Journal de bord

lundi 11 janvier 2010

Les nuits du belvédère

J’ai l’impression que cet article a été écrit dans les années 50.

Passé l’heure de fermeture des parcs, il y a tant de fêtards rassemblés sur le belvédère du mont Royal que la police a du mal à les déloger. À tel point que la police de Montréal a proposé aux autorités d’installer une barrière pour en limiter l’accès après 23 h.

[…] Selon lui, plusieurs personnes se rendent au belvédère pour admirer le paysage. Mais une fois la nuit tombée, des jeunes se regroupent autour de leurs voitures et écoutent de la musique tout en buvant de la bière. Après l’heure de fermeture du parc du Mont-Royal, ils refusent souvent de quitter les lieux.

« Il est parfois arrivé qu’un véhicule de patrouille arrive au belvédère dans la nuit, après les heures de fermeture, et qu’il y ait une cinquantaine de voitures et une centaine de personnes rassemblées. Les gens se mettent à crier : “On veut rester, ne nous mettez pas dehors.” C’est intimidant pour deux policiers. Ils doivent appeler du renfort, et c’est plus long. »

[…] « Tous les jeunes se réunissent comme ça dans toutes les villes du monde. C’est normal, précise-t-il. Les jeunes font ça au Dunkin Donuts de Sept-Îles… Mais au mont Royal ? ! Le mont Royal est un lieu patrimonial et ne devrait pas être utilisé pour ça. »

La Presse s’est rendue au belvédère un vendredi soir après l’heure de fermeture, vers minuit. Une trentaine de voitures étaient garées malgré le mercure qui affichait -20 °C. De certaines s’échappait une musique étouffée dont on entendait surtout la basse. Des jeunes accoudés à une Honda Civic semblaient fumer un joint. Un peu plus loin, un jeune homme se tenait debout à quelques centimètres du poteau portant la pancarte qui rappelle que le stationnement est interdit après 23 h. Il urinait dessus.

Mais sur le bord de la falaise, devant le paysage, Walid Lameu et sa copine, bien emmitouflés dans leur manteau, profitaient du ciel dégagé.

« Moi, je suis venu ici une dizaine de fois pour profiter de la vue, a-t-il raconté entre deux bouffées de cigarette. C’est tranquille et c’est joli. »

Le mécanicien de 20 ans a dit ignorer que le lieu était fermé après 23 h.

« C’est sûr que j’ai déjà vu des joints et de la bière ici. La musique est trop forte parfois, mais rien de trop grave. Ce serait dommage qu’ils mettent des clôtures, sérieusement. Regarde comme c’est beau la nuit ! » a-t-il lâché en montrant les lumières de la ville, en contrebas.

La Presse, Gabriel Béland : “Belvédère du mont Royal: les policiers demandent une barrière”.

C’est beau une ville la nuit… Laissons donc les mécaniciens de 20 ans avoir des émotions esthétiques.

1. Le 11 janvier 2010,
Karl, La Grange

La Presse s’est rendue au belvédère un vendredi soir après l’heure de fermeture, vers minuit.

Ça c’est du journalisme de terrain, de l’enquête !

Une trentaine de voitures étaient garées malgré le mercure qui affichait -20 °C.

Comme quoi les jeunes sont plus courageux que les vieux croutons.

De certaines s’échappait une musique étouffée dont on entendait surtout la basse.

Aaaaah la basse ! Vous savez ces choses qui détruisent vos tympas, et qui sont à l’origine de cette dégradation morale de la jeunesse. Il ne manquerait plus qu’ils écoutent les Walkyries de Wagner…

Des jeunes accoudés à une Honda Civic semblaient fumer un joint.

Vraiment pour voir ou sentir un jeune fumer un joint. Il suffit de se ballader rue Sainte-Catherine, pas besoin d’aller se les geler sur le Mont-Royal.

Un peu plus loin, un jeune homme se tenait debout à quelques centimètres du poteau portant la pancarte qui rappelle que le stationnement est interdit après 23 h. Il urinait dessus.

Non respect des instructions, non respect du mobilier urbain, vous voyez bien que c’est un endroit de moralité douteuse et une zone de non respect. C’est vrai qu’il n’y a pas de types complètement bourrés de la rue Saint-Denis ou de la rue Crescent qui pissent dans les ruelles. :)

C’est vrai que cela fait très années 50. Et d’ailleurs, je l’ai cru à la lecture de ton billet, jusqu’à la phrase Honda Civic.

2. Le 11 janvier 2010,
Laurent Gloaguen

C’est effectivement du vrai journalisme de terrain, ce ne sont pas des blogueurs qui prendraient de tels risques pour dévoiler ces faits qui bouleversent l’opinion publique.

3. Le 11 janvier 2010,
des fraises et de la tendresse

je dirais même plus : du vrai reportage d’investigation comme on aimerait en lire plus souvent !!!!!!!!!!!!!

4. Le 11 janvier 2010,
padawan

Les braves gens n’aiment pas que…

5. Le 11 janvier 2010,
Karl, La Grange

Les délinquants du belvédère le plus haut du monde se lancent.

Blah ? Touitter !

Chiffre du jour

Les deux tiers des Français (67%) n’ont confiance ni en la droite ni en la gauche pour gouverner le pays, selon la première vague du baromètre de la confiance politique réalisé par la Sofres pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), Edelman et l’institut Pierre Mendès France, présentée lundi.

Seules 14% des personnes interrogées ont « confiance dans la gauche pour gouverner le pays » et 16% « ont confiance dans la droite ». 3% sont sans opinion. Selon le directeur du Cevipof, Pascal Perrineau, la gauche ne profite pas de son statut d’opposition, la confiance étant même plus forte à droite qu’à gauche.

Par ailleurs, plus des trois quarts des Français (78%) considèrent que « les responsables politiques, en général, se préoccupent peu ou pas du tout de ce que pensent les gens », contre 22% qui pensent au contraire que les responsables politiques s’en préoccupent « beaucoup ou assez ».

Libération : “Droite ou gauche, la grande défiance des Français”.

Évolution sémantique

Je lis dans mon agrégateur “Des tags « anti-minarets » au domicile du maire de Strasbourg”. Des tags ? Oubliant le vieux sens, je pense étiquettes, folksonomie et web sémantique.

Je clique, le titre a été corrigé depuis “Des inscriptions islamophobes au domicile du maire de Strasbourg”.

1. Le 11 janvier 2010,
Maxime

Le premier titre est toujours celui du monde.fr. Tu n’aurais pas simplement changé de journal ?

Par contre chez Libé, tu notes que le terme islamophobe est devenu raciste dans l’url rewritée. Cela cache sans doute un changement de titre…

(Vous savez que vous perdez votre temps sur internet quand vous commencez à pister les différentes versions des articles des journaux en ligne).

2. Le 11 janvier 2010,
Laurent Gloaguen

Ah, c’est encore plus drôle, Libé qui pirate les titres du Monde :-)

C’était bien Libé, je viens de vérifier leur fil RSS archivé dans mon agrégateur.

3. Le 11 janvier 2010,
Laurent Gloaguen

http://rss.feedsportal.com/c/32268/f/438243/index.rss :

<title>Des tags «anti-minarets» au domicile du maire de Strasbourg</title>

4. Le 11 janvier 2010,
Laurent Gloaguen

Petite nuance chez Le Monde, c’est “sur le domicile”.

5. Le 11 janvier 2010,
Mox Folder

Quand on parle de graffitis le terme ‘tag’ signifie plus une signature, comme pour marquer un territoire…

Blah ? Touitter !

Pause publicité

Observatoire international des prisons.

Observatoire international des prisons.

Via Carte postale suédoise : “Coup de poing”.

1. Le 11 janvier 2010,
des fraises et de la tendresse

vu ces affiches dans le métro, c’est vrai que ça accroche 1000 fois mieux que les campagnes de BB et même qu’on a honte d’être français quand on connaît un peu la situation catastrophique des prisons et que commission après commission, coup de gueule et condamnations à gogo, rien ne change

2. Le 12 janvier 2010,
Marc

Pause connerie : info entendu en début de la revue de presse de France Info ce matin à 6h20 : le chien de Guy Bedos a été assassiné…. tout un article dans Corse Matin… http://bit.ly/6ux82y

3. Le 12 janvier 2010,
Bashô

Les commentaires sous l’article signalé par Marc valent le détour…

4. Le 12 janvier 2010,
Joachim

en suivant Marc et Bashô, j’ai trouvé ce commentaire “de toute évidence vous avez autant de sensibilité qu’un kilo de viande de porc ou de veau que vous avez l’air de plus apprécier qu’ un chien qui lui n’est pas comestible ! n’est ce pas ?”

Le chien est tout à fait comestible, je peux en témoigner. Celui de Guy Bedos aussi, je pense… Un corsinu, en barbecue aux herbes… mmh :)

5. Le 12 janvier 2010,
samantdi

Oh c’est chouette de retrouver le blog de Bertrand, je l’avais perdu de vue ! Merci pour le lien !

Blah ? Touitter !

Candidat aux Darwin Awards

Un homme de 66 ans de London est mort dimanche après avoir été attaqué par son tigre de Sibérie. Norman Buwalda était entré dans la cage de son animal de compagnie pour le nourrir lorsque l’attaque a eu lieu.

En 2004, un garçon de 10 ans a été blessé au cou et à la tête après avoir été attaqué par un tigre sur la propriété de M. Buwalda.

Les résidents de la communauté se battaient depuis ce temps-là pour que l’homme se débarrasse de l’animal, mais toutes leurs tentatives ont échoué et Buwalda a conservé le droit de garder le tigre chez lui.

M. Buwalda était le président de l’association canadienne des propriétaires d’animaux exotiques et défendait son droit de posséder de tels animaux.

Sa famille devra maintenant décider de l’avenir de l’animal. Il y aura autopsie de la victime lundi.

Radio Canada : “Tué par un tigre”.

1. Le 11 janvier 2010,
Off Topic
2. Le 11 janvier 2010,
Clemzi

Mince les DA 2009 ont été décernés ya pas longtemps… Mais excellent candidat pour l’année prochaine !

3. Le 11 janvier 2010,
Karl, La Grange

Blah ? Touitter !

100 ans du Devoir

Le Devoir n°1, 10 janvier 1910.

Bernard Descôteaux a prononcé hier un beau discours à l’occasion du 100e anniversaire du quotidien Le Devoir.

Sans nullement éluder les pages regrettables de l’histoire du journal, ce qui est à son honneur :

La liberté de pensée dont se réclame Le Devoir permit à chacun de ses directeurs de défendre ce qu’il estimait être le mieux pour l’avancement de la société québécoise. Refaisant le parcours de ce journal, il est bien évident que nous avons raté certains rendez-vous importants. Que Le Devoir ne fut pas toujours à l’avant-garde, ni le phare qui doit éclairer. Pensons bien sûr au droit de vote des femmes, qu’il combattit jusqu’à la dernière minute. Oui, Le Devoir a fait preuve de conservatisme. Au nom du « devoir religieux », Bourassa lui-même aura été un temps inféodé aux positions de l’Église au point de perdre toute clairvoyance. Ce journal a aussi fait preuve entre les deux grandes guerres de xénophobie, flirtant avec l’antisémitisme. Plus récemment, il a d’abord accueilli avec réserves des mesures comme la Loi 101 qui aujourd’hui apparaissent comme une pierre angulaire de la sécurité culturelle des Québécois. Doit-on lui en faire reproche ? Non, car la liberté de pensée comporte le droit à l’erreur. Elle comporte aussi le droit de changer d’idée dans le cours du débat. Car dans un journal comme le nôtre, nous sommes dans le domaine des idées et du débat. Nous avons un devoir de critique. Le but recherché n’est pas de faire consensus, mais de provoquer une réflexion.

Le Devoir : “Le combat du Devoir, c’est le combat du Québec”.

Il faut souligner que Le Devoir est un quotidien en bonne santé financière et est indépendant de tout groupe, ce qui de nos jours fait figure d’exception. Peut-être que l’exigence conjuguée à la modestie, ça paye en matière de média d’information ?

Centenaire qui est l’occasion de réflexions stimulantes sur l’économie et le rôle de l’information :

Stéphane Baillargeon : Il peut donc y avoir trop d’information ? C’est difficile à entendre pour un journaliste…

Marcel Gauchet : Prenons l’exemple récent de la conférence de Copenhague. J’ai été fasciné par la disproportion entre le gigantesque tam-tam médiatique autour de cette réunion mondiale et le fait que, à ce jour, on ne sait pas vraiment ce qui s’est passé dans la négociation. On avait donc mille reporters, toutes les images possibles et imaginables, mais pas ce qui compte!

Je viens de lire dans le magazine The Economist le premier texte qui avance au moins un scénario probable, en incriminant les Chinois et en expliquant comment ça s’est passé à peu près, en coulisse, mais sans entrer dans les détails, avec un truc très rapide. Vous voyez la distance temporelle ! C’est fascinant de penser au contraste de cette couverture heure par heure, minute par minute, et le fait que nous n’avons rien compris, que les médias ne nous ont pas donné le moyen de comprendre ce qui s’est réellement passé.

Sans parler de tout ce qu’on nous raconte sans nous permettre de le comprendre. Pensez à ce qu’on a vécu autour de la crise financière et des embrouilles l’entourant. On reste dans l’énigme et le chaos.

Sans parler de la défaite historique des médias américains, de la presse surtout, qui avait toujours brillé par son indépendance et qui s’est fait enrôler et rouler dans la farine au moment de l’intervention en Irak. On a assisté à une gigantesque manipulation médiatique.

Stéphane Baillargeon : Comment expliquez-vous cette transformation pour ainsi dire de chien de garde en toutou des pouvoirs ?

Marcel Gauchet : Il y a eu une sorte de glissement dans la fonction spontanée que les journalistes s’attribuent dans la couverture de l’actualité. J’oserais dire que les médias audiovisuels, radio et télévision, ont imposé leur modèle cognitif, y compris à la presse écrite, dont le modèle était jusqu’ici tout à fait différent. L’objet de la presse écrite, c’était le reportage, bien sûr, mais surtout l’analyse, l’intelligibilité, ce dont vivaient d’ailleurs les autres médias qui empruntaient leur substance analytique à la presse écrite. Il y a eu un changement, un basculement. Le modèle demande maintenant de répercuter l’actualité, de suivre le mouvement, à la minute, sans chercher le recul et la compréhension.

Tout se passe comme si, mentalement, la télé et la radio avaient pris le dessus sur l’ensemble des médias. Ça me frappe d’ailleurs que les internautes, sur les sites d’information en ligne, aient souvent le même réflexe. Ils écrivent, mais en fait, ils raisonnent comme s’ils étaient à la télé. Ils sont ultrarapides, dans un temps haletant, sans chercher à comprendre. Le réseau Twitter est tout à fait dans cet esprit. À quoi ça sert de passer par l’écrit pour avoir en gros l’équivalent de ce que vous avez ailleurs ? Au fond, les médias se sont cannibalisés, avec comme résultat une triste déspécification de la presse dont on attend de la réflexion.

[…] Je crois donc qu’on va vers des médias de second degré. Il y aura des médias du premier degré qui couvrent, accompagnent. Mais il y aura aussi des médias fiables avec ses experts pour mettre en rapport les informations vérifiées et triées. Le métier semble se banaliser avec la massification de sa pratique. Je pense qu’au contraire, on va retourner vers un vrai professionnalisme journalistique exigeant.

Le Devoir, Stéphane Baillargeon : entretien avec Marcel Gauchet.

1. Le 12 janvier 2010,
Christophe D.

C’est drôle, en terme de graphisme, je n’aurais pas donné 100 ans au numéro 1 dont la couv est présentée ci-dessus. Je trouve qu’elle fait plus années 50/60 que 1910.

2. Le 12 janvier 2010,
Laurent Gloaguen

La France était très en retard.

3. Le 12 janvier 2010,
Off Topic

Méfiez-vous de vouloir trop aider les autres:

Selon lui, les femmes portant ce vêtement seraient alors amenées à rester chez elles.

4. Le 12 janvier 2010,
âne

Bien Gauchet, il est assez convaincant sur le futur du journalisme, et c’est assez enthousiasmant !

5. Le 13 janvier 2010,
Off Topic

1987, Canada-URSS, l’esprit sport qui me fait tellement rêver.

Blah ? Touitter !