“Miscellanées”

etude du blogue

Mème

“Comment dit-on en français le mot “meme” de la blogosphère anglaise ?”Damelon Kimbrough.

Il semblerait que la plupart des traducteurs aient opté en français pour le terme “mème”. En témoignent par exemple les excellentes traductions des textes de Douglas Hofstadter parues au cours des années 80 chez InterEditions. Le terme “mème” ne date pas de l’émergence de la blogosphère (même si cette dernière l’a popularisé), mais s’est propagé notamment avec le mouvement des sciences cognitives, à la fin des années 70.

On le trouve d’abord chez Richard Dawkins, spécialiste de la biologie de l’évolution, dans le livre Le gène égoïste (1976).

Le plus amusant est que l’idée même de mème est le mème par excellence. Et cette “idée virale” n’a pas fini de contaminer les esprits.

Idées relatives aux mèmes extraites de l’article Des phrases virales et autres structures de Douglas Hofstadter, paru dans la revue Scientific American en 1983, repris dans Metamagical Themas : Questing for the Essence of Mind and Pattern, 1985, Basic Books, (en France, Ma Thémagie, 1988, InterEditions, trad. Lise Rosenbaum) :

La première référence à une lutte évolutionniste pour la survie des idées auto-réplicantes trouvée par Douglas Hofstadter se trouve dans un article du neurophysiologiste Roger Sperry en 1965. En 1970, Jacques Monod introduit, dans son livre Le hasard et la nécéssité, l’idée de comparer l’évolution des idées à celle de la biosphère. Selon lui, les idées ont des propriétés similaires à celles des organismes vivants. Elle tendent à se perpétuer et se multiplier, et subissent un processus de sélection naturelle sur la base de la performance. “La valeur de la performance d’une idée tient à la modification de comportement qu’elle apporte à l’individu ou au groupe qui l’adopte”. “Mais on voit bien que les idées douées du plus haut pouvoir d’invasion sont celles qui expliquent l’homme en lui assignant sa place dans une destinée immanente, au sein de laquelle se dissout son angoisse.”

Jacques Monod dit de l’univers des idées qu’il est un “royaume abstrait”. Hofstadter propose d’appeler ce royaume “idéosphère”. En 1976, Richard Dawkins, spécialiste de la biologie de l’évolution, dans le livre Le gène égoïste, introduit le mème comme l’unité de reproduction et de sélection dans l’idéosphère, en quelque sorte la contrepartie du gène dans la biosphère. Dawkins cite un confrère, N. K. Humphrey :

… les mèmes devraient être considérés comme des structures vivantes, non simplement métaphoriquement, mais techniquement. Lorsque vous plantez un mème fertile dans mon esprit, vous parasitez littéralement mon cerveau, le transformant en un véhicule pour la propagation du mème, exactement comme un virus peut parasiter le mécanisme génétique d’une cellule hôte. Ce n’est pas seulement une façon de parler. Le mème pour, disons “la croyance en la vie après la mort”, est réalisé physiquement des millions de fois, comme une structure dans le système nerveux des individus humains du monde entier.

Citation qui permet à Dawkins de rebondir sur un mème très ancien et toujours très vivace : Dieu. “La valeur de survie du mème Dieu dans le pool des mèmes résulte de son immense attrait psychologique. Elle donne en apparence une réponse plausible à des questions profondes et troublantes sur l’existence.” Dieu existe, oui, mais sous la forme d’un mème à haut pouvoir de contagion et de survie, un mème à l’image du placebo du médecin, qui pour être imaginaire, n’en est pas moins efficace.

Dawkins explique qu’il n’est nul besoin d’une réplique parfaite pour la propagation du mème. Les mèmes, comme les gènes, peuvent faire l’objet de variantes ou de distorsions, analogues aux mutations. Les variantes d’un même mème se disputeront — et disputeront à d’autres mèmes — l’attention de leur environnement, c’est à dire le temps et l’espace que chaque cerveau rencontré voudra bien lui accorder.

Il existe des mèmes simples (les premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven par exemple) et des complexes de mèmes plus sophistiqués comme les idéologies et les religions. Ces agglomérations de mèmes forment des schèmes.

Le mème du “mème” possède un haut degré de contagion et infecte très vite un cerveau normalement constitué.

Lorsque je pense aux mèmes, je me les représente souvent comme un scintillement éphémère d’étincelles sautant d’un cerveau à l’autre, criant “Moi, moi !”.
Douglas Hofstadter, Des phrases virales et autres structures, 1983.

Francis Heylighen, Memetics. “A meme is a cognitive or behavioral pattern that can be transmitted from one individual to another one. Since the individual who transmitted the meme will continue to carry it, the transmission can be interpreted as a replication: a copy of the meme is made in the memory of another individual, making him or her into a carrier of the meme.”

Dawkins listed the following three characteristics for any successful replicator:

copying-fidelity:
the more faithful the copy, the more will remain of the initial pattern after several rounds of copying. If a painting is reproduced by making photocopies from photocopies, the underlying pattern will quickly become unrecognizable.
fecundity:
the faster the rate of copying, the more the replicator will spread. An industrial printing press can churn out many more copies of a text than an office copying machine.
longevity:
the longer any instance of the replicating pattern survives, the more copies can be made of it. A drawing made by etching lines in the sand is likely to be erased before anybody could have photographed or otherwise reproduced it.
Memes on the Net: The Internet provides a wholly new medium for the efficient spreading of memes, both through email and through websites.

À lire. Francis Heylighen, Evolution of Memes on the Network: from chain-letters to the global brain.

La blogosphère est une formidable boîte de Pétri pour la culture et la diffusion des mèmes. Elle bénéficie du pouvoir du réseau de transmettre une information à l’échelle de la terre entière en un temps record. Réseau qui peut transcender facilement les barrières géographiques et culturelles. La pratique du lien et/ou du copier/coller permet de garantir une bonne fidélité du processus de réplication lors de la propagation. Et des outils comme Daypop permettent de mesurer en temps réel les mèmes actifs du moment et de suivre leur dissémination.

1. Le 2 mai 2004,
Damien Bonvillain

Je ne crois qu’au monades, va t’en avec ton dieu mémé.

2. Le 3 mai 2004,
M LeMaudit

Et d’ailleurs l’excellent et blond David Madore (alias Ruxor) évoquait déjà le sujet des mémes dans une entrée de son blog… en septembre 2003!

http://www.eleves.ens.fr:8080/home/madore/weblog/2003-09.html#d.2003-09-21.0240.meme

Ca se propage…

3. Le 3 mai 2004,
Matoo

Je ne savais même pas ce que c’était… honte

4. Le 3 mai 2004,
Lithium

Les monades, je veux bien, tant qu’elles sont nomades, c’est le propre de l’être…

5. Le 3 mai 2004,
Raoul

Ca se te traduit pas par “Mime”, ou mimisme, mimétique non? Il se semble que ca se réfère au mime non? (c’est la même racine latine que ’meme’ en anglais je pense) non?

6. Le 3 mai 2004,
Laurent

Non, c’est le préfixe “mem” pour mémoire, calqué sur “gene” pour hérédité et évolution, qui donne le “meme”.

7. Le 5 mai 2004,
Etienne

C’est une belle théorie mais il a ses scories. On peut définir aisément un gêne comme étant la plus petite unité d’information en biologie. De même qu’un bit constitue la plus petite unité d’information en informatique. Peut-on définir un mème de façon analogue? Il faudrait alors introduire des critères de classification (complexité, etc) mais alors l’idée même de classification est un “mème” sans compter le problème de pertinence de ces critères (comment comparer un morceau de musique avec une idéologie)… Donc on ne peut pas pour l’instant établir une analogie rigoureuse entre les idées et les gènes.

8. Le 7 mai 2004,
aj

salut de Montréal!

peut-être d’interêt: mon ami, l’ecrivain et dessinateur Montrealais Glenn Grant a écrit un article (beaucoup reproduit sur le Web) entitulé « A Memetic Lexicon. »

9. Le 7 mai 2004,
rdo

pour moi le “méme” tel que decrit, consiste en une théorisation, du principe des “idée reçues”.

Que l’on en fasse une “pseudo littérature scientifique”, indique d’ailleurs que ce type d’”idée reçues”, frappe notement ceux qui les propagent.

Le “mème” sous-jacent au concept de “mème” est qu’on peut faire prendre “des vessies pour des lanternes” à partir du moment ou l’on etoffe le discours sous couvert d’analogie avec une “vision” scientifique.

Le concept du “mème” repose sur le fait qu’avec une fausse idée et un nouveau mot, des pseudos intellectuels évoquant la biologie, peuvent vous faire perdre votre temps à lire et à accrediter évnetuelement, que le flot “d’idées reçues”, sur lequel il y aurait lieu de s’interroger, relevant d’une matrice similaire à des organisations biologiques, il est vous est donc inutile de vous interroger sur les “valeurs (ou absence de valeurs) qu’elles vehiculent” , puisque vous voila innitié à leur irresistible et mystérieuse validité scientifique…..hahaha

le “méme” est en quelque sorte du même ordre que le fameux “merdre” du père Ubu, à ceci près qu’il est confus et qu’il fait perdre son temps.

10. Le 7 mai 2004,
rdo

le “méme” en tant continuation virale du dogme du Darwinisme,(en reference au lien cité par une contribution plus haut, merci d’ailleurs)

L’evolutionisme, une belle théorie, mais ou ce n’est pas un chainon qui manque mais tous les maillons de la chaine.

Si théoriquement on peut imaginer une evolution, d’une forme à une autre, Darwin n’a jamais formulé autre-chose qu’une théorie. Etayée en pratique sur le seul fait, que les especes ayant vécu sur l’ile des galapagos, ont évolué légèrement différamment (adaptation) des memes especes relatives ailleurs. Mais à ma connaissance ces différences sont tout a fait mineures.

Si on prend simplement les différents squellettes d’hommidés, depuis 8 millions d’années, on constate que l’on n’a jammais d’intermediaires entre par exemple, “australopitheque” et “homo erctus” etc… Ce n’est donc pas le chainon manquant dont on manque c’est que l’on manque du moindre élément pour attester par les faits d’une chaine telle que théorisée.

Pour donner un detail piquant, nombre de gens croient sans poser de questions, que l’evolutionisme, auparavant d’ailleurs appelé transformisme, produirait donc des formes de plus en plus évoluées.

C’est une vision de l’imagination. Bon nombre de plantes ou même d’organisations biologiques sont inchangées depuis des milliards d’années, d’autres ont pratiquement disparu et sont réapparues pratiquement identiques.

Egalement, à noter, l’homme de Néanderthal, avait un cerveau plus gros que ceux des hommes actuels.(pour ceux qui cherchent l’intelligence dans la taille du cerveau et qui croient simultanéement en general que la modification(et bien souvent destruction) de l’environnement par “le progrès scientifico-economique” est preuve d’une intelligence supérieure, qui dompte la nature).

La foi en l’evolutionnisme ou “darwinisme”, si l’on n’a pas de pensée critique, n’est-t-elle pas du même tonneau, que la foi en un “messianisme scientifique”, nous serons sauvés par la science….

A lheure actuelle, ou l’on appris l’existence des OGM, via la trouvaille invraissemblable ,d’une graine modifiée pour produire plus, mais qui ne se reproduit pas (on vous vend un présent meilleur, mais vous devrez acheter votre futur)…n’est-on pas incliné à se poser des questions sur toutes ces “methodes d’analyse” censées reposer sur la certitude que la science, apportant les solutions, il est inutile de penser….qui sont issues du dogme de l’évolutionnisme”, à l’inverse d’ailleurs de la pensée des Rationalistes et Positivistes (qui ne confondaient pas progrès technique pour la société avec progrès intellectuel) Il n’ya pas plus intrinsèquement de raison économique qu’il n’y a en soi de raison scientifique. (sans une reflexion préalable, sans un but visé) Il n’y a que des questions qu’on peut se poser. Et eventuelemnt verifier par l’experience. Si l’on estime que le but, l’objectif visé est bon.(dans le cas de l’OGM cité on voit précisément le danger de ne pas se poser de questions) L’idée du progrès, n’existe pas sans ethique, la reflexion ethique place l’homme au centre, et jammais la pseudo-“raison” economique, ou la pseudo “vision”-scientifique. l’idée que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse, n’a heurté que les défenseurs des “idées recues” érrigées en representation du pouvoir, le phénomène est le même aujourd’hui ou sans y prendre gare, télés-réalités-fabriquées et les intellectuels de la superficialité vénale vehiculent un messiannisme scientifico evolutioniste et materialiste, dont l’objet principal est de viser à dé-responsabiliser par rapport aux abberations subies (guerres monstrueuses, business de la terreur, fatalité de l’injustice), et de faire accrediter l’idée d’une complexité qui n’est autre qu’une confusion organisée. Reposant par ailleurs sur des faux calculs. Le “méme”, c’est un peu: comment penser sans reflechir. fallait le trouver, mais pourquoi faire ?

Reflexion critique et Pollution mentale, c’est très différent.

11. Le 7 mai 2004,
Yenayer

Il faut pas oublier Daniel Dennett, philosophe américain. Dans deux livres livre parus en 1991 et 1995 il se consacre longuement au concept de “meme”.

Daniel Dennett - La conscience expliquée, Odile Jacob, 1991-93. Dennett,D.- Darwin’s Dangerous Idea, London, Penguin, 1995.

12. Le 10 mai 2004,
cromax

Je ne comprend pas bien vos critiques, braves gens.

L’idée de mème (… le mème de mème…) n’est qu’un outil, il ne justifie rien. Il n’a pas de valeur morale en lui-même… La présentation ne dit pas “c’est un mème donc c’est bien, gobons !”. Elle dit simplement qu’on peut voir la propagation d’idée (bonne ou mauvaise, scientifique ou obscurantiste…) comme un phénomène de réplication qui présente certaines analogies avec la réplication des gènes.

C’est intéressant, et ça ne change pas notre conception du monde… De même que dire qu’un virus se propage en se multipliant de telle ou telle manière n’affirme pas que ce virus est formidable, formaliser la notion de mème ne justifie en rien le contenu, l’idée qui est ainsi propagée…

Au pire, je dirais que le concept de mème n’apporte pas grand chose, que c’est une lapalissade, mais de là à en faire le cheval de Troie de l’idiotie pseudo-scientifique, ça me semble un rattage de cible manifeste.

13. Le 10 mai 2004,
tm

entièrement d’accord avec cromax… et ravi de voir parler de mémétique :-)

Un bouquin (ou plutôt deux) à lire impérativement : “Le Principe de Lucifer” d’Howard Bloom, qui aborde le sujet (entre mille autres) de manière passionante et abordable.

Blah ?