Journal de bord

mercredi 30 mars 2011

Emmanuel Todd, idôle des frontistes

Le démographe est-il en train de devenir non seulement un nouveau maître à penser mais également une caution intellectuelle pour l’extrême-droite ?

Le site d’actualités NationsPresse.info proche du Front National se fait régulièrement écho des déclarations médiatiques d’Emmanuel Todd. Il faut dire que lorsque l’on se déclare n’avoir “jamais été trop européen pour des raisons anthropologiques” comme ce matin sur France Inter, ça doit allumer des lumières dans les cortex d’extrême droite.

Petit florilège de commentaires :

Bonne prestation de Monsieur Todd. C’est une sorte de visionnaire, car dès 1976, il avait prédit la fin de l’URSS, dans son livre « la chute finale ». il prédit maintenant la fin de l’UE la fille aînée de l’URSS, ainsi que sa monnaie unique avant la fin de cette année 2011. — Charlemagne.

Il faut faire tourner cette vidéo de Todd partout [émission Ce soir ou jamais, sur FR3 le 10 mars]. Elle crédibilise l’excellent programme économique du Front National de Marine Le Pen. — Louise.

Excellent ! Il faut l’envoyer a tous les médias du système et surtout l’envoyer a tous ses amis par mail et sur Facebook. — FranceDomTom.

Encore une fois Marine Le Pen a devancé tout le monde dans les idées ! — Bidule chose.

Excellent !! Vraiment très bon, et très bien qu’un démographe aussi reconnu soit aujourd’hui si proche de nos thèses et ose le dire ! — Pelleport.

Allez Emmanuel, encore un effort et tu prends ta carte au Front. — Uranium.

En gros il est d’accord avec le programme économique du FN mais pas que ce soit le FN qui en parle. — JubJub.

Je trouve que c’est un premier pas très honorable. Il doit se sentir encore obligé de combattre officiellement le FN, comme il disait encore il y a peu qu’il voulait conserver l’euro. Il est en train de se démasquer, réjouissons-nous de ce premier pas. — Pelleport.

Je suis sûr que dans le secret de l’isoloir ce monsieur mettra un bulletin FN. Il dit qu’objectivement le FN a raison sur le programme économique, mais semble avoir honte de s’affirmer davantage vers la fin. Il sait consciemment que le global party UMPS n’apportera aucune solution. — Bleu Marine.

Très belles avancées d’Emmanuel Todd, qui prouve que notre projet économique est parfaitement crédible. — Alexis.

Malgré des réserves quand même :

Finalement, il défend nos idées (très bien) ! mais je n’approuve pas sa conclusion sur le faite que le FN ne puisse pas être en mesure de gouverner, de plus il souhaite que nous conservions l’alternance avec des élites de gauche et de droite. Son raisonnement est bien celui d’un homme de gauche. — Chantal.

Problème également, il vu par d’autres comme germanophobe… alors qu’une partie des frontistes sont franchement germanophiles pour des raisons historiques que nous connaissons bien. Pire, il ne semble pas avoir de problème avec l’Islam.

Daniel Schneidermann est ravi aussi.

P.S.

« Et bien dans ce cas là, évidemment moi personnellement je suis pas au stade actuel partisan de la disparition de l’euro, je préférerais beaucoup le protectionnisme à l’échelle européenne. Mais dans le contexte actuel, pour un pays comme la France si on ne passe pas au protectionnisme, il vaut mieux se débarrasser de l’euro ! Et on risque d’avoir une Marine Le Pen et un Front National qui arrivent avec le seul programme économique raisonnable ! » — Emmanuel Todd.

1. Le 30 mars 2011,
padawan

Du grand portnawak de gens qui l’ont lu en diagonal et qui après avoir trouvé un truc qui leur plaît le prennent pour un adoubement complet, alors qu’il balaye le FN pour diverses raisons (l’ostracisme comme politique, l’incapacité à pouvoir gouverner un jour, aucun programme économique qui tienne la route et j’en passe).

2. Le 30 mars 2011,
Tom Roud

C’est effectivement n’importe quoi. Il suffit de lire ce que dit Todd sur les mariages mixtes, etc… tout le contraire du FN et de sa “préférence nationale”. Sinon, je trouve agaçant la réduction ad Lepenum dès qu’on parle d’économie ou d’Europe. A ce compte-là, tous les nonistes sont des lepenistes.

3. Le 30 mars 2011,
MB

Comme disait l’autre, c’est dur d’être aimé par des cons

4. Le 30 mars 2011,
lap1.blanc

Todd est un scientifique. Ses analyses sont en général sans appel et font mouche : La chute finale (1976) “prédit” la chute de l’URSS, Après l’empire (2002) celle de l’empire américain et Le rendez-vous des civilisations (2007) qui explique, 3 ans avant la révolution tunisienne, comment les dictatures arabes vont “s’élever”. Sans oublier L’illusion économique (1998) qui explique comment l’économie actuelle peut s’expliquer par les comportements familiaux des différents pays (et qui fait pendant à ses déclarations sur l’euro).

Le problème de Todd, c’est qu’il est médiatisé. Ce n’est pas un “problème” pour l’auditeur attentif et à l’esprit critique. Mais c’est un problème pour le boeuf moyen qui compose la population malheureuse française. Et son élévation au rang “d’icône” est, donc, inévitable. Et sa réutilisation politique aussi.

Le problème de Todd, c’est que c’est un scientifique. Son boulot, c’est d’analyser le présent, en fonction du passé, pour dire comment va se dérouler le futur. Pas de proposer des solutions au public.

Todd est brute, Todd est dur, car il émet ses conclusions issues de la méthode scientifique sans aucun recul, et c’est BIEN. Mais il tire des conclusions, à la radio et à la télé, qui ne sont pas forcément de son domaine.

J’apprécie Emmanuel Todd en tant que scientifique, mais ça ne l’empêche pas de dire de grosses conneries lorsqu’il sort de son domaine, ou que ses paroles ne sont pas issues d’une analyse stricte et posée.

Emmanuel Todd est bon dans son travail, bon dans ses bouquins, mais ce n’est pas une bête de médias. Malheureusement, je sens qu’il va être de plus en plus utilisé pour ses propos télévisuels et radiophoniques que pour ses recherches, élevé au rang “d’idole”, et dévoyé.

Comme plein d’autres avant lui. J’espère juste qu’il aura l’intelligence de s’en rendre compte…

5. Le 30 mars 2011,
do

ah ben assez d’accord avec @lap1.blanc !

6. Le 30 mars 2011,
Laurent Gloaguen

Moi de même.

7. Le 31 mars 2011,
MB

Plutôt d’accord avec lap1.blanc aussi, sauf sur un point (chuis Français, hein, donc je conteste). Emmanuel Todd est “une bête de médias”, c’est un “bon client”. Il est très bon parce qu’il est capable de simplifier peut-être à outrance ses analyses pour émettre quelque chose d’intelligible en trois minutes et pour marteler deux idées fortes, peut-être peu pertinentes, à chaque fois qu’il est interrogé, jusqu’à ce que son message passe. C’est sans doute dommage d’être contraint de procéder ainsi mais le seul autre terme de l’alternative consiste à se réfugier dans sa tour d’ivoire, avec les limites pointées par Nicolas Cori ici.

8. Le 18 avril 2011,
MB

Je ne l’ai pas encore regardée en entier mais cette discussion entre Emmanuel Todd et Jean-Luc Mélenchon est loin d’être inintéressante pour le moment.

Blah ?

Amertumes

De mon côté, j’en ai assez de cette droite vulgaire, brutale, ignare, bête à manger du foin. Assez de ces perpétuels débats sur des sujets totalement déconnectés de ceux qui nous préoccupent tous. Quel bilan peut-on établir, aujourd’hui, du simulacre de « débat » sur l’identité nationale? Concrètement? Qu’en est-il resté, à part un profond ressentiment? Un débat sur la laïcité, tel qu’il a été présenté (en gros, un débat sur les arabes), a peu de chances de se dérouler dans la sérénité. Personne, au fond, n’est dupe…

Pensées d’outre-politique : “Que la droite implose!”.

1. Le 30 mars 2011,
Marie-Aude

Je pense malheureusement qu’il en reste quelque chose, de ce débat. Le même genre de reste qu’après une marée noire, une montée des égoûts, une inondation : des déchets, qu’il faut enlever, et une pourriture plus insidieuse, qui imbibe les murs, qui laisse une odeur, une fragilité, et qu’il est quasiment impossible de nettoyer.

2. Le 30 mars 2011,
le chafouin

Entièrement d’accord, il n’en reste que de la boue…

3. Le 4 avril 2011,
nicolas

ouais, toujours les meme antiennes… parler d’immigration, c’est etre un adorateur du 3e reich. bon les gars, votre petit pays de 50m d’ames represente 0,6 pct de la population. C’est a dire que l’espace d’une seconde, sur des mauvaises decisions, vous etes susceptibles de disparaitre sans que personne ne s’en apercoive.

Alors que vous accueillez des millions d’individus qui vivent selon leurs regles, et qui au mieux se fichent de vous, il faut au moins le faire d’un commun accord afin que personne ne puisse dire qu’il n’etait pas au courant.

Ce debat est a double tranchant. certes il pose la question de l’islam (qui se pose d’elle meme a tout observateur). mais officialiser ce qui est et n’est pas admissible pour les francais permet aux autres de jouir de plus de libertes dans les regles énoncées.

Manifestement, vu les scores du FN, en l’absence de regles claires, certains preferent eviter de voir leur pays mis a l’epreuve. clarifier les regles permettra de les detendre un peu. et vous serez content, votre pays pourra continuer a faire venir des immigres en masse.

Vous en avez de la chance…

Blah ?

Contrechamp

Photo: Paul Hansen

Photo: Paul Hansen, 2010.

Photo: Nathan Weber

Photo: Nathan Weber, 2010.

Last year while covering the Haitian earthquake aftermath, myself and several other photographers were in the downtown area of Port au Prince following local police as they attempted to maintain control over looting crowds. During the chaos Fabienne Cherisma, 15, was shot in the head by police and died instantly. During the next few minutes one of the images I made shows the scene and the many photographers capturing images of her lifeless body.

As it turns out one of those photographers, Paul Hansen, a staff photographer with the Swedish daily Dagens Nyheter, has won newspaper photographer of the year in the 67th annual Picture of the Year International competition at the Missouri School of Journalism.

I feel it is important to share with viewers a glimpse of the situation that surrounded Fabienne’s tragic misfortune.

Nathan Weber: “Haiti & Paul Hansen”.

Prison Photography: “Brouhaha in Sweden following Award to Paul Hansen for his Image of Fabienne Cherisma”.

1. Le 30 mars 2011,
MB

Ouch. Avant que je ne lise le texte, j’ai cru qu’il s’agissait d’une mise en scène, d’une fiction. :o(

2. Le 30 mars 2011,
Franck

J’aurais aimé être reporter-photographe, photographe surtout, mais il y a quelque chose de déshumanisé dans ce métier — je parle essentiellement de ceux qui couvrent les drames qui se déroulent sur notre planète — qui me gêne et qu’illustre parfaitement la seconde photo.

3. Le 30 mars 2011,
Joachim

Franck, ça dépend. ma sœur est reporter photographe (http://julietterobert.com), le tout est de choisir où aller. Si tu vas au chevet d’une catastrophe qui vient d’arriver, tu croiseras beaucoup de collègues. si par contre tu vas là où personne n’irait (Kosovo après la guerre, Haïti en ce moment, les frontières de la Cote d’Ivoire (où ma sœur est en ce moment)), tu montreras une autre réalité, celle que les journaux rechignent à publier parce qu’elle n’est pas vendable comme une catastrophe toute chaude…

4. Le 30 mars 2011,
Marie-Aude

Euh… bon alors - les reporters sont tous des chiens qui se précipitent sur une bonne image sans aucune pudeur, et qui vérifient ce qu’ils ont fait dans leur écran sans s’occuper de leur “sujet” (au risque de gâcher l’image des copains) - les reporters n’ont aucune originalité, ils chassent en bande (ce qui n’est pas totalement faux dans des situations comme ça, où il n’est pas facile d’aller partout, de trouver des moyens de transport, souvent on partage) - quand une image choc pointe son nez (couleur flashy, environnement sale, patati, patata, dès qu’un photographe la repère tout le monde se précipite (ce qui est le cas quel que soit le sujet) - la photo finale transforme la réalité (pas les mêmes couleurs, z’avez vu ?) - c’est un reportage sur les reporters - le mec qui montre la photo des photographes est un jaloux ^^ - quelles sont les différentes images produites ? après tout, comme au photoclub, on compare …

Plus sérieusement, pourquoi est ce important de montrer cette photo ? Contrairement à ce que dit Nathan Weber, elle ne montre pas l’environnement, elle ne montre qu’un instant.

@Franck, je ne crois pas que ce métier entraîne une déshumanisation. Un recul, un cynisme apparent, oui, mais pas une déshumanisation. Ou alors on le fait mal. C’est la problématique de tous ceux qui interviennent en situation d’urgence ou de guerre ou de “catastrophe au sens large”, et notamment les humanitaires (les vrais, pas les bobos). La nécessité d’agir au lieu de se lamenter génère des mécanismes de protection, ou de distanciation, mais pas de déshumanisation. La seule question qui peut éventuellement être posée est “en quoi cette photo a-t-elle été un acte utile”, mais là on touche aux bases du reportage. imho

5. Le 30 mars 2011,
sea34101

Sur le sujet, je recommande très fortement la lecture de ceci: http://amzn.to/exKBeC

6. Le 30 mars 2011,
nv

C’est intéressant, mais en fait, l’adjonction d’une photo supplémentaire ne permet pas plus la lecture de l’événement que la photo initiale.

Je suis en cela assez d’accord avec Marie-Aude. Que sait-on de la couverture media, et photographique, à Haïti, et du métier ? Evidemment, les grands événements dupliquent, les photographes se baladent en bandes. L’imaginaire du métier (les superbes images prises entre deux rafales de mitraillette, au prix de leur liberté) est assez déconnecté de la réalité, plus industrielle et hyper compétitive, très réplicante.

Mais quoi, photo contre photo ? N’en faisons pas une lecture conspirationniste ou parano du métier de journaliste, mais intéressons-nous de manière pacifiée : où sont les autres clichés de la jeune fille, pris par les autres photographes ? Sont-ils aussi bons que celui qui a été primé ?

7. Le 30 mars 2011,
Franck

À Marie-Aude : ne risque-t-on pas, à force, de devenir indifférent — voire cynique mais ça me paraît un peu fort —, à trop voir, à trop se réfugier derrière son boîtier ?

8. Le 30 mars 2011,
Marie-Aude

@Franck, je pense que le risque existe toujours, mais dans les faits, les quelques personnes que j’ai rencontrées qui avaient un peu - beaucoup travaillé dans ce genre de situations n’étaient pas indifférentes. Elles étaient au choix

pleines d’une pudeur brutale

assez désespérées quant à la nature humaine, les puissants qui nous gouvernent et tout le tintouin (d’où une bonne dose de cynisme)

assez désabusées quant à leur impact réel

néanmoins toujours passionnées par ce qu’elles faisaient

pas mal détruites par ce qu’elles avaient vécu

et non, pas indifférentes.

Maintenant, dans ces situations, c’est comme le chirurgien, pour prendre un exemple plus proche. On bosse d’abord, et ensuite on pleure / crie / se saoule etc. mais tant qu’il y a quelque chose à faire, c’est la priorité. Ce n’est pas de l’indifférence.

En plus, si on est indifférent, il faut vraiment être fou pour faire ce métier, qui ne rapporte pas grand chose par rapport à d’autres types de photographie.

9. Le 31 mars 2011,
Olivier

De la lecture supplémentaire sur cette situation, avec le témoignage des photographes présents : http://www.aphotoeditor.com/2010/03/23/a-very-close-look-at-a-tragic-moment-in-haiti-and-the-photographers-who-witnessed-and-covered-it/

10. Le 31 mars 2011,
Marie-Aude

Merci beaucoup c’est très très intéressant

Blah ?

La vedette et le twit

Imaginez que vous êtes une très grande vedette de la télévision. Vous twittez aussi, car vous êtes un homme moderne et multimédia. Bien que votre pays ne soit pas bien grand, près de 45 000 personnes suivent vos instants plus ou moins inspirés.

Imaginez un troll manifestement déséquilibré qui s’entête à adresser des messages à toutes les vedettes de votre contrée qui sont présentes sur Twitter, des sentences virulentes qui ont toutes à peu près la même consistance : “t laid, t inutile, t une tapette, tayeul”.

Quiconque a un peu de notoriété sur Twitter a déjà fait l’expérience de ce genre d’énergumène (même moi, c’est dire…), des détraqués (allo, Nina ?), des fous, des idiots pathologiques. Alors, quand on est une grande vedette comme celle qui nous intéresse ici, il arrive de recevoir de grossiers épigrammes comme (je cite) “LOLLL tayeul criss de laid inutile”.

Grande vedette emplie de mansuétude, vous laissez pisser, vous ignorez… Ou encore, grande vedette fatiguée, vous bloquez le compte de l’importun pour ne plus voir ces détritus dans votre “timeline”.

Mais, non, vous êtes une grande vedette emplie de hargne, outrée que l’une de vos collègues se soit vue traiter de “connasse”. Grand chevalier blanc, vous menez une grande enquête pour vous payer l’insolent. (Remarquez, ce n’est pas tellement compliqué, le crétin twitte sous son vrai nom, un “twit” en somme…). C’est à ce moment où vous auriez pu, au pire, appeler la police et vous en tenir là. Je suis persuadé que l’appel à la police d’une immense vedette comme vous ne reste pas lettre morte et que l’on mobilise immédiatement des forces en conséquence de l’énorme préjudice dont vous avez souffert. La suite de l’histoire le prouvera.

Ce n’est pas suffisant pour étancher votre méchante soif, vous livrez alors à vos 45 000 suiveurs les coordonnées complètes de l’attardé, son adresse, son téléphone, sa date de naissance… On ne sait jamais, hein, s’il y avait un autre détraqué parmi vos suiveurs qui allait casser la gueule du premier…

En tout cas, la police n’a pas failli, le zozo est derrière les barreaux. Vous êtes bien fort, M. Guy A. Lepage.

Et tout le monde de vous féliciter aujourd’hui sur Twitter, vous êtes le héros justicier de jour. Coquet, vous répondez “Mais non, c’est un travail d’équipe et merci à la police”

tweet-claudine-prevost.

Post-scriptum : Michelle Blanc m’indique que Guy A. Lepage aurait fait une mauvaise manipulation (ça arrive à tout le monde) et aurait cru envoyer un message direct à Mitsou Gélinas. Bénéfice du doute donc…

1. Le 30 mars 2011,
Karl, La Grange

Mr Lepage n’est pas une vedette du tweet.

Sur un autre sujet, une occasion de visiter San Francisco

Blah ?

L’Art d’avoir toujours raison

Il nous faut bien un Québécois à Paris pour rendre honneur à cet Art bien hexagonal…

Y’a deux trucs qu’on remarque dès qu’on pose le pied en terre de France. Primo, le Français râle toujours. Deuxio, le Français a toujours raison. Ou plus précisément, le Français se comporte comme s’il avait raison, même quand il a tort.

J’ai longtemps considéré qu’il s’agissait de deux traits de caractère distincts et dissociés. Et puis récemment, comme ça, au milieu d’un repas à la cantine, j’ai eu une petite épiphanie : le Français râle parce qu’il a raison. Il y a corrélation, les deux phénomènes s’alimentent. Eureka.

Il est impossible de critiquer ouvertement et honnêtement quelque chose si on n’est pas persuadé d’avoir mieux à proposer. La licence de râler est obtenue par la possession d’une proposition supérieure à celle de la partie adverse. En gros, pour râler, faut croire qu’on a raison et que l’autre a tort.

Or, le Français a toujours raison. Ça fait partie de sa culture, de son éducation. Dès sa tendre enfance, il apprend à avoir toujours raison. Dans les maternelles françaises, c’est du dessin, un peu de Descartes, et beaucoup de Schopenhauer. Avant l’âge de 10 ans, tout petit Français aura obtenu un certificat attestant qu’il a droit au râle perpétuel. La nation française ne cherche pas le consensus, mais la domination (voir ‘Napoléon’ et ‘Traité de Versailles’.)

Être loin : “Le Français râle parce qu’il a raison”.

Il se trouve, par ailleurs, ici comme ailleurs, que j’ai toujours raison, sauf quand j’ai tort, ce qui est extrêmement rare.

1. Le 31 mars 2011,
xave

Je pense qu’il a tort.

2. Le 31 mars 2011,
niemand

@Xave: Effectivement, vu, comment je suis nul en dessin, je ne pense pas avoir eu de cours traitants de ce sujet en maternelle.

3. Le 31 mars 2011,
Christophe D.

Je ne sais pas si c’est propre aux Français mais il y a un autre passage du billet qui me rappelle effectivement quelques discussions, notamment sur internet :

« Le Français n’est pas con. Souvent, il sait qu’il a tort. Pour préserver son droit au râle, il s’est entraîné à modifier subtilement, au cours d’un débat, tout son argumentaire. Il faut se méfier du Français : en cas de besoin, il n’hésitera pas à paraphraser vos propres arguments, et à vous attribuer les siens, pour conclure que vous avez tort. La manoeuvre est subtile, et toute en finesse. À un moment du débat, vous aurez l’impression que le Français dit la même chose que vous. Il est déjà trop tard : il vous a pris par le flanc et occupe votre position. »

4. Le 31 mars 2011,
Paul

Le seul moyen pour qu’un Français cesse de râler, c’est de lui offrir une bouteille. Laurent, rappelle-moi que je t’en dois une lors de mon prochain passage au Canada. Et merci pour la ‘plogue’.

5. Le 31 mars 2011,
Karl, La Grange

Meuh non. C’est pas le fait d’avoir toujours raison, c’est de la dialectique. Le Français ayant été mieux éduqué que le québécois à cet art qui consiste à explorer toutes les voies dialectiques soutenant son point de vue. Le plaisir n’est pas dans le fait d’avoir raison, mais bien de jouer avec cette exploration des chemins du raisonnement. Et comme de toutes façons, rien n’est vrai ou faux, car tout est une question de contexte et d’argumentations. On ne peut avoir raison… ni tort d’ailleurs. On ne peut que convaincre ou pas. La différence se fait par épuisement de l’interlocuteur parfois trop docile ou niais.

6. Le 31 mars 2011,
Laurent Gloaguen

Voudrais-tu dire que les Québécois sont trop dociles ou niais ?

7. Le 3 avril 2011,
Moktarama

C’est peut-être juste qu’il est difficile de concilier les valeurs affichées de probité/honnêteté de l’espace culturel nord-américain avec la conception française du débat, pour laquelle la bonne foi n’est pas un facteur de Vérité. Quand tu fais une connerie de bonne foi, en France on regarde la connerie, aux US/Canada on regarde la bonne foi : partant de là le Nord-Américain part perdant dans un débat avec un Français, vu qu’un des facteurs essentiels pour un des participants est parfaitement négligeable pour l’autre…

Blah ?