100 jours

J’y serai. Et vous ?
Et merci à ceux qui à New-York, Paris, Vancouver, Toronto, manifesteront aujourd’hui leur solidarité.
Vous êtes sur le journal de bord de Laurent, alias « le capitaine », à Montréal, Canada.
Recueil de liens, citations et pensées au fil de l’eau… On y parle actualité, politique, journalisme, technologie, internet, air du temps, sens de la vie et sexe, depuis 2002. C’est à ce jour 8477 billets et 72528 commentaires. Laurent est président d’honneur du CCCI.

J’y serai. Et vous ?
Et merci à ceux qui à New-York, Paris, Vancouver, Toronto, manifesteront aujourd’hui leur solidarité.
Que vise exactement Jean Charest? Que cherche-t-il à provoquer sur ce fond de crise sociale? Une crise politique majeure?
Pour déchiffrer son agenda caché, il faut considérer l’ensemble de la situation politique canadienne. Une lecture attentive de la presse anglophone démontre qu’un spectre hante toujours le Canada anglais : l’indépendance du Québec.
Pour aucune considération, le Canada ne veut revivre la « Grande frousse » de 1995. Et le Parti Québécois au pouvoir, même avec une Mme Marois que plusieurs indépendantistes trouvent trop hésitante, représente un risque majeur qu’on ne veut pas courir.
Aussi, tout doit être mis en œuvre pour empêcher l’élection d’un gouvernement du Parti Québécois, qui ouvrirait la possibilité de la tenue d’un nouveau référendum.
La création de la CAQ de Sirois-Legault, téléguidé des milieux financiers de Toronto et d’Ottawa, était une première tentative en ce sens.
Charles Sirois est président du conseil d’administration de la CIBC, deuxième plus grosse banque au Canada et il faut également se rappeler que la CAQ a été propulsée à l’avant-scène par une série de sondages douteux et de pages frontispices promotionnelles de François Legault par les journaux de Quebecor.
Pierre-Karl Péladeau a forgé une solide alliance avec Stephen Harper. Sun média, sa chaîne de médias au Canada anglais, a mené campagne tambour battant pour le Parti conservateur lors de la dernière campagne électorale.
Mais, de toute évidence, la CAQ ne constitue plus une alternative crédible au Parti Libéral. Que faire alors? Reporter le Parti Libéral au pouvoir? Avec un nouveau chef? À la faveur d’une crise politique orchestrée de toutes pièces? L’histoire récente du Québec est riche de tels scénarios. Au cours des prochains jours, nous en rappellerons les principaux.
L’Aut’Journal, Pierre Dubuc : “Jean Charest a-t-il un « agenda caché » ?”.
Le Québec est une démocratie exemplaire. C’est Jean Charest qui l’a dit dans le journal samedi matin. Dans une publicité. Y’a rien de trop beau quand on paye pour s’assurer de pouvoir le dire.
Exemplaire. Le mot est audacieux. Provocateur même pour quelqu’un qui, comme moi, a mal à son Québec — et qui est loin d’en être fier aujourd’hui.
Il y a évidemment la loi spéciale, démesurément répressive, qui suscite ma colère et qui me fait honte, mais il y a plus, il y a pire : il y a ce que les quatorze dernières semaines ont révélé sur l’état de la société dans laquelle je vis.
J’ai depuis quelques jours la très désagréable impression que rien ne va plus. Comme si le Québec que je tenais pour acquis s’avérait une illusion. Je réalise à quel point des années de négligence d’un peu tout le monde et l’arrogance de quelques-uns ont fini par abîmer mon pays.
— Nous sommes devenus irritables; nous surréagissons à la moindre contrariété.
— Nous avons l’esprit critique endormi; nous nous contentons très souvent d’information aux allures de fast-food, sans questionner la véracité de ce qu’on nous présente comme la vérité;
— Nous avons perdu le tour de débattre; nous nous obstinons; nous heurtons des amitiés; ou nous préférons nous taire.
— Nous semblons avoir perdu confiance en nous; nous sommes en panne de grands projets collectifs.Tout est comme si nous avions perdu l’envie de rêver d’un monde meilleur, d’inventer, de s’offrir en exemple au monde — sinon dans les publicités, et ça m’écoeure!
Heureusement, les étudiants qui ont manifesté.
Je pense qu’on avait perdu de vue que la démocratie ne doit jamais être tenue pour acquise et que les mécanismes sur lesquels elle repose doivent être continuellement mis à jour pour continuer à être efficaces. On a laissé la démocratie s’endormir.
[…] Le réveil est brutal.
Soudain, tout est devenu plus clair — grâce aux manifestants.
[…] Heureusement, il y a les jeunes, et les moins jeunes, qui manifestent encore, tous les soirs.
Ils me donnent confiance dans l’avenir, parce qu’ils sont là, plus créatifs et plus vigoureux que jamais.
Non, le Québec n’est plus la démocratie exemplaire qu’il a déjà été, mais on va se retrousser les manches pour qu’il le redevienne rapidement — et on va le faire avec les jeunes à part ça! Avec les jeunes et avec les artistes, parce que c’est la seule façon d’y arriver. La plus agréable aussi!
C’est ça qu’il est urgent d’affirmer. Haut et fort. Sur toutes les tribunes. Maintenant.
Et pour que toute ce réveil ne soit pas vain, il sera aussi essentiel d’aller voter, massivement, dès qu’on en aura l’occasion.
Jeux de mots et d’images, Clément Laberge : “Le réveil est brutal”.

Arrêtez-moi quelqu’un ! “Nous nous engageons à continuer à lutter; à rester mobilisé·e·s, en vertu des libertés fondamentales. Si cela nous vaut des poursuites pénales en vertu de la loi 78, nous nous engageons à y faire face.”
Pauvre Lise… L’est pas contente. 434 piastres…
Vous pouvez aussi lire le témoignage de Nathaly Dufour.
Tu sors dans la rue, t’as une tête qui revient pas aux flics, paf, une amende de 500 piasses dans la face.
Pis réplique pas, sinon, t’es gazé et/ou tabassé.
Tu manifestes, c’est 634 $ :

Québec : État policier.

On se souvient des affiches de mai 1968… même créativité à l’œuvre en mai 2012. L’inspiration semble directe.


L’École de la Montagne rouge est un collectif d’étudiants en graphisme à l’UQÀM.
—
P.S. Voir aussi le travail de Clément de Gaulejac.
L’inspiration EST directe… je sais plus où est la vidéo que j’avais vue à propos de l’école de la montagne rouge, mais il me semble avoir vu un des étudiants feuilleter un gros livre sur les affiches de Mai 68…
@Joachim : je crois que c’était dans le reportage d’Arte consacré à la crise étudiante.
[…] Quel est le résultat de tout ça? Paix sociale?
La CAQ n’a passé que des amendements cosmétiques pour se donner une raison d’appuyer cette loi extrême qui ne passerait pas le test de la Cour supérieure, la Cour Suprême, ainsi qu’Amnistie internationale.
Je ne suis pas dupe de croire que l’appui à cette loi de la CAQ, vient de l’influence de l’aile la plus à droite de la défunte ADQ qui prend encore trop de place dans ce parti. Responsabilité, paix sociale. Je n’y crois pas, car cette loi risque d’étendre la contestation aux autres secteurs de la société qui en ont plus que marre du gouvernement et du Parti libéral.
En conclusion, François Legault et la CAQ ont joué un rôle dans la pièce de théâtre mise en scène par Jean Charest en légitimant cette loi et à mes yeux, la CAQ, François Legault et son aile parlementaire se sont discrédités pour des fins de stratégie électorale. Si c’est ça faire de la politique autrement, je passe mon tour. La CAQ, François Legault et tous ses députés devraient avoir honte aujourd’hui, du vendredi le 18 mai, car cette date a démontré hors de tout doute raisonnable que la CAQ est finalement un parti comme les autres.
Mais si certains caquistes quittent, certains comme Mario Asselin assument. L’histoire s’en souviendra.
La CAQ est un croupion libéral opportuniste. Rien de plus qu’une escroquerie politique comme la défunte ADQ.

Lettre à Monsieur Crevier, président et éditeur de La Presse,
Christian Bégin au clavier. Comédien, auteur et citoyen, évidemment.
J’ai eu le plaisir de passer une soirée agréable en votre compagnie il y a deux ans maintenant. Peut-être vous en souvenez-vous. Échanges chaleureux, ludiques, éclairés; je vous trouvais sympathique et inspirant. Il y a de ces gens qu’on rencontre fugitivement et qui vous apparaissent intègres, qui vous inspirent spontanément confiance. Faut dire que je fais facilement confiance aux gens, que je suis souvent enthousiaste à l’idée d’aller à la rencontre, si brève soit-elle, de gens qui font dans la vie autre chose que moi et qui semblent le faire avec passion et sincérité.
En lisant votre journal depuis le début de cette crise étudiante, journal auquel je suis abonné depuis de nombreuses années, je ressens un malaise croissant avec la ligne éditoriale choisie par La Presse. J’y trouve une manipulation pernicieuse de l’information et un travail de propagande inquiétant. Samedi matin, le 19 mai 2012, vous atteignez des sommets de mauvaise foi et de détournement de l’opinion publique en faisant de votre première page un mensonge éhonté. Ce sondage tendancieux, dont la méthodologie est même contestée et expliquée plus précisément dans Le Soleil, laisse entendre que le Québec est massivement en faveur de la loi 78 et de la ligne dure choisie par ce gouvernement indigne et — c’est là que je considère que vous faites preuve d’une odieuse malhonnêteté — ce n’est que beaucoup plus loin dans l’article qu’on mentionne du bout des lèvres que ce sondage ne comporte aucune question relative au droit de manifester et qu’il a été tenu avant même que soit rendu public l’entièreté du contenu de la loi. De plus l’échantillonnage utilisé est fort contestable et ses résultats sont non probabilistes.
Je ne parle pas ici des éditoriaux de monsieur Pratte ou des commentaires de madame Gagnon et consorts qui sont désolants mais qui reflètent leur opinion que, vous aurez compris, je ne partage pas du tout et qui me découragent… et qui souvent me semblent dictées par de plus hautes instances… Mais bon… Ça se peut… C’est souvent dans l’ordre actuel des choses… malheureusement !
Vous comprendrez que je vous parle de manipulation volontaire de l’information. Je vous parle monsieur Crevier de DÉSINFORMATION et de propagande. Je vous parle d’un journal à la solde des puissants et qui outrepasse son droit à une ligne éditoriale en choisissant de trafiquer l’information.
Devant ce qui me semble odieux et malsain et pervers dans cet indicible détournement de l’opinion publique à des fins inqualifiables, je vous annonce monsieur Crevier que je me désabonne de votre journal et que je vais m’employer, de par l’image publique dont je jouis de par le métier que j’exerce et qui m’offre des fenêtres de visibilité une peu plus grandes, que je vais m’employer donc à inviter les gens tout aussi inquiets et en colère que moi devant ce manque de rigueur journalistique et d’honnêteté à en faire autant.
J’appellerai à un désabonnement massif de votre journal. Cela aura l’effet que ça aura et sûrement que ça ne vous inquiète pas beaucoup mais, vous comprendrez que je ne peux me taire devant cet affront fallacieux…
Nous vivons des temps sombres vous ne croyez pas ? Pourquoi contribuer si malhonnêtement à l’obscurantisme ambiant ?
Christian Bégin.
Depuis le début de la grève, Gabriel prend part au mouvement étudiant et aux manifestations contre la hausse des droits de scolarité. Même s’il sait que je paierai ses études jusqu’à la toute fin de son doctorat en médecine, même s’il n’aura pas à débourser une seule cenne pour enrichir sa tête et son esprit, il fonce dans le tas avec ses camarades, en sachant aussi que le combat est maintenant tout autre. Il croit à la solidarité, il sait la chance qu’il a, il a envie de redonner un peu de cette chance à d’autres qui en ont moins. Il désire ardemment que cette société de marde change. Je l’y ai toujours encouragé. Hier soir, il a désobéi au pouvoir et à l’autorité en place en prenant part à la manifestation. Alors que l’esprit était à la fête et à la camaraderie, les policiers ont pris d’assaut la place Émilie-Gamelin. Il a eu peur pour sa sécurité. Mais il y est quand même demeuré aussi longtemps que possible. Parce qu’il a des convictions, parce qu’il sait que c’est grâce à des gestes comme ceux-là que le monde deviendra meilleur, plus juste. Voici la fin d’une note qu’il a écrit sur Facebook à son retour:
C’est drôle à quel point voir de la brutalité policière avec nos propres yeux laisse une cicatrice sur la conscience, une peur empoisonné qui laisse un goût amer dans la bouche et qui nous tue lentement.
Y a pas pire souffrance que celle de savoir son enfant mal. Mais malgré mes tripes qui se froissent à chaque fois qu’il met le pied hors de la maison, je sais qu’il le fait parce qu’il y croit et je m’incline devant sa force et son courage. Le gouvernement et la société de moutons nombrilistes peuvent bien me pointer du doigt en me traitant de parent indigne. J’en ai rien à foutre et je les emmerde. Parce que c’est grâce à des jeunes comme Gabriel qu’on finira par se sortir de cette mascarade sociale. C’est grâce à des jeunes comme lui qu’on mettra fin aux abus, à la corruption, aux inégalités et à l’injustice.
Désobéir, contester et crier son indignation, ça fait grandir et évoluer, qu’on ait 7 ou 77 ans.
Parce qu’y a pas juste les chips qui sont croustillantes !, Patrick Dion : “Désobéissance civile”.
Intervention policière… au milieu des pichets :
Les policiers sont même intervenus sur les terrasses, selon le propriétaire du bar Le Saint-Bock, rue Saint-Denis, interrogé par Radio-Canada. Il a raconté que les policiers étaient intervenus directement dans son établissement, utilisant même des gaz lacrymogènes pour déloger des clients de sa terrasse, dont plusieurs sont partis dans l’urgence, sans payer. Il a affirmé que des serveuses, incommodées par les gaz, devraient probablement quitter le travail. Il a expliqué qu’il consulterait ses avocats pour déterminer la suite des choses.
Radio-Canada : “La 26e manifestation nocturne donne lieu à 69 arrestations”.
J’ai suivi la manifestation cette nuit sur CUTV live et sur Twitter, la couverture des événements étant indigente (et parfois mensongère) sur les chaînes de télévision traditionnelle.
J’ai vu beaucoup de violence policière, de la violence gratuite, des victimes choisies un peu au hasard, même des touristes.
J’ai vu une grande incompétence des forces policières à isoler les rares excités, faisant presque toujours le choix de l’intervention massive et non discriminante. Pour le plaisir de frapper ?
J’ai vu aussi un total manque d’organisation des manifestants, qui prêtent le flanc aux dérapages policiers.
J’ai vu beaucoup de larmes, et ce n’était pas les gaz.
Je me suis couché nauséeux.

Idée de manif : réunissez-vous à un point, puis divisez-vous par groupes de 40 personnes et sillonnez la ville (en respectant les sens uniques). Ce sera légal (pas d’itinéraire à déposer).


[Photos Olivier PontBriand, La Presse.]

Témoignage de Thomas Gerbet, journaliste à Radio-Canada :
Aux alentours d’une heure du matin, alors que la foule était dispersée et que les agents procédaient à des arrestations massives, Bruno Maltais et moi-même nous sommes postés à quelques mètres des événements pour prendre des photos. Nous étions à une distance raisonnable, environ une dizaine de mètres. Un policier nous a demandé de nous écarter en pensant certainement que nous étions des manifestants. Nous avons présenté notre carte de presse, mais il a dit que ça n’avait pas d’importance.
Alors que nous ne bougions pas pour finir de prendre des photos, le ton est monté, il nous a crié dessus. Il a avancé sur nous avec sa matraque tenue à deux mains. Nous nous sommes écartés sur le trottoir d’en face, mais ça ne semblait pas être suffisant pour d’autres de ses collègues qui nous ont écartés plus loin en nous poussant avec leur matraque tenue à deux mains devant eux.
Quelques minutes plus tard, j’ai été témoin d’un policier qui a insulté une manifestante de “lesbienne” puis de “pas belle”. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis donc arrêté pour observer la scène. Bruno a tenté de filmer. Le policier nous a crié de “dégager”. Nous avons alors spécifié que nous étions journalistes.
Il est venu très proche de mon visage et m’a demandé ma carte de presse de manière insistante et intimidante. Il a dit que nous ne sommes pas des journalistes, car nous utilisons des “iPhone” comme les autres manifestants. On a essayé de lui expliquer que ce sont les nouveaux outils de travail, mais il a dit qu’on n’a rien à faire derrière leur dos, qu’on les dérange. Il semblait visiblement à bout et aussi contrarié qu’on ait assisté à la scène de l’insulte. L’agent a répété que, pour lui, nous ne sommes pas des journalistes.
Le ton est un peu monté et j’ai demandé son matricule (qui n’était pas affiché). Il n’a pas voulu le donner et a été voir son responsable avec nos cartes de presse. Ce dernier nous a traités comme des moins que rien en nous faisant la leçon sur ce que l’on doit faire et ne pas faire comme reporter, qu’on est toujours dans leurs pattes, qu’on ne comprend pas leur travail, etc. J’ai de nouveau exigé le matricule du premier agent. Il m’a dit: “tu te comportes comme eux, les manifestants, qui demandent nos matricules”.
Je me suis senti intimidé et brimé dans mon travail.
Ca va finir comme les manifs Devaquet cette histoire.
Ils savent que Chirac a perdu l’élection en 1988, et Balladur en 1995, pour tous les deux, probablement en partie parce qu’ils se sont mis la jeunesse à dos.
Ca n’a pas tellement changé, en l’absence d’hommes politiques représentant la jeunesse…
http://d24w6bsrhbeh9d.cloudfront.net/photo/4214160_700b.jpg
Picture very related !
Stéphane Hessel en France, Jean-Pierre Isoré au Québec…
Ne manquez pas la fin de la vidéo.
Ah ouai il y en avait du monde au balcon… décidément, avec Suzanne Clément, c’est la soirée des surprises :)
Impressionnant, mais que signifient ces petites mains qui s’agitent tout au long de l’intervention ? Rapport à des caméras ? applaudissements muets ?
Applaudissements silencieux, en effet. Il me semble que c’était la façon d’applaudir dans la culture sourde/muette, qui a été reprise par des groupes progessiste par la suite.
L’avantage principal est de permettre d’applaudir sans interrompre. Ça permet également de gagner du temps lors d’assemblées délibérantes.
C’est exactement ça.
[…] Vite surnommée loi-matraque. À côté de cela, l’augmentation des frais de scolarité ne parait plus grand chose. Indignation à gauche. “Infâmie”, “abus de pouvoir”.
Charest veut écraser le mouvement étudiant. Réussira-t-il ? La désobéissance civile s’annonce…
On attend encore les communiqués des partis de gauche français pour soutenir nos cousins d’outre-Atlantique…
Les corrompus liberticides du PLQ feraient bien de songer à la phrase prononcée par François Mitterrand à l’Assemblée Nationale le 8 mai 1968 :
“Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.”
Le blog de VinZ : “Québec : printemps érable et loi 78”.
[…] Il apparaît particulièrement ironique que la hausse des droits de scolarité soit devenue une affaire non négociable, un point central de la crise. Car c’est peut-être le sujet à propos duquel les chefs de parti ont le plus souvent changé d’avis, au gré de leurs ambitions personnelles.
Jean Charest était pour le dégel des droits de scolarité en 1998. Contre en 2002. Pour en 2007. Pauline Marois était pour le gel en 1995. Contre en 1998. Pour en 2005. Contre en 2007.
Quant au chef de la CAQ, François Legault, il approuve désormais la hausse des droits avec tout l’enthousiasme d’une bonne soeur amourachée d’un bénitier dans lequel Jésus aurait peut-être fait pipi. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
« Le gel des frais de scolarité doit être maintenu […], disait M.Legault, en février2004. C’est vrai qu’ils sont bas au Québec par rapport au reste du Canada. Mais dans bien des pays d’Europe, comme la France, les frais de scolarité [ne] sont rien par rapport au Québec. Et je suis de cette école de pensée, à l’effet qu’il faut avoir les frais de scolarité les plus bas pour faciliter l’accessibilité. C’est notre jeunesse qu’on forme, nos leaders de demain. Et si des gens, par leurs études, remplissent des professions bien rémunérées, […] alors ils vont payer plus d’impôt et acquitter leur dette à la société. »
M. Legault ajoutait que le gel constituait un exemple de la « gauche efficace » qu’il voulait incarner.
Étonnant, n’est-ce pas ? Mais il est vrai qu’en 2004, M. Legault faisait partie d’une autre troupe de théâtre, celle du Parti québécois.
[…] Sûr que le Québec n’a pas présenté un visage aussi inquiétant depuis la crise amérindienne de 1990. À côté de cela, même le référendum de 1995 ressemble à un pique-nique en famille, par un beau dimanche d’été, en compagnie de Bob le bricoleur.
Comment pourrait-il en être autrement ? En trois mois, le premier ministre n’a jamais trouvé les mots pour calmer les uns et les autres. A-t-il seulement essayé ? On attendait l’homme d’État. On a eu droit à une mauvaise caricature de vendeur d’aspirateurs. Ricanant, partisan à l’excès et souvent indigne de sa fonction.
Qu’à cela ne tienne. À défaut d’une ronde ultime de négociation, M. Charest a choisi le gros bâton. Et si d’aventure ses paris tournent mal, il lui restera toujours le programme absurde du dramaturge Bertolt Brecht. « La jeunesse du Québec n’est pas à la hauteur, dirait-il. Il faut une loi d’urgence pour l’abolir et pour en élire une meilleure. »
La Presse, Jean-Simon Gagné : “À quand une loi pour interdire la jeunesse ?”.
Dans la série des girouettes, n’oublions surtout pas François Rebello. Il avait lutté contre la hausse des frais de scolarité à la tête de la FAÉCUM, présidé la FEUQ, défendait le gel au sein du Parti Québécois, et affichait jusqu’à récemment son soutien au mouvement étudiant.
Il a voté pour la loi 78.

[Photo Gareth Cattermole/Getty Images.]
J’avoue que le carré rouge n’est pas la première chose ayant attiré mon attention sur cette photo.
Plutôt le chemisier de Suzanne Clément.
Rhhhoooo… j’avais même pas remarqué :-D
Dire le chemisier dans un tel cas est une preuve d’élégance. ;-) J’en porterais bien un moi … de carré rouge. (sous la boutade, un peu de sérieux)
[pour continuer dans le hors-sujet] Apparemment, les gens n’ont toujours pas compris que les flashs, ça marche comme un rayon X sur les textiles un peu fins.
Le gouvernement Charest a choisi de dénouer la grève étudiante sur les droits de scolarité par la manière forte, suite logique de sa gestion d’une crise qu’il n’a jamais comprise ni maîtrisée. Son scénario était mauvais et la conclusion de l’histoire ne peut qu’être lamentable. Nous la dénonçons.
Les seuls mots qui peuvent qualifier la loi numéro 78 adoptée hier par l’Assemblée nationale pour assurer un retour aux études sont ABUS DE POUVOIR. S’il fallait une loi pour assurer les conditions d’accès à l’enseignement, ce qui était nécessaire en soi, rien ne justifiait de suspendre les droits démocratiques fondamentaux de l’ensemble des citoyens québécois, tel le droit de manifester qui sera désormais soumis à des conditions et des contrôles exercés arbitrairement par les corps de police.
Pourquoi un tel excès d’autorité ? On ne peut que remarquer que, dans l’histoire du Québec et du Canada, deux États démocratiques dotés de chartes des droits et libertés qu’on porte fièrement à la boutonnière, la tentation autoritaire est présente dès que la tension sociale croît. Elle est le corollaire de la peur engendrée par la faiblesse des autorités en place. Les exemples sont nombreux. Il y a bien sûr la Crise d’octobre, mais aussi l’abus de force des policiers lors du sommet du G20 à Toronto il y a deux ans. Dans le cas présent, cette faiblesse a été démontrée par l’incapacité du gouvernement Charest à régler par le dialogue cette crise.
Ces tentations autoritaires, nous avons toujours cru au Devoir qu’il fallait les dénoncer, même s’il fallait être seul contre tous. C’est ce qu’avait fait avec courage en 1970 Claude Ryan lorsque fut imposée la Loi sur les mesures de guerre. Le respect des droits fondamentaux fait partie de nos valeurs. Nous avons toujours été préoccupés par le destin collectif de notre société, mais tout autant soucieux d’assurer aux individus une protection contre les abus et dérives de l’État. Les voix qui protestent contre ceux contenus dans la loi numéro 78 sont nombreuses. Le gouvernement Charest a bien accepté quelques amendements à son projet de loi, mais la loi telle que votée va trop loin.
Le mépris ressenti par les groupes étudiants, et qui a fait obstacle à de saines négociations de toutes parts réclamées, s’articule aujourd’hui dans une loi porteuse d’arrogance et d’une volonté affirmée de casser une crise devenue hors de contrôle, alors qu’il s’agissait au départ d’un désaccord politique comme le Québec en a souvent connu. Pour les étudiants, cette loi est une « déclaration de guerre ». Pour les groupes sociaux, c’est l’occasion saisie par l’État pour miner des droits fondamentaux. La contestation juridique qui s’annonce sera vive.
L’idée d’une pause dans cette escalade insoutenable, par suspension des cours, eût suffi. Mais non. La dégaine est excessive : elle heurte de plein fouet des droits aussi cruciaux que ceux de l’expression et de la manifestation, bafouant la démocratie. Elle déborde du cadre habituel de la dissuasion avec des amendes outrancières - pour des étudiants qui dénoncent une hausse des droits ! Elle menace l’existence des groupes étudiants, leur nie tout rapport de force par voie de grève en faisant du droit à l’éducation le principe suprême, écorchant du coup le droit d’association. Elle incite à la délation. Sombre dans la dangereuse insignifiance en s’en prenant aux carrés rouges. […]
Le Devoir, Bernard Descôteaux, Josée Boileau, Jean-Robert Sansfaçon, Marie-Andrée Chouinard, Serge Truffaut : “Loi 78 - Abus de pouvoir”.
C’est faire peu de cas tout ceux et celles qui quotidiennement essaient de se battre contre l’ignorance et la bêtise de cette droite qui ne voit dans le système d’éducation qu’un repaire d’enfants gâtés. Lisez sur tous les journaux, les blogues, les commentaires de ces apôtres des Martineau et consorts. Comptez les fautes des anti-grèves. Vous aurez une bonne idée de ce pourquoi ils n’aiment pas les étudiants et l’éducation en général.
Et voilà précisément ceux à qui les libéraux veulent donner un os.
M. Charest est le premier premier ministre à égaler les trois mandats consécutifs de Maurice Duplessis. Celui là même qui avait fait du Québec le champion de la sous-scolarisation en Amérique du Nord. Duplessis disait que l’éducation, c’est comme la boésson, y’en a qui portent pas ça. Il aimait bien les lois matraques aussi. On se souvient aussi comment les entrepreneurs en construction finançaient ses somptueuses campagnes électorales.
J’ai toujours eu un fond d’estime pour M. Charest que j’ai souvent croisé il y a 25 ans. On était pas du même bord, mais bon, la politique crée des adversaires, me disait-il, pas des ennemis.
C’est bien dommage, monsieur Charest, mais votre mépris pour mes étudiants, surtout les plus éveillés paraît trop. Votre loi, votre impéritie envers cette mision fondamentale qu’est le fonctionnement normal des institutions d’éducation qu’on ne peut régir à coup d’injonctions ou de lois trahit ce que vous êtes au fond.
Un petit opportuniste aussi médiocre que ceux qui vous protègent sont puissants.
Je vous déteste maintenant.
Addendum après lecture de la loi. Tu es pire que je pensais, petit Pinochet. Je te vomis, toi et ta bande.
Les dits du magoua : “Ras le bol”.
D’ici moins d’une heure, la loi sale sera votée.
Ce blogue versera de facto dans l’illégalité. Il continuera à relayer si nécessaire les appels à la résistance, à l’action contre l’arbitraire, à la désobéissance civile.
question un peu hors sujet (enfin pas totalement quand même) que signifient les #ggi dans vos tweets (et pas mal d’autres) ?
Grève Générale Illimitée suivre ce fil-là c’est plonger dans des abîmes de surréalisme.
Est-ce que c’est moi ou la couverture des manifs devient rare chez Cyberpresse ? Solidaire avec toi itou. Et vu de mon cégep, une sorte de stupeur dégoutée tant chez les profs que les étudiants. Rendez-vous le 22 mai. Et suis sûr qu’il y aura manif dans tous les coins du Québec
Merci pour la réponse et bon courage à vous.
« Lorsque les lois deviennent injustes, parfois il faut désobéir et on est en train de réfléchir sérieusement à cette possibilité-là », a-t-il déclaré vendredi, à Québec, lors d’un point de presse conjoint avec les représentants des autres associations étudiantes et des grandes centrales syndicales.
« La répression policière ne nous a jamais effrayés. Ça ne commencera pas aujourd’hui avec ce projet de loi là. Les manifestations vont continuer, dès ce soir, j’en suis convaincu, tous les soirs s’il le faut. Il n’est pas exclu d’appeler à désobéir à cette loi. Il y a probablement une annonce qui va être faite concernant cela aujourd’hui », a-t-il ajouté. Est-il prêt à faire de la prison, lui a demandé un journaliste? « On verra », a lâché M. Nadeau-Dubois.
Le président de la CSN, Louis Roy, a dénoncé cette loi « pitoyable » que le gouvernement Charest s’apprête à adopter. Une loi « écrite par des mononcles impuissants », a-t-il renchéri. « On n’invite pas notre monde à défier la loi mais si vous pensez que vous avez une cause, bien, manifestez! On n’incite pas nos membres à désobéir, on incite nos membres à faire respecter nos droits », a-t-il nuancé.
« Souvent, les lois sont légales mais illégitimes et il y aura une réflexion à faire », a répondu à cet égard le président de la FTQ, Michel Arsenault. « Cette loi-là est guidée par la hargne, par la colère et la revanche du parti Libéral et du premier ministre Charest. Les amendes sont injustifiées. Ça n’a aucun sens dans une société démocratique… On n’est pas en Corée du Nord! », s’est-il insurgé, ajoutant qu’on est « dû pour élection ».
Disant essayer de contenir sa propre colère, le président de la CSQ n’a pas réussi à atteindre son objectif lors du point de presse, s’enflammant autant que ses confrères. « Ce n’est pas la première loi spéciale à laquelle on est confrontés comme syndicalistes (…) mais aussi loin qu’on puisse reculer, je n’ai jamais vu une loi aussi perfide que celle-là. Pour la première fois dans ma courte vie, je pense que tout est noir ce matin. Les conservateurs à Ottawa ont maintenant des leçons de law and order d’extrême droite à recevoir du Parti libéral du Québec », a-t-il laissé tomber.
« Le ministre Gignac nous faisait la leçon pour nous dire qu’on n’est pas dans une dictature mais je vais vous dire que c’est digne d’une république de bananes. J’espère que le bon sens les rattrapera avant la fin de la journée. »
Journal de Québec, Jean-Luc Lavallée : “La CLASSE songe à la défier”.
Moscou, Montréal, mêmes lois répressives.
Le parti au pouvoir Russie unie veut imposer de lourdes amendes aux organisateurs ou “participants actifs” de manifestations non autorisées, le Parlement devant se prononcer mardi alors que l’opposition multiplie les initiatives contre le régime de Vladimir Poutine.
Dernière annonce en date dans la floraison d’actions symboliques lancées depuis deux semaines pour incarner la résistance au régime, un groupe de poètes moscovite a appelé au rassemblement vendredi pour lire des vers devant un monument à Ossip Mandelstam, mort dans les camps staliniens en 1938.
Il y a une semaine, ce sont des écrivains russes qui menaient une “promenade” dans Moscou avec au moins 10.000 sympathisants, au motif de reprendre possession de la rue. Samedi, ce sont des peintres qui doivent les imiter avec une exposition itinérante.
[…] Mais le parti au pouvoir Russie unie, majoritaire à la Douma, a aussi entrepris d’adapter la loi pour lutter contre les rassemblements “illégaux”, en déposant un projet de loi prévoyant des amendes allant jusqu’à un million de roubles (25.000 euros) pour les organisateurs ou “participants actifs” à des manifestations non autorisées.
Le vote en première lecture sur la nouvelle loi était prévu vendredi. Il a été reporté à mardi mais maintenu malgré les protestations de l’opposition parlementaire.
[…] Le chef du groupe parlementaire Russie unie, Andreï Vorobev, a accepté de diminuer le montant des amendes pour le ramener à 500.000 roubles (12.500 euros) pour les personnes physiques.
“Ce sera une juste punition”, a-t-il estimé en ajoutant: “Il n’y a aucune restriction dans notre pays à la tenue de manifestations”.
La police russe a dispersé mercredi un campement installé par l’opposition dans le centre de Moscou et indiqué qu’elle ne tolèrerait aucune autre action de ce type.
Libération : “Russie: le parti du président Poutine prévoit d’énormes amendes pour les manifestants”.

Les universités et collèges d’enseignement général et professionnel (CEGEP), actuellement touchés par des mouvements de grève, sont fermés, les cours y sont suspendus. La reprise des cours se fera entre le 17 et le 30 août, suivant les établissements.
Ces dates imposées de reprise pourront être ultérieurement modifiées avec l’accord de la ministre de l’Éducation.
De fait, cette mesure rend caducs les jugements d’injonction précédemment délivrés pour contraindre à la reprise des cours dans certains de ces établissements. (Cf. Article 31).
Tout salarié d’un établissement demeuré ouvert doit se présenter au travail. Il doit “accomplir tous les devoirs attachés à ses fonctions, conformément aux conditions de travail qui lui sont applicables, sans arrêt, ralentissement, diminution ou altération de ses activités normales.” — Article 11.
Il est interdit à toute association de salariés et à ses membres de participer à une “action concertée” pouvant contrevenir à l’accomplissement des tâches normales des salariés. — 12.
“Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver le droit d’un étudiant de recevoir l’enseignement dispensé par l’établissement d’enseignement qu’il fréquente, faire obstacle ou nuire à la reprise ou au maintien des services d’enseignement d’un établissement ou à l’exécution par les salariés de leur prestation de travail relative à ces services, ni contribuer directement ou indirectement à ralentir, altérer ou retarder la reprise ou le maintien de ces services ou l’exécution de cette prestation.” — 13.
“Nul ne peut, par un acte ou une omission, entraver l’accès d’une personne à un lieu où elle a le droit ou le devoir d’accéder pour y bénéficier des services d’un établissement ou pour y exercer des fonctions. Sans restreindre la portée du premier alinéa, toute forme de rassemblement qui pourrait avoir pour effet d’entraver un tel accès est interdite à l’intérieur d’un édifice où sont dispensés des services d’enseignement par un établissement, sur un terrain où est situé un tel édifice ou dans un rayon de 50 mètres des limites externes d’un tel terrain.” — 14.
Une association d’étudiants doit prendre les moyens appropriés pour amener les étudiants qu’elle représente à ne pas contrevenir aux articles 13 et 14. Il en est de même pour une fédération d’associations à l’égard des associations d’étudiants qu’elle regroupe et des étudiants représentés par ces dernières.
“Une personne, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation de dix personnes ou plus qui se tiendra dans un lieu accessible au public doit, au moins huit heures avant le début de celle-ci, fournir par écrit au corps de police desservant le territoire où la manifestation aura lieu les renseignements suivants :
1. la date, l’heure, la durée, le lieu ainsi que, le cas échéant, l’itinéraire de la manifestation;
2. les moyens de transport utilisés à cette fin. Le corps de police desservant le territoire où la manifestation doit avoir lieu peut, avant sa tenue et aux fins de maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique, ordonner un changement de lieu ou la modification de l’itinéraire projeté; l’organisateur doit s’y conformer et en aviser les participants.” — 16.
“Une personne, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation ainsi qu’une association d’étudiants ou une fédération d’associations qui y participe sans en être l’organisateur doit prendre les moyens appropriés afin que la manifestation se tienne conformément aux renseignements fournis en application du paragraphe 1 du premier alinéa de l’article 16 et, le cas échéant, de l’ordre donné en application du deuxième alinéa de cet article.” — 17.
Si un établissement est bloqué avec la participation d’étudiants, le chef d’établissement doit relever leurs appartenances syndicales et “le ministre peut ordonner à l’établissement de cesser, malgré toute disposition contraire, de percevoir la cotisation fixée par cette association d’étudiants ou par toute association d’étudiants qui lui succède et de lui fournir gratuitement un local, du mobilier, des tableaux d’affichage et des présentoirs. Cette cessation vaut pour une période égale à un trimestre par jour ou partie de jours durant lequel il n’a pas été possible de dispenser les services d’enseignement en raison de ce manquement.” — 18.
Les mêmes mesures d’appliquent aux fédérations “si le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport constate qu’il y a eu manquement de la part d’une fédération d’associations à une obligation prévue par la présente loi et que ce manquement a eu pour effet de, ne pas permettre que des services d’enseignement soient dispensés à des étudiants qui y ont droit.” — 20.
“Une association d’étudiants d’un établissement et une fédération d’associations dont fait partie cette association d’étudiants sont solidairement responsables du préjudice causé à un tiers en raison d’une contravention à l’article 13 ou à l’article 14” — 22.
Constitue notamment un préjudice, tout coût additionnel ou toute perte de gain assumé par quiconque, notamment un étudiant, un établissement ou l’État. — 23.
Quiconque contrevient aux dispositions principales de la loi est passible d’une amende de 1 000 $ à 5 000$.
S’il s’agit soit d’un dirigeant, d’un employé ou d’un représentant, incluant un porte-parole, d’une association d’étudiants, d’une fédération d’associations ou d’une association de salariés, soit d’un dirigeant ou d’un représentant d’un établissement, soit d’une personne physique qui organise une manifestation, cette amende est portée aux sommes de 7 000 $ à 35 000$.
S’il s’agit soit d’une association d’étudiants, d’une fédération d’associations, d’une association de salariés ou d’un établissement, soit d’une personne morale, d’un organisme ou d’un groupement qui organise une manifestation, de 25 000 $ à 125 000 $.
En cas de récidive, les amendes sont doublées.
“Quiconque, par un acte ou une omission, aide ou, par un encouragement, un conseil, un consentement, une autorisation ou un ordre, amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction et est passible de l’amende prévue.” — 29.
Et attention, ça vaut même pour un message d’appel à la grève sur Twitter !
Les dispositions de la présente loi cesseront d’avoir effet le 1er juillet 2013 ou à la date ou aux dates antérieures fixées par le gouvernement. — 35.
J’ai beau le retourner dans tous les sens, j’ai du mal à voir comment le projet de loi matraque déposé hier pourrait régler la crise étudiante et ramener la paix sociale.
Depuis le début de ce conflit, le gouvernement Charest sous-estime la détermination et l’intelligence du mouvement étudiant. Il fait maintenant le pari qu’un gros couvercle posé sur la marmite étouffera la grogne. Il tente d’imposer la paix de force, en bafouant des droits fondamentaux. Les premières réactions d’indignation laissent présager que ce ne sera pas si simple.
À défaut de chercher à négocier une solution salutaire pour tous - carrés rouges, carrés verts, carrés blancs ou pas de carré du tout -, le gouvernement choisit une ligne dure qui attisera davantage les tensions. Des pouvoirs accrus aux policiers. Un droit de manifester restreint pour tout groupe de 10 personnes ou plus, avec obligation de fournir au moins 8 heures à l’avance son itinéraire aux policiers (qui pourront le modifier à leur guise). Une interdiction de manifester à moins de 50 mètres d’un cégep ou d’une université. Un retour en classe de force. La possibilité de juger les associations étudiantes coupables par association en renversant le fardeau de la preuve. La possibilité de leur couper les vivres. Des amendes sévères de 1000$ à 125 000$ par jour aux dissidents…
Bref, c’est tout un mouvement social que l’on semble vouloir mettre au pas, bâillonner et pénaliser sévèrement. On bafoue la liberté d’expression. On bafoue la liberté d’association. On bafoue le droit à la dissidence. Voilà qui est indigne d’une société démocratique. Et après, ce sera quoi? La Loi sur les mesures de guerre?
Au début du conflit, le gouvernement Charest a choisi d’ignorer le mouvement étudiant contre la hausse des droits de scolarité. Il a ensuite tenté de le diviser. Puis, de le discréditer en l’associant à tort à la violence ou à un mouvement d’enfants gâtés intransigeants. Quand il s’est finalement assis pour «négocier», on a eu le droit à une mascarade, deux fois plutôt qu’une. Et bien que des propositions intéressantes aient été présentées, le gouvernement n’a jamais reculé d’un iota sur l’enjeu principal - la hausse des droits.
[…] Au-delà du fait que cette loi matraque ne règlera rien, on peut s’inquiéter du message qu’elle envoie à la jeunesse. On reproche souvent aux jeunes d’être individualistes. Voilà qu’ils se lèvent pour défendre l’accès à l’éducation pour tous. Et on les traite comme des voyous en prétendant agir pour l’avenir du Québec. Drôles de voyous que ces jeunes gens souvent plus éloquents que bien des politiciens.
«Ça me fait perdre foi en nos institutions démocratiques», a dit Léo Bureau-Blouin. Pour les étudiants, ce projet de loi qui brime la liberté d’expression est pire encore que la hausse des droits de scolarité, a souligné Martine Desjardins. Combien de jeunes brillants et talentueux comme eux, jugés coupables de s’être tenus debout, ne font déjà plus confiance aux institutions?
La Presse, Rima Elkouri : “La loi matraque”.
[…] Vous avez réagi en vous promettant de bien montrer aux Québécois de quel bois vous vous chauffez. Votre colère s’est abattue sur nous sans retenue. Vous tirez visiblement du plaisir à nous faire mal et à nous diminuer. Votre mépris exprimé de toutes les façons possibles et sur toutes les tribunes quand vous parlez de ce peuple qui, selon vos prétentions, n’a pas su vous reconnaître les qualités exceptionnelles que vous vous reconnaissez vous-même, en est la preuve flagrante. Votre orgueil vous donne envie de régler des comptes. Ce que vous faites en pensant peut-être que nous ne nous en rendons pas compte.
[…] Il se lève dans nos rues une toute nouvelle génération de jeunes qui n’ont pas peur de vous. Ce sont les enfants des parents, et parfois même des grands-parents, qui sont restés avec la Crise d’octobre 1970 de travers dans la gorge. Le Québec a découvert qu’il a une mémoire et que son « Je me souviens » n’est pas juste une phrase vide.
Je ne connais pas les gens qui vous conseillent en ce moment, mais je vous assure que vous auriez tous intérêt à venir marcher un soir, dans la rue, avec des milliers de jeunes qui réclament « leur juste part » de cette société si mal foutue qui est la nôtre et qui partageraient volontiers avec vous des idées pour arriver à un meilleur équilibre. Mais je sais que vous ne viendrez pas. Comme je sais qu’il n’y a pas d’abonné au numéro qu’ils ont composé.
Je ne sais pas si vous arrivez à dormir la nuit. J’espère que non. Moi, après votre conférence de presse annonçant votre décision d’imposer une loi spéciale à nos enfants, j’ai repassé dans ma tête tous les premiers ministres que j’ai connus. J’ai 80 ans. J’en ai connu plusieurs. Quelques insignifiants, sûrement. Des brillants ? Quelques-uns, mais en moins grand nombre que les précédents. Mais j’ai le regret de vous annoncer que vous êtes le pire ; c’est à se demander si vous avez du coeur.
Vous n’aimerez pas cette chronique. J’en suis bien consciente. Alors, si mon droit d’expression vous dérange tellement, je vous pense capable de vouloir me faire taire. Comme dit la chanson : vous pouvez m’envoyer vos policiers. Dites-leur « qu’ils pourront tirer, car je n’aurai pas d’arme ».
Les blessures que vous laisserez dans notre peuple, M. Charest, seront longues à guérir. Mais j’ai la certitude que nous y arriverons. Je suis heureuse de savoir que la relève est debout. Ça ira plus vite.
Le Devoir, Lise Payette : “Honte à vous, Jean Charest”.
Tout cela était préparé de longue date. Tout cela est un kidnapping de nos droits et libertés. Tout cela est un crime.
De deux choses l’une:
1) Le gouvernement Charest compte mettre à genoux le mouvement étudiant en le forçant à négocier sous la menace de cette loi spéciale qui est un couteau sur la gorge;
2) Le gouvernement Charest, devant la réelle possibilité d’un échec aux prochaines élections, tente par cette loi un véritable coup d’état qui réduit à l’impuissance toute forme de contestation de ses politiques.
Dans ces deux cas, je vois qu’une seule solution. Désobéir.
Il n’y aura pas assez de cellules pour nous tous.
Le Journal de Montréal, Jean Barbe : “Un coup d’État”.
N’étant pas sur place, je me pose une question : y-a-t-il des versions québécoises du Figaro qui à l’inverse applaudissent Charest et ses idée à la con ?
Il y a de nombreux éditorialistes de droite dure qui font ce travail au Journal de Montréal et à La Presse. Le Devoir est plus modéré.
Chaque journal a une couleur, mais a généralement des chroniqueurs contre sa couleur pour dire “voyez, nous ne sommes pas partisan et respectons les différents points de vue”. Pour savoir la vraie couleur, il faut lire “l’éditorialiste en chef”. C’est une tradition nord-américaine dans la presse.
Le Journal de Montréal, c’est droite, plutôt démago (c’est un tabloïd).
La Presse, c’est droite fédéraliste.
Le Devoir, c’est centriste-souverainiste, mais personne ne le lit. “Trop intello”.
Pour un truc un peu plus (mais juste un peu, hein) à gauche, il faut aller voir du côté du bimensuel L’Actualité.
Il faut savoir qu’ici, pour beaucoup de monde, gauche est synonyme de marxisme, de radicalité, de communisme révolutionnaire, et d’impôts spoliateurs, ce qui effraye le citoyen ordinaire. Nous sommes bel et bien en Amérique du Nord !
Note que je ne parlais pas du Figaro comme image de journal de droite vs. les journaux de gauche, mais bien comme la Pravda qu’il a été ces dernières années, le porte-parole du gouvernement.
Non, pas de Pravda ici :-)
L’Actualité est plutôt de droite, non? Par contre, l’hebdomadaire Voir, journal culturel, est vraiment à gauche.
hihi, j’aime bien lire “vraiment à gauche” quand c’est le Québec ou le Canada. Il y a des groupes minuscules mais Voir comme journal gratuit de gauche… non pas vraiment :D
À gauche
Plutôt indépendance en premier que gauche
et d’autres que j’oublie mais en général qui sont ultra-minoritaires pour les raisons que citent Laurent. La dichotomie au Québec se situe(ait) plus au niveau de l’indépendance/fédéralisme. Les indépendantistes ayant plus souvent des « valeurs de gauche » mais là encore il faut être prudent car… il y a aussi du fascisme populaire dans le corps des indépendantistes.
Ce n’est pas simple.
On se souviendra que Richard Martineau était chroniqueur chez Voir… ;-)
Il en a aussi été le rédacteur en chef… Mais il y a bien longtemps. Et à l’époque, il avait d’autres idées qu’aujourd’hui. Quant à savoir si le Voir est de droite ou de gauche ou autre (…), je pense que dans le contexte actuel, c’est l’un des rares journaux (gratuit peut-être, mais payer n’est pas un gage de qualité) qui soutient ouvertement un mouvement social sans précédent dans les dernières années au Québec.
Je voulais pas être Anne Onyme, mais Laeti…
Pour reprendre les termes de Bertrand St-Arnaud, député de Chambly, entendus en chambre vers 0 h 50, “une loi odieuse”, “une atteinte à la démocratie”, “un coup de force ignoble”. Ce n’est plus une question de droits de scolarité, c’est une question de pacte social et de libertés. C’est très grave.
Faisons bien la liste des députés qui voteront la loi… Nous la garderons en mémoire sous le titre “indignité nationale”. Toute la population devra être dans la rue pour manifester contre des intolérables atteintes aux libertés. Le 22 mai, j’y serai, et vous ?
Tristesse et colère.
Une journée très, très sombre dans l’histoire du Québec.
J’espère que la manif sera légale puisque l’article 29 de cet infâme projet de loi stipule que: «Quiconque, par un acte ou une omission, aide, ou, par un encouragement, une autorisation ou un ordre, amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction et est passible de l’amende prévue…» soit 1000 à 5000 $.
En somme, on peut être coupable si on ne dit pas à quelqu’un de ne pas aller à la manif !
Ce gouvernement est franchement dégoûtant.
Bonjour, Manifester est un droit, j’espère que vous serez nombreux à l’exercer ce jour là, étudiants et tous les autres! Je vous envoie des pensées de France. Sabrina.
Nuit ordinaire à Montréal.
(Et des gars sensibles aussi…)

Tumblr “Fuck Yeah Gabriel Nadeau-Dubois”.
Nous sommes étudiant-e-s, chargé-e-s de cours et professeur-e-s à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM).
Nous voulons aujourd’hui exprimer notre inquiétude concernant le recours par le ministère public à la loi anti-terroriste pour juger les 4 étudiant-e-s qui se sont rendu-e-s à la police la semaine dernière après la publication de leur signalisation, à titre de suspects, dans les grands médias. Le dispositif juridique de cette loi a été pensé après les évènements du 11 septembre 2001. Il donne des pouvoirs extraordinaires aux corps policiers. Il entraîne également des tensions sociales intenses et pourrait avoir des répercussions désastreuses sur la vie et l’avenir de ces quatre étudiant-e-s. La lourdeur des charges retenues est manifestement disproportionnée et participe de la tendance à la criminalisation des mouvements sociaux.
À cette inquiétude s’ajoute le traitement médiatique inacceptable de la question et la diffusion répétée des photographies, noms et occupations des présumé-e-s innocents. À lire ce qui circule dans l’espace public, on pourrait finir par croire que ces personnes sont des « intégristes », des « extrémistes » voire des « ennemi-e-s » du mouvement étudiant. Or, jusqu’à preuve du contraire, ce sont simplement des étudiant-e-s engagé-e-s et des membres à part entière de la communauté universitaire. Nous disons aujourd’hui qu’il est primordial que ces personnes reçoivent le même traitement que les autres citoyens.
Nous appelons toutes les personnes et organisations qui partagent notre position à une solidarité active avec les arrêté-e-s en exigeant que soit abandonnée l’accusation liée au terrorisme.
“C. − [En parlant de terrorisme culturel, intellectuel] Qui adopte une attitude d’intolérance, d’intimidation.”
Tou(te)?s ce(lles|ux) qui écrivent en ayant avec ces regexp bâtarde?s sont des terroriste?s.
Les mauvaises langues disent que le panda est venu de Chine pour importer de la propagande communiste dans la bonne société libérale du Québec. Il n’en est rien, Anarchopanda est là pour donner des câlins à tout le monde, notamment à ceux qui en manquent le plus, les agents du Service de Police de la Ville de Montréal.



[Photos Édouard Plante-Fréchette, La Presse.]

[Photo AFP.]
Rendons quand même hommage aux policiers de SPVM pour leur sang froid… ça a bien du en déranger quelques uns de distribuer des coups de matraques.
[…] Terrorisme. Le mot est lâché. Ce n’est pas rien. Comme disait Robert Charlebois : “À soir, on fait peur au monde !”
Déjà, au début du conflit, le gouvernement libéral avait tenté de discréditer le mouvement de grève en parlant de boycott. Jamais, dans toute l’histoire du Québec, cela ne s’était produit.
Jamais on n’avait remis en question la légitimité des assemblées générales étudiantes. Jamais on n’avait voulu briser le lien qui unit les étudiants et les étudiantes d’un même collège, d’une même université, et cet exercice démocratique qui en est l’expression.
C’est cette négation de la démocratie étudiante qui a envenimé un conflit qui s’étend maintenant bien au-delà de la stricte augmentation des frais de scolarité. Car il apparaît qu’au Québec, la démocratie n’appartient qu’à ceux qui détiennent le pouvoir, et pas à ceux qui le contestent.
Ainsi ceux et celles qui refusent de livrer le Québec à la rapacité néolibérale ont joint leurs voix à celle des étudiants. Même des manifestations d’ampleur historique ne sont pas parvenues à ébranler le gouvernement, qui tentera bientôt de se poser en “sauveur de l’ordre” en maîtrisant, par la force s’il le faut, ce chaos social dont il est en grande partie responsable.
Et voilà le Québec déchiré en deux. Nous en avions l’habitude, depuis près de quarante ans. Mais cette déchirure avait plutôt pour cause ce qu’il est convenu d’appeler “la question nationale”, entre défenseurs de l’unité canadienne et partisans de l’indépendance du Québec. Ce débat nous a fait oublier que nous pouvions nous battre pour autre chose.
C’est que le Québec n’a jamais vécu de véritable révolution. Il en avait fait l’économie. Au Québec, semblait suffire une “révolution tranquille”, comme on en est venu à désigner la période de modernisation accélérée qu’a connue la Province au cours des années 1960. Elle aurait suffi, si nous étions allés au bout de nos idées. La gratuité scolaire était d’ailleurs l’un des principaux objectifs affichés.
[…] La colère s’est implantée dans de nombreux coeurs. Les étudiants, les médias, les responsables politiques, les voisins, les frères et les soeurs, tous ont dû prendre parti et afficher leurs couleurs. Voilà qui ne s’oubliera pas de sitôt. Les Québécois s’impatientent et réclament de pouvoir de nouveau discuter collectivement de leur avenir et de leurs valeurs, qui ne sont peut-être pas exactement celles du libre marché. Ça risque de brasser !
Le Monde, Jean Barbe : “Enfin une révolution sociale dans la Belle Province”.
[…] Mais la fin de régime se mesure surtout par la perte de l’autorité morale de gouverner. La difficulté à mesurer et apprécier l’ampleur des crises et l’importance des mouvements qui agitent la société. La difficulté à reconnaître les moments où le sens de l’État doit prévaloir et où l’on doit s’élever au-dessus de la mêlée plutôt que de se réfugier derrière des formules creuses et des blagues qui ne font que mettre le feu aux poudres. Comment alors imposer un retour en classe, fut-ce même par la force de la loi, alors que la population doute encore de la probité des membres du gouvernement qui, pour certains, accueillaient volontairement ou non à leur déjeuner des proches du crime organisé ? Comment considérer les arrêts d’un magistrat dont on questionnait il y a un an à peine le processus de nomination ?
[…] À vouloir faire le pari du cynisme, à vouloir miser sur l’essoufflement d’un mouvement plutôt que sur le compromis et la bonne entente, le gouvernement a contribué à créer un climat de révolte et d’indignation chez des jeunes qui, au départ, manifestaient somme toute dans un esprit démocratique et pacifique exemplaire. A-t-on déjà oublié que le 22 mars dernier, alors que 200 000 personnes envahissaient les rues de Montréal, aucune vitrine brisée, aucun acte de violence, aucune interpellation ou arrestation n’ont été déplorés ? À ignorer souverainement les revendications légitimes - que l’on soit en accord ou non - d’une partie de notre société, on en vient à planter soi-même les vignes qui produiront, au final, les raisins de la colère. Aujourd’hui, le gouvernement en vendange les fruits pourris et amers, alors qu’il doit imposer par la loi ce qu’il a lamentablement échoué à négocier de vive voix.
À l’heure des médias sociaux et des plateformes participatives, à une époque où l’opinion publique est plus prompte à porter une cause sociale qu’à défendre un programme politique, il nous faudra trouver collectivement une façon de rénover l’édifice démocratique de notre État. La façon avec laquelle le gouvernement a ignoré pendant plus de deux mois les revendications des associations étudiantes nous donne la preuve qu’il est grand temps de refonder nos institutions démocratiques puisque face à une majorité parlementaire (élue par une minorité de voix), en dehors des élections, point de salut! Cette refondation, elle passe nécessairement par les urnes.
Cette grève étudiante qui nous touche tous, qu’on le veuille ou non, est le symbole de l’épuisement d’un gouvernement et d’un système parlementaire où l’omnipotence des appareils de partis aplanit les débats et transforme les député(e)s et ministres en moutons de Panurge. Line Beauchamp en fut la dernière victime, elle qui remplissait le carnet de commandes de son premier ministre. Nous sommes maintenant en fin de régime. Peut-être que les sondages s’amélioreront pour le premier ministre dans les prochaines semaines, mais il n’en demeure pas moins qu’à l’heure actuelle, il a perdu l’autorité morale de gouverner. Ne restera plus qu’aux étudiants, peu importe l’issue de ce conflit, à se déplacer massivement aux urnes aux prochaines élections. Car après tout, l’édifice vermoulu d’un gouvernement en décrépitude morale et politique peut servir de terreau fertile pour une nouvelle refondation de notre solidarité sociale et politique. Une certaine Révolution tranquille nous l’a déjà prouvé par le passé…
Le Huffington Post Qc, Pierre Luc Brisson : “Gouvernement Charest : la fin de régime”.
On m’a posé la question “Crois-tu que je peux venir sans crainte à Montréal avec les événements actuels ?”.
Bien sûr que l’on peut venir quand même, ce n’est pas Damas ici, mais je ne le conseille pas trop : il est en effet impossible actuellement de profiter sereinement du centre-ville, d’ordinaire si agréable et paisible.
Les manifestations et, hélas, les scènes de violence, sont quotidiennes dans la ville. Selon Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec, les rues de Montréal sont la proie de “groupes radicaux anticapitalistes et marxistes” qui cherchent à “déstabiliser l’économie”. Selon un chroniqueur connu du Journal de Québec, un climat de terreur s’est installé à Montréal, les citoyens sont tous “très nerveux et suspicieux”. Bien sûr, tout cela est largement exagéré par les politiques et les médias.
Cela étant dit, la police de Montréal tapant indistinctement sur les étudiants, les non-manifestants et même les journalistes, la même police dressant des “souricières” vicieuses, et les manifestations se déplaçant rapidement sans plan préétabli, de jour comme de nuit, il y a un risque non négligeable de se retrouver au minimum gazé, au pire tabassé et/ou en prison.
Le candidat au tourisme montréalais doit aussi savoir que les transports en commun fonctionnent particulièrement mal (interruptions du métro par des “terroristes rouges”, embouteillages pour les bus…) et que Montréal est une ville étendue où il est difficile de s’en passer.
Le consulat américain à Montréal donne le sage conseil dans un message de sécurité à ses compatriotes de rester sur ses gardes à Montréal.
The Department of State strongly urges U.S. citizens to avoid demonstrations, as bystanders can quickly be caught up in unforeseen violence and in some cases detained by the local police.
Le consulat donne aussi le judicieux conseil de suivre sur son téléphone le compte Twitter de la police de Montréal (@SPVM), ce qui permet d’anticiper où se trouvent les manifestations en cours afin d’éviter de les croiser.
S’il n’y a pas de règlement de la crise, il y a fort à parier que des événements comme les festivals et le Grand Prix de Montréal soient perturbés par des manifestations, voire annulés comme c’est déjà le cas pour certains spectacles.
Si vous venez, vérifiez aussi que votre police d’assurance vous couvre bien, notamment en matière de blessures en cas d’émeutes, troubles civils, etc.
Pour le reste du Québec, il n’y a par contre aucun problème notable. L’occasion de découvrir les belles régions de la province.

Après 13 semaines de manifestations, son incapacité à résoudre le conflit a poussé Line Beauchamp à démissionner non seulement de ses postes ministre de l’Éducation et de vice-première ministre du Québec, mais aussi à se retirer de la vie politique, abandonnant ainsi son siège de député. Ses justifications un peu nébuleuses peuvent en partie motiver la démission de son ministère, “Je démissionne parce que j’estime que je ne fais plus partie de la solution” (alors qu’elle a toujours été partie du problème), mais n’expliquent en rien son retrait complet de la politique…
Il demeure le sentiment que cette ministre, peu outillée pour affronter une crise de cette ampleur, sans marge de manœuvre, qui a eu des réactions qui ont pu paraître puériles et empreintes d’orgueil, a été délibérément envoyée au casse-pipe.
Aussi sonnait étrangement la déclaration de Jean Charest qui, avec ses airs de raminagrobis matois, prétendait avoir “tenté de la retenir”.
Ultime affront pour cette femme, la question assassine de ce journaliste “Est-ce que les étudiants vont s’ennuyer de vous, Madame Beauchamp ?”.
La politique, ton univers impitoyable…
Vous êtes un peu sévère avec elle. Comme vous le dîtes, elle avait très peu (aucune ?) marge de manœuvre et elle a pourtant essayé d’être collégial et ouverte dans son attitude avec les étudiants et les leaders syndicaux (elle démissionne le lendemain d’une énième tentative de résolution du conflit).
Et puis, je la trouve très digne, pas facil de quitter la politique comme ça, ça n’a pas dû être facile ni avec les leaders ni le gouvernement …
Ça lui aura pris des semaines avant d’être “collégiale et ouverte”… avant d’abandonner la ridicule exclusion de la principale organisation étudiante par exemple. Ça a quand même été bien long (genre deux mois…) d’organiser une vraie table de négociation.
Cela dit, nul doute que ce fut dur pour elle.
Comme tout ministre qui n’a aucune marge de manœuvre, elle a joué la montre. Et, la CLASSE l’a bien aidé en entretenant un flou inutile sur sa position vis-à-vis des violences de certains grévistes (condamne ou pas).
Pas sûr que Charest pourra s’abriter derrière ses ministres longtemps..

[Jack Cook, Woods Hole Oceanographic Institution. 2009.]
La sphère bleue représente la quantité totale d’eau présente sur terre. Le point bleu est la part d’eau douce disponible.
Bof. La taille de la Terre en tant que sphère est complètement inintéressante pour la comparaison… enfin jusqu’à ce que l’humain soit vraiment concerné par ce qu’il se passe sous la croûte terrestre.
Pas sûr de comprendre le sens de ton commentaire…
Une sphère représentant le volume habité/habitable ?
Laurent : on vit sur une sphère, pas dans une boule. Ce qui pourrait être visuellement intéressant c’est de comparer le volume d’eau au volume de la croûte terrestre, ou au volume des terres arables. Comparer au volume de la Terre, c’est demander à l’humain lambda d’avoir une bonne représentation mentale des volumes pour les solides creux, et ça ça ne parle pas à grand monde (sauf si l’objectif c’est la mystification évidemment).
Mes lecteurs ne sont pas des humains lambda.
Mwahahahaha.
PS : ça ne marche pas des masses l’authentification par OpenID…
moi j’ai imaginé la population des pays se tassant sur une surface de la taille de la sphère d’eau. j’ai songé qu’il n’y en avait plus tant que ça par personne. bien entendu j’ai eu le même effet décuplé avec la tête d’épingle de l’eau potable. je sais qu’il n’y a aucun rapport entre ces sphères d’eau et une zone habitable, mais pour comparer, c’est comme ça que j’ai procédé.
l’image me donne l’impression d’avoir été faite pour provoquer cette comparaison mentale ou une autre d’une même genre. en tout cas elle a plutôt bien marché sur moi :D.
ou de comparer le volume de la petite goutte bleue d’eau douce avec le volume de la quantité d’eau nécessaire (théorique) par humain par jour.
Je suppose que le graphique est pour démontré le peu de quantités de l’eau douce, mais la terre comme élément n’a pas de sentiments. Quand on détruit l’écosystème, on ne détruit pas la terre. On détruit l’environnement de certaines espèces et la notre en partie. Ce qui détruira la terre ? Le Soleil. :)
En se basant sur les données de Wikipedia, le volume des terres arables en prenant une grosse marge de 10 m d’épaisseur donnerait une sphère de 105 km de rayon… et celui de l’eau douce, une sphère de 135 km de rayon… (5,1.10^6 km3 vs 1,1.10^7). Bref, une orange et un pamplemousse. Sûr que ça ferait moins peur.
(pour les curieux, les croute terrestre donnerait une sphère d’un diamètre 2 fois plus grand que celui de la grosse planète bleue… (1218 vs 688 km de rayon))
En direct du jardin… aujourd’hui, Aronia melanocarpa (aronie noire).



À 9 heures, 19,5° C. Gris et humide.


200 000 pièces, 60 000 pampilles de cristal et 532 ampoules de 100 W. 9 mètres de diamètre. Cristallerie Palme & Walter.
[Photo Walter Lindlar, AP. 1962.]
Faut une centrale nuéclaire pour le faire allumer ? :D Me demande où il a fini… Chez Bétancourt (ortho non garantie) ?
Cattle walking the last mile to this slaughterhouse are treated to this dazzling, but incongruous display of light before the end in Gross-Umstadt near Darmstadt, West Germany, on November 29, 1962. The chandelier came from a nearby factory that didn’t have room to assemble it there, so they decided to assemble it in this slaughterhouse. The name of the Arab ruler who ordered the 532 bulb chandelier made up of 200,000 separate parts is a secret. Also, a secret is the price he paid for it.
@âne : merci de ruiner tout le mystère que je souhaitais garder à cette image.
Je scotche depuis ce matin sur cette photo. Et meme avec la légende, elle reste extraordinaire…
@Laurent : de rien. Reste le mystère de cet “Arab ruler”…
“Grand Old Party” is a data visualization project. It is also a set of butt plugs. Each shape is determined by voter approval ratings amongst registered republican voters for each of the GOP presidential candidates. The height is a measurement of time, beginning December 10, 2011 and ending on April 1, 2012 (bottom to top). The width of each object is the quantity by percentage (out of 100%) of approval for that candidate. All data comes directly from Gallup polls.
Matthew Epler: “Grand Old Party.”

(Merci Joachim.)
Je suis stupéfesses.

Pour ceux qui auraient besoin d’un résumé du mouvement, allez voir ce reportage d’Arte, la chaîne culturelle franco-allemande : “Québec, le printemps érable”.
En direct du jardin… aujourd’hui, le myosotis, omniprésent au jardin.



À midi, 25,5° C. Grand soleil.
Un peti nouveau, l’iris (vraiment) miniature Iris cristata ‘Alba’ :

Le tribunal de Turin a publié lundi les considérants du procès Eternit. Il en ressort que les industriels suisse Stephan Schmidheiny et belge Louis de Cartier connaissaient la nocivité de l’amiante mais n’ont rien fait pour y remédier.
Les deux hommes ont été condamnés à seize ans de prison en février pour la mort de milliers de personnes dans les quatre usines italiennes du groupe Eternit S.p.a. Gênes. Dans les 733 pages de considérants, le tribunal juge que leur comportement a été marqué par « une tromperie d’une gravité extrême ».
MM. Schmidheiny et de Cartier - considérés par l’accusation comme les dirigeants de la société - avaient connaissance des problèmes liés à l’amiante, écrivent les juges piémontais, citant en particulier une étude datant de 1968.
« Malgré tout », ils ont continué et n’ont pas cru devoir agir pour améliorer l’environnement de travail et limiter la pollution dans les usines du groupe. Au contraire, les accusés ont « cherché à cacher et à minimiser les effets nocifs » de l’amiante « pour l’environnement et pour les personnes », ajoute le document.
Selon les juges, « aucune circonstance atténuante ne peut être retenue, car il semble évident que les accusés ont agi en exécution d’une même volonté criminelle ».
Tribune de Genève : “Procès Eternit : Les accusés ont dissimulé la nocivité de l’amiante”.
« C’est surprenant », a affirmé à La Presse Gilles Ouimet, ancien bâtonnier du Québec et expert du droit criminel. « Sans remettre en question l’idée de déposer des accusations, on peut s’interroger sur l’opportunité d’y accoler l’étiquette d’activité terroriste. »
Son confrère Louis Belleau est du même avis. « C’est difficile de comprendre pourquoi on les a accusés d’avoir incité à craindre des activités terroristes », a-t-il évalué. Pour les jeunes accusés, « ça peut avoir des conséquences réellement désastreuses. Les stigmates qui sont associés à ça sont terribles ». L’accusation d’avoir « incité à craindre des activités terroristes » prévoit une peine maximale de 5 ans de prison; celles de méfait de plus de 5000$ et de complot permettent au juge de prononcer une peine pouvant atteindre 10 ans derrière les barreaux.
La section « terrorisme » du Code criminel a été adoptée en vitesse dans la foulée des événements du 11 septembre 2011. « Les lois ont été passées très rapidement, sans grandes discussions, d’ailleurs. On était dans un contexte très particulier », a expliqué Jean-Claude Hébert, lui aussi criminaliste bien connu. Aux critiques qui craignaient que ces nouveaux articles du Code criminel soient utilisés hors contexte, le gouvernement répondait: « Faites donc confiance au bon jugement de ceux qui appliquent les lois », a-t-il ajouté. Dans ce cas-ci, « on est loin de ce que nous entendons généralement par des activités terroristes », a estimé Me Hébert. Selon lui, le sens littéral des dispositions antiterrorisme du Code criminel pourrait toutefois englober les événements de jeudi matin.
La Presse, Philippe Teisceira-Lessard : “Paralysie du métro: des chefs d’accusation étonnants”.
Nous vivons présentement dans un pays fédéré, adhérant au système démocratique et capitaliste établi en Amérique du Nord. C’est un système légitime, mais, sûrement, contestable et qui pourrait être changé.
Le problème ici au Québec en ce moment, c’est que la révolte des étudiants contre les hausses de frais de scolarité s’inscrit dans un mouvement plus vaste de contestation de l’ordre établi, mais qui ne s’affiche pas ouvertement comme tel.
La révolte étudiante, aussi légitime et inspirée qu’elle soit, s’inscrit dans ce mouvement plus vaste la gauche socialiste, syndicale nationaliste qui milite pour faire du Québec un pays indépendant, conçu et géré selon ses idéaux.
Il y a plus de Québécois en faveur de l’indépendance qu’il se trouve de citoyens prêts à vivre dans une société socialiste dans laquelle les droits collectifs de la majorité ont préséance sur les libertés individuelles. Et où l’État est la première et l’ultime référence. Démocratiquement, les Québécois ont voté NON à ce type de projet de société à deux reprises.
La « grève » des étudiants nous donne raison de nous être méfiés de ceux qui les supportent syndicats, PQ, QS… Des gens qui ne peuvent pas prendre NON comme une réponse démocratique…
C’est pour ça que la révolte étudiante est devenue une crise : un détournement de démocratie qu’il faut la prendre au sérieux.
Journal de Montréal, Benoît Aubin : “C’est une vraie crise !”.
Si je comprends bien la lecture de M. Aubin, en 1980 et 1995, la question posée était “Acceptez-vous le risque de vivre dans la RISQ (République indépendante socialiste du Québékistan) ?”. Sacré cheval de Troie…
Blah ?