours d’une heure du matin, alors que la foule était dispersée et que les agents procédaient à des arrestations massives, Bruno Maltais et moi-même nous sommes postés à quelques mètres des événements pour prendre des photos. Nous étions à une distance raisonnable, environ une dizaine de mètres. Un policier nous a demandé de nous écarter en pensant certainement que nous étions des manifestants. Nous avons présenté notre carte de presse, mais il a dit que ça n’avait pas d’importance.

Alors que nous ne bougions pas pour finir de prendre des photos, le ton est monté, il nous a crié dessus. Il a avancé sur nous avec sa matraque tenue à deux mains. Nous nous sommes écartés sur le trottoir d’en face, mais ça ne semblait pas être suffisant pour d’autres de ses collègues qui nous ont écartés plus loin en nous poussant avec leur matraque tenue à deux mains devant eux.

Quelques minutes plus tard, j’ai été témoin d’un policier qui a insulté une manifestante de “lesbienne” puis de “pas belle”. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis donc arrêté pour observer la scène. Bruno a tenté de filmer. Le policier nous a crié de “dégager”. Nous avons alors spécifié que nous étions journalistes.

Il est venu très proche de mon visage et m’a demandé ma carte de presse de manière insistante et intimidante. Il a dit que nous ne sommes pas des journalistes, car nous utilisons des “iPhone” comme les autres manifestants. On a essayé de lui expliquer que ce sont les nouveaux outils de travail, mais il a dit qu’on n’a rien à faire derrière leur dos, qu’on les dérange. Il semblait visiblement à bout et aussi contrarié qu’on ait assisté à la scène de l’insulte. L’agent a répété que, pour lui, nous ne sommes pas des journalistes.

Le ton est un peu monté et j’ai demandé son matricule (qui n’était pas affiché). Il n’a pas voulu le donner et a été voir son responsable avec nos cartes de presse. Ce dernier nous a traités comme des moins que rien en nous faisant la leçon sur ce que l’on doit faire et ne pas faire comme reporter, qu’on est toujours dans leurs pattes, qu’on ne comprend pas leur travail, etc. J’ai de nouveau exigé le matricule du premier agent. Il m’a dit: “tu te comportes comme eux, les manifestants, qui demandent nos matricules”.

Je me suis senti intimidé et brimé dans mon travail.

Via Projet J, observatoire du Journalisme.

Autosatisfaction à l’AFP

On ne peut que sourire à lire ce monument d’autocongratulation sous la plume de Roland de Courson, une glorification de l’agence, la tension dramatique en prime :

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La tension est à son comble au service politique de l’AFP, dimanche 6 mai. Le journaliste Vincent Drouin (assis, au centre) et la chef du service politique Sylvie Maligorne (à sa droite) se préparent à envoyer le “flash” qui annoncera aux clients de l’AFP la victoire de François Hollande. Sentiraient-ils comme une certaine pression sur leurs épaules ? Dans leur dos, les principaux responsables de l’agence n’en ratent pas une miette : la rédactrice en chef centrale Florence Biedermann (debout, au centre), le directeur de l’information Philippe Massonnet (debout, au premier plan) et le PDG Emmanuel Hoog (debout, tout à droite)… et même un étudiant en sociologie qui est là pour étudier l’événement d’un point de vue anthropologique. Moment historique

Le résultat du second tour d’une élection présidentielle en France est un des moments les plus forts dans la vie de l’AFP. Etre celui ou celle qui appuie sur le bouton pour envoyer le “flash” - un format de dépêche réservé aux événements capitaux, du genre de ceux qui font s’interrompre les programmes à la radio dans le monde entier pour un bulletin spécial - est un privilège rarissime.

Au cours de toutes les élections présidentielles dans le passé, l’AFP a sagement attendu 20h00 pour envoyer son flash. La loi électorale française impose en effet aux médias le silence radio jusqu’à l’heure de la fermeture des derniers bureaux de vote. Et ce alors même que la plupart des rédactions disposent généralement, dès 18h30 environ, d’estimations suffisamment fiables pour connaître à coup sûr le résultat final.

Mais pour cette présidentielle 2012, le tabou tombe. Dimanche 6 mai, l’AFP annonce à ses abonnés l’élection de Hollande à 18h53, après leur avoir bien précisé que “la diffusion de ces informations auprès du grand public est de (leur) seule responsabilité”. Elle avait fait de même lors du premier tour : l’information donnant Hollande en tête devant Nicolas Sarkozy était passée sur les fils à 18h46. C’était la première fois de son histoire que l’AFP brisait le silence avant 20h00.

Pourquoi une telle décision ? Parce que dès 18h30, ce dimanche 6 mai, plusieurs médias belges et suisses ont publié des estimations du résultat du second tour. L’information s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Quiconque, en France, possède une connexion internet peut connaître le résultat de la présidentielle en quelques secondes, en consultant Twitter ou en regardant la télévision belge, alors même que tous les médias français sont obligés de rester muets. Face à cette situation, l’AFP, qui dispose d’estimations concordantes, basées sur les premiers dépouillements et fournies par ses propres sources, doit-elle rester silencieuse ? L’agence, qui dispose de 3.500 clients à l’étranger, restera-t-elle crédible si, au moment le plus fort de la vie politique française, elle se fait doubler par les agences concurrentes anglo-saxonnes comme ce fut le cas en 2007 ?

A 18h53, la décision est donc prise de diffuser le flash donnant Hollande président. Sylvie Maligorne prend sa respiration et appuie sur le bouton

Un petit brouhaha s’en suit. Des applaudissements pour fêter l’envoi du flash. Quelques sourires modestes, quelques cris de satisfaction, et puis chacun retourne à son travail.

Agence France Presse, Making-Of, Roland de Courson : “FLASH ! A 18h53, Hollande président”.

Je veux bien que ce soit un “moment historique” en interne pour l’agence, mais quand tu diffuses une info qui a déjà fait plusieurs fois le tour de la planète…

Journalisme génétiquement modifié

La machine médiatique à se recopier les uns les autres se met à fonctionner à plein régime. Le billet de Christina Agapakis est publié le 14 février dernier et, dans les jours qui suivent, des dizaines d’articles et de billets paraissent un peu partout… avec un effet “téléphone arabe”. Très vite, on prend l’information pour argent comptant et un journal aussi sérieux que Business Week s’y laisse prendre en titrant, le 16 février : “Recette pour faire un yaourt antidépresseur en cinq jours”. Très vite encore, Tuur Van Balen est lui aussi génétiquement modifié : il change de métier et, de designer, devient “bio-ingénieur” ou bien spécialiste de biologie synthétique, ce qui fait tout de même plus sérieux pour ce genre d’expérience.

Tout cela pourrait être comique si cela ne traduisait pas à la fois un fonctionnement pour le moins fainéant de la presse en ligne (on recopie ou on paraphrase à la va-vite l’article du concurrent, parce qu’il fait du “buzz” et que l’on veut récupérer une partie de cette audience) et une grande inculture scientifique dans les rédactions qui ont gobé comme un seul homme cette histoire de yaourt génétiquement modifié fabriqué dans un coin de cuisine.

Pierre Barthélémy : “Du Prozac dans le yaourt ?”.

Sloppy Journalism Warning Labels

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It seems a bit strange to me that the media carefully warn about and label any content that involves sex, violence or strong language — but there’s no similar labelling system for, say, sloppy journalism and other questionable content.

I figured it was time to fix that, so I made some stickers. I’ve been putting them on copies of the free papers that I find on the London Underground. You might want to as well.

Tom Scott: “Journalism Warning Labels”.

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Journalistes bien dans leur niche

Il n’empêche que cette niche fiscale laisse un sale goût dans la bouche des journalistes. Tout le monde comprend bien l’injustice de la mesure et le souci éthique qui se pose. Dans ce débat, les journalistes sont juge et partie puisqu’ils ont le pouvoir de mobiliser ou non l’opinion publique. Ce n’est pas plus glorieux que les parlementaires qui votent eux-même leur rémunération.

Slate.fr, Vincent Glad : “Pourquoi les journalistes payent moins d'impôt”.

Régulation du journalisme

Quebec’s Culture Minister, Christine St-Pierre, announced this week that she is pushing forward with a plan to create “a new model of regulation of Quebec media.” Public consultations on the project will be held across Quebec this fall.

Key to the plan would be legislation establishing the “status of professional journalist” in order to distinguish those committed to “serving the public interest” from “amateur bloggers.” It is proposed that state-recognized professional journalists would enjoy unspecified “advantages or privileges” not available to the great unwashed.

La Presse reported that one of the privileges Ms. St-Pierre has in mind is “better access to government sources.” A consultation document published Monday asks: “Should the status of professional journalist be accompanied by privileges for the journalists as well as the companies that hire them? If yes, which [privileges]?”

The government says it does not want to prevent anyone from practicing journalism. But it would create a separate class of journalists, who in exchange for their new privileges would have to respect certain criteria, yet to be defined. The new status would not be awarded directly by the state but by organizations representing journalists.

National Post, Graeme Hamilton: “Quebec seeks special status for select journalists”.

Courriel du jour

Je tiens à vous faire part de mon profond désaccord avec le traitement réservé à Mitterrand dans le Monde. Cet article immonde, à charge, digne d’un brûlot d’extrême droite est une honte qui n’aurait jamais dû être publiée. Il rappelle le temps de Plenel/Gattegno et de la “chambre du président’”. Je le prends en outre comme un acte anti-Bergé pour marquer l’indépendance du journal vis-à-vis d’un actionnaire.

Je regrette de m’être embarqué dans cette aventure. Payer sans avoir de pouvoirs est une drôle de formule à laquelle j’aurais du réfléchir ! Je considère que contrairement à ce que j’ai VOULU et à ce qu’ils prétendent, les journalistes du Monde ne sont pas libres mais prisonniers de leurs idéologies, de leurs règlements de compte, et de leur mauvaise foi.

Tout cela est très grave.

Attentivement.

Pierre.

[Via Electron Libre.]

Journalisme radioactif

Le drame du Japon, ce n’est pas l’exposition aux radiations, c’est l’exposition au mauvais journalisme, aux informations approximatives et bidonnées, aux conneries sensationnalistes. Ca n’est pas anodin. À cause de ça, des familles s’inquiètent inutilement, des entreprises se retirent du Japon sans raison. À cause de ça, partout dans le monde, des gens font des stocks de bouffe et assiègent les pharmacies pour avoir des pilules d’iode. À cause de ça, au lieu d’avoir un débat intelligent sur le nucléaire, on va avoir des hystériques jouant à « c’est à bâbord qu’on gueule le plus fort »…

Ad Virgilium : “Nucléaire (1)”.

Voir aussi xkcd radiation chart.

Bad Journalism Wall of Shame

So I decided to start a wiki Bad Journalism Wall of Shame and invite some of the other people who were frustrated with some of the shoddy, alarmist, and shocking wrong journalism we’ve seen since last Friday’s Tohoku quake.

I take everything I read with a grain of salt these days, and have for many years. When I read an article or see a television report that makes sensational claims, I try to fact check on my own, because I no longer trust most journalists to have done it for me. There are several major areas that journalists particularly suck at:

  • Science reporting. I have a degree in fine arts, and I could write better science articles than most science writers could. Any journalist who suggested that Fukushima could be “another Chernobyl” should be made to retake his 9th grade science class and then have his journalist license revoked. Oh wait…
  • Reporting on Japan. JAPAN IS SOOO WEIRD! JAPANESE PEOPLE HAVE NO EMOTION! If everything you think you know about Japan was learned from the movies Gung Ho and Mr. Baseball, then maybe you’re not qualified to write an article about Japan. Also, spending a few days, hell, even a month in Japan (probably in a hotel or furnished apartment, or otherwise isolated location) does not make you an expert on the place. Nor does interviewing someone who has lived here for a few months (or even year, if living in one of the many gaijin bubbles).
  • Disaster reporting. Two and a half words: Exaggeration and fear-mongering.

A perfect lover has no memory, Andrew Woolner: “Why Bad Journalism Has Driven Me To Desperate End”.

L’idée de contrôler l’activité journalistique par du “fact-checking” sur un wiki est assez séduisante. On pourrait faire un classement des journalistes et médias les plus fiables.

Il faudra faire le bilan de ce tsunami hystérico-politico-mediatique…

News piece after news piece full of inaccuracies, misinterpretations, and just plain lies. (My favourites are the photos, shown out-of-context. For instance, showing a photo of a girl in a surgical-style mask and implying that she was wearing it due to radiation, while the reality is that we’re in allergy season here and many people wear masks to keep pollen at bay.) Ibid.

“The only exposure we’re worried about is exposure to sensationalist bullshit printed in the foreign press that is worrying our families and causing panic.”

HEZO Magazine, Sophie Knight: “This is not Chernobyl – Response to Skewed Media Coverage of Fukushima Nuclear Plant Incident”.

Bon grain, ivraie, etc.

[Page 64] Si la création d’un statut professionnel est primordiale pour régler les ques- tions liées aux aides publiques, celui-ci pourrait aussi s’avérer fort utile pour contribuer à régler d’autres problèmes. Il permettrait notamment de faire la distinction entre les journalistes professionnels, qui respectent les règles de déontologie des entreprises de presse ou des organisations professionnelles, et les autres « journalistes » dits citoyens ou amateurs.

Un groupe de travail sur le journalisme et l’avenir de l’information au Québec a remis son rapport au ministre de la Culture et des Communications.

Bazar, charité, etc.

Et que lit-on, sous la plume du visionnaire patron du groupe Nouvel Obs ? Ça :

“En théorie, [Internet] c’est l’univers de la liberté. Dans la réalité, c’est celui des citations et rumeurs infondées. Aucune éthique, aucun contrôle, aucun moyen de démentir la fausse nouvelle. C’est pire encore que l’absence de régulation financière.” [Claude Perdriel.]

Des rumeurs infondées ? Comme celle-là, par exemple ?

krstv - low blogging : “Internet Bullshit Award 2010 : Perdriel grand favori”.

Généraliste versus spécialiste

Bien sûr. Quand j’évoque les journalistes, je veux parler des généralistes qui débarquent quelque part, ne connaissent pas le contexte, et ne cherchent pas à le connaître, ce qui entraine un effet moutonnier et fabrique des emballements médiatiques comme celui auquel on a assisté à Outreau. Le chroniqueur judiciaire sait conserver ses distances, il apprend à douter mais aussi à relativiser à force d’observer tous les jours le fonctionnement de la justice, ce qui n’est pas le cas des journalistes non spécialisés qui débarquent pour un seul dossier. Ceux-là ont des avis à l’emporte-pièce sur tout, la main de Thierry Henry, l’innocence de Florence Cassez. Ils cherchent surtout la photo sur les marches du palais et ne s’intéressent à rien d’autre. L’essentiel dans ce métier, c’est le terrain, il faut y aller, et faire l’effort de le connaître et de le comprendre. Or, j’ai peur que ce soit de moins en moins le cas aujourd’hui.

La Plume d’Aliocha : “Profession : chroniqueur judiciaire”.

Un entretien riche et passionnant à lire intégralement.

Accélérateur de particules

[…] Il fut néanmoins proprement stupéfiant de voir, lundi en fin d’après-midi, la quasi-totalité des sites des médias les plus sérieux, reprendre sans le moindre conditionnel la thèse de la tentative de suicide, propagée par TF1. Une fois de plus, l’exemple montre comment une rumeur peut prendre corps dans un groupe humain (et le groupe humain des journalistes des dits sites n’est pas différent, finalement, de celui des braves bourgeois d’Orléans, qui crurent fermement, dans les années soixante, que les cabines d’essayage de certains magasins de prêt-à-porter de la ville amenaient directement certaines clientes à des bordels du Maghreb). […]

Ces phénomènes sont éternels. Qu’y change le Web ? À première vue, il en accélère la propagation, et… le dégonflement. Dans les années 80, la rumeur selon laquelle Isabelle Adjani aurait été atteinte du SIDA avait circulé souterrainement, des semaines durant, avant que Adjani ne vienne la tuer sur le plateau du 20 heures. S’agissant de Laura Smet, il n’aura fallu que quelques heures pour que la version officielle ne vienne concurrencer, environ à égalité, la thèse de la tentative de suicide. Au total, on peut considérer qu’on a gagné du temps.

Arrêt sur Images, Daniel Schneidermann : “Laura Smet, la rumeur acceléré”.