20 mars 2005
Avec son manque d’uniformité architecturale, son patrimoine pas toujours bien mis en valeur, le mauvais goût de certains commerçants et sa saleté tristement devenue légendaire, Montréal est une ville qui remet en question les notions d’esthétisme.
« Ces histoires de beauté ou de laideur, je trouve cela énervant à la fin, dit Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal. Je refuse de parler du concept de beauté quand il est question de Montréal. Montréal est une ville bum qui n’a certes pas le charme des grandes capitales impériales, mais c’est une ville fantastique. »
(…) À la fois classique et délinquante, sale et tranquille, harmonieuse et bigarrée, Montréal offre sa beauté à qui veut bien la voir.
Je me souviens assez précisément de mes premiers sentiments à l’égard de Montréal, c’était en février 1998. J’avais trouvé la ville sale, grise, déprimante. Cette ville me semblait illisible, anarchique, seulement structurée de tranchées autoroutières. Son tissu urbain effiloché, mité de terrains vagues convertis en parkings, les rues défoncées, la crasse, participaient au sentiment de cité en déshérence. L’indigence des commerces (ces horribles éclairages au néon transformant la moindre échoppe en froide annexe de la morgue), le manque de grâce des vitrines souvent bordéliques, tout respirait l’absence de volonté esthétique, de soin. Sans parler de ses immeubles à la dérive suintant la pauvreté, de ses mendiants omniprésents. Le quartier du Vieux-Montréal, un genre de décor de cinéma abandonné aux rues désertes, témoignait d’une ville qui avait été plus riche, plus dynamique en des temps reculés. Le centre-ville semblait le résultat d’un concours international d’architecture disgracieuse. Même la foule était à l’unisson de la ville, triste, mal habillée, crottée.
C’était il y a 7 ans. Depuis, deux choses ont changé. Premièrement, la ville a évolué, semble même s’être enrichie. Par exemple, la pression immobilière a fait reculer les terrains vagues en plein cœur de la ville et de nombreux immeubles à vocation commerciale (bureaux, ateliers) ont été restaurés en appartements. Le paysage commercial se transforme aussi, reflétant un mieux-être financier. Les petits propriétaires privés sont plus portés à l’embellissement de leur patrimoine, à la réfection des façades. Malgré cela, si vous débarquez pour la première fois à Montréal une grise journée de février, je suppose que vos sentiments ne seront guère différents de ceux que j’expose au paragraphe précédent. Dîtes-vous juste que c’est “moins pire” qu’il n’y a pas longtemps.
La seconde chose qui a changé, c’est mon regard. À force de visites au rythme de deux à trois fois par an, j’ai commencé à apprendre à lire la ville, à la décrypter. Car oui, Montréal est laide, et comme beaucoup de personnes laides, il faut apprendre à dépasser les apparences. Ce n’est pas une prostituée, c’est au contraire une brave fille qui ne se donne pas au premier venu, et qui cache ses charmes. Et Montréal est une ville cryptée pour l’étranger.
Oui, cryptée. Volontairement absconse. Quelques exemples plus ou moins triviaux :
Montréal me laisse “québécoit”. (En référence au livre puzzle de Régine Robin). C’est une ville qui demande un certain degré d’abandon pour se faire apprécier, ne serait-ce que laisser son cartésianisme de côté. C’est un patchwork difficile à circonscrire.
Si vous n’êtes pas séduits par un premier contact, insistez, cela en vaut la peine. Montréal demande un effort. Ce n’est pas une “beauté classique” et beaucoup de ses charmes sont de l’ordre de l’ineffable et du vivant : paysages sonores, odeurs, signes abscons, détails triviaux. Montréal s’adresse plus aux sens qu’à l’esprit.
Publié par Laurent Gloaguen, le 20 mars 2005 à 10 h 17.
1. Le 20 mars 2005, Marc a dit :
Rien à dire, texte parfait. En tant que résident français à Montréal depuis quatre ans, je retrouve exactement la ville dans laquelle je vis. Montréal est moche, mais c'est une ville vraiment agréable à vivre.
2. Le 20 mars 2005, Hoedic a dit :
Mes premiers temps à Montréal furent vraiment difficiles. Maintenant que je passe beaucoup de temps à photographie la ville et ses souterrains, je commence à y voir de la beauté.
La majorité des édifices des années 60-70 demeurent des tâches dans le tissu architectural, surtout dans le centre-ville (place Bonaventure tout en béton et autres, etc.)
Mais contrairement à ce que disent beaucoup de personnes, je pense qu'effectivement Montréal évolue et est loin d'être un cas désespéré. Beaucoup de personnes prennent conscience du patrimoine de la ville et ça peut potentiellement devenir une assez belle ville d'ici quelques années/décennies... mais il manque d'argent pour le moment !
Note : il existe des plans des souterrains ; sur le site de la STM, le plan des stations du centre-ville montre les souterrain et récemment un plan (assez abscon malgré tout) a fait son apparition a plusieurs endroits, mais ça ne dit pas ou trouver les tunnels de jonction.
3. Le 20 mars 2005, Raoul a dit :
Très bons points.
J'ai bien aimé dans l'article de la Presse la comparison bohème/bum.
Montréal est pleine de secrets. Les ruelles, certains jardins, balcons, toits, notamment l'été sont des petits coins de paradis.
Les détails architecturaux (notamment les couronnes: parapets, etc.) sont vraiment cutes. Yen plein de petits coins, de batisses cachées, etc. qui valent le coup d'oeil et récompensent la patience.
Même chose avec les restos, il faut savoir sortir des sentiers battus.
4. Le 20 mars 2005, karl a dit :
Ah la la :)
Je recommande deux livres pour Montréal:
Montréal Blues - Alain Gerber Sonates d'Automne à Montréal - Jean-Yves Loude.
Montréal n'est pas laide, Montréal n'est pas belle. Montréal est humaine. C'est une ville à dimension humaine avec ses qualités et ses défauts. En revanche, au contraire de toi, j'aime, je chéris même ses terrains vagues du centre ville, les endroits brisés, les immeubles abandonnés, etc. Car cela me donne justement l'impression d'une ville en vie.
Singapour est un bon exemple, d'une ville dont le moindre détail est passé au crible de l'urbaniste, décorateur. À force de vouloir rendre joli la ville, elle en devient artificielle et anonyme. Elle en a aucune âme. Les moments « sales » de Montréal sont comme les rides sur un visage. Et combien de nous se sont extasiés devant le visage d'une femme ou d'un homme aux traits marqués.
La ville jolie ?
Est-ce que Cartier-Bresson aurait pu faire une photo sans un terrain vague ? Ce sont des marées d'émotion qui viennent nous saisir. http://www.henricartierbresson.org/hcb/redimg/photo.jpg
Maintenant question. Imagine que tu ne sois pas habitué à Paris et que tu y arrives. A ton avis quelle réaction ? Je te demande cela, parce-que bien que connaissant Paris en visiteur pendant toute mon enfance et adolescence. Vivant à Rouen. Je suis parti vivre à Montréal de 90 à 93 et quand je suis rentré en France, je suis allé vivre à Paris. Et j'ai détesté Paris... :))) Il m'a fallu environ deux ans avant de commencer à apprécier la ville. Pour moi: Paris puait, les gens avaient des « faces de culs fermées ». Le périphérique était une cicatrice insupportable, ainsi que la voie sur berge, la ville était excessivement chère, Le sentiment d'insécurité relativement important dans le métro, le réseau de transport en commun mal organisé surtout la nuit. Impossible de rentrer facilement chez soi à 3h du matin, etc. :)))
Essaie de regarder Paris avec un oeil de non parisien. :) Questionne tes habitudes ;)
PS: un petit truc dans ton texte ;) qui est intéressant... « Ce nest pas une prostituée, cest au contraire une brave fille qui ne se donne pas au premier venu, et qui cache ses charmes. » Paris est une prostituée ? Une prostituée n'est pas une brave fille ? Extrapolation: Une prostituée n'est pas attirante ou respectable ?
5. Le 20 mars 2005, Laurent a dit :
Sinon, je regarde Paris avec un oeil étranger en revenant de longs voyages, avec un regard neuf et lavé, et je me dis toujours "putain, comme c'est beau" ;-) Quand je me laisse à l'habitude, je ne vois plus la ville. Si les gens ont l'air "fermé" à tes yeux, cela n'enlève rien à la beauté "formelle". Les voies sur berges, les Halles, Maine-Montparnasse, sont des erreurs des années 60-70 (et on a échappé à bien pire). Quelle métropole n'en a pas connu à cette époque ? La séparation du "périph", c'est une autre histoire, et elle existait déjà avant l'automobile (les "fortifs"). Quand à comparer les vertus de Paris et Montréal, ce n'est pas l'objet.
Le métro de Montréal fonctionne à 3 heures du matin ?
Enfin, je ne veux pas dire qu'une prostituée n'est pas une brave fille... Et j'ai le sentiment que Paris est plus guidoune que Montréal ;-)
Hoedic : merci pour le plan de la STM, je ne le connaissais pas (http://www.stm.info/metro/mtl-sout.pdf) -- mais ça reste assez succinct.
6. Le 21 mars 2005, Sam a dit :
Allez, on se lance un p'tit projet de "mapping communautaire exhaustif de Montréal", avec système en Flash à la Flickr pour pouvoir annoter tous les endroits remarquables ? Je me demandais justement comment j'allais occuper mon mois de juillet à Montréal ;)
7. Le 22 mars 2005, karl a dit :
hehe :) Sam avec les tuiles à la Google.
Laurent: Paris, c'est moche, toute cette enfilade d'immeubles hausmaniens qui ont détruit la beauté de Paris ;) (oui oui je fais de la provo). Mais sincèrement je ne trouve pas Paris plus jolie ou moins jolie que Montréal. :)
8. Le 22 mars 2005, karl a dit :
Ah oui j'ai oublié, je viens de passer dans le centre Eaton, le plan local indique bien les communications vers les autres galleries et espaces.
Quand à des plans globals in-situ, cela dépend où, il y en a par exemple dans le palais des congrès. Et le plan papier global existe. :) Tu peux d'ailleurs aller de l'université McGill au vieux Montréal sans sortir :)
9. Le 22 mars 2005, Laurent a dit :
J'imagine bien une application à la Google Maps, on survole la ville et des "pins" signalent des contenus ajoutés (commentaires sur un resto, photographies, anecdotes, etc.).
10. Le 22 mars 2005, Yves G. a dit :
Montréal a tout de la ville industrielle du XIXe ou du début du XXe siècle. Pas de grâce mais des coins sympas il fait bon vivre.
Paris,elle, a tout de la ville-capitale impériale ... espaces harmonieux, monumentaux et prestigieux mais qui peut y vivre maintenant? Le poids de l'histoire se voit! Le Paris noir de ton enfance était-il aussi beau?
Il faut un bon coup de balai à Montréal aussi. Tout se fera progressivement. Chacun doit commencer sur le pas de sa porte ou de sa ruelle.
11. Le 7 avril 2005, Sérénité a dit :
Quelle belle description! Aimer, c'est savoir reconnaître les qualités autant que les défauts. Bravo pour cette belle preuve d'amour.
Ceci dit, côté laideur, Montréal n'arrive pas à la cheville d'Ottawa! (Oui, après six ans, j'en cherche encore les bons côtés...)
12. Le 13 avril 2005, A3 a dit :
Comparaison a 6 sous, Paris et Montréal ne peuvent pas être comparées, ce sont deux villes completément différentes qui ont des histoires vraiment oposées et donc strictement rien à voir. Sinon pour montréal bien moi personnellement je dirais que c'est une ville agréable vaste et pourtant si petite à la fois, un ville se conjuguant avec les 4 saisons car sans doute tel est la nature ici, cependant les changements sont essentiels car c'est aussi une ville cherchant toujours a grandir et qui a sans doute oubliée qu'elle était sur une ile, les transports en communs ne demandent qu'a être adaptés et le travail de se coté là s'accomplis petit à petit. je ne laisserais qu'un reproche sur l'entretien des routes qui manque de bons sens, à part d'être équipé des véhicules les plus polluants de la planéte, c'est un calvaire quotidien, certes je peut concevoir que les conditions climatiques n'aident pas mais cependant il reste que d'autres provinces connaissent exactement les mêmes conditions et pourtant leurs routes sont en excelent état. Je finirais donc en me répétant Montréal est une ville fort agréable comme toutes les grandes villes, plus jeunes ses changements sont plus flagrants, grise malheureusement comme toute ville de plus d'un million d'habitants mais avec de si nombreuses facettes magiques à découvrir il suffit de la laisser s'épanouir.
13. Le 16 août 2005, Vinny a dit :
Montréal est une ville merveilleuse.
Ce qui la rend si extraordiaire, c'est justement son architecure moderne harmonisée avec l'architecture ancienne (de laquelle on prend de plus en plus soin).
Les années 60-70 sont la meilleure chose qui soit arrivée à Montréal. L'architecture arrogante et expressive de ces années témoignent d'une nouvelle vie. On avait des projets de grandeur dans ces années-là (métro, buildings, stade). Aujourd'hui on ne pense qu'à édifier des horreurs de condos de luxe en brique rose.
Vive le béton, vive l'archicture sans envergure des années 2000, vive les vestiges du passé car ce sont ces éléments mis ensemble qui prouvent que Montréal est une ville qui a du vécu et qui lui donnent son charme.
14. Le 25 novembre 2005, Prof et Correcteur d'anglais a Montreal a dit :
C'est vraiment question de "filtre visuel." Si on passe tout le temps dans les quartiers laids, Montreal est laid. Si on selectionne soigneusement ou on se trouve, c'est autre-chose. Par exemple, ceci est mon trajet habituel au centre-ville: Plateau... traverse Parc Lafontaine; prendre rue Roy jusqu'a Saint-Denis; traverser Carre Saint-Louis; prendre Prince Arthur par le McGill Ghetto; traverser le campus de McGill; allez le long de Sherbrooke Ouest jusqu'au Musee et puis prendre Crescent, ou McGill College jusqu'a Ste-Catherine Ouest (entre Place des Arts et le Faubourg). Autres beaux quartiers: Westmount, the Lakeshore, Monkland Village (NDG), Vieux Montreal; Outremont; Plateau Laurier (Laurier Est entre Parc Laurier et Papineau); et bien sur le Mont Royal est le Jardin Botanique (gratuit hors-saison).
15. Le 31 décembre 2006, Mtl forever a dit :
Tu la trouves laide et pourtant... quand l'automne flamboie, quand fleurit le printemps, quand l'hiver la recouvre de son grand manteau blanc, tu ne peux t'empêcher de l'aimer.
Elle est étrangère dans son pays. Les autochtones s'en méfient... Tu la trouves laide? Qu'importe, elle t'accueillera. Tu la trouves laide? Tu seras bien dans ses bras.
16. Le 4 février 2007, Thomas a dit :
Ayant l'ooportunité de poursuivre mes études Poyltechnique Montréal, et connaissant des personne y étant déjà, je m'intéresse à cette ville. On m'en avait toujours dit du bien jusq'aujourd'hui. Quelle étonnement donc à la lecture de ce billet ! Mais d'après ce que je comprends, malgrès ses défauts, cette ville ne manque pas de charmes :-)
17. Le 30 septembre 2007, popo a dit :
montreal est mieux que paris sur plusieurs plans: elle est plus calme plus acceuillante .diversité des cultures avec un charme incontestable . un automne minifique avec plein de couleur en plus de ca c une ile .
18. Le 28 novembre 2007, gcatusse a dit :
Un dernier commentaire pour la route: allez sur www.madeinMTL.com Vous y trouverez les plus beaux coins de la ville.