journal de bord | juillet 2007 | 30

Québec joual [09 h 00]

« Quand j’entends ce que vous faites à la langue française, ça me fait mal au cœur. »

C’était en 1995. Fraîchement débarquée d’Algérie, elle était émue de voir maltraiter une langue qui n’était pourtant pas la sienne, mais qu’elle parlait, je l’avoue, beaucoup mieux que moi.

Moi, cependant, je m’étonnais de la voir verser tant de larmes sur un massacre aussi abstrait. Aujourd’hui, quand j’y pense, il me vient à l’esprit qu’au même moment dans son pays, on se trucidait entre voisins, et qu’elle-même s’était retrouvée ici pour fuir des dangers autrement plus réels.

À l’époque, je n’ai pas su quoi lui répondre…

[Un long article critique sur le joual, accompagné d’illutrations sonores : “Québec joual”.]

1. karl, La Grange le 30 juillet 2007

Une langue ne vît que par sa pratique. La pratique n’existe que parce que des groupes s’approprient la langue et éventuellement la modifie. :)

Comme c’est un beau sujet à polémiques, poursuivons un peu. On ne fait pas du tort à une langue en la modifiant. Parler de « troll » à la place de provocation ne fait pas plus de dommages que des expressions toutes faites tirées de la télévision « On se lève tous pour … »

Une langue vivante relève du domaine de l’inceste. Les mots vivent dans la bouche des poètes qui en sont les premiers bourreaux.

2. retour2rop le 1 août 2007

Karl, je serais honoré si tu venais commenter mon article que tu ne sembles pas avoir lu.

Tu écris:

“On ne fait pas du tort à une langue en la modifiant.”

Une langue n’est pas un être vivant. On ne peut pas lui faire de tort. Mais une langue peut très bien s’appauvrir et réduire les horizons de ceux qui la parle. À ton avis, le joual nous enrichit ou nous appauvrit?

3. karl, La Grange le 2 août 2007

Je vais répondre.

Blah ?

Puteau, encore… [09 h 19]

L’acharnement manifesté par Joëlle Ceccaldi-Raynaud à faire de la publicité à Christophe Grébert laisse songeur…

1. Mec le 30 juillet 2007

Attaquer son ennemi, lui donner par là même du crédit puis le faire collaborer à de prochaines missions municipales. Technique utilisée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy…

2. be-rewt le 30 juillet 2007

Nom d’une poutre, on a un maitre ès point Eolas.

3. mry le 30 juillet 2007

Mec… Joëlle n’a pas l’intelligence de Nicolas.

Christophe… je le répète, le jour où tu fais un comité de soutien de blogueurs sans aucune couleur politique, je signe… genre : “Grébert soutenu par les blogueurs de tout bord”.

4. Christophe Grébert le 30 juillet 2007

Le lien entre Joelle Ceccaldi, maire de Puteaux, et Nicolas Sarkozy est pour le coup valable : Joelle Ceccaldi etait la suppléante de Sarko à l’Assemblée. Pour le comité de soutien, mry, suis ok. J’attends encore de voir comment les choses vont se passer localement.

Blah ?

Lettre de San Francisco [09 h 42]

J’avais été prévenu que la présence des SDF était quelque chose d’énorme, pour un regard d’Européen, mais j’avais sous-estimé la chose. « Quoi, des sdf, on en a plein, à Paris, je vois pas le problème ! ». Mais là je le voyais. Ce n’était pas un SDF mais cinquante, cent, un tous les cinq mètres, poussant son chariot, le corps couvert de gale. La plupart étant des malades mentaux avant d’être sans domicile, le système de soin ne prenant plus ces souffrants psychiatriques car ils n’ont rien pour payer, nous les retrouvons dans la rue, un peu partout, parlant à voix haute, se déshabillant, mangeant par terre, quémandant (rarement) une piécette aux touristes ou, alignés par terre contre les grillages des boutiques fermées (charmante rue menant à l’hôtel), nous les dépassons, une vingtaine, parlant fort et ne se souciant pas de nous. Mais tout de même. J’ai détesté. Détesté. Ca m’a cassé mon rêve à moi que je me faisais de la ville, une image d’Epinal gay alliant l’hédonisme, la joie de vivre à la Californienne, un certain paradis pour les homosexuels et, aussi, un endroit où je me sentirais de suite bien. Il paraît que SF était la « ville favorite de tout le monde ». Pas la mienne, de prime abord.

Le centre ville étant l’endroit où tous les services sociaux se concentrent (soupe populaire, assistance médicale, RMI), la cohorte de SDF passe d’un point à l’autre jour et nuit, toute l’année, pour y trouver un peu de quoi vivre et tenir une journée de plus. Image sidérante d’une Amérique qui crève la faim que nous n’avions pas vu ailleurs, dans nos pièges à touristes fascinants visités depuis deux semaines. Manger un hamburger en étant observé, de l’autre côté de la vitre, par un noir galeux en bonnet miteux, à moitié nu, bavant autant de faim que de folie, à quelques mètres de mon hôtel, non, décidément non, pour la dernière fois, ce n’était pas l’image que je voulais avoir de SF.

[Ron l’infirmier : “Soirée Diapo (11)”.]

1. Yogi le 30 juillet 2007

Un court instant, je rêvai que ce fut une note de LLM.

2. François le 30 juillet 2007

C’est malin de me casser mon rêve avant même que j’ai pu mettre les pieds à SF…

Triste cette situation.

3. josé le 30 juillet 2007

J’ai visité cette ville il y a de cela 10 ans, et pas le moindre souvenir horrible de cette description ! comme l’amérique a changée !!! peut-être aussi un regard sur l’avenir de notre pays.La californie du soleil vert.

4. Dave le 30 juillet 2007

Cela fait bien plus de 10 ans que U.N. Plaza à San Francisco est comme ça.

Non seulement il s’agit en effet d’un bon nombre des institutionnalisés relâchés dans la nature sur l’impulsion des politiques reaganiennes, mais la Californie en général, San Francisco en particulier, offrant parmi les meilleurs services d’assistances gratuites à ces populations (en plus d’un climat doux, nettement plus propice à la vie de la rue que la plupart des autres grandes métropoles), la ville récupère la misère de toute l’Amérique. Dans certaines autres villes (NYC en tête), le ménage de tels quartiers s’est fait au Karcher©™, avec bus entiers débarquant les indésirables à l’autre bout de l’état, à San Francisco, les tendances politiques nettement plus libérales (au sens américain) ont coupé court à toute velléité d’imiter cette approche. Mais comme par ailleurs, une ville de la taille de San Francisco n’est guère en mesure de régler les problèmes sociaux de 300 millions d’habitants à elle toute seule, le problème perdure et n’est probablement pas prêt de s’améliorer.

Néanmoins, SF est une très grande ville et l’énorme majorité des campements de SDF sont concentrés autour des quelques blocs au sud de Western Addition, le long de Market St. Endroits qui n’ont absolument aucun intérêt touristique et ne sont en général fréquentés que par les gens se rendant à leur boulot en centre ville ainsi que les innocents touristes qui se sont fait avoir par les prix alléchants de la brochette d’hôtels défraîchis qui nichent encore dans le quartier.

Pour ceux qui ne veulent donc pas gâcher leur vision hédoniste du San Francisco de leurs rêves, il est donc recommandé d’éviter les-dits hôtels et de prendre un Bed&Breakfast à peu près n’importe où ailleurs dans la ville: il y aura une plus jolie vue et beaucoup moins de dépendants au crack en train de faire les poubelles au coin de la rue.

5. Air le 30 juillet 2007

@ Yogi

exactement la même… Un bref instant, j’ai cru qu’il voyait enfin des couleurs, des formes, mais pour Loic le monde est si plat, qu’il ne voit que l’horizon et pas les clodos à ses pieds qui ne seraient que des faineants assistés : attends mec, au Us tout le monde peut réussir ;-)

6. peuples.net le 30 juillet 2007

je ne comprends pas, avec la défiscalisation et les heures sup’, ils devraient survivre tout de même.

C’est sans doute qu’ils ne le veulent pas

7. Ddt le 30 juillet 2007

Si vous êtes à San Francisco, passez tout de même visiter une maison bleue, adossée à la coline. On y vient à pied, on ne frappe pas, ceux qui vivent là ont jeté la clé.

Désolé, j’ai pas pu m’en empêcher.

8. ron le 30 juillet 2007

Peuplée de lumière ? Peuplée de fous ? Elle sera dernière à rester debout !!

9. Simon le 30 juillet 2007

@ peuples.net Frisco est connue pour être un centre de convergence des SDFs de tout le pays…

10. Simon le 30 juillet 2007

@ Laurent: au passage, avez-vous reçu mon mail?

11. Laurent le 30 juillet 2007

Heu, non, il doit y avoir un problème d’adresse.

12. Laurent le 30 juillet 2007

(Tout comme votre adresse de courriel est erronée…)

13. Daniel Glazman le 30 juillet 2007

Je confirme, malheureusement… Market Street, c’est un peu beaucoup la cour des miracles.

14. flo le 30 juillet 2007

eh oui, SF c’est cela aussi, et ça ne date pas d’aujourd’hui. Aux USA, plus de 25% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Certains Etats virent les “pas visibles”, d’autres les laissent circuler. Il y a aussi tous ceux qui ne sont pas dans la rue mais dans de véritables bidonvilles, excentrés et donc moins visibles pour les visiteurs. A SF, il y a aussi beaucoup de gens qui bossent, ont un revenu, mais pas de logement, soit parce que c’est trop cher et que les exigences des bailleurs sont trop démentielles, soit à cause du gap entre l’offre et la demande : pas assez de maisons et d’appartements, même si les prix étaient accessibles il y aurait toujours moins de logments que de gens à loger. Alors les gens dans ctte situation se débrouillent —il y a des hôtels qui ont une formule à l’année, ce n’est pas forcément peu cher mais l’accès est plus facile (pas de bail, on paye>>on loge).

Il y a une phrase qui me fait un peu de peine quand même dans le billet de ron :

“leur présence (et leur odeur…) est constante, dans les bus, les trams, les rues autour du gros centre ville. C’est une donnée qui peut gâcher un peu les vacances, les miennes en tout cas. Je ne suis pas en repos pour voir crever le monde, surtout dans un pays aussi riche et aussi insolent.”

Eh oui, la misère ça gâche la vie. Surtout celle de ceux qui sont dedans et qu’elle fait à ce point sortir de l’humanité ordinaire, que dans l’esprit de “l’humain ordinaire” ils n’existent plus davantage que les inconvénients de la pollution ou de la prolifération des chiens. Je ne veux pas dire par là que Ron soit cynique e ntant que personne, mais que la façon dont son texte sépare ces SDF vus du monde des “gens comme moi”, reflète la séparation entre deux mondes dont l’un n’est pourtant que la production de l’autre. Système de castes séparées par des murs de verre, l’empathie humaine et la règle du “semblable” sont des tickets non valables au delà du mur de verre.

15. Denys le 30 juillet 2007

Quelque chose comme ça ?

16. flo le 30 juillet 2007

apartheid intime : c’est exactement ça. Merci pour ce lien :))

17. Simon le 31 juillet 2007

(@Laurent: je dispose d’un certain nombre de boîte mail, dont certaines ne servent qu’à recevoir le spam-non pas que j’imagine que vous me spammiez mais paranoïa oblige.. je vous envoyé le mail avec une adresse gmail)

18. Laurent le 31 juillet 2007

Pas reçu.

19. karl, La Grange le 31 juillet 2007

Il n’y a pas que SF d’ailleurs. Vancouver possède une rue similaire également.

Mais en effet, Market Street exacerbe une des réalités du continent nord-américain qui est d’autant plus choquante par le décalage violent qu’il y a avec les happy fews de la Silicon Valley.

Il y a peut-être aussi dans notre regard une forme d’hypocrisie. Nous trouvons souvent plus choquant une rue avec des SDF à San Francisco, que les rues de Sao Paulo ou Bombay. La pauvreté y aurait presque un attrait « touristique. » Les différences sociales y sont pourtant également immenses. La misère sociale est installée dans les grandes zones urbaines au niveau mondial. Il y a des quartiers de villes familières que nous éviterons parce que nous savons. On est souvent son propre Tartuffe.

Je me méfie souvent des villes où on ne voit pas de misère. Il arrive bien souvent que les autorités locales fassent le ménage en la repoussant des endroits visibles des passants, mais sans pour autant la résoudre.

20. nico le 31 juillet 2007

Ca casse mon rêve de Sf. Mais bon pour avoir vécu au Brésil, je peux vous dire que l’image de Rio est largement galvaudée aussi. Là dès le coucher du soleil à 18 ou 19 heures, c’est des bandes entières de gamins des rues qui sillonnent la ville. C’est compréhensible dans un pays comme le Brésil qui se relève petit à petit mais dans la plus grande démocratie du monde… J’ose pas imaginer ce que ce doit être à Detroit ou à Atlanta.

21. ron le 2 août 2007

Et je me fais traiter de tarlouze pour avoir osé raconter ça…Sympa ! (http://no-pasaran.blogspot.com/)

Injure homophobe, ça faisait longtemps.

22. Anne Onyme le 2 août 2007

Des « malades mentaux avant d’être sans domicile ». ? Tu as discuté avec eux pour savoir ? À mon avis, la plupart ont d’abord été « SDF » avant de « péter un câble  ». Et je suis sûr qu’il y aurai de quoi péter un câble, si on subissait ce qu’ils ont subi. Dans un monde de tarés, qui est-ce qui est vraiment fou ? À mon avis, ce sont les soit-disants « malades mentaux » qui ont la réaction la plus naturelle, la plus franche…

Et puis à propos de rêve, ça me fait penser à ce que l’on appelle le « syndrome du voyageur ». Et en particulier, à l’anecdote qui voudrait que les touristes japonais (qui auraient une vision idéalisée de Paris, du genre Amélie Poulain) seraient extrêmement déçus par la réalité, ce qui provoquerai chez eux un trouble psychiatrique (passager).

Quelle ironie !

Peut-être que tous ces « sans domicile fixe » sont en fait des touristes qui ne se seraient jamais remis de leur choc ? Non, je plaisante. La réalité est moins drôle…

23. Mpok le 3 août 2007

Pareil que josé (commentaire #3, sauf que c’était plus proche des 15 ans que de 10) : je n’ai rien vu de tel. Mais de toute façon, probablement que même si je les avais vus, je n’aurais pas eu la même réaction (problème de maturation à l’époque, et surtout j’étais un peu trop dans mon trip “Welcome USA”)… En tout cas, je garde un EXCELLENT souvenir de cette ville (et c’est pourquoi je réagis tristement à cet article). Sinon, +1 avec flo (commentaire #14), maintenant, avec le recul nécessaire.

Blah ?

Hommage à Ingmar Bergman [22 h 18]

Tout l’esprit d’Ingmar Bergman dans ce film court de 1968, “De Düva”. Si vous ne devez voir qu’un seul film bergmanien, c’est assurément celui-là.

(MP4, en version originale sous-titrée qui permet d’apprécier toutes les nuances subtiles de l’euphonique langue suédoise si méconnue.)

1. romu le 30 juillet 2007

merci

2. Daniel Glazman le 30 juillet 2007

[Commentaire excessivement critique à l’égard de ce chef d’œuvre de la cinématographie suédoise censuré.]

3. samantdi le 30 juillet 2007

Quiconque m’assurera 3000 euros de rente mensuelle pourra avoir en exclusivité la teneur du commentaire censuré de Glazou, polyglotte ayant longtemps vécu en Suède.

Droü Droü

4. Laurent le 30 juillet 2007

@Samantdi : femme vénale.

5. samantdi le 30 juillet 2007

C’est ça ou m’inscrire sur Blogbang.

6. Laurent le 30 juillet 2007

C’est vrai qu’avec ton train de vie et tes dispendieuses pochettes à rayures bayadères…

7. Joachim le 31 juillet 2007

de filmska is ein chef-d’oeuvreska

8. Laurent le 31 juillet 2007

Tu parles suédois ! Oh !

Blah ?

Mayo pas fraîche [22 h 58]

Alors que le Tour de France 2007 s’est achevé dimanche par la victoire de l’Espagnol Alberto Contador, sur lequel la suspicion de dopage pèse déjà, un nouveau scandale vient de s’abattre sur la Grande Boucle. Iban Mayo a en effet été contrôlé positif à l’EPO (érythropoïétine), a annoncé lundi son équipe Saunier Duval. [Le Figaro.]

Nous pensions être débarrassé du Tour de France sur la scène médiatique, et bien non, le cadavre bouge encore…

1. nico le 31 juillet 2007

Il n’est pas près de mourir le cadavre, il est tellement chargé qu’il risque bien de renaître même après être passé dans les flammes de l’inquisition anti-dopage (il s’agit plus d’une flamme de briquet que d’un feu de la st Jean d’ailleurs). Qu’est ce qui a changé depuis l’ère du plus grand dopé de tous les temps (Lance Armstrong)? Euh… rien, la réponse est rien.

2. Chondre le 31 juillet 2007

Il y a juste un truc qui me troue le cul. On ne parle que très rarement des effets du dopage chez les sportifs. Même si nous sommes bien loin des grosses vaches aquatiques est-allemandes, les accros du dopage risquent de crever dans d’atroces souffrances avant la quarantaine. L’EPO reste un facteur de croissance capable de favoriser l’apparition de cancers divers et variés. Cerise sur le gâteau, les coureurs ont le sang proche de la consistance du boudin créole et risquent ainsi de claquer suite à un événement cardiovasculaire.

Wééé. C’est vraiment la fête du sport.

Blah ?

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