24 février 2005

La langue d’icitte

Lionel Meney a publié un texte bien intéressant dans Le Devoir (je n’ai pas trouvé le lien, mais il est reproduit sur le blogue des correcteurs de La Presse — merci Mario pour le lien), à propos de la cérémonie de remise des Jutra :

Difficile dilemme pour un directeur de programmes [de TV5] : si la chaîne retransmet telle quelle l’émission, la plupart des francophones d’ailleurs vont « en perdre des grands bouttes »; si on la sous-titre pour qu’ils comprennent tout, elle risque de se faire accuser de colonialisme, d’impérialisme parisien, de mépriser notre langue, etc.

En effet, à quelle langue avons-nous eu droit ? Au français standard d’ici cher à nos aménagistes, c’est-à-dire « la variété de français socialement valorisée que la majorité des Québécois francophones tendent [sic] à utiliser dans les situations de communication formelle » (dixit l’Association québécoise des professeurs de français) ?

(…) « La mode française du tout-en-anglais, déclarait le rapport de la Commission Larose sur la langue française, les hérisse profondément [les Québécois] et leur semble comme une démission, une trahison même quand elle risque, à leur avis, de mettre en péril la politique linguistique québécoise et l’avenir de la langue française au Québec ». Et si l’inverse était également vrai ? Si les francophones d’ailleurs étaient, eux aussi, hérissés par cette avalanche d’anglicismes que déverse le discours public d’une certaine « élite » d’icitte ?

Il faut savoir que les Québécois qui rient des Français, c’est un peu l’hôpital qui se fout de la charité.

En passant, mes lecteurs risquent prochainement d’être un peu tannés du sujet Belle Province, mais je débarque à Montréal le 3 mars prochain pour une tournée de 15 jours. (Enfin, si la douane canadienne veut bien me laisser entrer sur le territoire…)

Je les aime bien, Fabienne Couturier et Paul Roux, correcteurs à La Presse, qui tiennent blogue. J’ai relevé ce commentaire chez eux (hélas, pas de permalien…) :

Keithoo : Vous semblez insinuer que ce qui se dit dans le reste de la francophonie est correct, alors que ce qui ne se dit qu’ici serait incorrect. Assez de colonialisme linguistique et vivement la reconnaissance d’une norme d’ici, qui existe déjà dans les faits!

Un bel exemple significatif de ces Québecois qui promeuvent le patois et le vernaculaire au détriment de la compréhension avec le reste de la francophonie. Après, on s’étonne de mieux se faire comprendre au Sénégal qu’à Montréal… Restez donc dans votre marde, demain vous parlerez tous américain, avec option charabia en seconde langue.

Et dire que la Grande Rousse a plié bagages de la blogosphère…

Publié par Laurent Gloaguen, le 24 février 2005 à 22 h 16.

Vos réactions…

13 commentaires.

1. Le 25 février 2005, Kate a dit :

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt ce post ainsi que celui sur "l'hosto de la charité" en plus de l'article de La Presse. J'en ai encore les larmes aux yeux et les mâchoires endolories. Enfin, quelqu'un qui comprend le ridicule de "la question linguistique" au Québec. Comment un "peuple" peut-il prétendre accéder à l'autonomie politique s'il ne maîtrise même pas le fondement idéologique: cette langue qu'il dit défendre, le "français"? Parce que, au Québec, ce n'est pas le français qui se parle; c'est le joual. Et le Québécois moyen ne comprend pas ça. Il ne comprend pas non plus que les Français se foutent de sa gueule, ne soient pas solidaires de son idéal politico-linguistique. (Incidemment, le Québécois moyen ne va pas en France pour se "culturer", il va à Old Orchard ou à Fort Lauderdale (aux USA, diantre!) ou encore en République Dominicaine se "faire griller la debaine" avec ses "chums". Je vous recommande fortement le film Elvis Gratton, le premier; une parodie désopilante (et navrante) du Québécois moyen et son "parler français".) Z'avez bien raison de rien kiffer. :-)

2. Le 25 février 2005, Martine a dit :

Le joual. Old Orchard. Elvis Gratton. Misère, on ne se sortira jamais de cette maudite image.

C'est quoi le "québécois moyen" en 2005?

Laurent, tu vas rater le Yulblog anniversaire du 2 mars à La Cabane. Tu seras encore là pour la célébration du 19 mars?

3. Le 25 février 2005, Laurent a dit :

Hélas, non, je repars le 17 mars !

4. Le 25 février 2005, Le lapin a dit :

Chantons tous en choeur! Cap'taine Bonhomme part en voyage Cap'taine Bonhomme vers d'autres rivages Cap'taine Bonhomme hissons les voiles Partons joyeux car la mer est belle En sifflottant notre ritournelle Ohé, ohé laissons-nous conduire Et vogue le navire

5. Le 26 février 2005, karl a dit :

Pour les sous-titres, vraiment, je ne comprends pas non plus. Parce-que c'est tout simplement UTILE. Il y a un excellent documentaire/film qui a été fait sur l'éclipse de Soleil en Normandie en 1999 : « Les Terriens » . Les personnes dans le film parle juste cauchois, cela n'a rien de très exotiques... et pourtant merci pour les sous-titres, sans ceux-ci, je ne pense pas que je pourrais comprendre et pourtant c'est chez moi !!!!

Ce qui est d'autant plus stupide dans cette histoire, c'est que cela n'a rien à voir avec le Québec en particulier, mais bien sûr avec tous les dérivatifs du français.

hmmm... Tiens Martine si cela te tente je te prête les terriens, et tu le regardes sans lire les sous-titres. Je n'ai pas de problèmes avec l'accent de Montréal ou de Québec, il existe encore des expressions parfois que je rate, mais je doute que je puisse comprendre quelqu'un du crû du lac Saint-Jean. La différence ? C'est que je vis icitte depuis plus de six ans.

6. Le 26 février 2005, karl a dit :

Rha la grippe n'arrange pas mon français, c'est pourri de fautes ;)

7. Le 28 février 2005, Martine a dit :

Mais, mais, mais, j'ai rien dit contre les sous-titres, moi! Je les utilise souvent.

8. Le 1 mars 2005, magoua a dit :

C'est effectivement du colonialisme pur que d'imposer une norme franco-française au franco-québécois. L'usage ici au Québec est archaïsant parfois, souvent douteux, mais il résulte d'une évolution linguistique différente depuis 300 ans c'est tout. Mais quand un pays étranger croit à son infaillibilité linguistique et entend l'imposer comme norme universelle... bof ça me fait penser à un pays voisin du nôtre qui veut répandre sa vision de la démocratie, par les armes, s'il le faut.

9. Le 2 mars 2005, Nothing a dit :

Parfois, au journal télé, lors d'un reportage en région (généralement parce qu'un village va être rasé pour y faire passer une autoroute, pour une histoire sordide zoophilie ou alors pour un sujet sur l'alcoolisme), quand un vieux est interrogé, ils sont obligés de mettre des sous-titres parce qu'entre l'accent à trancher au couteau, les restes de patois et le vieux en question qui bave dans son dentier, c'est dur à suivre. Ca n'a pourtant jamais déclenché le moindre incident diplomatique avec un quelconque mouvement indépendantiste.

Depuis que j'ai la télé par adsl (comment on dit adsl en québecois ? ligne de souscripteur digitale ?) j'ai accès à toutes les chaînes françaises régionales à l'exception de Breizh TV (mais de toute façon, les galettes, le biniou, le chouchen et la pêche au bulot méritaient-ils vraiment une chaîne dédiée ?) ainsi qu'à "France ô" et TV5 (je regrette d'ailleurs de ne pas avoir la RTBF, n'importe quelle émission présentée en belge suffirait à me rendre heureux). Je me fais parfois de longue séances de zapping (oui, je persiste à dire "zapping" comme je dis "konsumterror", "seppuku" ou "expresso" parceque j'aime ça. En revanche, lorsque je me rends chez un restaurateur rapide, je commande toujours un "hambourgeois" et un "mouslait", même si ça doit me prendre 3 plombes pour être servi, juste par amour de la poésie) et honnêtement, j'arrive à comprendre tout le monde, même les martiniquais (faut dire qu'ils parlent très lentement, ça aide).

En revanche, y a rien à faire, le québecois c'est ce qu'il y a de plus imbitable après le cajun, crisse de marde !

10. Le 2 mars 2005, C'est raoul a dit :

La charité est en forme!

11. Le 4 mars 2005, Antony a dit :

Le problème, c'est que les gens ne font plus d'effort. Ils deviennent feignants. Ils n’écoutent plus, ils entendent. Pourtant dans la majorité des cas, il suffit juste de tendre l’oreille, de mettre le cerveau sur ON, et l’on comprend.

Puisque moi aussi je suis Normand, et que par chez nous, si on s’enfonce à plus de 20 km de l’autoroute, on se retrouve en plein « Fargo » des Coen, et que ma mère est Picarde, et que c’est à peu près la même chose sauf que l’on a besoin que de faire 10 Km, je commence à être sacrement rodé. Je parle ni normand, ni picard, ni Québécois, ni anglais, ni espagnol, ni Italien, et pourtant je comprends toutes ces langues… Curieux non...

Bref, il devrait même pas y avoir débat, si on apprenait aux gens à se servir du truc là haut.

12. Le 22 mars 2005, a a dit :

Lire Lionel Meney, « L'inquiétante hostilité québécoise au français », Le Monde, 20 mars 2005, http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-401954@51-627774,0.html , http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3220,50-629093,0.html . Accessoirement, je suis tout d'accord avec Karl.

13. Le 26 mars 2005, Raoul a dit :

Faut savoir qui est Meney, quels sont ses intérets a lui pour mieux comprendre la situation.

Aurait-il un autre dictionnaire a promouvoir de son coté...

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