Journal de bord

jeudi 3 septembre 2015

Dans la gueule

Aylan Kurdi, Bodrum

Aylan Kurdi, 3 ans, à Bodrum, Turquie. Photo Nilüfer Demir, via Reuters/DHA. 2 septembre 2015.

I thought long and hard before I retweeted the photo. It shows a lifeless toddler, lying face down on a popular Turkish beach, one of eleven Syrians who have almost certainly died as they tried to reach safety in Europe by boarding a smuggler’s boat. Instead they ended up as the latest victims of Europe’s paltry response in the face of a growing crisis.

What struck me the most were his little sneakers, certainly lovingly put on by his parents that morning as they dressed him for their dangerous journey. One of my favorite moments of the morning is dressing my kids and helping them put on their shoes. They always seem to manage to put something on backwards, to our mutual amusement. Staring at the image, I couldn’t help imagine that it was one of my own sons lying there drowned on the beach.

I am currently in Hungary, documenting the journeys of Syrian refugees, the very journey that today took another young life. It’s easy to blame the parents for exposing their son to such deadly danger, but only if you forget the barrel bombs and Islamic State (also known as ISIS) beheadings that they are fleeing. All morning yesterday at the Serbian-Hungarian border, I saw Syrian parents determinedly walking with their children – trying to remove them from the horrors of the slaughter in Syria, which have been allowed to continue for four years, and to the promise of security in Europe. Those parents are heroes; I admire their sheer determination to bring their children to a better life.

[…] Some say the picture is too offensive to share online or print in our newspapers. But what I find offensive is that drowned children are washing up on our shorelines, when more could have been done to prevent their deaths.

It was not an easy decision to share a brutal image of a drowned child. But I care about these children as much as my own. Maybe if Europe’s leaders did too, they would try to stem this ghastly spectacle.  

Human Rights Watch, Peter Bouckaert: “Why I Shared a Horrific Photo of a Drowned Syrian Child”.

« Je l’ai vue floutée, je l’ai vue pas floutée. Je pense qu’il n’était pas nécessaire de la flouter. Je pense que ça ne se floute pas, ça se prend dans la gueule. » — Sorj Chalandon, sur France Inter.

Le Monde, Claire Guillot : Pourquoi cette photo, selon vous, a-t-elle pu autant émouvoir les gens, par rapport à toutes celles publiées avant sur le sujet ?

Nilüfer Demir : Je ne sais pas. Peut-être que le monde, en fait, attendait une image qui puisse changer les choses, faire bouger. Peut-être que ma photo a été le déclic que le monde attendait. J’ai surtout été au bon moment au bon endroit.

Quelques exemples de photographies ayant eu un impact similaire, parmi celles qui me viennent immédiatement à l’esprit :

H. S. Wong, gare de Shanghai-Sud

Gare de Shanghai-Sud. Photo H. S. Wong, via Wikipedia. 28 août 1937.

Raghu Rai, Bhopal

Bhopal, Inde. Photo Raghu Rai, via Magnum Photos. 3 décembre 1984.

Kevin Carter, Soudan du Sud

Soudan du Sud. Photo Kevin Carter, via Iconic Photos. Mars 1993.

Charles Porter, Oklahoma City

Oklahoma City. Photo Charles Porter IV. 19 avril 1995.

1. Le 3 septembre 2015,
Bobby Wilson

Je croyais que, comme la plupart des homosexuels, tu n’aimais pas les enfants?

2. Le 3 septembre 2015,
Off Topic

La fillette et le vautour, désolé de respecter le topic :’(

3. Le 4 septembre 2015,
Agamben

Et bien Laurent, elle ne vous plait pas la photo d’un fillette décapité par EI ? Elle ne mérite d’être pas mise en regard de celle d’Aylan Kurdi, avec le questionnement géopolitique qui va avec ?

4. Le 4 septembre 2015,
Laurent Gloaguen

J’ai censuré votre commentaire, car l’image est particulièrement “gore” et publiée sans avertissement — j’ai un minimum de respect pour mes lecteurs. Ensuite, elle ne représente pas une victime de EI, son origine est douteuse et elle ne pose aucunement un « questionnement géopolitique ». Enfin, il ne me paraît pas utile que vous perdiez du temps à reproduire sur mon site des intox qui circulent déjà assez abondamment sur des sites comme Riposte laïque et le reste de la facho-cathosphère.

5. Le 4 septembre 2015,
Marie-Aude

Il y a aussi la fillette brûlée au napalm

6. Le 4 septembre 2015,
Agamben

Pour la “censure”, et la relation au lectorat, vous êtes chez vous, rien envie de dire.

”[…] elle ne représente pas une victime de EI”. Je vois mal sur quels éléments attestés vous vous basez. C’est une disqualification rapide et pratique. Cela évite de conscientiser la réalité montrée par cette photo…

”[…] elle ne pose aucunement un « questionnement géopolitique »”. Elle en pose bien une, très claire : qui est responsable de quoi. Et elle amène à questionner la distribution : l’Occident est responsable de la mort de Aylan Kurdi, mais un certain islam humanicide n’est responsable de rien. Or il ne peut vous avoir échappé qu’un certain islam, souhaitant (re)devenir un islam certain, posent des problèmes insondables ces derniers temps…

Je différencie deux choses sur les sites que je visite appartenant à ce que vous nommez la “facho-cathosphère” : ce qu’ils montrent, comme facticité brute, et comment ou pourquoi ils le montrent. Or, sur ce premier point, il se trouve que l’on y trouve quantités d’informations à valeur d’usage doctement occultées par les médias mainstream. Ce sont des sources que l’on ne peut pas négliger d’un dédain pédant.

Enfin, en règle générale, je m’étonne de la facilité intellectuelle par laquelle certains (dis)qualifient de facho toute personne qui n’a pas voué allégeance au totalitarisme de l’égalitarisme.

7. Le 4 septembre 2015,
Laurent Gloaguen

“Je vois mal sur quels éléments attestés vous vous basez.” Par exemple, sur le travail de journalistes professionnel travaillant dans des médias mainstream en lesquels je fais confiance. :-)

“…mais un certain islam humanicide n’est responsable de rien”. Personne d’intelligent et d’informé ne défend cela. Vous imposez un faux débat, qui n’est pas traité dans ce billet, dans je ne sais quel but. Personne ne nie que ces déplacements de populations et drames humains ont pour origines premières les troubles au Moyen-Orient et la montée islamiste radicale.

Pour le reste, j’avais vu juste, vous fréquentez bien la facho-cathosphère.

8. Le 5 septembre 2015,
La mouche du coche

Mais les gars, comment ne voyez vous pas l’incroyable manipulation du truc ? Il y a BHL derrière en plus ? Ça ne vous dégoûte pas de vous laisser embobiner si facilement? ? Les dirigeants qui vous balancent tout ça doivent s’ennuyer tellement il est facile de nous tromper. Pour ma part leur image, ils peuvent se la mettre où ils veulent. Comme vous le savez tous ici, la vaseline n’est pas mon affaire. Desolé.

9. Le 5 septembre 2015,
Agamben

Pour résumer, et se recentrer sur la photo pour être “dans ce billet”, l’exploitation propagandiste de cette photo macabre est pour moi définitivement une pure escroquerie, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’un enfant, et que de toute évidence, les femmes et les enfants sont extrèmement minoritaires dans la masse des migrants de Syrie et d’Irak, composés quasi exclusivement d’hommes adultes… (Probablement parce que femmes et enfants ne méritent pas de risquer leur vie pour la sauver, et qu’ils peuvent rester là-bas, ce n’est pas grave…Arguer que la migration est une épreuve physique ne tient pas quand il s’agit de vie ou de mort.) Et je ne parle pas du fait que cette famille résidait en Turquie depuis 3 ans, les dents du père, etc. A vérifier, je vous l’accorde…

Concernant le liens vers Le Monde / Les décodeurs, je suis allé voir. S’ils travaillent aussi bien qu’ils écrivent, c’est pas gagné. Car il y a dans cet article des ovnis linguistiques ornés d’analyses sémiologiques stupéfiantes, je n’en cite qu’un seul : “Mais là encore, il s’agit d’une photo à qui ont fait dire quelque chose”.

Whouahh, ça c’est de la maîtrise mainstream de gauche divine !

Allez, bonne soirée !

10. Le 5 septembre 2015,
Laurent Gloaguen

Bref, vous dites à peu près la même chose que le Front national. J’imagine que le spectre du “grand remplacement” vous hante. Je compatis.

11. Le 27 décembre 2015,
Domum

Pensez-vous que les photographes ont utilisé le même modèle ou marque d’appareil photo ? Je pencherais pour des Leica, serie M. Petits, robustes, bonne qualité des images…

Blah ? Touitter !