Journal de bord

mardi 11 février 2003

Rosbif Thinking

Donald Rumsfeld, the American defence secretary, has rightly described this effective denuding of the Nato ally geographically closest to Iraq as “inexcusable” and “shameful”, but another adjective could simply be: “French”. Throughout its complex love-hate relationship with Nato, France has shown itself willing to put its own self-interest first and the concept of collective security nowhere at all.

(…)

This is of course how it should be. It is not just a desire for superpower status (without paying the concomitant costs) that motivates France and Germany; but also a desire to cash in on construction contracts in the Middle East that they hope will be awarded to them rather than American or British firms. The members of what we might call “the Versailles bloc”, after the palatial self-congratulation of their recent joint parliamentary sessions, have their eye on the profits that they hope will come their way as a result of Arab fury with Washington and London in the aftermath of a war against Iraq.

(…)

But if, by their posturing, France and Germany have weakened Nato’s protection of one of its most stalwart members, and if this were to result in a successful Iraqi chemical or biological attack on Istanbul, history will not soon forgive her leaders for their cynicism and attempted blackmail. As for Belgium, which even refused to provide ammunition for Nato’s liberation of Kuwait in 1991, perhaps we should have just let the Kaiser keep the place in 1914, rather than sacrifice a generation to earn such loathsome ingratitude.

There are plenty of ways for France to pursue her age-old policy of epater les Atlanticists - her invitation of Robert Mugabe to Paris being a typical example - but deliberately to refuse an ally protection as a war looms is ignoble even by Fifth Republic standards. That pacific, decent, united Germany should go along with such tactics is in some ways the foulest development of all.

[ Andrew Roberts, Daily Telegraph ]

Cher Monsieur Andrew Roberts,

Je vous imagine dans votre petite maison victorienne de Knightsbridge, non loin du Victoria and Albert Museum, dans votre petit costume de Saville Road, buvant votre thé à 5 heures et arborant votre poppy à la boutonnière tout le mois de novembre. Secrètement, vous regrettez la grandeur perdue de l’Empire britannique et vous savez que lorsque l’Écosse vous aura largué, l’Angleterre aura sur l’échiquier de la politique internationale une importance proche de celle de la Belgique. La Pomp and Circumstance March ne sera plus qu’une oraison funèbre sur les décombres d’un passé définitivement perdu. Pauvre Andrew, je vous plains de bon coeur d’être si indubitablement et irrécupérablement conservateur.

Je ne peux manquer de sourire lorsque vous nous retournez les intérêts économiques qui ne sauraient animer en aucun cas la vertueuse coalition UK-US.

J’ai un infini regret à vous voir instrumentaliser les morts de 14-18 de la même façon que les Américains instrumentalisent ceux du 09/11. Je dirais même que vous insultez leur mémoire.

J’ai une grande pitié à voir combien la Grande-Bretagne a définitivement renoncé à toute idée de grandeur. Votre politique internationale tient de la cuisine anglaise, elle est à proprement parler immangeable (quand elle n’est pas inexistante).

J’ai grand désappointement à voir que la Grande-Bretagne n’est plus qu’une marionnette sans âme et que ses citoyens n’y trouvent rien à redire ; sans doute sont-ils plus occupés par leurs trains délabrés qui n’arrivent jamais, leur système de santé qui n’en mérite plus le nom, leur paysage social qui ressemble aux plaines de la Marne.

Monsieur Andrew Roberts, un seul adjectif désuet vous résume entièrement : “britannique”. Monsieur Andrew Roberts, you are so simplistic that you are ridiculous.

Cher Monsieur, veuillez agréer l’expression de mes condoléances les plus sincères.

Andrew Roberts website

P.S. 11/02/2003, 14:50 : Toute la philosophie de M. Andrew Roberts se résume dans son oeuvre de science fiction : “He embarks on a trail of discoveries that lead to a scandal at the heart of the United States of Europe - the corrupt, bureaucratic, xenophobic Euro-superstate that has all but snuffed out British identity. (…) As body piles upon body, will the dreadful truth emerge of how British independence and sovereignty was extinguished by the now all-powerful USE? (…) I came to Euro-scepticism relatively early, opposing further European integration in the pages of the Sunday Telegraph and elsewhere from 1991 onwards. (…) As well as making a series of predictions about what Britain might turn into if she chose the federalist path, I made my reputation as the Nostradamus of the Right by foretelling various other social, economic and political developments, a bewilderingly large number of which have already come to pass.”

P.S. 11/02/2003, 15:00 : Quant à la participation de Robert Mugabe au sommet africain : “Et, lorsque cela servait ses intérêts, Washington n’a jamais eu le moindre scrupule à soutenir M. Saddam Hussein, dans les années 1980, et d’autres dictateurs : Marcos aux Philippines, Suharto en Indonésie, le chah en Iran, Somoza au Nicaragua, Batista à Cuba, Trujillo à Saint-Domingue, Pinochet au Chili, Mobutu au Congo-Zaïre, etc. Certains des tyrans les plus sanguinaires restent soutenus par les Etats-Unis, comme le délirant Teodoro Obiang, de Guinée-Equatoriale, reçu avec tous les honneurs à la Maison Blanche en septembre 2002 par le président George W. Bush…”
[ Ignacio Ramonet, Le Monde Diplomatique, via Karl ]

Rosbif Thinking, part II

BBC News: Talking Point.

Of course France is right to stand up for sanity against US greed and blood-lust. The vast majority of Britons agree with Jacques Chirac on this. What we should ask is why Blair is not doing the same.
John, Bristol, England

France and Germany are showing refreshing levels of sense with respect to this situation. The public have been given no credible evidence that Iraq, as a state, poses any threat beyond that than any other armed country does. I think Blair will find that a majority of the UK population will back Germany and France.
Pepe, Basingstoke, UK

How come everybody keeps saying it is the Europeans that force the split on Iraq? I think the blame for the current crisis should be placed with the US, after all they began this bullying tactics against the wishes of the majority of this planet.
Darek, UK

Vive la France! So good to see common sense prevailing over the Channel, such a shame that Bush and his poodle don’t care about public opinion, international opinion or international law.
Tom, London, England

Is France forcing a split? The French dare to express a different opinion to the US and are promptly and crudely abused by Rumsfeld and Powell. Divisions in Nato have always existed, it’s a membership organisation. The difference is that up to now these have been worked out diplomatically. As Bush and his team are finding out, negotiation by shouting insults generally doesn’t work.
Simon O’Brien, UK

Ces témoignages d’amitié franco-britannique réchauffent l’ambiance après le fort déplaisant factum de Mr. Andrew Roberts.

Monde Diplomatique, un dossier indispensable

Monde Diplomatique : cahier documentaire L’Empire contre l’Irak.

Plus rien ne semble capable d’enrayer la machine de guerre américaine. En février 150 000 soldats américains, appuyés par quelques supplétifs britanniques, seront réunis dans le Golfe, prêts pour l’assaut contre Bagdad. C’est dès le lendemain du 11 septembre 2001 que l’administration Bush décida de faire du renversement du régime irakien un axe de sa stratégie. Bien sûr, des responsables aussi importants que MM. Richard Cheney, Donald Rumsfeld ou Paul Wolfowitz préconisaient depuis longtemps une telle attaque. Mais les conditions dans laquelle le président George W. Bush avait été élu rendaient difficile la mise en oeuvre de cet objectif. Grâce au 11 septembre, cela est désormais possible.

C’est une vision manichéenne du monde qui prévaut désormais à Washington. « Qui n’est pas avec nous est avec les terroristes » affirmait le président Bush. Le document de septembre 2002, « The National Security Strategy of the United States », qui inclut pour la première fois la notion de guerre préventive, confirme la nouvelle orientation de l’hyperpuissance, qui considère que ses intérêts s’identifient désormais au droit (lire les documents de la première partie, Stratégie des Etats-Unis).

Il serait faux de croire que cette stratégie est une réponse directe aux attaques du 11 septembre 2001. Elle était déjà formulée dans un document de septembre 2000, signé par des membres influents de l’actuelle administration, avant leur arrivée aux affaires. Le terrorisme aurait remplacé le nazisme et le communisme comme nouvel ennemi des Etats-Unis. Mais le terrorisme n’est ni une idéologie, ni une menace stratégique - ne s’appuyant sur aucun Etat. Il est un épouvantail utile, à dimension variable, qui permet de discréditer un ennemi. Surtout quand il est associé, dans un triangle du mal, aux armes de destruction massive et aux Etats dits voyous (lire les documents de la deuxième partie, La menace terroriste).

Cette « guerre contre le terrorisme » sera longue, a prévenu le président Bush. Elle a commencé avec l’offensive en Afghanistan et le renversement du régime des talibans, s’est poursuivie par la mise hors la loi de centaines d’organisations et d’individus. Mais les critères de sélection restent flous, plus conformes aux visions américaines qu’à une - impossible - définition du phénomène terroriste. Cette guerre a également permis à un certain nombre d’Etats de justifier leur politique répressive : la Russie en Tchétchénie, Israël en Palestine, l’Inde au Cachemire, etc. Dans les pays du Nord, une offensive s’est aussi déployée contre les « ennemis de l’intérieur » souvent identifiés aux immigrés d’origine musulmane, voire aux contestataires (lire les documents de la troisième partie, La guerre contre le terrorisme).

C’est pour détruire les armes de destruction massive de l’Irak que les Etats-Unis ont décidé l’assaut contre le régime de M. Saddam Hussein. Pourtant, ils n’ont apporté dans ce domaine aucune preuve, en tous les cas pas la preuve que le gouvernement irakien était une telle menace pour la paix et la sécurité du monde que la guerre était indispensable. Le double langage de Washington apparaît clairement si l’on compare son attitude à l’égard de la Corée du Nord. Bien sûr, le problème de la prolifération des armes de destruction massive est réel, mais il demande une réponse multilatérale, à travers les traités existants et le renforcement des contrôles, notamment des exportations de matériel sensible. Les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne ne portent-ils pas une responsabilité sérieuse dans le programme mis en place par M. Saddam Hussein dans les années 1980 ? (lire les documents de la quatrième partie, Les armes de destruction massive).

La première victime d’une guerre sera le peuple irakien, qui subit depuis de longues années les méfaits d’une dictature sanglante et de sanctions criminelles. Le régime, responsable de deux guerres - contre l’Iran et contre le Koweït -, est soumis à un contrôle étroit depuis 1991. Le travail des inspecteurs des Nations unies a permis de réduire considérablement ses capacités de nuisance, mais il s’est accompagné d’un embargo sans précédent dans l’histoire. Une nouvelle guerre imposée à un pays dont la population est à bout de souffle et les infrastructures usées se traduirait, selon les Nations unies, par des centaines de milliers de victimes. Et la vision d’un Irak pacifique et démocratique qui succèderait à la dictature de M. Saddam Hussein relève plus du rêve - ou de la propagande - que de la réalité (lire les documents de la cinquième partie, L’Irak, un pouvoir à abattre).

L’on peut aussi s’interroger sur les retombées d’un nouveau conflit sur le Proche-Orient et notamment sur l’affrontement israélo-palestinien (lire les documents de la sixième partie, Une guerre au coeur du Proche-Orient).

Cahier réalisé par Alain Gresh, Maria Ierardi, Olivier Pironet et Philippe Rivière.

US, stay at home

Rares commentaires avisés piochés dans un warblogue (Istamerdique like) dont je n’ai vraiment pas envie de faire la publicité :

“This French-bashing is despicable at the best of times, but the implication that France as a country has got off easy during wartime while others have taken the strain just makes you ignorant. Lest you forget:
- the 360,000 French civilians killed in WWII, thousands of them murdered by Nazis, thousands killed in Nazi-held towns bombed by Allied planes;
- the 250,000 French soldiers killed in WWII, thousands while fighting the suicidal rearguard action which allowed so many British soldiers to be evacuated from Dunkirk; and
- the 1.4 million French soldiers killed in WWI, and if anyone needs to know anything about French bravery, they should go see some of the ’kids’ buried around Verdun. Maybe that (and the hundreds of years of preceding slaughter) would also explain why the French people nowadays tend to prefer their solutions peaceful, and regard bloodthirsty monsters like Bush and Rumsfeld with the trepidation and contempt they deserve.”

Posted by Digger at February 10, 2003 01:37 PM

“If you are going to try and use history (however clumsily) you should become properly acquainted with the facts. Where the hell was the USA in 1940 when France was being over-run?
We (the British) had to beg you for help throughout 1940-41 and were forced to sell most of our gold reserves in order to get anything at all. Go back to school and learn some history before you pass judgement.”

Posted by Historian at February 11, 2003 09:25 AM

À lire sur le même sujet :
La presse américaine se déchaîne contre Chirac, Nouvel Observateur où l’on peut lire ces savoureuses traductions :

Le parti de monsieur Chirac avait l’habitude de se décrire comme “gaulliste”. Charles de Gaulle avait un ego colossal, mais il s’est senti obligé, à un moment crucial, de représenter “une certaine idée de la France” (…). Sa préoccupation pour la gloire française et la tradition française l’ont parfois conduit dans l’erreur, comme avec sa déclaration explosive sur le “Quebec libre”. Mais (…) il a toujours refusé de prendre au sérieux les revendications de l’Union soviétique sur la possession de la Pologne, de la Hongrie, des pays tchèques et de l’Allemagne de l’Est. Il ne croyait pas que cela durerait ou pourrait durer : il avait un sens de l’histoire. (…)
Et on peut penser qu’il aurait un grand mépris pour son successeur pygmée: l’homme vaniteux, poseur et vénal qui, essayant d’agir telle une Jeanne d’Arc travestie à la calvitie naissante, fait de la France l’abject procureur de Saddam Hussein. C’est l’histoire du rat qui essayait de rugir”.
[ Christopher Hitchens, Wall Street Journal ]

Ces garçons sont morts pour sauver les Français d’un tyran nommé Hitler. Et maintenant, d’autres garçons américains sont prêts à combattre et mourir pour sauver le monde d’un tyran aussi vil, Saddam Hussein, et où sont les Français ? Ils se cachent, pètent de trouille. Proclament : “Vivent les mauviettes !” (…)
Un sondage affirme que les Français sont à 91% contre les projets du président Bush. Mais là encore, les Français ont l’habitude d’être contre tout, y compris cette curieuse habitude américaine de se doucher chaque jour.
[ Steve Dunleavy, New York Post ]

Euro-Petro-War ?

“A war in Iraq may not be about oil. Instead, it may be about the currency oil is traded in.”
Part one of essay by W. Clark.

En résumé, les USA auraient beaucoup à souffrir si l’euro devenait la devise mondiale du commerce du pétrole. Les raisons de la guerre à venir sont donc le contrôle politique et économique de la 2e réserve mondiale de pétrole, et obtenir ainsi un moyen de pression sur l’OPEP.

L’Irak a fait le choix de l’euro en novembre 2000, et l’Iran est en discussions sur le sujet. Une décision des pays de l’OPEP de faire basculer brutalement l’ensemble de ses transactions du dollar US à l’euro ferait chuter le cours du dollar de 20 à 40 %, ce qui pourrait entraîner une profonde crise aux États-Unis, d’autant plus qu’une des bases de l’économie américaine (le dollar en tant que valeur de réserve) aurait disparu. Il faut donc pour les États-Unis donner un message fort aux pays membres de l’OPEP et avoir une présence stratégique accrue dans le Golfe.

De fait, le choix des membres de l’OPEP serait sans doute davantage orienté par des considérations politiques qu’économiques. L’Iran par exemple, pourrait y voir une amorce de réplique subtile aux accusations de l’administration Bush quant à son rôle dans l’Axe du Mal. Durant l’année 2002, tous les fonds de la banque centrale de l’Iran furent convertis en euros… La déloyauté de l’Iran face au dollar pourrait voir désigner ce pays comme la prochaine cible de l’administration Bush.

L’hégémonie américaine pourrait disparaître en cas de dévaluation du dollar et de prix du baril trop élevé. Les États-Unis sont trop dépendants des énergies fossiles et le lobby texan pro-pétrole ne fait rien pour le développement des énergies renouvelables. Les pays de OPEP disposent d’un phénoménal moyen de pression sur les USA ; à trop les stigmatiser, ils pourraient s’en servir. La politique actuelle du gouvernement Bush peut être qualifiée de suicidaire.

1. Le 12 février 2003,
tehu

Intéressant… et inquiétant.

J’aimerai trouver une 2ème source qui va un peu dans la même conclusion.

Blah ? Touitter !