“Miscellanées”

actus et opinions

Assises du numérique

Assises du Numérique, le 29 mai.

Le gouvernement français a lancé une initiative qui mérite toute l’attention des professionnels de l’Internet et du logiciel, Les Assises du Numérique. “Ces Assises seront un moment de débat, de coopération et d’ouverture. Leur objectif transcende tous les clivages : c’est ensemble que nous transformerons la technologie en un projet de développement économique, culturel et social au service de tous.”

Éric Besson, qui s’était vu adjoindre en mars dernier le titre de Secrétaire d’État chargé du Développement de l’économie numérique à ses fonctions de prospective et d’évaluation des politiques publiques, a été chargé par Nicolas Sarkozy et le gouvernement de mener à bien cette entreprise dans des délais très courts, puisque ce cycle de consultations doit aboutir à la présentation d’un plan de développement le 31 juillet prochain.

Hier, c’était la manifestation de lancement de l’opération à l’université Paris-Dauphine. Ce raout était plus une occasion de relations publiques qu’un vrai début de travail collaboratif. Après un discours inaugural de M. Besson, nous avons pu y entendre une vigoureuse Viviane Reding, commissaire européenne chargée de la société de l’information et des médias, qui a rappelé avec charme et humour le rôle d’encadrement, voire de gendarme, de l’Europe dans ces politiques. Suivront des “panels” plus ou moins intéressants, qui avaient l’avantage de dresser un panorama des nombreuses questions abordées lors de ces Assises, et aussi de montrer les forces et lobbys en présence, de révéler les lignes de fractures et futurs points d’achoppement, plus qu’ils n’avaient l’ambition d’entamer un réel débat. Sur certains domaines peu consensuels de la planète numérique, les affrontements de points de vue risque d’être rudes… et intéressants.

Dans cet amphithéâtre surchauffé dans ses hauteurs (31° C m’a indiqué Richard Ying), j’ai eu le plaisir de retrouver Daniel Glazman, qui a passé sa matinée à ronchonner… Seul Tariq Krim, récent “démissionné” de Netvibes, qui a parlé avec chaleur de la passion d’entreprendre, a trouvé entièrement grâce à ses yeux (nonobstant la plastique des hôtesses d’accueil — pour ma part, c’était plutôt ces charmants étudiants croisés dans les couloirs de l’université…).

Le vrai travail de réflexion et concertation va se faire dans de très nombreux ateliers, tant à Paris qu’en province. L’ensemble des acteurs de l’économie numérique, opérateurs de réseaux, équipementiers, entreprises du logiciel et de services, producteurs de contenus, créateurs, associations, utilisateurs, sont invités à participer à cette démarche.

Ces ateliers s’organisent autour de “27 pistes de travail ouvertes à la concertation pour préparer le plan de développement de l’économie numérique” (PDF), validées par le premier ministre. Les trois principaux chantiers abordés sont : l’accès aux réseaux numériques (haut débit fixe et mobile), le très vaste domaine de la production et de l’offre de contenus numériques (diffusion de la musique, du cinéma, industries du logiciel et du jeu vidéo, lutte contre la cybercriminalité, etc.), encourager et développer les usages (confiance, enseignement, santé, commerce, télétravail, administration, justice, etc.). La lecture de ce document de travail est vivement encouragée si vous vous intéressez à l’un de ces domaines.

On peut y trouver des propositions assez percutantes comme :

“Considérer l’aide au logiciel libre comme du mécénat.”

J’imagine que cela fera plaisir à Microsoft à Tristan

Ou d’autres, de portée plus modeste, sont aussi intéressantes comme par exemple :

“Favoriser les peines alternatives d’intérêt général pour les hackers condamnés sans intention de malveillance.”

Proposition que je prends en note puisqu’elle entre en écho avec l’actualité du jour.

Si l’on est concerné par ces thèmes de l’économie numérique, je crois qu’il est important de participer à ces débats et de porter sa voix, dans la mesure de ses moyens. Les sujets ne manquent pas… la plupart transcendent les clivages politiques, et leur portée est énorme pour l’avenir.

Après, on jugera sur pièces le résultat le 31 juillet et on espérera que ce plan soit suivis d’effets positifs et rapides.

Par ailleurs, on portera au crédit de l’équipe de M. Besson d’avoir pris en compte les légitimes critiques à l’égard de sa communication sur le Web, et de proposer un wiki en plus d’un site techniquement entièrement revu.

[Photographie Luc Legay, licence.]

Post-scriptum, 3 juin.

Comme indiqué en introduction, je trouve que ces Assises étaient trop focalisées sur le haut débit et les contenus. Et pas assez sur les conditions de succès des entreprises, notamment startups, du secteur des TICs. On n’a même pas parlé de l’industrie du matériel : pourtant, la France n’est pas absente du marché des composants (STM, SOITEC), ni des accessoires (Danelec, LaCIE, Archos). Un autre thème n’était pas abordé : la sociologie du numérique. À savoir : l’impact sociétal des TIC, et les raisons sociétales qui peuvent nous handicaper autant dans l’entrepreneuriat qu’au niveau du marché intérieur trop timoré. Traiter ces facteurs en profondeur me semble indispensable pour avancer.

Je suis par contre favorablement impressionné par la méthode de travail d’Eric Besson qui souhaite faire appel à un maximum de contributions pour finaliser son plan numérique. En cela, il pourrait devenir un véritable “Ministre 2.0” s’il arrivait à mener à bien cette délicate mission en si peu de temps (fin juillet). Et sans tomber, de plus, dans des clivages politiques gauche/droite stériles. Ni sans trop subir d’influence des différents lobbies industriels ou associatifs du secteur des TIC.

[Olivier Ezratty : “Retour des Assises du Numérique”.]

1. Le 30 mai 2008,
Lancelot

quand je suis arrivé, ô déception tu étais parti, et la salle déçue de ton ton départ n’était qu’au tiers remplie. Et surtout, j’avais l’impression de faire tâche dans un congrès de cardiologues …

2. Le 30 mai 2008,
Abstrait

Ahhh ces conférences où on a toujours l’impression que tout le monde se fend la gueule sur les photos…

3. Le 30 mai 2008,
Laurent Gloaguen

@Lancelot : beaucoup de monde est parti vers 15 h 30, les sujets des “TIC en Méditerranée” et de la “modernisation administrative” étant moins mobilisateurs. De plus, il y avait la fatigue accumulée depuis 9 heures dans un amphi surchauffé. Désolé de t’avoir raté.

La prochaine fois, arrive plus tôt… ;-)

4. Le 30 mai 2008,
Franc belge

Ça sent un peu le commissariat au plan et l’économie administrée, non ? Pour l’accès au réseau, le principal moteur du développement en France, c’était pas la concurrence (Free et les autres), plutôt ? Je dis pas qu’il suffit de casser les monopoles, mais pour ce genre de choses, ce fut très efficace. On attend toujours un tel accès de libéralisme (mon Dieu, quelle horreur !) pour les licences 3G, par exemple…

5. Le 30 mai 2008,
Guillermito

Je ne suis pas sur que l’aide au logiciel libre puisse se considérer comme du mécénat (ca me parait un terme un peu paternaliste, dans un sens) : ca a des retombées économiques et technologiques positives, y compris pour le “mécène”, et ca crée des emplois. Je pense que le mot “investissement” serait plus adéquat.

6. Le 30 mai 2008,
Daniel Glazman

@guillermito: le problème c’est qu’une entreprise comme la mienne ne peut absolument pas filer du fric à un projet comme Mozilla sans cela… c’est fiscalement quasi-impossible.

7. Le 30 mai 2008,
Farid

Ils sont tous en costard-cravate … C’est une réunion men in black ?

8. Le 3 juin 2008,
AsTeR

C’est marrant, mais je sens que les seuls choses qui vont émerger de ça vont être quelques lois liberticides sous prétextes de donner confiance dans l’économie numérique.

Je vois mal comment des personnes qui ne connaissent rien au domaine peuvent réussir à le concevoir dans sa globalité.

Le passage de l’open source en mécénat ca être vraiment dur pour les sociétés qui travaillent sur du code propriétaire.

9. Le 10 juin 2008,
Graeme

Effectivement, tout le monde est assis, ce sont bien des assises ;-)

10. Le 12 juin 2008,
Louis

Bonjour,

Sur un sujet proche, à savoir celui des blogs, le Parlement européen réfléchit à un possible encadrement législatif des bloggeurs.

Titre et chapô :

Faut-il légiférer sur les blogs et leurs auteurs ?

Société de l’information - 11-06-2008 - 18:50

Qui se cache derrière ce blog ?

Sur les blogs, on trouve de tout (des opinions, des photos, des vidéos) et tout le monde (particuliers, artistes, journalistes, politiques). Outil d’expression libre et interactive au succès mondial, le blog peut pourtant poser des problèmes légaux, liés à la propriété intellectuelle ou à la vie privée. Il peut aussi être un instrument puissant de…lobbysme! Pour rendre la blogosphère plus transparente, les députés proposent d’agir. Leurs solutions sont-elles les bonnes ? A vous la parole !

A noter la citation de la rapporteur (teuse ?) :

Les blogueurs ne sont pas une menace, mais ils sont en position de polluer considérablement le cyberespace

Marianne Mikko

L’article propose aux lecteurs d’envoyer leurs commentaires par e-mail (ils feront sans doute un article de synthèse sur les réactions de leurs visiteurs dans une semaine ou deux).

http://www.europarl.europa.eu/…

Bonne fin de journée,

Louis.

11. Le 2 juillet 2008,
association pour le haut débit à gonnehem 62

bonjour, en tant que président de note association je voudrais amener quelques commentaires. nous sommes touchés par une zone blanche ADSL,bien sûr on nous promets le haut débit pour 2012 mais nulle part on ne fait allusion aux conditions d’accès et d’abonnement qui seront les nôtres, alors que toutes les technologies disponibles à ce jour sont d’un prix très élevé par rapport à l’ADSL disponible par le réseau filaire de FT. Dans le plan à publier pour le 31 juillet, il serait utile que la notion de compensation soit notée pour les 1,7% de foyers non éligibles à l’ADSL.

12. Le 14 juillet 2008,
glattering

“je trouve que ces Assises étaient trop focalisées sur le haut débit et les contenus.”

J’avoue que la lecture de l’ouvrage suivant a éclairé cette constante focalisation sur l’accès et les contenus.

Savoir à vendre, de Monlibert

Blah ?