Journal de bord

vendredi 25 mai 2012

Vieille folle

Je voudrais que les étudiants « aillent s’asseoir » (c’est l’expression la plus à la mode en ce moment) avec leurs parents et leurs grands-parents pour prendre le temps de discuter de la situation avec eux. Que chacun des jeunes manifestants se donne comme mission de rassurer les plus vieux car, en vieillissant, les humains qui se fragilisent deviennent plus inquiets devant les revendications, les opinions qu’il faut défendre, les soulèvements populaires et la moindre violence qui leur fait horreur. C’est pourquoi ils sont si faciles à manipuler par les politiciens qui depuis des décennies ont joué sur leurs peurs pour en faire des supporters soumis. Dites-leur que vous avez besoin de leur appui et profitez-en pour leur dire que vous les aimez ; ça leur donnera des ailes. Vous ne les reconnaîtrez plus. Ils en ont déjà tant fait pour vous. Ne me dites pas que vous ne le savez pas.

Pour conserver l’appui de la population, il faut que vos sorties ne mènent pas à des dérapages incontrôlés. Vous êtes assez nombreux pour vous assurer que les casseurs deviennent des anges de vertu. Il suffirait probablement de lever un mur de protection autour de chacun d’entre eux.

De quoi je me mêle ? Vous avez raison. Ça aussi il faut que vous l’appreniez par vous-mêmes. Un lecteur s’est donné la peine de m’écrire la semaine dernière pour me dire que je n’étais qu’une vieille folle. Ce sont ses mots. Je lui réponds qu’il a parfaitement raison. Je suis vieille, c’est vrai. Si je suis folle, c’est d’admiration pour ceux qui, comme vous, défient tous les Césars de ce monde.

Le Devoir, Lise Payette : “Une chanson dans la tête”.

[Jacques Michel, “Un nouveau jour va se lever” (1970).]

Montréal, l’insoumise

Bien sûr, Montréal est rebelle, délinquante, insoumise. Il ne peut en être autrement. Montréal, c’est l’épicentre des contradictions sociales et nationales du Québec. Montréal, c’est le cœur militant du Québec.

Que Montréal se soit embrasée avec l’étincelle de la lutte étudiante ne devrait pas étonner. Montréal a été le quartier général du mouvement des Patriotes, la base combattante du Québec français, le principal bastion du mouvement indépendantiste. C’est chez les francophones de Montréal que le Oui a fait son meilleur score lors du référendum de 1995.

Montréal, c’est le point de ralliement, de convergence des forces du changement. Sans Montréal, le Québec ne serait qu’éparpillement, dispersion, sans point nodal.

Aujourd’hui, Montréal sort d’une longue torpeur. Le peuple de Montréal prend la rue. Montréal redevient la locomotive de notre combat. Nous devons clouer au pilori tous ceux qui essaient de la décrier, de placer un coin entre Montréal et le reste du Québec.

Montréal la révoltée attire les regards et suscite l’intérêt militant du monde entier. Que cette révolte s’élève d’un cran et se transforme en projet politique émancipateur de l’ensemble du peuple et c’est le Québec tout entier qui sera source d’inspiration et ferment de transformation sociale.

Vive le Montréal populaire et militant!

L’Aut’Journal, Pierre Dubuc: “Moi, je reconnais ma ville, Monsieur Rozon”.

Ève en Chambre

Les éditorialistes s’étaient bien foutus de la gueule des jeunes députés du NPD, élus avec surprise au Québec, les “candidat-poteaux”.

Aujourd’hui, la représentation du Québec à la Chambre des Communes, ça ressemble à ça :

Wow, ça fesse… J’aime Ève Péclet.

1. Le 25 mai 2012,
manu

Order… order !

2. Le 25 mai 2012,
Romain

Elle est géniale !

3. Le 25 mai 2012,
Ramoons

C’est ce genre de changement dont on a besoin en France tient !! Des personnes hommes ou femmes capables de crier quand il le faut ! En plus quand je lis ailleurs des remarques désobligeantes à l’égare de Mme Péclet (Elle est hystérique, immature, ou encore pire genre elle a une crise hormonale parce que elle est dans un mauvais mois…) cela ne me la rend encore plus sympathique. Citoyens Canadiens, ne vous laissez pas faire !!!

4. Le 26 mai 2012,
Désire

Cette jeune fille est superbement géniale !…..

Blah ? Touitter !

Lettre à Isabelle Maréchal

Car je trouve que c’est un bien désolant spectacle que nos chicanes de famille soient exposées ainsi au festival international de Cannes. Le délégué général du festival, Thierry Frémaux, s’est tout de suite demandé ce que pouvait vouloir dire ce petit carré rouge que lui tendait son jeune prodige, Xavier Dola.

Pour un Européen, ce carré rappelle celui des Brigades rouges, commando révolutionnaire mené par de jeunes Italiens rebelles qui en avaient contre le pouvoir et l’argent. Le mouvement des BR s’est éteint complètement discrédité. C’est une page sombre de l’histoire de l’Italie.

En Europe, le carré rouge fait aussi référence au drapeau rouge des communistes, emblème sanglant du peuple opprimé ! Bref, en résumé, que des histoires de feu et de sang qui ont mal tourné. La symbolique n’est pas légère. Mais cela n’a rien à voir avec ce qui se passe chez nous. Pas de quoi en faire tout un cinéma. Le pauvre patron du festival s’est retrouvé « avec une patate chaude » sur le veston.

[…] Notre crise du carré rouge se fait en ce moment sur le dos de la majorité silencieu­se, celle qui travaille, prend le métro et paie ses comptes. Cela n’a rien à voir. Ça ne prend pas la tête à Papineau pour faire la différence.

Le Journal de Québec, Isabelle Maréchal : “Le carré de la honte”.

(Oh mon dieu, quelle idiote. Désolé, je ne trouve pas d’autre adjectif. Nou ne sommes plus dans le débat d’idées, nous sommes là dans la bêtise crasse.)

Le bien désolant spectacle qu’Isabelle Maréchal décrie dans son dernier billet se situe dans sa cour davantage que dans la mienne, en ce qui me concerne. Qu’elle réduise le “conflit social” actuel ou “crise sociale”, pour utiliser un vocabulaire plus factuel, à des “chicanes de famille” illustre parfaitement l’idée que certaines personnes de sa génération, et plusieurs générations confondues à bien y penser, se font de cette hausse des frais de scolarité devenue débat de société : une hausse mineure recyclée par de vulgaires anarchistes, ou plutôt des bébés-gâtés, comme prétexte au désordre civil et au brassage de marde récréatif. Ainsi, il paraît inacceptable pour un Québécois de porter le carré rouge à Cannes en ce sens où le Québec se couvre de ridicule en arborant les couleurs du communisme ou des Brigades rouges, entre autres, dans toute l’insouciance et l’inculture de sa jeunesse belligérante, et dont Isabelle Maréchal devrait assurer l’édification politique.

Mais non ; au Québec, à la lire, mieux vaut rester le nez dans sa pisse, l’inhaler profondément, sans trappes d’air ni puits de lumière, et jouer à l’autruche. Laver son linge sale en famille comme on dit, se chicaner à table, fenêtres closes. vec une lePourvu qu’on ne parle pas de nous, pourvu qu’on ne pense rien de mal de nous, Seigneur, pitié! pourvu que le monde ne se moque pas de nous, n’ait pas honte, le grand “monde” dont Isabelle parle, le Monde, même, attre majuscule, devant lequel il faut avoir de la tenue. Comme le gouvernement, tiens. Le gouvernement a belle tenue ; rejoignons-le : redressons nos échines, fouettons-les chevaux fous, taillons la haie qui dépasse, enfonçons le clou rebelle, prenons nos responsabilités et marchons droit devant, endormis au gaz individualiste, aveuglés par le danger de la bronca nocturne et la terreur de la casse de vitrines Payless Shoes, ou pis, Isabelle, de l’acné post-lacrymogène provoqué par les résidus dispersés dans l’air climatisé de 98,5FM rue de la Gauchetière — cet endroit où il y a deux ans, tu me demandais, pensant me tendre un piège, si l’homosexualité récurrente dans mes films m’était un thème cher parce que, peut-être, je n’étais pas hétérosexuel ; et tu pensais lever le voile, polémiste du matin, sur un mystère insondable.

Polémiste du matin, oui, ou chroniqueuse du soir ; investie du devoir de la Vraie Vérité ou du brûlot sensationnaliste, c’est donc à toi qu’on s’en remet pour faire la lumière sur l’état des choses, et dont on manque cruellement dans ce trou noir où l’on s’enlise avec Amir, Claude Legault, Guy A. et Christian Bégin… nous, personnalités osant houspiller l’État qui nous finance, nous ingrats, nous qui geignons sans bons sens, la bouche dégoulinante de crevettes trempées dans la sauce à cocktail dans les coulisses de Saturday Night Life comme Arcade Fire, le goulot irrigué au Roederer dans un Cannes festif et outrancier où, oui, nous dupons des gens comme Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes et de l’Institut Lumière, directeur affilié de la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, “le pauvre patron du festival” qui s’est “retrouvé avec «une patate chaude» sur le veston”, pour te citer. En effet, le pauvre Frémaux ne m’aurait poser aucune question avant d’épingler à son col ce symbole et de l’afficher à la presse internationale? Allons donc! Ce symbole, d’ailleurs, qui souille la mémoire des “colonies” – comme Maréchal y fait référence avec toute l’esbroufe opportuniste qui sert son propos – que l’ont a mis à feu et à sang ?

[…] Deuxième conclusion : quand on fait du cash, quand on va à Cannes, quand on assoit son cul dans l’caviar, à croire ce que les gens semblent croire, on doit renoncer du même coup à une idéologie, et à ses principes. Autrement, c’est contradictoire et de si mauvais goût! On devient cette gauche bien-pensante friquée qui “peut bien parler, elle”. En ce qui me concerne, je répondrai à Isabelle que j’ai payé de ma poche mon premier film, avec l’aide magnanime de ma famille, mes amis, mes collègues, et quelques bonnes gens qui croyaient en moi. J’ai payé le suivant des maigres profits de l’autre — sans, volontairement, le déposer auprès de l’État — et me suis vu allongé de l’argent par de généreux investisseurs envers qui je suis encore, à ce jour, endetté. Le troisième, après deux invitations à Cannes, a reçu, oui, l’aide de l’État, et une aide plus qu’appréciable, je dois dire. Mais j’ai dans cette oeuvre investi une partie de mon salaire à nouveau, sur laquelle j’ai payé de l’impôt, comme tout le monde. Il me reste à présent 13,000 dollars dans mes poches jusqu’à mon prochain contrat d’acteur ou de réalisateur. Je n’ai pas l’assurance pécuniaire d’une animation quotidienne à la radio, mais j’assume les choix que j’ai fait, et mène un train de vie agréable. Ça ne m’empêchera jamais, ô grand jamais, de prendre la rue pour défendre une idée sous le prétexte d’être un peu trop riche pour la penser, la dire, la crier. Et si à quarante quelques années passées, c’est ainsi que Maréchal conçoit le devoir politique et social, grand bien lui fasse : qu’elle reste dans son salon et qu’elle appelle les boeufs quand elle trouvera qu’on chante trop fort. Car comme aurait dit la chanson de Jacques Brel, “quand Isabelle dort, plus rien ne bouge.

[…] Il est grand temps, je pense, que certains chroniqueurs, journalistes et éditorialistes rétifs investis du devoir d’opinion cessent une fois pour toutes, quelle que soit leur position, dont ils ont la prérogative — de la même manière que Maréchal s’adresse à moi dans son article, avec condescendance, démagogie, maternité, parce que je n’ai que 23 ans — de traiter les leaders étudiants, et absolument les étudiants eux-mêmes, comme des bums, des fauteurs de trouble, des enfants-rois, et admettent, pour en finir avec cet accès de déni, que la crise que le Québec traverse en est une vraie, et une importante. Une qui, bien qu’elle ne rassemble pas toutes les mentalités sur son origine même — la hausse ou pas la hausse — peut désormais les rassembler sur un même point commun : que souhaitons-nous pour le Québec de demain ? Parce rien n’est plus sûr que le Québec de demain est celui que l’on brime, baffe, bat, asperge et fiche ce soir, à grands coups d’arrestations arbitraires et barbares, de la part de forces de l’ordre purement impulsives devant le chaos légitime d’une minorité majeure dont la patience a atteint ses limites. Car non, il n’y a pas que la patience du Montréalais insomniaque caché dans la tourelle de sa demeure sur Docteur-Penfield qui peut être éprouvée.

Justement, plusieurs citoyens des classes moyenne et supérieure, concernées peu ou proue par la dite hausse, rongés par la précarité imaginaire de son petit bonheur, sont quant à eux en scotomisation sur un temps rare, et doivent comprendre que la hausse n’est que la pointe de l’iceberg ; un iceberg hypothétique qui ne tient qu’à ceci qu’une majorité d’individus ouvrent la porte UNE fois au fascisme le plus subtil.

Les sondages du Journal de Montréal, et le très intéressant article d’humeur de Jean-Marc Léger du Journal de Québec intitulé Une loi qui divise, instruit le lectorat que son Québec échantillonné est plusieurs choses, dont notamment : en colère, écoeuré des manifs, de la violence, enragé par la radicalité de la loi spéciale, fataliste aussi devant son éventuelle efficacité, découragé par tous les chefs de tous les partis, ainsi que par l’incompétence du gouvernement Charest, préfère les associations étudiantes plus modérées dans leurs discours, s’attend à ce que le gouvernement se remette à table avec les étudiants pour poursuivre les négociations, et pratique à temps perdu le fil-de-ferrisme politique — une conclusion privée.

Victor Hugo disait : « On ne se compose pas plus une sagesse en introduisant dans sa pensée les divers résidus de toutes les philosophies humaines qu’on ne se ferait une santé en avalant tous les fonds de bouteille d’une vieille pharmacie. »

Vrai. Vrai aussi qu’avant les prochaines élections, il faudrait se faire une idée. Il faudrait, en bon québécois, se brancher, et encore et toujours envisager l’élection du “moins pire”. Je suggère en ce sens — on critique les grands-parleurs petits-faiseurs ces temps-ci, alors je suggère, je suggère — le choix d’un projet de société par le biais du choix d’un chef d’État. Je suggère que le Québec sache reconnaître que ce glissement ex-centré est une grave incartade, et suit la direction que le Québec a précisément, et massivement, décidé de ne pas prendre en rejetant Harper aux dernières élections.

Je suggère que le Québec ne se laisse pas faire. Je suggère que le Québec se tienne debout, sans hésitation. Je suggère que le Québec soit fier, et qu’à défaut d’être prêt à dire OUI, il sache à tout le moins dire NON.

Xavier Dolan, vendredi le 25 mai 2012.

1. Le 26 mai 2012,
Jean

À l’intention de l’ignorante et sur le drapeau rouge, à lire dans Wikipedia : « il a signifié qu’il ne serait pas fait de prisonnier lors d’une bataille. Lors de la Révolution française, la loi du 20 octobre 1789 prévoit son déploiement par la troupe ou la garde nationale pour signaler une intervention imminente, afin de calmer les émeutes. À partir de 1790 s’opère un renversement de fonction qui voit diverses foules l’utiliser, par dérision ou provocation, pour appeler à la répression des actions contre-révolutionnaires. »

Je trouve l’évocation des origines de ce petit carré symboliquement en parfaite adéquation avec l’évolution de la situation au Québec et les tentatives pour le moins maladroites du gouvernement d’y mettre fin.

Blah ? Touitter !

Douces nuits de Montréal

[UniversiTV.]

IVe nuit de casserolage

J’y étais avec mon mari. Montréal, on t’aime en colère. Et ça met du baume sur le cœur.

Les casseroles déferlent

Pendant ce temps là…

La marquise Mario Roy est dans tous ses états à La Presse. Son château de la rue Saint-Jacques, dernier rempart de la “démocratie”, est assiégé d’une horde de révolutionnaires haineux, la rue, le peuple !

[…] Les principes fondamentaux qui civilisent les sociétés évoluées, prospères et pacifiques, c’est-à-dire la primauté du droit ainsi que la mécanique démocratique, ont pris un sale coup sur la gueule. Du jamais vu ici. Il est dorénavant légitime d’adhérer à l’idée d’un buffet de lois dans lequel chacun peut piger celles qu’il respectera. À l’idée, aussi, d’un pouvoir dévolu à la «rue» à partir d’un certain niveau de nuisance, d’intimidation et de violence.

Il s’agit d’un recul, non pas de quelques décennies, mais de quelques siècles.

De plus, une haine d’une nature inédite, irrationnelle, fanatique, s’est manifestée à l’endroit des médias traditionnels. En particulier à l’endroit de la fraction de ceux-ci qui ne sert pas quotidiennement des vivats enflammés au nouveau régime de droit et de gouvernance. Ce n’est pas anodin. Il sera difficile pour des années à venir de mener des débats à peu près sensés. Quant à la notion de respect, c’est une coquetterie de vieux mononc’ dont on n’entendra plus parler de sitôt.

Le dessert a été gardé pour la fin.

L’agitation des trois derniers mois a bien fait comprendre que toute réforme essentielle, mais exigeante, à laquelle pourrait songer un gouvernement à venir est dorénavant impensable. Elle sera rejetée par la «rue». Tout le monde a compris les nouvelles règles du jeu.

La Presse, Mario Roy : “Les séquelles”.

Mon analyse et commentaire : LOL.

1. Le 25 mai 2012,
Joachim

Non mais, on est en démocratie, bordel ! Depuis quand est-ce que ça veut dire que c’est le peuple qui a le pouvoir ?

Blah ? Touitter !

À la une de Libération

Une Libération du 26 mai 2012. Police Démontée.

Le printemps érable ressemble au printemps arabe. Répression comprise. Dans cette démocratie que l’on croyait avancée, des centaines d’étudiants ont été arrêtés, menottés et détenus pour avoir manifesté. Une loi d’exception, justement surnommée «matraque» et qui semble appartenir à la panoplie d’une dictature style Biélorussie ou Azerbaïdjan, limite désormais le droit de manifester, d’association et d’expression. Tout rassemblement de plus de 50 personnes est soumis à une autorisation de la police. Comme si la répression pouvait répondre à un mouvement de masse vivace et festif qui réunit étudiants protestant contre la hausse des droits d’inscription en fac et la société civile outrée par les méthodes du gouvernement. Comme pour les révolutions arabes, Twitter et les réseaux sociaux détournent cette loi scélérate qui a finalement décuplé le soutien au mouvement étudiant. Mais, le gouvernement de Jean Charest reste sourd, refusant de discuter des droits d’inscription, devenus le symbole d’un libéralisme qui gagne et corrompt la société québécoise, cet îlot de social-démocratie en Amérique du Nord. Les étudiants et leurs parents manifestent parce qu’ils sentent qu’un modèle de vivre ensemble est menacé. Comme le clame une chanson des rebelles : «On a mis quelqu’un au monde, on devrait peut-être l’écouter.»

Libération, François Sergent : “Symbole”.

Page du Libération du 26 mai 2012.

«Libérez-nous des libéraux.» Dans une chanson comique et engagée de 2004, les Loco Locass, un trio hip-hop québécois, francophone et souverainiste, réclamait déjà le départ de l’équipe gouvernementale. Sans effet. Au pouvoir depuis seulement un an, les libéraux de Jean Charest se moquaient alors des critiques de «la gogoche». En ce début de millénaire, le mouvement indépendantiste rassemblé dans le Parti québécois (PQ) n’était plus que l’ombre de lui-même. Le Québec semblait avoir renoncé à sa spécificité pour embrasser les valeurs des États-Unis. Magouilles. Une décennie plus tard, le Parti libéral est usé et englué dans les scandales. Les travaux d’une commission d’enquête, qui commence le 3 juin ses auditions publiques sur les magouilles dans le secteur de la construction, devraient éclabousser l’establishment du parti de Jean Charest. Avec ses amis, il a mené une politique à la Sarkozy, coupant dans tous les budgets, et diminuant les impôts des riches. «Prêt, pas prêt / la charrue Charest, acharnée / charcute en charpie la charpente de la maison qu’on a mis quarante ans à bâtir», chantaient les Loco Locass. Qui appelaient à l’aide. «Faut se ruer dans la rue, au printemps comme une crue / Faire éclater notre ras-le-bol, une débâcle de casseroles / trêve de paroles, faites du bruit ! / Un charivari pour chavirer ce parti.»

Huit ans plus tard, les étudiants sont dans la rue. Et derrière leur rejet des hausses des frais universitaires point celui d’une société libérale à l’anglo-saxonne. Et leur désir de défendre les derniers acquis de la Révolution tranquille des années 60, celle qui a fait du Québec, enfermé sous le double carcan d’un catholicisme francophone conservateur et d’une élite anglophone quasi coloniale, une société moderne. C’est de cette période que date la création d’une série d’universités francophones, accessibles à tous financièrement, qui a permis le développement d’une classe moyenne éduquée dans la Belle Province.

«Ce qui est en question maintenant sont les inégalités, pas seulement les frais de scolarité. Jean Charest a creusé un grand trou dont il sortira difficilement», soulignait vendredi, pour Reuters, Vincent Mosco, professeur de sociologie dans l’Ontario. Jean Charest fait profil bas. Plus question d’élections anticipées, qui, d’ordinaire, se tiennent un an avant la fin du mandat de cinq ans du Parlement provincial et auraient, par conséquent, pu déjà avoir lieu au printemps. Au plus bas dans les sondages, Charest aurait

décidé, dans la perspective d’un scrutin anticipé, de laisser pourrir le mouvement étudiant pour rassembler autour de sa personne les partisans de la loi et de l’ordre, estiment de nombreux commentateurs. Mais il est allé trop loin. La loi 78 qui punit d’amen-

des sévères les participants à des manifestations illégales lui a aliéné bien des sympathies. Le gouvernement a dû accepter de discuter avec les étudiants «alors qu’il avait espéré, comme De Gaulle en 1968, que des débordements violents retournent l’opinion en sa faveur», souligne le politologue français Gérard Fabre, de l’EHESS-CNRS.

Fleur de lys. L’équipe Charest souhaite une solution avant la tenue, en juin à Montréal, du Grand Prix du Canada de Formule 1, que les étudiants menacent de perturber, et l’ouverture de la saison touristique. L’opposition pourrait, à terme, y trouver son compte. Les jeunes défilent sous le drapeau à la fleur de lys, mais le Parti québécois, qui a longtemps gouverné la province, «n’est pas en mesure de cristalliser l’opposition au libéralisme», souligne Fabre. Toutefois, «le souverainisme pourrait avoir une nouvelle chance s’il incorpore des préoccupations comme la santé, l’éducation et l’écologie».

Libération, Hélène Despic-Popovic : “Punir et laisser pourrir, le choix risqué de Charest”.

Page du Libération du 26 mai 2012.

1. Le 25 mai 2012,
André Levasseur

Je sais pas si tu as vu la dernière d’Anonymous?

http://www.youtube.com/watch?v=mhhO_RLIWPg&feature=youtu.belle-l%C3%A0

2. Le 26 mai 2012,
Denys

“Le printemps érable ressemble au printemps arabe. Répression comprise”. Ah bon, à Montréal comme hier en Tunisie et plus encore au Caire, on décompte donc avec difficulté les morts et même plus les blessés ?

“Tout rassemblement de plus de 50 personnes est soumis à une autorisation de la police. ” Parce qu’en France, il n’en va pas de même ? Aller, petite piqûre de rappel pour les journalistes très occupés à regarder ailleurs. (Et démonstration en images de la tactique de la souricière, version Police nationale.)

3. Le 26 mai 2012,
Benoît Granger

Anonym : est-ce que c’est pas un peu pompeux, prétentieux, anti démocratique comme discours à la noix ? Nous (restons bien cachés) décidons que ce gouvernement est bla bla bla, et donc nous le menaçons…

Bof sur l’aspect débat politique ! Rebof sur l’aspect la majorité est la seule légitime pour foutre un pain aux libéraux !

(marrant comme on devient légaliste en vieillissant !)

4. Le 26 mai 2012,
OlivierJ

C’est vraiment un article dans le ton de Libé, avec son esprit polémique bien français. Déjà, “contre le libéralisme”, j’ai moins envie de lire… Heureusement que les autres billets de Laurent sont là avec les articles des journaux locaux.

5. Le 26 mai 2012,
Jauny

“La presse local est contre nous, mais pas les gens” ahah je ris

Blah ? Touitter !