Journal de bord

samedi 19 mai 2012

Abus de pouvoir

Le gouvernement Charest a choisi de dénouer la grève étudiante sur les droits de scolarité par la manière forte, suite logique de sa gestion d’une crise qu’il n’a jamais comprise ni maîtrisée. Son scénario était mauvais et la conclusion de l’histoire ne peut qu’être lamentable. Nous la dénonçons.

Les seuls mots qui peuvent qualifier la loi numéro 78 adoptée hier par l’Assemblée nationale pour assurer un retour aux études sont ABUS DE POUVOIR. S’il fallait une loi pour assurer les conditions d’accès à l’enseignement, ce qui était nécessaire en soi, rien ne justifiait de suspendre les droits démocratiques fondamentaux de l’ensemble des citoyens québécois, tel le droit de manifester qui sera désormais soumis à des conditions et des contrôles exercés arbitrairement par les corps de police.

Pourquoi un tel excès d’autorité ? On ne peut que remarquer que, dans l’histoire du Québec et du Canada, deux États démocratiques dotés de chartes des droits et libertés qu’on porte fièrement à la boutonnière, la tentation autoritaire est présente dès que la tension sociale croît. Elle est le corollaire de la peur engendrée par la faiblesse des autorités en place. Les exemples sont nombreux. Il y a bien sûr la Crise d’octobre, mais aussi l’abus de force des policiers lors du sommet du G20 à Toronto il y a deux ans. Dans le cas présent, cette faiblesse a été démontrée par l’incapacité du gouvernement Charest à régler par le dialogue cette crise.

Ces tentations autoritaires, nous avons toujours cru au Devoir qu’il fallait les dénoncer, même s’il fallait être seul contre tous. C’est ce qu’avait fait avec courage en 1970 Claude Ryan lorsque fut imposée la Loi sur les mesures de guerre. Le respect des droits fondamentaux fait partie de nos valeurs. Nous avons toujours été préoccupés par le destin collectif de notre société, mais tout autant soucieux d’assurer aux individus une protection contre les abus et dérives de l’État. Les voix qui protestent contre ceux contenus dans la loi numéro 78 sont nombreuses. Le gouvernement Charest a bien accepté quelques amendements à son projet de loi, mais la loi telle que votée va trop loin.

Le mépris ressenti par les groupes étudiants, et qui a fait obstacle à de saines négociations de toutes parts réclamées, s’articule aujourd’hui dans une loi porteuse d’arrogance et d’une volonté affirmée de casser une crise devenue hors de contrôle, alors qu’il s’agissait au départ d’un désaccord politique comme le Québec en a souvent connu. Pour les étudiants, cette loi est une « déclaration de guerre ». Pour les groupes sociaux, c’est l’occasion saisie par l’État pour miner des droits fondamentaux. La contestation juridique qui s’annonce sera vive.

L’idée d’une pause dans cette escalade insoutenable, par suspension des cours, eût suffi. Mais non. La dégaine est excessive : elle heurte de plein fouet des droits aussi cruciaux que ceux de l’expression et de la manifestation, bafouant la démocratie. Elle déborde du cadre habituel de la dissuasion avec des amendes outrancières - pour des étudiants qui dénoncent une hausse des droits ! Elle menace l’existence des groupes étudiants, leur nie tout rapport de force par voie de grève en faisant du droit à l’éducation le principe suprême, écorchant du coup le droit d’association. Elle incite à la délation. Sombre dans la dangereuse insignifiance en s’en prenant aux carrés rouges. […]

Le Devoir, Bernard Descôteaux, Josée Boileau, Jean-Robert Sansfaçon, Marie-Andrée Chouinard, Serge Truffaut : “Loi 78 - Abus de pouvoir”.

Merci Nathalie, Xavier et les autres

The team behind ‘Laurence Anyways’ attends the film’s premiere in Cannes, France.

[Photo Gareth Cattermole/Getty Images.]

1. Le 19 mai 2012,
VinZ

J’avoue que le carré rouge n’est pas la première chose ayant attiré mon attention sur cette photo.

Plutôt le chemisier de Suzanne Clément.

2. Le 19 mai 2012,
Laurent Gloaguen

Rhhhoooo… j’avais même pas remarqué :-D

3. Le 19 mai 2012,
gilda

Dire le chemisier dans un tel cas est une preuve d’élégance. ;-) J’en porterais bien un moi … de carré rouge. (sous la boutade, un peu de sérieux)

4. Le 20 mai 2012,
Dave

[pour continuer dans le hors-sujet] Apparemment, les gens n’ont toujours pas compris que les flashs, ça marche comme un rayon X sur les textiles un peu fins.

Blah ?

Girouettes politiques

[…] Il apparaît particulièrement ironique que la hausse des droits de scolarité soit devenue une affaire non négociable, un point central de la crise. Car c’est peut-être le sujet à propos duquel les chefs de parti ont le plus souvent changé d’avis, au gré de leurs ambitions personnelles.

Jean Charest était pour le dégel des droits de scolarité en 1998. Contre en 2002. Pour en 2007. Pauline Marois était pour le gel en 1995. Contre en 1998. Pour en 2005. Contre en 2007.

Quant au chef de la CAQ, François Legault, il approuve désormais la hausse des droits avec tout l’enthousiasme d’une bonne soeur amourachée d’un bénitier dans lequel Jésus aurait peut-être fait pipi. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

« Le gel des frais de scolarité doit être maintenu […], disait M.Legault, en février2004. C’est vrai qu’ils sont bas au Québec par rapport au reste du Canada. Mais dans bien des pays d’Europe, comme la France, les frais de scolarité [ne] sont rien par rapport au Québec. Et je suis de cette école de pensée, à l’effet qu’il faut avoir les frais de scolarité les plus bas pour faciliter l’accessibilité. C’est notre jeunesse qu’on forme, nos leaders de demain. Et si des gens, par leurs études, remplissent des professions bien rémunérées, […] alors ils vont payer plus d’impôt et acquitter leur dette à la société. »

M. Legault ajoutait que le gel constituait un exemple de la « gauche efficace » qu’il voulait incarner.

Étonnant, n’est-ce pas ? Mais il est vrai qu’en 2004, M. Legault faisait partie d’une autre troupe de théâtre, celle du Parti québécois.

[…] Sûr que le Québec n’a pas présenté un visage aussi inquiétant depuis la crise amérindienne de 1990. À côté de cela, même le référendum de 1995 ressemble à un pique-nique en famille, par un beau dimanche d’été, en compagnie de Bob le bricoleur.

Comment pourrait-il en être autrement ? En trois mois, le premier ministre n’a jamais trouvé les mots pour calmer les uns et les autres. A-t-il seulement essayé ? On attendait l’homme d’État. On a eu droit à une mauvaise caricature de vendeur d’aspirateurs. Ricanant, partisan à l’excès et souvent indigne de sa fonction.

Qu’à cela ne tienne. À défaut d’une ronde ultime de négociation, M. Charest a choisi le gros bâton. Et si d’aventure ses paris tournent mal, il lui restera toujours le programme absurde du dramaturge Bertolt Brecht. « La jeunesse du Québec n’est pas à la hauteur, dirait-il. Il faut une loi d’urgence pour l’abolir et pour en élire une meilleure. »

La Presse, Jean-Simon Gagné : “À quand une loi pour interdire la jeunesse ?”.

1. Le 20 mai 2012,
ontopic

Dans la série des girouettes, n’oublions surtout pas François Rebello. Il avait lutté contre la hausse des frais de scolarité à la tête de la FAÉCUM, présidé la FEUQ, défendait le gel au sein du Parti Québécois, et affichait jusqu’à récemment son soutien au mouvement étudiant.

Il a voté pour la loi 78.

Blah ?

La jeunesse n’a pas toujours raison

[…] Vite surnommée loi-matraque. À côté de cela, l’augmentation des frais de scolarité ne parait plus grand chose. Indignation à gauche. “Infâmie”, “abus de pouvoir”.

Charest veut écraser le mouvement étudiant. Réussira-t-il ? La désobéissance civile s’annonce…

On attend encore les communiqués des partis de gauche français pour soutenir nos cousins d’outre-Atlantique…

Les corrompus liberticides du PLQ feraient bien de songer à la phrase prononcée par François Mitterrand à l’Assemblée Nationale le 8 mai 1968 :

“Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.”

Le blog de VinZ : “Québec : printemps érable et loi 78”.

Le major Isoré

Stéphane Hessel en France, Jean-Pierre Isoré au Québec…

Ne manquez pas la fin de la vidéo.

1. Le 19 mai 2012,
Joachim

Ah ouai il y en avait du monde au balcon… décidément, avec Suzanne Clément, c’est la soirée des surprises :)

2. Le 20 mai 2012,
Emmanuel

Impressionnant, mais que signifient ces petites mains qui s’agitent tout au long de l’intervention ? Rapport à des caméras ? applaudissements muets ?

3. Le 20 mai 2012,
ontopic

Applaudissements silencieux, en effet. Il me semble que c’était la façon d’applaudir dans la culture sourde/muette, qui a été reprise par des groupes progessiste par la suite.

L’avantage principal est de permettre d’applaudir sans interrompre. Ça permet également de gagner du temps lors d’assemblées délibérantes.

4. Le 20 mai 2012,
Laurent Gloaguen

C’est exactement ça.

Blah ?

Lesbienne pas belle

Tweets de Thomas Gerbet dans la nuit du 16 au 17 mai.

Témoignage de Thomas Gerbet, journaliste à Radio-Canada :

Aux alentours d’une heure du matin, alors que la foule était dispersée et que les agents procédaient à des arrestations massives, Bruno Maltais et moi-même nous sommes postés à quelques mètres des événements pour prendre des photos. Nous étions à une distance raisonnable, environ une dizaine de mètres. Un policier nous a demandé de nous écarter en pensant certainement que nous étions des manifestants. Nous avons présenté notre carte de presse, mais il a dit que ça n’avait pas d’importance.

Alors que nous ne bougions pas pour finir de prendre des photos, le ton est monté, il nous a crié dessus. Il a avancé sur nous avec sa matraque tenue à deux mains. Nous nous sommes écartés sur le trottoir d’en face, mais ça ne semblait pas être suffisant pour d’autres de ses collègues qui nous ont écartés plus loin en nous poussant avec leur matraque tenue à deux mains devant eux.

Quelques minutes plus tard, j’ai été témoin d’un policier qui a insulté une manifestante de “lesbienne” puis de “pas belle”. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé auparavant. Je me suis donc arrêté pour observer la scène. Bruno a tenté de filmer. Le policier nous a crié de “dégager”. Nous avons alors spécifié que nous étions journalistes.

Il est venu très proche de mon visage et m’a demandé ma carte de presse de manière insistante et intimidante. Il a dit que nous ne sommes pas des journalistes, car nous utilisons des “iPhone” comme les autres manifestants. On a essayé de lui expliquer que ce sont les nouveaux outils de travail, mais il a dit qu’on n’a rien à faire derrière leur dos, qu’on les dérange. Il semblait visiblement à bout et aussi contrarié qu’on ait assisté à la scène de l’insulte. L’agent a répété que, pour lui, nous ne sommes pas des journalistes.

Le ton est un peu monté et j’ai demandé son matricule (qui n’était pas affiché). Il n’a pas voulu le donner et a été voir son responsable avec nos cartes de presse. Ce dernier nous a traités comme des moins que rien en nous faisant la leçon sur ce que l’on doit faire et ne pas faire comme reporter, qu’on est toujours dans leurs pattes, qu’on ne comprend pas leur travail, etc. J’ai de nouveau exigé le matricule du premier agent. Il m’a dit: “tu te comportes comme eux, les manifestants, qui demandent nos matricules”.

Je me suis senti intimidé et brimé dans mon travail.

Via Projet J, observatoire du Journalisme.

1. Le 19 mai 2012,
Maxime

Ca va finir comme les manifs Devaquet cette histoire.

Ils savent que Chirac a perdu l’élection en 1988, et Balladur en 1995, pour tous les deux, probablement en partie parce qu’ils se sont mis la jeunesse à dos.

Ceci dit.

Ca n’a pas tellement changé, en l’absence d’hommes politiques représentant la jeunesse…

Blah ?