journal de bord | janvier 2003

Fausse-couche [jeudi 2 janvier 2003]

Lu dans Matinternet, site d’information québécois.

Le premier bébé de l’année serait né en Gaspésie.
Le 01 Janvier 2003 - 15:27 - C’est sur le coup de minuit pile que le premier bébé de l’année aurait vu le jour au Québec. L’événement s’est produit au Centre hospitalier de Gaspé alors que la petite Kelly-Ann, fille de Karine-Valérie Sheehan, 28 ans, et de Gino Smith, 36 ans, serait née. Kelly-Ann pèsait 250 grammes et mesurait 51 centimètres à la naissance. La mère et le bébé se portent bien.

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Le sapin de la concierge s’est suicidé [jeudi 2 janvier 2003]

Rue Royale, au bureau. Une bourrasque farceuse a abattu le grand sapin de Noël que la concierge avait installé dans l’entrée. Navrant spectacle que ces boules brisées et cet autrefois fier conifère, désormais inutile, gisant au milieu de ses décorations éparpillées. Mais moi, je le sais, ce n’est pas le vent et je vous le dis : le sapin de la concierge s’est suicidé.

Sentant au dessèchement de ses aiguilles que sa fin était proche, et Noël n’étant plus qu’un lointain souvenir, il se sentait de trop, dépassé, laissé pour compte. Il a préféré abréger son calvaire. Respectons son choix.

Paix à ton âme, beau sapin, roi des forêts. Requiescat In Pace.

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Pourquoi faut-il respecter les standards ? [vendredi 3 janvier 2003]

Ma lecture du moment : “Quels sont les standards du Web, et pourquoi dois-je les utiliser ?”.

Ou le retour du structurel sur le Web… Un mouvement de fond qui traverse actuellement le Web, un retour à l’originel, quand le balisage HTML était avant tout porteur de sens (ainsi les balises “address” ou “cite” qui catégorisaient leur contenu sans donner la moindre indication de la forme). Aujourd’hui, on peut retrouver du sens au code tout en gardant la forme grâce aux CSS. Hélas, il y a encore loin avant l’adoption généralisée de ces règles, si cela arrive un jour. Car les règles sont contraignantes. Heureusement, il y a des apôtres qui ont pris leur bâton de pélerin et portent la bonne parole : cessez le bricolage et l’anarchie, respectez les standards du Web.

En attendant, pour apporter ma modeste pierre à l’édifice, je me cultive sur le sujet. Ma prochaine étape sera d’arriver à vendre à un client un site XHTML conforme aux règles… Et çà, c’est pas gagné.

Si vous ne connaissez rien des standards, que XHTML n’évoque rien pour vous, allez donc visiter cette page.

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Paris sous la neige [samedi 4 janvier 2003]

Il neige aujourd’hui sur Paris et le phénomène est assez rare pour qu’il mérite d’être signalé.

Mon lapin est tout content, ça lui rappelle son Québec.

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Audience [dimanche 5 janvier 2003]

En 1996, date de mon premier site Web personnel, laborieusement édité avec SimpleText, il n’y avait pas encore beaucoup de sites. Pour peu que vous eussiez(*) un peu de contenu original et une présentation agréable, vous n’aviez aucun problème à vous faire inscrire dans des annuaires comme Yahoo et même à être le Pick of the Week. Et vos statistiques affichaient rapidement des centaines de milliers de visiteurs. Vous receviez régulièrement des courriers de lecteurs enthousiastes du monde entier. C’était facile, c’était presque magique.

Aujourd’hui, il y a des centaines de milliers, voir des millions de sites personnels. La plus grande partie est souvent sans grand intérêt. Il faut dire aussi que le site (en HTML 2.0) qui vous aurait fasciné en 1996 vous ferait sans doute sourire aujourd’hui. 1996, à l’échelle du temps Internet, c’est déjà vraiment la préhistoire.

Aujourd’hui, votre site personnel a bien peu de chance (sinon aucune) de se trouver référencé sur Yahoo. Et seule une politique de référencement habile et obstinée peut vous faire apparaître dans les toutes premières pages de résultats de l’incontournable Google. En 1996, vous pouviez écrire n’importe quelle fadaise sur la vacuité de votre inintéressante existence, et des milliers de lecteurs vous lisaient, certains même réagissaient et vous envoyaient des courriers de sympathie. En 2003, vous pouvez écrire les choses les plus intéressantes, les plus profondes, les plus bouleversantes et poignantes, pousser un cri dans l’immensité numérique, et être votre seul et unique lecteur.

Moralité : le Web commence a ressembler à la vraie vie. Vous pouvez crier, pleurer, souffrir, agoniser, personne ne vous entend.

(*) Oui, oui, c’est un imparfait du subjonctif…

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Oui au clonage informatique [lundi 6 janvier 2003]

20030108.jpg

Raël, chef spirituel du Mouvement Raëlien International, la plus grande organisation sur le sujet extraterrestre au monde comptant plus de 55 000 membres dans 84 pays, a fondé voilà 5 ans la première société de clonage des êtres humains, Clonaid.

Dans ce livre, il explique pourquoi le clonage humain tel qu’il est possible actuellement est la première étape vers la possibilité pour tous de devenir éternels. Non seulement en créant des clones qui seront des répliques physiques exactes de nous-mêmes, mais également en transférant dans leur cerveau notre mémoire et notre personnalité ce qui nous permettra réellement de vivre éternellement. Nous nous souviendrons de tout notre passé et pourrons accumuler des connaissances à l’infini. Le plus grand rêve des êtres humains, la vie éternelle, qui n’était promise par les religions du passé qu’après la mort et dans un mythique paradis, devient ainsi une réalité scientifique.

Raël, visionnaire exceptionnel, explique aussi comment de nombreuses nouvelles technologies vont révolutionner notre environnement et notre vie. La nanotechnologie par exemple qui supprimera l’agriculture et l’industrie, les super-intelligences artificielles qui dépasseront de beaucoup l’intelligence humaine, la vie éternelle possible sans corps biologique dans des ordinateurs, la téléportation, les robots biologiques, voici quelques sujets parmi beaucoup d’autres que ce livre aborde en nous permettant d’entrevoir un futur extraordinaire.

Et comme le dit Raël, ce futur n’est pas de la science fiction pour le siècle prochain: tout cela va apparaître dans moins de 20 ans ! Un livre pour se préparer à un monde inimaginable faisant de la Terre un paradis où; plus personne ne sera obligé de travailler.

Non, non, ce texte n’est pas une plaisanterie. C’est le texte présentant le dernier opus de Raël (Claude Vorilhon) sur le site de sa désormais célèbre société de clonage Clonaid.

Comme dans de nombreuses religions, Raël nous promet la vie éternelle, mais pas une vie éthérée dans un paradis autant imaginaire qu’inimaginable, non, il fait mieux encore : il promet une vraie vie dans le monde réel. Et cela grâce au clonage, et admirez le processus proposé : on vous clone, on fait grandir de façon accélérée votre clone, on lui place le contenu de votre cerveau (mémoire et personnalité) dans le sien. Simplissime ! Hélas, je crois bien que Raël n’aura pas assez de temps à vivre pour voir toutes ces bouleversifiantes inventions. Car autant le clonage est déjà presque un acquis scientifique, autant pour les étapes suivantes, je reste très sceptique, même si l’on a déjà vu tout cela maintes et maintes fois au cinéma. (Je crois que Raël est trop allé au cinéma).

Je m’interroge également quant à la capacité du cerveau humain à accumuler des connaissances à l’infini. Le cerveau est bien une merveilleuse et encore mystérieuse machine mais j’imagine qu’il y a forcément des limites a ses capacités. Déjà que j’ai des problèmes de mémoire à moins de quarante ans…

Notons également l’assertion comme quoi toute religion est “du passé”, ce qui laisse clairement à comprendre que la seule religion du présent (et sans doute de l’avenir) est celle de Raël. Si vous voulez être croyant et “à la page”, vous savez ce qui vous reste à faire…

Quant à la nanotechnologie qui va supprimer l’agriculture comme l’industrie, et l’arrivée des super-intelligences artificielles, on est en plein délire.

Autre incongruité : pourquoi se donner tant de mal à créer des clones humains et ensuite leur transvaser le contenu d’un cerveau alors que “la vie éternelle (sera) possible sans corps biologique dans des ordinateurs” ? Si le but premier est l’éternité, pourquoi s’embarrasser d’un corps biologique ? Pour ma part, quitte a être éternel, je préfère l’option ordinateur (je n’aime pas la souffrance propre au biologique…). Mais il y a une bonne raison à ce choix raëlien : il parait que Claude Vorilhon est très porté sur la bagatelle, et ce n’est pas demain la veille que les ordinateurs auront l’option ébats amoureux (et je ne veux même pas imaginer mon Mac aller faire des cochonneries avec le laptop Windows du voisin, quelle horreur, je le castre tout de suite !).

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Les surprises d’un Whois [mardi 7 janvier 2003]

À l’occasion d’un Whois pour vérifier la disponibilité d’un nom de domaine, on a parfois des surprises :

Registrant:
Mr Bilbo Baggins
105 Seven Alley Road
Loonieasston
The Shire
TS1 8TN
UK

Domain Name: MATELOT.NET
Registrar:
“Mr Easyspace Hostmaster”

Record last updated on 2002-03-20.
Record expires on 2003-02-04.
Record created on 2000-02-04.

Domain servers in listed order:
NS1.SYNTECH.CO.UK 194.168.234.230
NS2.SYNTECH.CO.UK 194.168.234.200

Si vous ne connaissez pas cet étrange Mr. Bilbo Baggins, c’est que vous avez échappé à l’envahissante trilogie (et vous devez sans doute vivre sur une île déserte).

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Top 50 International Firms [mardi 7 janvier 2003]

Qu’ont en commun les célébrissimes sociétés Adobe Systems, Amazon.com, Arthur Andersen, AT&T, Coca-Cola, Disney, ExxonMobil, Mattel, McDonald’s, Merrill Lynch, Microsoft, Monsanto, Nestlé, Network Solutions, Nike, Qwest Communications, Verisign, Verizon, Wal-Mart, Xerox et Yahoo ?

Elle sont listées dans l’Open Directory Project et l’annuaire de Google dans la catégorie « Allegedly Unethical Firms » (sociétés prétendument immorales). Et il est vrai qu’aucune d’entre elles n’inspire particulièrement la sympathie. Si vous pensez du mal de l’une (ou plusieurs) d’entre elles, cette catégorie sera pour vous une précieuse ressource de documentation pour asseoir votre opinion.

J’attends avec impatience la création de la catégorie équivalente dans l’arborescence française de Dmoz. J’ai quelques noms à proposer !

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Increase your breast size [mercredi 8 janvier 2003]

J’avais l’habitude que l’on parle de la taille de mon pénis, voilà que l’on commence à me parler de celle de mes seins. Mais qui a dit à ces stupides spammeurs que j’étais transsexuelle ?

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Are You Satisfied With The Size Of Your Breast?

Do You Want To Increase Your Bust Size?

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On appréciera le fait que, pour l’émetteur de ce message, la qualité de vie d’une femme est proportionnelle à la taille de ses seins. Affligeant.

Origine du spam : 67.98.241.14
http://broadwing.net/
Broadwing, USA

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Happy new year ? [mercredi 8 janvier 2003]

Je suis vraiment fatigué que l’on n’arrête pas de s’intéresser à la taille de mon pénis. Ce n’est pas que mon pénis soit ridicule mais il est vrai qu’il n’est pas bien grand, juste normal. Et cela ne me dérange absolument pas, et je tiens à le dire à tous, à la terre entière, et en particulier à ces imbéciles de spammeurs que la taille de mon pénis me convient parfaitement et que je n’ai pas envie de m’intoxiquer avec des pillules douteuses ou de me torturer mon précieux kiki avec des pompes en plastique.

Bref : J’AIME MON PÉNIS TEL QU’IL EST ! À bon entendeur, salut.

HAPPY NEW YEAR !!!

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Je ne souhaite pas par ailleurs faire partie du club très fermé des famous pornstars worldwide (heu, quoique… faut voir).

Origine du spam : 24.150.75.51
http://www.cogeco.com/
Cogeco, Canada
Site spammeur : http://www.pillmedics.net/
Pillcrazy
P.O.Box 5678 - Athens - Crete 7654 - GR
Mike Bower, mike@pillmedics.net
NS4.NSHOST.BZ
NS1.NSHOST.BZ

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Fed Up With Annoying Pop-up Ads [mercredi 8 janvier 2003]

C’est ma journée de guerre au spam aujourd’hui… Voici un spam qui peut faire sourire : il s’agit d’un spam contre le spam publicitaire sur le Web (ces fenêtres pop-up qui surgissent à votre insu vous proposant invariablement casinos en ligne, caméras espionnes, voyages de rêve, etc.) :

Fed Up With Annoying POP-UP ADS

Surf the Net on Your Own Terms!!

?STOP POPUP ADS? ZeroAds TM

** Fed Up With Annoying POP-UP ADS and BANNERS Interrupting Your Browsing?
** Tired Of Web Sites Placing COOKIES on Your Computer without Your Permission?
** Frustrated By Slow Internet Surfing Speeds?

ZeroAds? Takes Back the Web from Ads & Delivers it To You on Your Terms!!
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Dieu merci Mozilla et ses différentes déclinaisons permet de bloquer ces énervantes fenêtres pop-up. Mais moi aussi, I’m fed up :
I’m fed up with annoying ads and garbage in my mailbox!
I’m tired of ass holes sending me crap-mail without my permission!
I’m frustrated by bastards abusing of my time!

Ouf, ça soulage !

Origine du spam : 64.121.32.226
http://www.rcn.com/
RCN, USA
Site spammeur : http://owe-less.com/
Owe-Less Media
PO Box 1377 - Brooklyn - NY 11251 - US
Phone (347)214-7999 - Fax (347)214-7999 - domainreg@owe-less.com
NS1.SPARKDNS.COM
NS2.SPARKDNS.COM

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Where are YOU blogging from? [vendredi 10 janvier 2003]

Martine, dans son Blogue bilingue en quête d’identité, a lancé une idée que je trouve toute simple et magique :

Where are YOU blogging from?

In a previous post, I talked about a project I had in mind of gathering photos of the favorite blogging spots of bloggers. There is something telling and sometimes touching about a personal working space and the things that surround it. I also like the idea of seeing these “blogging spots” through the eyes of the bloggers themselves, who had to step back for a moment to take the photo.

Anyway, since “une image vaut mille mots”, I thought I would give this little project a start with the photos people have sent me this week. Maybe it will inspire you, dear readers and accidental surfers, to take a step back and photograph that desk or favorite blogging spot of yours. (Bilingual version to come soon.)

Je me suis donc empressé de faire des photos de mon environnement de travail. Je blogue plutôt au bureau, pendant l’heure de midi ou tard le soir.

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Première impression, ce n’est pas très bien rangé, mais dites-vous que normalement, c’est bien pire… et que là, je considère que c’est très bien rangé ! On distingue sur les photos mon précieux G4 bi-processeur, ma pipe, ma lecture du moment Cascading Style Sheets, The Definitive Guide, un disque dur éventré, un DVD de West Side Story (je l’avais prêté à un collègue qui vient de me le rapporter), ma montre (je n’arrive pas à travailler avec une montre au poignet) et puis pas mal de papiers, des factures à contrôler, des cahiers des charges, des appels d’offres, des documentations techniques. L’autre G4, c’est le serveur de l’entreprise dont j’ai la responsabilité. Enfin, le tapis de souris Amazon.fr, c’est vraiment pas pour faire de la publicité… j’aurai dû mettre la souris de façon qu’on ne puisse pas le lire… mais cela aurait été un début de mise en scène et trahirait donc peut-être un peu l’idée de départ de Martine. Voilà ! Ultime précision, la scène se passe à Paris en France, dans le 8e arrondissement.

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Mon lapin à moi [vendredi 10 janvier 2003]

Vous vous demandez peut-être qui est ce “lapin” qui partage ma vie et auquel je fais parfois allusion ici. Mon lapin, et bien c’est mon chum !

Récit de notre rencontre, écrit en 1998 :

Maudit Internet… Non content d’occuper mes nuits et d’alourdir considérablement ma facture téléphonique, voilà que tu bouleverses ma vie et mon cœur…

Et oui, cela devait arriver… après quatre ans de solitude, meurtri par le deuil, voilà qu’il m’arrive ce que je n’espérais plus : l’amour. Je me pensais déjà chanceux de l’avoir connu avec tant de force une fois dans ma vie, que cela n’était déjà pas donné à tout le monde… Et voilà que cela m’arrive de nouveau, l’amour fou, l’envie de donner, de tout partager.

Seul un petit obstacle matériel pour troubler cette belle histoire, l’élu de mon cœur se trouve à 6500 kilomètres de chez moi… Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ;-) Mais avec Internet, notre planète est devenue singulièrement plus petite…

Bourse de Montréal

Tout cela a commencé le 22 octobre 97, sur un réflecteur CU-SeeMe. Charles, un montréalais avec qui j’avais déjà eu l’occasion de “jaser”, me présente son meilleur ami, Yves. Et avec Yves, cela a tout de suite marché, une qualité de contact, de communication, rare et que peut-être seul le Net permet. Nous nous sommes racontés nos vies respectives, nous avons partagé nos doutes, nos angoisses, nos joies. Et au bout d’un mois de longues conversations à bâtons rompus, je devais me mettre clairement à l’évidence : Yves occupait désormais une place majeure dans ma vie et j’étais en train de tomber amoureux.

Yves

Mon cœur vibrait pour lui, je m’inquiétais de lui, la fameuse tempête de verglas sur le Québec qui me priva quelques jours de sa présence me fut insupportable… Nous vivions des moments forts, chargés d’émotions, par le réseau interposé.

Mais tomber amoureux a distance comme cela, même si nous avions l’image animée, ce n’était pas très raisonnable. N’étais-je pas en fait amoureux d’une image, d’une construction de mon esprit, d’un être virtuel peut-être fort différent dans le monde du réel ? Je me posais bien des questions mais les faits étaient là, je ne pouvais plus passer un jour sans voir Yves et passer plusieurs heures en sa compagnie. Je ne parlais que de lui à tout le monde.

Montreal

Nous envisagions tous les deux avec un peu d’angoisse ce fameux test de la réalité, de la rencontre physique, que nous avions planifié pour début avril.

Mais fin janvier, alors que je m’apprêtais à déménager de Paris pour la Bretagne, voilà qu’il me prend un coup de folie. Tellement envie d’en avoir le cœur net. Tellement envie de le serrer dans mes bras. D’autant plus que pour lui, cela ne va pas très fort, il est en train de quitter l’homme avec qui il vit depuis dix ans après un amer constat d’échec. Je passe devant une agence de voyage, je ne réfléchis pas beaucoup, je pousse la porte d’un air décidé et je dis à une charmante jeune femme du nom de Samantha que je désire partir au plus vite à Montréal, que peu m’importe la date du moment qu’elle est proche. Et Samantha, après moins d’une minute, me trouve un vol à un prix dérisoire. Je suis sur un nuage, j’aurais envie de lui faire la bise. Je n’ai plus qu’à courir à la mairie faire un passeport…

Bien sûr Yves m’a dit que j’étais complètement fou mais à voir son grand sourire (qui me fait craquer) je voyais bien qu’il n’était pas mécontent. Seulement un peu effrayé par la soudaine proximité de la grande rencontre. Et moi aussi, un peu angoissé…

Vieux Port

Me voilà donc en vol pour Montréal le 5 février… Mes bagages s’égarent à London Heathrow où; je transite (merci British Airways) mais quelle importance… Les paysages enneigés commence à défiler, l’avion se pose à Dorval. Mon cœur se serre. De longs couloirs, le contrôle des passeports, une annonce me prie de me mettre en contact avec un agent BA pour me confirmer l’égarement de mon bagage, des papiers a remplir, la douane, puis une grande double porte qui s’ouvre… Une foule compacte derrière une barrière, des regards dans l’attente, des petits panneaux brandis, et en moins de quelques secondes je localise, un peu en retrait, près d’un pilier, mon cœur s’arrête. Je ne contrôle plus grand chose. Il m’écrase dans ses bras. Il m’entraîne vers la sortie, je lui propose d’aller prendre un café. Je ne sais plus ce que l’on s’est dit, nous étions fébriles, sous le choc.

Il a loué une chambre de charme, un petit nid d’amour dans un B & B du Village (Ruta Bagage). Impossible d’aller chez lui où; il vit encore avec son ex.

La nuit tombant, il m’embarque dans une promenade sur le vieux port, brrr… qu’il fait froid…

Place d’Armes

Montréal est une grande ville américaine, tout est américain ici, le tracé au cordeau de la ville, les rues qui font des kilomètres en ligne droite, les voitures, la signalisation, l’architecture, sauf une anomalie : ici on parle français. Enfin un français assez diffèrent, avec ses tournures, expressions et mots qui lui sont propres. J’ai même parfois l’impression que pour chaque mot nous n’avons pas le même univers sémantique associé. étrange. La communication n’est donc pas très aisée. D’autant plus qu’il y a l’accent, je ne comprends pas la moitié des gens et je suis souvent obligé de faire répéter Yves deux ou trois fois. Et le pire, c’est que personne ne semble me comprendre. Mon accent ne passe pas avec les québécois… drôle de sensation de se sentir ainsi autant étranger.

Que dire ce ces quelques jours… Je les ai vécus avec une intensité rare. J’ai l’impression que tout cela a duré un mois tant c’était riche. Oui, même dans le réel, dans le concret, le physique, j’aime Yves, avec passion. Ce n’était pas un artefact du net, pas une tromperie… J’en suis sous le choc, je m’abandonne, je me laisse porter…

Que de souvenirs… Que de moments forts…

Il me faudrait des pages et des pages sans arriver à vraiment les circonscrire…

Je devais rentrer lundi soir mais mon avion fut annulé (merci British Airways…). Je suis donc parti mardi soir à 21 h 25, l’aéroport de Dorval était désert. J’étais tout chaviré. On s’est étreint, fort, on a pleuré. Notre destin est désormais scellé. Plus l’un sans l’autre. Je me suis retourné une dernière fois pour un signe de la main, un sourire embrumé de larmes. Et puis les longs couloirs déserts, l’embarquement, l’abattement. Le retour vers la vieille Europe…

Et depuis je vis dans le manque. Je n’ai qu’une envie, de retourner à Montréal et de le serrer bien fort dans mes bras.

Yves, tu me rends fou…

Yves, tu me manques… terriblement.

Charles

Charles, celui par qui tout a commencé,
notre petit Cupidon à nous.

Yves

Yves au parc Lafontaine.

Laurent

Laurent au vieux port.

Photos de Montréal provenant du site :

Montreal Cam

En savoir plus sur Montréal :

Ville de Montréal

Rutabagage
Rutabagage
1345, rue Sainte-Rose - H2L 2J7 Montréal - 514-598-1586

Post-scriptum, 10 janvier 2003 :
Beaucoup d’émotion à relire ce déjà vieux texte. Et cette belle histoire continue… aujourd’hui, Yves partage ma vie à Paris et je crois que cette histoire à encore beaucoup de chapitres à venir.

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Dimanche matin [dimanche 12 janvier 2003]

Dimanche matin. Fait beau dehors, y a du soleil. Fait plutôt frette, enfin pour Paris.

Moi sous la couette, lui à l’ordi.

Il a mis Beau Dommage, ambiance années soixante-dix.

Il a regardé les photos de la pochette “Tiens, on était tous comme ça au CEGEP”. Je lui ai dit, tu sais, c’était tout pareil ici, c’était les babas-cool.

Il m’a dit qu’il avait seize ans en soixante-seize (il est de 60). Seize ans en soixante-seize. Ambiance je m’souviens.

Y parait qu’on écrit comme on parle
C’qui voudrait dire qu’on écrit mal
On est des traîtres
On va faire disparaître
La langue de nos ancêtres

Mais ça c’est donc pas de not’ faute
Nos mots sont juste l’écho des vôtres
Nous on arrive, vous nous d’mandez d’écrire
C’que vous avez jamais osé dire

Quand t’as seize ans en soixante-seize
T’es ben plus loin que tout l’monde pense
On est d’accord pour n’importe quelle révolution
à condition qu’elle se danse…

Il m’a achevé avec Harmonium… J’suis allé prendre ma douche.

Je lui ai fait un poulet rôti, accompagné de pommes Dauphine et de Saint-Chinian, il m’a dit “Aussi bon qu’à St Hubert ».

Je lui ai fait part de mon absence d’opinion sur le sujet du clonage, du fait que je ne trouve pas d’argument contre, il m’a dit “Fait pas ton Foglia ».

Voilà, c’était le dimanche matin d’un couple biculturel à Paris, c’était le bonheur d’être ensemble à écouter des vieilleries pis à se dire des niaiseries.

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Cas de conscience [dimanche 12 janvier 2003]

Je travaille dans une agence de pub et de marketing. L’argent que je gagne, c’est en prenant les cons-ommateurs pour la première syllabe de ce qu’ils sont. Parfois, j’ai un peu honte, mais il faut bien manger.

Je fais du testimonial avec des consomm-actrices dont la photo vient tout droit de chez Corbis, au discours rédigé par notre formidable équipe de con-cepteurs-rédacteurs. Je travestis la réalité pour faire des actionnaires heureux.

Je vous emmène dans des ambiances délicieusement balnéaires où; même le paysage est vendu à crédit. J’aide les pauvres à être plus pauvres, je leur prête des rêves dérisoires en leur disant que c’est le bonheur. J’aide les alcooliques en leur promettant l’ivresse de notes boisées et la distinction de breuvages d’exception. J’aide la ménagère de moins de quarante ans à être épanouie en consommant selon ses envies. J’aide les vieux à mourir sereins grâce à leur convention-obsèques Sérénité. J’aide les jeunes à se suicider avec le scooter qui les emmènera au bout de leur passion. J’aide les pires mégasociétés capitalistes à avoir l’air humain et proche de vous.

Je vous méprise et j’ai tant d’amour en retour.

Je vous prends par la main pour vous mener dans ce pays merveilleux où; les couleurs sont Made In PhotoShop, où; les femmes sont toutes belles et intelligentes, où; les hommes sont virils et amusants, où; il n’y a pas de drames, pas de maladies, pas de morts (sauf pour de rire). Je vous crée de toutes pièces des désirs sonnants et trébuchants.

Voilà, je suis payé tous les jours à vous prendre pour des cons, et ça marche plutôt bien.

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MacWorld [lundi 13 janvier 2003]

Je vous jure, immédiatement après ces deux heures où; il nous a tenu en haleine, tel le dernier amant romantique, nous faisant monter à l’occasion au septième ciel pour ensuite adopter un rythme plus lent, comme l’amant italien qui pratique la carezza, j’étais prêt à acheter tout de ce qu’il venait de nous dire. Adios le sens critique.

Toutefois, après cette séance où; il nous a laissés pantelants, le souffle coupé, en plein délire post-orgasmique, on se surprend à allumer une clope pour ensuite réfléchir aux performances de l’amant. “Maudit vendeur !” Il nous a encore eus.

Mais de qui parle Michel Dumais dans sa rétrospective de Macworld ? Vous avez sans doute deviné

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Obsolescence du sémantique [lundi 13 janvier 2003]

Un billet qui va faire parler dans le Landerneau des Web Standards :

Standards are bullshit. XHTML is a crock. The W3C is irrelevant.
I’m migrating to HTML 4.

à lire sur Dive Into Mark : Semantic Obsolescence.

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Vox populi… [mardi 14 janvier 2003]

Sondage Times Europe

Notez l’impressionant nombre de 112 793 réponses à ce sondage proposé en ligne par Time Europe. Dix minutes après cette capture d’écran, il y avait déjà 1 000 réponses supplémentaires…

Moins étonnant quand on sait que des dizaines de weblogues citent le lien…

P.S. au 17.02.2003 : 221 870 votes. The United States : 82.1 %

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Mille mercis [mardi 14 janvier 2003]

Merci à Michel Dumais qui me souhaite la bienvenue dans le monde merveilleux de la blogosphère.

Je suis également très honoré que Martine Pagé ait écrit le premier commentaire de mon blogue.

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Pipe #01 [mardi 14 janvier 2003]

ceci n’est pas un blogue.

Ceci n’est pas une blague un blogue.

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Et mon blogue devient plus beau ! [mercredi 15 janvier 2003]

Les outils informatiques, et aussi parfois les standards, malmènent souvent la typographie car les créateurs de ces outils sont généralement tout à fait ignorants de l’art typographique.

Les deux plus dommageables problèmes que l’on rencontre sur nos ordinateurs sont les apostrophes et les guillemets.

La véritable apostrophe typographique a la forme d’une virgule dans une police classique. Dans une police “sans-serif”, ce sera souvent une barre inclinée. L’apostrophe n’est en aucun cas une barre verticale. La barre verticale que propose l’ordinateur en guise d’apostrophe est en fait le signe prime en notation mathématique [‘]. La confusion entre les deux peut être redoutable dans les polices italiques (la fausse apostrophe risque de rentrer en collision avec la lettre précédente si cette dernière est montante). Et le respect de l’apostrophe typographique est bien plus plaisant à l’œil.

Les guillemets typographiques sont ouvrants [«] et fermants [»]. Les ordinateurs ne proposent que des guillemets "dactylo" identiques en début et en fin de citation.

Il existe différents types de guillemets, ainsi les guillemets anglo-saxons (“”) sont différents de leur homologues français («»). Ce qui caractérise les guillemets “français”, c’est moins leur forme que leur positionnement par rapport aux lettres minuscules. Ils sont en effet centrés par rapport à ces dernières ou “posés” sur la ligne de base. Contrairement aux “anglais” qui sont en position haute.

Dans la mesure du possible, on préférera les guillemets à la française (s’ils sont disponibles dans la police, s’ils sont beaux, etc.). Il faut être homogène dans ses choix et donc ne jamais mélanger dans un même document différentes sortes de guillemets.

Par ailleurs, les guillemets “français” sont séparés des mots qu’ils entourent par une espace (notez que le mot espace est féminin en typographie), toujours insécable. Les guillemets “anglais” ne sont généralement pas séparés des mots qu’ils entourent.

Les guillemets “anglais” dans un texte en français peuvent parfois poser problème comme dans l’exemple suivant :
L’“apostrophe dactylo” est à proscrire dans la composition soignée.
La succession [ apostrophe ] + [ guillemet ouvrant ] est bien plus jolie comme ceci :
L’« apostrophe dactylo »…

En typographie allemande soignée, les guillemets sont encore différents :
„Frankfurter Allgemeine“

John Gruber propose un intéressant plugin pour Movable Type (version 2.5 ou plus) qui permet un enrichissement typographique de votre blogue.

Il s’appelle SmartyPants et il a différentes options de filtrage :

smart_quotes : transformation des guillemets (") en vrais guillemets typographiques. Et également transformation des apostrophes (‘) en leur équivalent typo correct.

smart_dashes : transformation d’un double tiret (—) en tiret long.

smart_ellipses : transformation d’une suite de trois points en caractère “points de suspension” (…).

smarty_pants : réunion des trois filtrages ci-dessus.

SmartyPants ne modifie rien dans les textes balisés

 et , ce qui est judicieux.

Hélas, SmartyPants ne gère que les guillemets anglo-saxons et pas les français.

Bien que ne connaissant pratiquement rien à Perl, j’ai résolu le problème en effectuant la modification suivante dans le code source (il s’agit de remplacer les guillemets anglo-saxons par leurs équivalents français accompagnés des espaces insécables indispensables) :

Code d’origine :

    # Double closing quotes:
    s {
        ([^\ \t\r\n\[\{\(])?
        "
        (?(1)|(?=\s))   # If …
                        # if not…
    } {$1”}xg;

    # Double opening quotes:
    s/"/“/g;

    return $_;

Code modifié :

    # Double closing quotes:
    s {
        ([^\ \t\r\n\[\{\(])?
        "
        (?(1)|(?=\s))   # If …
                        # if not…
    } {$1 »}xg;

    # Double opening quotes:
    s/"/« /g;

    return $_;

Si il y a un lecteur qui parle Perl, ce serait très gentil de me confirmer que ma correction est tout à fait correcte. Elle fonctionne bien sur mon blogue, mais je veux être sûr que je n’ai pas fait de bêtise !

Voilà, en espérant avoir apporté ma très modeste contribution à l’embellissement typographique des blogues francophones.

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Front de Libération du Poulet [vendredi 17 janvier 2003]

20030117.jpg

Le groupuscule People for the Ethical Treatment of Animals (Peta) s’attaque au géant américain du poulet frit Kentucky Fried Chicken (KFC). KFC, le plus grand exterminateur de poulets de la planète, est accusé de traiter inhumainement les poulets et de les égorger vivants.

Chickens are inquisitive and interesting animals and are thought to be at least as intelligent as dogs or cats. When in natural surroundings, not on factory farms, they form friendships and social hierarchies, recognize one another, love their young, and enjoy a full life, dust bathing, making nests, roosting in trees, and more.
Source : le site de PETA, Kentucky Fried Cruelty.

J’ai peur que les militants de Peta n’aient jamais fréquenté de basse-cour. Le poulet est certes un animal sympathique, mais l’intelligence n’est pas la première qualité qui vient à l’esprit quand on pense à ces gallinacés. Et c’est faire insulte aux facultés intellectuelles de nos félidés et canidés domestiques que de les comparer à des poulets stupides. (C’est une règle darwinienne qui fait que les carnivores sont généralement plus intelligents que les animaux végétariens. L’art de la prédation encourage le développement intellectuel.)
Quant à la vision paradisiaque du poulet vivant en liberté, s’organisant en société hiérarchisée, aimant ses enfants, profitant de la vie, qui s’ébroue dans la poussière, qui nidifie, qui se perche dans les arbres… on dirait un dessin animé. Rappelons aussi que le poulet est un animal domestique, créé par l’homme, qui n’existe pas à l’état sauvage.

Chickens are often still fully conscious as their throats are cut or when they are dumped into tanks of scalding hot water to remove their feathers. When they’re killed, chickens are still babies, not yet two months old, out of a natural life span of 10-15 years.
Source : le site de PETA, Kentucky Fried Cruelty.

Il faut savoir que lorsque le poulet passe dans un bain d’eau chaude pour le déplumer (la plumaison), il n’a déjà plus sa tête. On peut donc considérer, avec bon sens, qu’un animal sans tête n’est plus pleinement conscient de ce qui lui arrive. Comme d’autres oiseaux, le poulet décapité bouge encore mais ce n’est pas un signe de conscience. Peta nous précise aussi que les poulets sont encore jeunes lorsque qu’ils sont tués, “ils sont encore des bébés”. Franchement, y a-t-il une différence éthique entre l’abattage d’un poulet juvénile et d’une poule adulte, à moins de souffrir d’un grand excès de sensiblerie ou de pécher par anthropomorphisme ? Les militants de Peta ont peut-être été trop impressionnés par le film d’horreur Chicken Run

Peta propose, en remplacement, le gazage de nos charmants volatiles. Imaginez la scène : dans la froidure du petit matin d’hiver embrumé, une troupe caquetante d’une centaine de gais poulets se dirige vers la lumière du grand portail ouvert. Et voilà qu’on les pousse, qu’on les houspille ! Paniquée, la foule bruissante se précipite par la porte et se retrouve dans une grande pièce carrelée, toute blanche. Les poulets se calment. Mais un affreux pressentiment commence à les saisir. À quoi servent ces pommeaux de douche au plafond ? Silence. À peine on entend un furtif caquètement. Mais quelle est cette odeur ? C’est l’odeur de la mort. Quel est ce bruit de tuyauterie ? Un sifflement. Le gaz létal arrive ! Le lourd brouillard s’abat sur la foule. Ah, misérable poulet, que ton sort est tragique. Ton peuple est condamné à finir dans nos assiettes. Tu vivait gaiement dans ta basse-cour et te voilà traité comme un spectateur de théâtre moscovite ! Le gazage n’est-il pas lui aussi un crime abominable ? Comment Peta peut-il proposer une telle indignité ? Peta n’est pas très logique dans son discours.

Plus sérieusement, je préfère le poulet fermier bio : abattu comme il l’a toujours été, c’est-à-dire égorgé. Achetez du poulet élevé en plein-air, au bon vrai grain et égorgé par la fermière. Non seulement c’est plus bio, mais en plus c’est plus bon ! (C’est aussi plus cher, mais faire un acte politique et se régaler à la fois, ça a un coût).

Et puis je me méfie de ces gaz… Comment être sûr qu’il n’en reste pas des traces dans le poulet ? Et enfin que choisir : gaz moutarde, Zyclon-B, gaz russe spécial tchétchène ?

En France, dans les années 60-70, l’élevage intensif hors-sol du poulet, produit en six semaines, grâce aux hormones de croissance, aux antibiotiques et autres farines animales, a fait fuir les consommateurs. Ces poulets n’étaient pas chers mais aussi pas mangeables. Aujourd’hui, la tendance des aviculteurs est d’adhérer à des chartes de qualité afin de bénéficier de Labels Rouges attestant de la qualité organoleptique et sanitaire de leur production, et le poulet est revenu sur nos tables. Le poulet sans label se fait maintenant rare dans nos supermarchés. Le consommateur veut au minimum un poulet fermier ou un Label Rouge. Il est de plus en plus prêt à payer pour un poulet fermier issu de l’agriculture biologique. Mais ce qui irrite Peta, ce n’est pas tant l’élevage et l’abattage du poulet, c’est le fait qu’on le mange. Dire au grand public, ne mangez plus de viande, ça ne marche pas. Montrer des photos sanguinolentes, ça impressionne.

KFC a promptement réagi aux accusations de Peta :

LOUISVILLE, Ky. (January 7, 2003) - KFC is committed to the well being and humane treatment of chickens and we require all of our suppliers to follow welfare guidelines developed by us with leading experts on our Animal Welfare Advisory Council.
Source : Kentucky Fried Chicken Press Releases.

Traiter humainement les poulets… L’expression prête à sourire. Mais soyez rassuré, KFC a un Conseil de surveillance du bien-être du poulet, tout comme Nike a un conseil de surveillance de sa main-d’oeuvre humaine exploitée de façon inhumaine. Toute entreprise moderne se doit d’avoir un Conseil de surveillance de quelque chose.

Dawn Carr, director of Peta Europe, said: “KFC is the world’s largest killer of chickens, and as such has a responsibility to treat these birds humanely. Nearly 800 million chickens are killed every year in the cruellest ways imaginable. Although our ultimate aim is for people to go vegetarian, we are calling on KFC to implement some welfare standards and make life a little bit better for these birds.”
Source : The Independent.

“(If) these animals do have the same right to be free from pain and suffering at our hands, then of course we are going to be, as a movement, blowing stuff up, and smashing windows. For the record, I don’t do this stuff, but I do advocate it. I think it’s a great way to bring about animal liberation. And considering the level of the atrocity and the level of the suffering, I think it would be a great thing if, you know, all of these fast-food outlets and these slaughterhouses and these laboratories and the banks that fund them, exploded tomorrow. I think it’s perfectly appropriate (applause) and I think it’s perfectly appropriate for people to take bricks and toss them through the windows and, you know, everything else along the line. Alleluia to the people who are willing to do it.”
Bruce Friedrich, PETA Vegetarian Campaign Coordinator, at Animal Rights 2001 National Conference in McLean, Va., July 2, 2001.
Transcribed from a recording available at http://www.consumerfreedom.com/
Source : Kentucky Fried Chicken Press Releases.

Sans commentaires. Le terrorisme végétarien est aussi effrayant que tous les autres.

Pour terminer, je suggère à tous ces militants de consacrer leur trop plein d’énergie à des causes plus urgentes (la biodiversité, l’exploitation de l’homme par l’homme, etc.).

Occupons-nous d’abord des hommes et de la planète, on verra pour les poulets après.

Revenons sur terre, vous êtes-vous aperçu combien il est difficile de trouver de nos jours une poule ? N’ayez pas l’esprit mal tourné, je ne parle pas de la femme de m’urs légères ou de la danseuse, mais bien de la volaille qui sert à notre plat que je qualifierai de national, dominical, et ô combien de saison : la poule au pot.

“Je veux que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche.”
Henri IV.

Impossible de trouver la moindre poule au Monoprix où je fais mes emplettes, et c’est le cabas triste que je rentrais à la maison lorsque j’ai découvert une petite boucherie qui affichait de la poule, de la bonne vieille poule, à 6 euros le kilo. Sauvé. Hélas, la poule est en voie de disparition sur nos étals. Nos petits enfants mangeront-ils donc encore de la poule-au-pot ? Non, ils vous tanneront pour aller chez KFC ou au St-Hubert manger du poulet industriel. Et plus grands, ils deviendront végétaro-raëliens.

À lire, article de Libération : http://www.liberation.fr/page.php?Article=81582

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Légitime illégalité et organismes génétiquement modifiés [vendredi 17 janvier 2003]

Un collectif citoyen de personnalités politiques et d’artistes a participé hier matin à une action d’arrachage de colza transgénique dans un champ expérimental de la Marne. L’opération avait pour but d’exprimer sa solidarité au syndicaliste paysan José Bové, “condamné à cause d’une légitime transgression citoyenne”, et qui risque de retourner le 29 janvier en prison pour des faits similaires.

Au rang des organisations, on comptait Greenpeace, Attac, Droits devant et la Confédération paysanne. Parmi les personnalités : Anémone, Christophe Malavoy, Philippe Torreton, Benoît Delepine, Lambert Wilson, Robert Guédiguian, Noël Mamère, Mgr Gaillot.

Les personnalités ont arraché symboliquement des plants de colza dans ce champ expérimental d’un hectare destiné à étudier le “flux des gènes”, c’est-à-dire la dissémination des OGM par les pollens. Ils les ont ensuite remplacés par des plants de colza traditionnels avant de déployer une grande banderole “OGM = danger. Tous concernés”

Anecdote citée par Libération : Dominique Voynet est arrivée sur le champ très en retard. “Trop tard, comme pour l’Erika”, a lâché la comédienne Anémone.

“Nous refusons la criminalisation accrue de l’action militante, associative et syndicale, et exigeons que le législatif et l’exécutif fassent preuve de cohérence en condamnant de la même façon ces 32 personnalités ayant pratiqué la même forme d’action qui a pénalisé d’autres citoyens”, a souligné Droits devant.

Je reviens sur la “légitime transgression citoyenne”. C’est une belle expression. La légitimité, c’est la qualité de ce qui est juste, raisonnable, équitable. La légalité, c’est le caractère de ce qui est légal, conforme à la loi. Il faut parfois entrer dans l’illégalité pour être légitime. Juste un seul exemple : les Résistants contrevenaient à la légalité de l’État de Vichy, beaucoup l’ont payé de leur vie. Être hors-la-loi n’est pas incompatible avec le civisme (dévouement du citoyen pour l’État, de l’individu pour la collectivité).

Message personnel : Anémone, je t’aime.

Greenpeace : http://www.greenpeace.org/france/
Attac : http://www.france.attac.org/
Droits devant ! : http://droitsdevant.ouvaton.org/
Confédération paysanne : http://www.confederationpaysanne.fr/

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Nostalgie quand tu nous tiens [vendredi 17 janvier 2003]

Un émulateur Apple IIe sur Mac OS X :

http://apple2.intergalactic.de/

L’Apple II, mon premier émoi d’adolescence… [ soupir nostalgique ].

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Mon portrait par Tanguy [vendredi 17 janvier 2003]

Portait de Laurent par Tanguy

Moi, vu par Tanguy Le Monies de Sagazan.

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Fume, c’est du bio [vendredi 17 janvier 2003]

Lu dans Matinternet, site d’information québécois.

Démantèlement d’une serre organique dirigée par une dame de 75 ans
Le 17 Janvier 2003 - 11:34 - À Ste-Sophie, dans les Laurentides, la GRC a démantelé une serre organique de cannabis. On y a saisi pour 6 millions de dollars de marijuana. Quatre personnes ont été arrêtées. L’organisation était dirigée par une femme de 75 ans. La dame, ses deux enfants et un ami de ceux-ci ont été arrêtés sur place. Les policiers ont aussi saisi des champignons magiques.

De quoi écrire un roman…

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In God We Trust [vendredi 17 janvier 2003]

“The religious cant that will send American troops into battle is perhaps the most sickening aspect of this surreal war-to-be. Bush has an arm-lock on God. And God has very particular political opinions. God appointed America to save the world in any way that suits America. God appointed Israel to be the nexus of America’s Middle Eastern policy, and anyone who wants to mess with that idea is a) anti-Semitic, b) anti-American, c) with the enemy, and d) a terrorist.”
John Le Carré, in The Times.

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Il y en a qui se font attendre [samedi 18 janvier 2003]

“XHTML 2.0 ce n’est pas pour aujourd’hui. Désolé… :) (oui un peu pervert).”
Karl, la diva des standards.

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En Dieu Nous Croyons [samedi 18 janvier 2003]

“Je dirais tout au contraire que, ces jours-ci, l’antiaméricanisme est un devoir. Il faut être contre l’Amérique non pour ce qu’elle est, mais pour ce que M. Bush et son état-major s’apprêtent à faire. Il faut être antiaméricain comme il fallait être antiallemand en 1933 pour ce que Hitler s’apprêtait à faire.” (…)

“Mais il y a plus grave que cette mauvaise guerre. Il y la morale qui la porte. Il y a la doctrine Bush. Il y a, je cite un porte-parole de la Maison-Blanche (A. Fleischer), la volonté des États-Unis d’utiliser leur puissance pour répandre le bien dans le monde. Le bien selon M. Bush. Le bien selon la droite religieuse américaine. Le bien qu’il n’est pas interdit de joindre à l’utile (le pétrole), bien entendu. Le bien qui fonde la rhétorique de M. Bush, mais aussi de ben Laden : vous êtes avec nous ou contre nous.

Je reviens à Henry Miller. Dans l’essai déjà cité, cette prophétie : Cette machine colossale et insensée que nous avons faite de l’Amérique n’attend plus qu’un Lénine, un Mussolini, un Hitler.

C’est un Bush. »

Pierre Foglia, dans La Presse.

Lire aussi : In God We Trust.

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Célibataire [lundi 20 janvier 2003]

Air Canada

Mon lapin est parti pour Montréal ce matin, vol AC 871. Me voilà célibataire pour deux semaines. Ça va être dur.

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Logique aérienne [mardi 21 janvier 2003]

Je ne comprends vraiment pas la politique des compagnies aériennes qui fait qu’un allez simple est toujours plus coûteux qu’un allez et retour. Ainsi, pour aller à Fort-de-France l’année dernière, j’ai dû prendre un allez et retour. Alors que je n’avais besoin que d’un allez simple puisque que je revenais en métropole par la mer ! La préposée Air France a été incapable de me fournir une explication plus logique que “c’est toujours comme ça” et “vous savez, nous ne vendons généralement que des allez-retour”. Elle m’a donc vendu un allez-retour, moins cher qu’un allez simple, tout en savant pertinemment que je ne ferai pas usage de mon retour. Retour virtuel qui fut fixé à une date tout à fait arbitraire en fonction des tarifs.

La logique du transport aérien, c’est que la moitié d’un tout est supérieure à la totalité.

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Troublant [mardi 21 janvier 2003]

Une création assez troublante.

http://www.alterfin.com/yariv/index.html (ADSL recommandé).

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J’me souviens [mardi 21 janvier 2003]

Je prie aux lecteurs québécois susceptibles d’être heurtés par ce texte iconoclaste (provocateur ?) d’accepter par avance mes excuses.

Je viens d’apprendre (via la Grande Rousse) que le drapeau du Québec fêtait aujourd’hui ses 55 ans. Je le pensais beaucoup plus ancien en raison de sa facture très classique et très pure en regard des canons de l’héraldique (d’azur à la croix d’argent cantonnée de quatre fleurs de lys du même argent). Et ce drapeau fait tellement royaliste (bleu roy, croix et lys) qu’on le croirait volontiers de l’Ancien Régime.

Si je trouve le pavillon québécois simple et élégant, bien qu’à la symbolique marquée, j’ai toujours eu des doutes quant à la devise du Québec : Je me souviens.

La première fois que je l’ai vue, c’était sur une plaque d’immatriculation. C’était ma première visite à Montréal, et j’étais à bord du taxi qui me menait de Dorval au centre-ville. Je me suis alors dit que cela devait être une déclaration de foi du conducteur du véhicule. Il voulait sans doute dire “attention à toi, je t’ai à l’oeil”, comme d’autres ont des autocollants “bébé à bord” ou “Breizh atao”. Mais une minute après, je m’apercevais que tous les véhicules arboraient cette maxime. J’ai appris ce jour là que c’était la devise du Québec et je l’ai trouvée de prime abord dénuée de sens, et par la suite, évoquant un caractère revanchard et mesquin.

Je pense qu’il n’y a aucune grandeur de vue dans cette devise exclusivement tournée vers le passé. Elle exprime le ressentiment. Elle donne l’image d’un petit peuple renfermé, rancunier et intransigeant. De plus, elle n’a que peu de sens isolément, sinon un sens négatif. Pire encore, alors que je m’enquerrais du sens profond de cette devise auprès de québécois, je m’apercevais qu’elle était inexplicable par la plupart d’entre eux. Quelques uns m’ont dit qu’elle faisait peut-être référence au souvenir de ces maudits français (dont j’étais un vivant exemple, coupable par héritage), qui les avaient autrefois lâchement abandonnés dans leurs lointains arpents de sloche. D’autres m’ont évoqué le souvenir bien présent du “joug” anglais. En résumé : J’me souviens que l’histoire m’a fait bien des misères.

Peut-être devrait-il y avoir sur le drapeau du Québec un éléphant, animal qui symbolise la mémoire de maltraitances très anciennes ?

Le gouvernement du Québec a créé un site dédié aux armes et symboles du Québec. On peut y lire :

En concevant en 1883 les plans du Palais législatif de Québec (aujourd’hui l’Assemblée nationale), Eugène-Étienne Taché (1836-1912), architecte et sous-ministre des Terres de la Couronne, fit graver dans la pierre, sous les armes du Québec qui apparaissent au-dessus de la porte principale du parlement, la devise Je me souviens. Elle fut utilisée et désignée comme la devise du Québec durant plusieurs décennies. L’adoption en 1939 de nouvelles armoiries du Québec sur le listel desquelles elle figure, raffermit son caractère officiel.

En l’absence de textes où Eugène-Étienne Taché expliquerait ses intentions, c’est en se plaçant dans le contexte où il a créé cette devise qu’on peut en comprendre la signification. Taché a conçu la décoration de la façade de l’hôtel du Parlement comme un rappel de l’histoire du Québec. Il en a fait un véritable Panthéon. (…) D’autres éléments décoratifs évoquent des personnages ou des épisodes du passé et Taché avait prévu de l’espace pour les héros des générations à venir. La devise placée au-dessus de la porte principale résume les intentions de l’architecte : Je me souviens… de tout ce que cette façade rappelle.

En fait, personne ne sait au Québec ce que la devise veut réellement dire, et peu de citoyens sont au courant de cette conjecture architecturale. Je me souviens, oui, mais de quoi ?

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Useful Idiots [mardi 21 janvier 2003]

Je viens de lire dans plusieurs blogues américains des discours comme quoi ceux qui sont contre la guerre soutiennent ipso facto Saddam Hussein et les atrocités de son régime, voir pire encore. Je ne sais pas trop si c’est de la naïveté, de la bêtise ou bien de la désinformation volontaire.

Il semblerait aussi que la plus grande arme des va-t-en-guerre d’aujourd’hui est de faire l’amalgame entre pacifisme et extrême-gauche.

Moralité : il y a aussi des cons dans la blogosphère, comme dans la vraie vie.

Ce billet entre bien sûr dans ma catégorie “mauvaises humeurs”.

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Rappelle-toi Barbara ! [mercredi 22 janvier 2003]

Rappelle-toi Barbara !
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante, épanouie
Ravie ruisselante sous la pluie
Rappelle-toi Barbara !
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t’ai croisée rue de Siam
Tu souriais et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara !
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi, rappelle-toi quand même ce jour-là
N’oublie pas, un homme sous un porche s’abritait
Et il a crié ton nom Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t’es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara !
Et ne m’en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j’aime
Même si je ne les ai vus qu’une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s’aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara !
N’oublie pas cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l’arsenal sur le bateau d’Ouessant
Oh Barbara quelle connerie la guerre !
Qu’es-tu devenue maintenant ?
Sous cette pluie de fer de feu d’acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras amoureusement
Est-il mort, disparu ou bien encore vivant ?
Oh Barbara ! Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier et de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.


Jacques Prévert.

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Dans les étoiles… [mercredi 22 janvier 2003]

Mon horoscope du jour sur Cyberpresse.ca :
“Vous brillerez de tous vos feux sans pour autant être centré sur vous. Bonne journée pour les engagements. Bonne journée aussi pour régler certaines questions pressantes. Beaucoup d’activité et de mouvement.”

Tenez vous le pour dit : je suis particulièrement brillant aujourd’hui. Même si ce n’est vraiment pas l’opinion que je me fais de moi-même ces jours-ci. Peut-être seulement la peau grasse qui brille ? Quant à la question pressante : d’où viens-je, que fais-je, où vais-je… je ne pense pas la régler pour aujourd’hui. Et pour l’activité et le mouvement, c’était aujourd’hui plutôt morne plaine (mais la journée n’est pas finie).

Il y a des fois où je me demande si on a pas falsifié ma date de naissance. Et si j’étais Gémeaux finalement ?
“Vous auriez intérêt à choisir prioritairement des activités qui ne demandent pas un esprit de compétition. Avec vos proches, vous serez heureux de sentir qu’on vous aime pour ce que vous êtes. Adopter un rythme de vie calme vous fera du bien.”

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Éloge de la sagesse et la lenteur [jeudi 23 janvier 2003]

Après nous avoir fait sa petite crise existentielle, teintée de déprime, Mark Pilgrim nous annonce qu’il rejoint le Web Standards Project.

Karl (non, pas celui à l’éventail), réagit enfin au caillou dans la mare alors que les ondes de cet épiphénomène sont déjà bien dissipées. Il nous délivre le billet d’un sage qui se hâte lentement.

Nous y apprenons que les Working Drafts sont des documents de travail sur lesquels “on expérimente, on tente des choses, on vérifie les réactions de la communauté”. Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils suscitent des réactions épidermiques et des coups de gueule, ce sont les “réactions de la communauté”.

La question est : est-ce que l’XHTML 2.0 est l’avenir du Web ? Le commentaire de Karl est clair à cet égard : “XHTML 2.0 n’enterre pas HTML 2.0 (modulo RFC 2854), HTML 3.2, HTML 4.01, XHTML 1.0 et XHTML 1.1 qui sont des standards établis et que vous avez le droit d’utiliser en le faisant correctement.” Ouf, nous sommes rassurés. Car, à lire les Working Drafts, XHTML 2.0 est définitivement une affaire de geeks, et son usage sera forcément restreint à une élite, et/ou à des produits professionnels.

Pour ma part, avant de songer à des horizons lointains, je vais me contenter de digérer les révolutions du HTML 4.01 et du XHTML 1.0-1.1 et de les utiliser correctement.

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Avoga-quoi ? [jeudi 23 janvier 2003]

J’ai réalisé ce midi un petit sondage édifiant auprès de mes collègues de bureau. Je rappelle que je travaille dans une agence de communication et de mercatique, et je précise que mes collègues ont entre 24 et 38 ans, qu’ils ont pour la plupart un bon bagage d’études supérieures.

La question était “le nombre d’Avogadro, ça évoque quoi pour toi?”. Les réponses furent dans l’ensemble :
- Hein ?
- Pardon ?
- C’est quoi ?
- Je sais pas ?
- C’est une plaisanterie ?
- Tu te fiches encore de ma gueule ?

Même en précisant que c’était une notion qu’ils avaient forcément étudiée en classe de Seconde, en cours de Sciences Physiques, je n’ai pas obtenu l’ombre d’un souvenir, même vague.

Finalement, ça sert à quoi d’aller au lycée ? Et, corollaire, comment s’étonner que les fausses sciences trouvent un terreau si fertile ?

Pour référence :

Programme Sciences-Physiques et Chimie-Physique Appliquée

1.1. De l’échelle microscopique à l’échelle macroscopique : la mole

  • Unité de la quantité de matière : la mole.
  • Constante d’Avogadro, NA
  • Masse molaire “atomique” : M (g.mol-1).
  • Masse molaire moléculaire.
  • Volume molaire Vm(L.mol-1) à T et P.

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Steve Jobs, président des États-Unis d’Amérique [jeudi 23 janvier 2003]

On on aura tout vu : JobsForPresident.

Discussion : Slashdot.

Enfin, ça peut pas être pire que Bush. Et sans doute mieux que Bill Gates.

Un pays qui a déjà accepté un acteur d’Hollywood (entre autres) peut bien se choisir un bateleur des nouvelles technologies.

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Ciel, mon lapin ! [jeudi 23 janvier 2003]

Mon lapin vient de découvrir l’existence de mon blogue ! Je ne lui avais encore rien dit. C’était un projet archi-confidentiel-top-secret. Je ne sais pas comment il a fait. Il est fort mon lapin !

XXXXXXXXXX à toi qui me lis.

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Roselyne, elle te dit merde ! [jeudi 23 janvier 2003]

Lu chez Fox News :

“If you knew what I feel like telling him, to Mr. Rumsfeld … ” said Ecology Minister Roselyne Bachelot on Europe-1 radio. She then stopped herself and said the word would be too offensive to publish.

La version originale :

Mais la palme de l’indignation est allée à Roselyne Bachelot. “Si vous saviez ce que j’ai envie de lui dire, à M. Rumsfeld… Vous savez, moi je suis des Pays de la Loire, et il y a dans les Pays de Loire une célébrité qui s’appelle Cambronne”, a lâché sur Europe-1 la ministre de l’Ecologie, réputée pour son franc-parler.

T’es impayable Roselyne !

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The cost of “free speech” is very high [jeudi 23 janvier 2003]

As the rush toward war and attacks on civil liberties intensify, we have intensified our plans as well! The NION statement will appear again in the New York Times on January 27—the day the UN Inspectors make their report and the day before the State of the Union address. Please help make your voice heard at this crucial moment in history. The cost of “free speech” in this country is very high.

Not In Our Name, a statement of conscience against war and repression.

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Message perso à mon lapin [jeudi 23 janvier 2003]

Le ciel bleu sur nous peut s’effondrer
Et la terre peut bien s’écrouler
Peu m’importe si tu m’aimes
Je me fous du monde entier

Tant qu’l’amour inond’ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m’importe les problèmes
Mon amour puisque tu m’aimes

J’irais jusqu’au bout du monde
Je me ferais teindre en blonde
Si tu me le demandais
J’irais décrocher la lune
J’irais voler la fortune
Si tu me le demandais

Je renierais ma patrie
Je renierais mes amis
Si tu me le demandais
On peut bien rire de moi
Je ferais n’importe quoi
Si tu me le demandais

Si un jour la vie t’arrache à moi
Si tu meurs que tu sois loin de moi
Peu m’importe si tu m’aimes
Car moi je mourrais aussi
Nous aurons pour nous l’éternité
Dans le bleu de toute l’immensité
Dans le ciel plus de problèmes
Mon amour crois-tu qu’on s’aime
Dieu réunit ceux qui s’aiment.

Léon Durocher.

J’ai rayé les vers qui me convenaient moins. Le monde me concerne. Quant à l’éternité et Dieu…

Sache que je signe pour un nouveau quinquennat.

Pour la teinture en blonde, faut pas pousser quand même…

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Bill Gates m’a écrit ! [vendredi 24 janvier 2003]

Au départ, j’ai cru à une blague. Mais non. J’ai vérifié les headers, l’adresse IP, tout est normal et provient bien de microsoft.com. Un très long courrier pour me dire que Microsoft va travailler à faire des logiciels plus sûrs et qui fonctionnent mieux.

De: “Bill Gates”
Date: Ven 24 jan 2003 10:37:48 Europe/Paris
À:
Objet: Security in a Connected World
Répondre à: “Bill Gates”

Jan. 23, 2003

I’m writing to you about an issue of particular importance to those of us who routinely use computers in our work and personal lives - making computing more secure. Before I share my thoughts about this in more detail, I want to give you some context on why I am sending this email.

(…)

In early 2002 we took the unprecedented step of stopping the development work of 8,500 Windows engineers while the company conducted 10 weeks of intensive security training and analyzed the Windows code base. Although engineers receive formal academic training on developing security features, there is very little training available on how to write secure code. Every Windows engineer, plus several thousand engineers in other parts of the company, was given special training covering secure programming, testing techniques and threat modeling. The threat modeling process, rare in the software world, taught program managers, architects and testers to think like attackers. And indeed, fully one-half of all bugs identified during the Windows security push were found during threat analysis.

(…)

While we’ve accomplished a lot in the past year, there is still more to do - at Microsoft and across our industry. We invested more than $200 million in 2002 improving Windows security, and significantly more on our security work with other products. In the coming year, we will continue to work with customers, government officials and industry partners to deliver more secure products, and to share our findings and knowledge about security. In the meantime, there are three things customers can do to help: 1) stay up to date on patches, 2) use anti-virus software and keep it up to date with the latest signatures, and 3) use firewalls.

Bill Gates

Bon, je suis rassuré, les programmeurs Windows ont pris des cours. Ils ont trouvé plein de bugs. Et Microsoft s’engage à mieux travailler dans l’avenir. Et je suis très honoré que Bill Gates ait pris la peine de m’envoyer sa prose.

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Au stop, il y a le parking pour le shopping [samedi 25 janvier 2003]

La plupart des Français, qui connaissent peu ou mal le Québec, ont une vision fausse de la langue parlée dans la Belle Province. Ces Français s’imaginent que tous les Québécois parlent un français très pur et défendent avec ardeur leur langue contre l’intrusion des anglicismes et que ces derniers ont bien raison de se gausser de nous avec notre shopping, notre parking et notre stop. Ainsi, le Québécois fait du magasinage, se gare au stationnement, s’arrête à l’arrêt. Les plus savants de ces Français préciseront également que le “charmant accent” des Québécois est issu directement du français tel qu’il se parlait dans nos campagnes au XVIIe siècle. D’autres évoqueront avec un gloussement les gosses et les brassières. Les Québécois (de plus en plus nombreux) en visite en France se chargeront de participer à la propagation de cette image du Québec comme conservatoire de la langue française et de participer à une vision quelque peu mythique.

La réalité est hélas un peu éloignée de ce chromo aux jolies couleurs. Si le Québécois s’en prend à nos anglicismes hexagonaux, c’est pour deux raisons. La première est que se moquer des Français est un sport national. La deuxième est plus subtile. Le Québec est à l’échelle du continent nord-américain un tout petit confetti francophone au milieu d’un océan anglophone. Y conserver le français relève d’un véritable effort, voire d’une lutte. Les discours autour de la langue tournent toujours autour des notions de menace et de précarité. L’irruption d’anglicismes est presque une fatalité, tant la culture anglo-saxonne dominante s’immisce partout. La langue au Québec, c’est vraiment un sujet sérieux. Alors le Québécois est légitimement outré de voir la légèreté et l’inconscience des Français avec leur langue. Si l’on fait remarquer à un Français son usage excessif d’anglicismes, cela le fait sourire car il ne ressent pas sa langue comme menacée. La langue en France, ce n’est vraiment pas un sujet sérieux, et l’Académie française ou la loi Toubon prêtent plus à la moquerie qu’au respect. Au Québec, l’Office de la langue française et la loi 101 ont une autre valeur.

“Vous, les Français, un pays de 60 millions de personnes, berceau historique de la langue, vous vous permettez les pires outrages à la langue car vous la considérez comme un acquis indéfectible. Nous, les Québécois, nous savons bien que la langue n’est pas un acquis et que si nous nous laissons aller à la paresse, nous allons la perdre. Et perdre sa langue, c’est perdre sa culture.”

J’ajouterai une troisième raison, c’est l’effet paille et poutre. Si les anglicismes représentent une paille en France, ils sont une véritable plaie au Québec. Les anglicismes ont surgit en France au XIXe siècle avec le même mouvement d’anglomanie qui faisait surgir autour de nos châteaux des parcs à l’anglaise et dans nos villes, des squares. Un anglicisme en France est généralement peu respectueux de la langue anglaise, c’est à dire qu’il est à la fois mal prononcé et souvent avec un sens différent du mot d’origine. Cela tient à la légendaire aversion qu’ont les Français à l’apprentissage de l’anglais. Ainsi par exemple le smoking (vers 1890) qui est en français un habit de soirée. L’anglicisme naît soit d’une mode, soit d’un concept en provenance d’un pays anglo-saxon (principalement les États-Unis aujourd’hui) qui n’a pas encore d’équivalent en français. De nos jours, on trouve des anglicismes dans le parler des jeunes et dans les sabirs professionnels. Comme au XIXe siècle, ils sont souvent l’expression risible d’une soi-disante modernité ou d’une “branchitude” qui ne durera qu’une saison. Ainsi, dans les métiers de la communication, c’est un vrai festival et on entend tout et n’importe quoi. Pour d’autres métiers techniques, comme l’informatique par exemple, c’est plus d’ordre pratique que par snobisme. Heureusement, la plupart des anglicismes ont souvent trait à une réalité ou à une mode de l’époque et se meurent souvent après quelques décennies. Même dans les langages professionnels. Ainsi le software des années 70-80 a définitivement laissé place au logiciel, le floppy disk à la disquette, etc.

Un anglicisme québécois a une nature différente de son homologue de France. Au Québec, un emprunt à l’anglais est généralement parfaitement prononcé et avec un usage identique à celui de l’anglais, ce qui, nous en conviendrons, relèverait pratiquement de l’impossibilité technique pour un Français. D’une certaine façon, les Québécois sont beaucoup plus respectueux de la langue anglaise que les Français qui se livrent à un véritable sabotage, douloureux pour une oreille anglo-saxonne. À ce titre, une petite digression : je me demandais pourquoi on avait embauché depuis trois ans Anthony Kavanagh pour présenter au Midem de Cannes les NRJ Music Awards (!). J’ai trouvé la réponse : parce qu’aucun présentateur de télévision en France n’est capable de prononcer le nom des vedettes de la pop anglo-saxonne et les titres de chansons anglaises sans se couvrir de ridicule. “Voici Shakira qui va nous chanter un titre de son dernier album Loneudri Service (Laundry Service) : unederneffe ioure clozeuh (Underneath Your Clothes)”, ça le fait pas. Par ailleurs, aucune chanteuse de France ne pourrait faire la carrière d’une Céline Dion aux États-Unis.

Il y a aussi au Québec nombre d’anglicismes qui sont très pernicieux : ce ne sont pas des mots anglais repris tels quels, mais des mauvaises traductions en français, ils sont donc plus difficiles à identifier. Ainsi l’horrible “Heures d’affaires”, traduction mot à mot de “Business Hours”. On appelle cela un “calque lexical”. Plus difficile encore à traquer, c’est le mot français qui prends le sens de son équivalent anglais. Ainsi le “je réalise” pour “I realize” (je me rends compte de…). (Cette dernière espèce d’anglicismes fait aussi des ravages en France et c’est la plus difficile à combattre, à côté, le shopping et le parking sont tout à fait anodins et folkloriques.) Et je ne vous parle pas de la calamité de l’anglicisme syntaxique (le “calque syntaxique”)…

La langue telle que parlée dans la rue au Québec est envahie de ces anglicismes et c’est là que réside le problème. Il faut dire que celui qui souhaite parler correctement le français se voit mettre de nombreux bâtons dans les roues, surtout s’il écoute une radio autre que Radio Canada et s’il lit les monstrueuses traductions qui figurent sur les produits de son quotidien (dentifrice, boites de céréales, emballages de biscuits, etc.). Une ville comme Montréal offre le paysage d’une langue dégradée à tous les coins de rue, sur les panneaux publicitaires, sur les vitrines des magasins. Séparer au jour le jour le bon grain de l’ivraie est très difficile dans ces conditions.

Rajoutez sur tout cela une couche de “joual” (le joual est linguistiquement parlant un “créole” québécois), et vous arrivez à la situation suivante : certains québécois ont une langue orale absolument incompréhensible par tout le reste de la francophonie, de Bruxelles à Dakar.

Soyons clair, il y a beaucoup plus (vraiment beaucoup plus) d’anglicismes dans la langue courante au Québec qu’en France. Et des anglicismes beaucoup plus pervers que sont les calques lexicaux et syntaxiques. Se moquer des Français est bien facile mais il ne faut pas ignorer qu’il y a le feu dans la demeure.

Résumons : la langue française est un acquis fragile au Québec, quotidiennement menacé par des agressions anglaises. Les Québécois ne peuvent pas se permettre un relâchement au risque de perdre leur identité. Alors ils ne sont pas contents de voir que les Français s’en foutent et ne prennent pas la question au sérieux. Ils ont sans doute raison. Mais il ne faut pas croire que les Québécois ont une langue “pure” puisée aux meilleures sources du “vieux françois”, ce cliché à la peau dure en France et est souvent complaisamment véhiculé par les Québécois en visite ici. C’est une contre-vérité. Beaucoup de Québécois parlent créole. (Je vais me faire incendier là). Georges Dor est toujours d’actualité au Québec (nous manquons sans doute d’un ou plusieurs Georges Dor en France).

Pour ma défense, sachez que je suis tous les jours consterné par l’état de ma langue dans mon pays, que je suis en colère contre certaines offenses, que je pense que le Québec a peut-être certaines leçons à nous donner. Mais les clichés, les images d’Épinal, les lieux communs, les simplifications m’agacent. Bon, je vous laisse : samedi, c’est jour de shopping.

Post-scriptum.
Beaucoup de linguistes et universitaires québécois sont passés à côté de Georges Dor. Ils se sont attachés à des détails et, par esprit de chapelle, ont dénié à l’auteur toute légitimité à parler de la langue. Ils n’ont pas saisi l’essentiel du message, le cri du coeur de Monsieur Dor : un homme est désarmé face à la vie s’il ne maîtrise pas son langage. Le langage est constitutif de l’intelligence et sert à manipuler des concepts, à entrer dans l’abstraction. Un corpus de mots trop pauvre est non seulement une entrave à la communication (c’est le sens commun) mais aussi une entrave à gérer intérieurement les sentiments (l’amour, la douleur, etc.). N’oublions pas, le langage fait que nous sommes des hommes. Misère sociale rime souvent avec langage appauvri et incapacité à faire face aux événements de vie. Celui qui ne maîtrise pas sa langue est un handicapé. Une autre chose qui m’a marqué au Québec, c’est de découvrir qu’il y avait beaucoup de monde qui avaient des complexes envers l’écrit, des gens qui n’osaient écrire car ils avaient honte de se sentir démunis. Il y a un profond malaise avec la langue au Québec et refuser de le voir frôle l’inconscience.

Post-scriptum bis.
Les socio-linguistes sont là pour étudier les états de la langue, les niveaux de langage, les registres, le lexical, la phonétique, le syntaxique, etc. Ils ne sont pas là pour juger et ils ne sont pas là non plus pour interdire aux gens de juger et d’avoir des opinions. Ils peuvent rire à mots couverts du normatif et du passionnel d’un Georges Dor, mais la vie en société se fonde autour de règles et de normes. Le laisser-aller général, c’est bien de le disséquer et d’en faire l’exégèse, mais aller jusqu’à l’encourager, c’est criminel. Non, le français n’est pas une institution quasi-divine et intouchable, c’est une langue vivante et c’est tant mieux. La langue québécoise comme autres parlers régionaux est riche en vocabulaire et ça fait partie du patrimoine. Mais défendre des appauvrissements, c’est scandaleux.

Post-scriptum ter.
Ciel, serais-je devenu néo-réactionnaire ?

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Do you speak français ? [samedi 25 janvier 2003]

Voulez-vous que je vous raconte une anecdote pitoyable ? J’arrivais à Montréal et je passais le contrôle douanier. Le douanier me pose une question. Je ne la comprends pas. Il reformule. Je montre ma totale incompréhension. Je lui dis et même je m’en excuse. C’est à son tour de ne pas comprendre. Il me repose la question en anglais et là tout s’éclaire subitement. J’ai enfin compris et je lui réponds en anglais. Je récupère mon passeport dûment tamponné, fais quelques pas, et j’entends dans mon dos “maudit français”. Là, j’ai tout de suite compris. Bienvenue au Québec !

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Manque affectif [samedi 25 janvier 2003]

Ce soir, je vais manger des croustilles, je vais boire de la bière, pis prendre du Nutella en regardant des niaiseries sur TF1 avachi dans le canapé. Tu vois, mon lapin, faut pas me laisser tout seul !

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Causeries [dimanche 26 janvier 2003]

Toujours intéressant à lire et vraiment très actif ces temps-ci : www-html@w3.org.

Ne pas hésiter non plus à se replonger dans des archives, même très anciennes. On est toujours surpris de voir certaines questions toujours d’actualité.

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Les clowns du néo-libéralisme [lundi 27 janvier 2003]

On va peut-être me faire remarquer que je parle beaucoup du Québec ces temps-ci. C’est normal. Quand mon lapin est à Montréal (enfin à Laval pour être exact), je lis chaque matin Cyberpresse.ca, je regarde la météo (-23° C ce matin…), bref, je vis à l’heure québécoise.

J’ai trouvé ce matin un site qui est un tissu de contradictions et de bêtises à la maille vraiment très serrée : Le Québécois Libre. Cet organe porte sur la société un regard guidé par “la défense de la liberté individuelle, l’économie de marché et la coopération volontaire”. Pourquoi pas. Si ce n’est la confusion intellectuelle qui semble agiter ses auteurs.

Pour les situer pour un lecteur français, c’est un groupuscule ultra-madeliniste (!). C’est à dire, l’extrême de la “pensée” néo-libérale.

Le Québécois Libre défend le “libertarianisme”, mais pas de confusion : c’est l’antithèse du libertaire, et ce n’est pas non plus du libertinage. Le “libertarianisme” se veut le défendeur de la liberté individuelle à tout prix.

Les conséquences de cette philosophie du libre à tout prix, c’est qu’on est libre de se droguer autant que de s’engager dans des mouvements sectaires (c’est écrit noir sur blanc dans la profession de foi de Martin Masse). On lira aussi avec intérêt que les libertariens croient que la seule façon d’assurer la liberté individuelle est de garantir la propriété privée et de limiter le plus possible le rôle et les interventions de l’État (l’idéologie néo-libérale). La propriété privée comme socle des libertés individuelles, voilà une vision bien matérialiste de la Liberté (que de conneries on a écrites en ton nom…) et l’État peau-de-chagrin, c’est un avenir de jungle qu’on nous promet. Bien sûr, les libertariens haïssent les communistes et les socialistes (j’ai lu que l’Humanité était “un torchon” et que les socialistes étaient les “pionniers du facisme”), mais à regarder de plus près, les libertariens n’aiment pas grand chose à part la vision de leur nombril.

On apprendra aussi que le “nationalo-socialisme règne au Québec depuis la Révolution tranquille” (bigre, les animaux n’ont pas peur des mots…).

Le libertarianisme promeut aussi à mots couverts le communautarisme (il faut bien remplacer l’État). Vous en avez assez ? Moi aussi. Pourtant je pourrais vous en faire encore des pages sur ce salmigondis philosophico-politique.

Pour clore : les libertariens sont des gens dangereux. Si vous en croisez un dans la rue, changez de trottoir.

N. B. : texte corrigé le 01/02/2003, suites aux remarques de mon lapin.

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Petite réponse à Martine [lundi 27 janvier 2003]

Cf. texte Au stop, il y a le parking pour le shopping.

Quand je parle à des Français, surtout lorsque je suis en France, je fais toujours attention à ma manière de m’exprimer et à ma prononciation. Ça me semble logique, pour pouvoir communiquer avec quelqu’un qui n’est pas familier avec nos expressions. Certaines personnes, moins habituées à ces échanges internationaux, ne pensent pas à “ajuster” ainsi leur langue et ce sont parfois des français qui commettent ce petit crime.

Effectivement Martine, les Québécois en visite en France font comme toi des (louables) efforts et ajustent leur niveau de langue. Je n’ai jamais entendu un Québécois s’exprimer à Paris comme il le ferait à Montréal. Il est aussi possible que la majorité des Québécois qui choisissent la France comme destination touristique appartienne encore, d’une certaine façon, à une élite, et soit donc peu représentative. Les gens plus modestes voyagent peu à l’étranger (question de moyens et parfois d’envie) et s’ils voyagent quand même, ils ne privilégieront pas forcément une destination “culturelle” (et c’est pareil pour les Français). Bref, l’échantillon québécois auquel un hexagonal est confronté n’est pas représentatif et en plus il travestit sa langue pour privilégier l’échange (et aussi éviter les jugements). Un Québécois n’ira jamais dans un garage en France dire “Bonjour Monsieur, tu devrais voir mon char, il est tout magané, les brakes font du bruit, le bumper se décroche, le fan est en panne et il y a un tire qui est flat, sans oublier qu’il faut changer les wipers”. En caricaturant, les Québécois à Paris voudraient tous ressembler à des Louis-Bernard Robitaille.

Faites-moi discuter avec un jeune de la banlieue parisienne et je ne suis pas certaine de pouvoir tout comprendre ce qu’il me raconte, alors que j’ai pourtant été exposée à des dizaines de films français depuis mon enfance. Je pense que tous les membres de la francophonie ont de la difficulté à se comprendre entre eux, et pas seulement les québécois avec le reste, comme si tout le monde parlait un “bon français” sauf nous.

C’est vrai que le langage “des banlieues” est incompréhensible (moi-même, j’ai du mal), mais c’est une sous-culture de jeunes et on entend pas (encore ?) à la télé : “allez-voir ce film qui vous fera kiffer à mort, c’est trop de la balle”. Comme l’argot, le verlan, le louchébem, ce langage est propre à un groupe social (les jeunes issu de l’immigration africaine) et se veut volontairement cryptique pour le reste de la société. C’est un sabir, mélange de verlan et de mots arabes. Il est parfois très créatif, voir poétique, et sans doute certaines expressions passeront dans le langage populaire courant. Mais ce langage n’est en aucun cas représentatif de la langue telle qu’elle est parlée majoritairement dans la rue, dans les médias et dans les familles. C’est juste une sous-culture. Comme l’était le langage des apaches (les “mauvais garçons” et les truands) de l’entre-deux guerres.

Je pense que certains membres de la francophonie ont plus de mal à se faire comprendre que d’autres, et que certains font moins d’efforts que d’autres à la qualité de la langue enseignée et à la place qu’on accorde à son enseignement.

C’est vrai qu’il y a un grand malaise avec la langue au Québec. J’ai grandi dans un quartier ouvrier où il n’était pas bien vu de lire et d’utiliser des “grands mots”. C’était comme si on reniait ses origines modestes. Je lisais pourtant beaucoup mais je faisais attention de ne pas trop le laisser paraître dans mes discussions, ajustant encore une fois mon niveau de langue, cette fois-ci pour ne pas paraître prétentieuse. La situation s’est un peu améliorée depuis mais on a encore beaucoup de chemin à faire de ce côté!

Quant à ton dernier paragraphe, on y lit l’infinie tristesse de ce “petit peuple” qui s’auto-condamne à rester petit et s’en fait un honneur, ce fond populaire qui fait qu’esthète rime avec tapette. J’y reviendrai dans un prochain billet autour de quelques pages de Michel Tremblay, extraites de La duchesse et le roturier, la scène où Marcel traîne Albertine au magasin de pianos, une scène bouleversante, qui me tire à chaque lecture les larmes, qui illustre, si c’était nécessaire, que Tremblay est l’un des plus grands romanciers de notre époque, mais aussi ce Québec sombre et obscur où honte (plus que l’humilité) rime avec dignité, qui puise ses racines dans l’histoire et se développe toujours dans le subconscient de l’Homo Quebecus moderne.

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Mots givrés [lundi 27 janvier 2003]

Je me suis perdu dans le désert blanc, je n’ai pas trouvé la route de sa soie, le parfum de sa peau, la délicate chaleur de son corps. Ma peau habitée par l’envie de la toucher, le soleil des phares de voitures enneigés, le sable brûlant de froid qui vient toucher mon visage. J’imagine qu’elle est mon Eden, une femme allongée dans une mousseline légère aux couleurs chamarrées, sous son mahaleb bleu prête à l’extase. (…)
Je me replis in-douze dans les feuillets de mon histoire, me blottit contre mes mots et mon imagination et en oubliant la morsure de l’hiver, je parcoure de mes lèvres ses dunes abandonnées et offertes.

Karl Dubost est un vrai poète. Mais quelle place laissons-nous aujourd’hui aux poètes ?

Peut-être reviendra-t-il un jour le temps des cerises…

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Notes du jour [lundi 27 janvier 2003]

Il fait printanier icitte à Paris. Grand soleil, ciel bleu et 16.5 °C à la fenêtre (à l’ombre). Les fenêtres de l’appartement sont toutes ouvertes, et un air frais balaye les confinements de l’hiver.

Dire qu’il y a un petit lapin qui, à la même latitude que Bordeaux, va certes lui aussi bénéficier du soleil ce lundi, mais aussi d’un maximum de température de -17° C. Soit 33,5 ° C d’écart avec moi.

J’écris beaucoup pour un lundi, mais il faut savoir que je suis en RTT (réduction du temps de travail, les 35 heures). Ils foutent vraiment rien ces Français !

Tiens, je viens de me rendre compte que Movable Type enregistrait dans son journal d’activité les recherches effectuées par les lecteurs de mon site grâce au moteur de recherche intégré. C’est ainsi que j’ai découvert que presque toutes les recherches étaient les noms d’autres blogues. J’en déduis que la première réaction d’un blogueur à la découverte d’un nouveau blogue, c’est de vérifier fébrilement : “a-t-il déjà parlé de Moi ?”. J’imagine qu’en s’apercevant que non, je n’ai pas encore parlé d’eux, ils font “pff, pas intéressant ce blogue”. Je suis un gars gentil, je ne vais pas citer les noms de ces blogues. Sachez seulement qu’ils sont loin d’être inconnus dans la petite blogosphère francophone…

Question existentielle : mon blogue est-il réellement un blogue ? N’est-il pas plutôt un mélange d’éditorialisme vaguement polémique et de journal intime ? Bref, c’est quoi un blogue ? Ça y est, j’ai lâché la grande question récurrente sur tout blogue qui se respecte ! C’est donc que mon blogue est finalement peut-être un blogue. Sans blague…

Message perso : mon lapin, je veux bien que tu me ramènes le Québec 2003 de chez Fides (24 piastres et des brouettes). Sans vouloir te commander…

Post-scriptum : Je viens de redécouvrir un petit bonheur du jour en ne travaillant pas aujourd’hui. C’est d’entendre la gaie rumeur des enfants qui sortent de l’école, entre seize et seize heures trente. Un bruit fait de cris aigus et de cavalcades endiablées qui se répercutent sur les façades de pierre, la clameur de ces petits êtres débordants d’énergie enfin libérée après le coup de cloche tant attendu, la ville qui se retrouve soudainement saisie d’un maelström rieur. J’ai toujours aimé ce bruit, je ne sais pas pourquoi, peut-être les souvenirs de ma propre enfance.

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La librairie du Québec à Paris [lundi 27 janvier 2003]

Savez vous qu’il existe une librairie québécoise à Paris ? Et bien oui, elle existe et est sise au 35 de la rue Gay-Lussac dans le Ve arrondissement.

Un jour de fin janvier 1998, alors que je devais partir pour la première fois de ma vie au Québec pour des raisons amoureuses, je décidai de me rendre à cette librairie afin d’acheter un guide sur Montréal et un lexique du vocabulaire et expressions québécois.

Je connaissais vraiment peu de choses du Québec et ce pays n’avait jamais particulièrement attiré mon attention et mon intérêt. Comme tout bon Français, je me contentais de quelques vagues connaissances et de beaucoup de clichés. On parle si rarement du Québec ici. Mais les hasards de la vie (et de l’Internet) me projetaient dans ce pays que je n’avais en rien choisi. Je me faisais donc un devoir de me cultiver un peu sur le sujet. Et lire des livres avant le voyage, c’est déjà voyager.

C’est donc d’un pas décidé que j’entrai dans cette librairie du Québec à Paris. Je constatai immédiatement le souci d’intégration aux moeurs parisiennes des occupants de ce lieu en notant l’absence ostensible de tout accueil de la part du personnel, payé pour cela, et visiblement très loin du surmenage. Après avoir murmuré un bonjour de pure politesse, je commençai à feuilleter quelques nouveautés sur les tables. Que des auteurs parfaitement inconnus avec des titres franchement bizarres. Bon, je n’étais pas là pour la littérature. Je dirigeai alors mon regard le plus péremptoire vers ce qui me semblait un vendeur. Le jeune homme, pas des plus virils, mais pas laid non plus, s’approcha dédaigneusement. “Je peux vous aider ?”. Mon esprit fut soudainement traversé de la vision fulgurante d’une relation bucco-génitale. Mais peut-être ce n’eût pas été approprié pour le moment et ce n’était pas le but premier de ma visite. Je me ressaisis et demandai benoîtement “Je cherche un dictionnaire du québécois…”

Je n’eus pas le temps de finir ma phrase que je commencai à sentir mon interlocuteur se décomposer. Que n’avais-je dit ! Je vis le garçon s’empourprer et me déclarer de la façon la plus sèche et péremptoire possible : “Cela n’existe pas. On parle français au Québec”. Que répondre à tant de sens commerçant ? Mon esprit était maintenant traversé par la vision d’une relation ano-génitale des plus violentes. N’osant dire le fond de ma pensée dans des termes un peu crus (et finalement ne lui souhaitant pas autant de bonheur), je m’excusai de tant d’outrecuidance involontaire de ma part, tournai mes talons et me dirigeai vers la sortie avec ulcération contenue.

Je trouvai mon bonheur à la FNAC une heure après. Que dire d’autre ? Sinon que ce vendeur pétant plus haut que son cul, donneur de leçons, j’espère bien qu’il a changé de métier depuis.

Ah bien sûr, je n’ai jamais refoutu les pieds dans cette maudite librairie. Si vous avez besoin de livres du Québec, allez donc voir du côté de chez Amazon, vous n’aurez pas à supporter la morgue et la suffisance de petits cons.

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Suites de mon shopping [mardi 28 janvier 2003]

Cf. texte Au stop, il y a le parking pour le shopping.
Cf. texte Petite réponse à Martine.

Grâce à la fine renarde, je viens de découvrir le module consacré aux anglicismes du site du Centre de communication écrite de l’Université de Montréal ; centre qui a la très lourde responsabilité de mettre en oeuvre la politique de la maîtrise de la langue française dans les études. On y trouve une définition de l’anglicisme plus large que celle du Petit Robert (1967) : l’anglicisme est un mot, une expression, un sens, une construction propre à la langue anglaise qui est emprunté par une autre langue (de Villers, 2003, à paraître), par rapport au simple emprunt à l’anglais du Robert. Certains paragraphes du texte d’introduction à cet opuscule numérique entrent en étrange syntonie avec mon texte de samedi dernier. Notamment dans le passage intitulé La France et le Québec :

Les anglicismes critiqués du Québec ont peu de choses à voir avec les anglicismes que l’on peut trouver en France. Les spécialistes vous diraient peut-être que les anglicismes du Québec avaient peu de choses à voir avec ceux qui ont cours en France, car la situation française change, mais nous nous en tiendrons ici à la première affirmation. En France, le sentiment de sécurité linguistique des gens qui parlent français est différent du nôtre, et on semble y pratiquer beaucoup plus l’emprunt direct à l’anglais qu’au Québec.

S’il est bien d’énoncer la vérité première : un anglicisme québécois a une nature différente de son homologue de France, je crois saisir une petite pique dans la deuxième phrase sous couvert de ces fameux “spécialistes”, une figure de style “c’est-pas-moi-ki-dit-c’est-lui” mais je le dis quand même. J’apprécie la tonalité ironique de cette rhétorique au conditionnel (vous diraient peut-être) et la retraite immédiate après l’énoncé (mais nous nous en tiendrons…), mais j’eus souhaité quelque développement. Quant au sentiment de sécurité linguistique qui conditionne le regard porté sur l’anglicisme, je ne disais pas mieux samedi.

En France, on utilise couramment les termes shopping, parking, week-end, e-mail, etc., et ce, tant dans les conversations familières que dans les communications officielles. Au Québec, en revanche, tout emprunt direct à l’anglais est suspect. Dans les communications soignées, on tente d’éliminer tout mot à consonance anglaise, quitte à faire parfois des… fautes de français ou à se priver d’un mot dont on a besoin pour parler clairement. Ainsi, pour désigner l’ensemble des marchandises d’un magasin et éviter l’emploi d’un mot anglais, on parlera fautivement d’*inventaire alors qu’il faudrait utiliser le nom stocks , l’inventaire ne désignant que “le dénombrement (d’articles, de marchandises, etc.) et le document qui en résulte” (Multi, p. 808).

Au Québec, on emprunte peu directement à l’anglais, mais davantage de façon inconsciente. On commet plutôt des anglicismes sémantiques et des anglicismes syntaxiques, car la réalité linguistique québécoise est différente de la réalité linguistique française. Ainsi, tel dirigeant sera content de *nous introduire son épouse (au lieu de nous la présenter), telle chanteuse *sera sous l’impression qu’elle avait la faveur du public (alors qu’elle devrait en avoir l’impression), tel journaliste nous dira que les médecins sont *sur appel (alors qu’ils sont de garde). Ces personnes croient, en toute bonne foi, parler un français correct, mais leur usage de cette langue subit, bien contre leur gré, la pression des structures anglaises sur les structures françaises.

C’est bien le caractère pernicieux des calques que je soulignais encore samedi. Moi-même, à vivre au quotidien avec un québécois, certains de ces calques se sont immiscés dans ma langue. De vrais “virus” linguistiques. Tiens, je propose un slogan [angl. vers 1850] : “Des claques aux calques” !

On remarquera par ailleurs que ce sont toujours les mêmes anglicismes qui reviennent quand on parle du français de France : shopping, parking, week-end, e-mail. Cela frôle vraiment la caricature ! (d’où mon titre Au stop, il y a le parking pour le shopping). J’ajouterai que les trois premiers ne me choquent outre mesure. Si l’on fait parfois du shopping [angl. 1906], on fait aussi souvent des courses ou du lèche-vitrines. Si l’on se gare au parking [angl. vers 1945], le panneau dira souvent : parc de stationnement. Si l’on part en week-end [angl. 1906], c’est qu’on a pas d’équivalent de cette notion en français dans une forme aussi courte (j’hésite à dire bons congés de fin de semaine au lieu du tonique bon week-end !). Quant au dernier, e-mail… Je ne l’apprécie pas beaucoup et j’en suis l’usage ici au jour le jour et j’observe les évolutions suivantes : les gens disent de plus en plus mail et même parfois simplement lettre ou courrier, tant dans certains contextes professionnels, la forme électronique est évidente. Autre point positif, on ne vous regarde plus avec des yeux ronds lorsque vous dites courriel. (Quant au mèl, fichez moi ça à la poubelle illico).

L’utilisation ostentatoire au Québec de mots forgés de toutes pièces et recommandés par des organismes officiels pour contrecarrer l’anglais, c’est l’arbre qui cache la forêt. Je crois qu’un emprunt direct est beaucoup moins dommageable à la langue qu’un calque, et de plus, il est parfaitement identifiable et peut à l’occasion aisément se corriger. Comme le souligne parfaitement le texte cité, les anglicismes syntaxiques et sémantiques sont beaucoup plus pervers. Je pense qu’une politique de préservation du français passe par un enseignement plus soutenu de la grammaire et de la syntaxe. Au risque de me répéter, les shoppings, parkings et week-ends sont tout à fait anodins et inoffensifs. Jeter l’anathème sur quelques emprunts directs sans se préoccuper de l’état invertébré de la langue de tous, c’est mettre la charrue avant les boeufs. “Vous les Français, vous avez une sacrée couple d’anglicismes alors que nous autres, on fait très attention”.

Que ce soit en France ou au Québec, la langue évolue. Les anglicismes traités dans les exercices de cette section constituent des impropriétés. Cependant, quelques-unes de ces impropriétés se situent actuellement dans des zones dites de transition, en ce sens qu’elles sont maintenant consignées dans Le petit Larousse illustré, et à l’occasion dans Le petit Robert, accompagnées de la remarque “emploi critiqué”.

Même si ce texte n’en est pas la plus flagrante illustration, je ne peux pas m’empêcher de sourire quand je relève des marques du “fanatisme du dictionnaire”. Le petit Robert n’est qu’un reflet imparfait de la langue et est le résultat de décisions du très estimé Alain Rey. Un dictionnaire n’officialise ou ne légitime en rien quoique ce soit. (À cet égard, je suis consterné par les campagnes marketing annuelles de Larousse sur les nouvelles entrées du dictionnaire, souvent très contestables et vite oubliées). Une impropriété qui entre dans un dictionnaire ne signifie en rien une zone de transition réelle, les dictionnaires n’ont RIEN de scientifique et ne peuvent servir de base qu’à des études de lexicographie. Ce ne sont que des photographies imparfaites (et très incomplètes) de l’état de la langue à un instant et un lieu donnés. Et les dictionnaires sont toujours en retard sur l’usage et se doivent de conserver des impropriétés vieillies pour la compréhension de textes plus anciens. La définition d’une zone de transition est propre à chaque dictionnaire, ce qui relativise beaucoup l’usage de ce concept.

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Femmes révolutionnaires [mardi 28 janvier 2003]

Manifeste du groupe “Hommes contre la patriarcat” - Montréal

Extrait :

(…) Alors même que des femmes sont victimes d’agressions à caractère sexuel, sans compter la violence et le harcèlement psychologique et physique, à l’intérieur même de notre mouvement dit-révolutionnaire !

Le silence correspond à une collaboration ! Il est temps de passer aux dénonciations !

A qui profite le dénie des méfaits du patriarcat ? Qui a avantage à conserver le statu quo hommes/femmes ? Qui retire des bénéfices de la mise en marge des femmes révolutionnaires ? Qui d’autre que nous les hommes ?

Il importe que le fardeau de la preuve ne repose plus sur les épaules des militantes féministes !

La lutte contre le patriarcat nous concerne tous et toutes. Assumons-nous ! Responsabilisons-nous ! Transformons-nous ! Et organisons-nous !

Ça nous concerne !
C’est important !
En ne disant rien, on y consent !
Parce qu’abolir les classes sociales, c’est aussi abolir les classes de genre !

De nos jours, être d’extrême-gauche et révolutionnaire, ce n’est déjà pas facile. Alors, imaginez, être une femme en plus !

Et les pédés dans tout ça ? Quid de la condition des tapettes révolutionnaires ? On y pense, hein, gros gauchos machos ?

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Copie privée, bouc-émissaire [mardi 28 janvier 2003]

Cf. texte Pascal Nègre ou le corporatisme moisi.

(…)

L’UFC-Que Choisir s’insurge contre cette campagne acharnée de culpabilisation du public. Affirmer que 230 millions de CD-R vierges vendus en France correspondraient à 230 millions de copies d’oeuvres protégées et donc à 230 millions de disques enregistrés qui auraient pu être vendus s’apparente à une manipulation de chiffres. D’abord il faut préciser qu’un disque sur deux est acheté par une entreprise pour stocker des données personnelles, ensuite tout disque copié ne se substitue pas forcément à un achat. Nous dénonçons la campagne de désinformations de l’industrie qui cherche à culpabiliser l’ensemble des consommateurs et à donner de fausses bonnes raisons aux pouvoirs publics de mettre fin au droit de copie privée.

Le comportement répréhensible de 3 ou 4 % des consommateurs ne justifie pas que l’on restreigne la liberté et les droits de tous les autres. Faut-il rappeler que si nous sommes tous des copieurs, si nous avons tous créé « mille et une » compilations à partir d’oeuvres achetées, c’est pour les écouter dans la voiture ou en vacances, les faire partager dans le cercle de famille. Pour cela, nous avons versé en 2002 près de 140 millions d’euros en taxes sur les supports vierges.

(…)

Plutôt que de refuser aux consommateurs le droit de bénéficier des progrès de la technique, l’UFC-Que Choisir invite les industriels à s’interroger sur la conjoncture économique, le vieillissement du CD comme support, son prix excessif, sur le fait que, l’auteur et l’interprète récupèrent seulement 15 % du prix de vente, la grande distribution : 25 %, l’Etat : 19,6 % et que 5 % des artistes occupent 95% du temps d’antenne, pour expliquer les maux qu’ils évoquent. Que les industriels cessent de trouver en la copie privée un parfait bouc émissaire !

Progressivement, les intérêts des industriels l’emportent sur ceux des consommateurs. Restreindre la copie privée à une seule copie dégradée serait illégitime et donc inacceptable !

Source : Union Fédérale des Consommateurs - Que Choisir.

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En vrac [mardi 28 janvier 2003]

Microsoft oublie de patcher ses propres serveurs et est victime du ver Sapphire. Mort de rire !

Nouveau PowerMac G4 biprocesseur à 1.42 GHz.

La Grande Rousse se prépare à apporter son grain de sel à mon texte. Elle prendra toutefois le temps d’un bon mijotage avant de servir chaud. Je m’en pourlèche par anticipation. Elle me trouve du bagou, j’en suis flatté.

Mon lapin n’aime pas mon texte sur les libertariens : “Ce n’est pas un de tes meilleurs textes malheureusement !”. Il trouve ça destructuré, confus, me suggère de séparer l’explication et la critique en deux paragraphes. Et il ne comprends rien à la fin. Et ma conclusion est “simpliste”.

Désespoir. Bon, il a pas tout à fait tort, mais j’ai pas le courage de le refaire en ce moment. Promis, j’y retournerai, parce que je ne les aime vraiment pas les libertariens. Je garde tes précieux commentaires au chaud. Et puis je ne peux pas être constamment bon, mon lapin, la perfection, c’est d’un ennui.

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Superproduction [mardi 28 janvier 2003]

CNN a donc un objectif, regagner sa première place en redevenant la référence dans les périodes de crise. Un budget supplémentaire de 35 millions de dollars est consacré à la préparation d’un conflit. S’il éclate, la chaîne enverra plus d’une centaine de personnes en Irak et dans les pays alentour. “Nous sommes vraiment décidés à nous approprier à nouveau cette histoire”, souligne Eason Jordan, le responsable de l’information. “La chaîne retrousse ses manches”, ajoute-t-il. Elle a par exemple dépensé 200 000 dollars pour moderniser ses téléphones vidéo et a aussi envoyé ses équipes s’entraîner dans des camps de survie. “Nous avons fait un gros investissement en formant presque 500 personnes. Les officiels américains nous ont promis cette fois plus de coopération et de liberté qu’en 1991.”

Source : Le Monde.

Bon, c’est quand la date de sortie de cette superproduction ?

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Patrimoine en péril [mardi 28 janvier 2003]

Les experts s’interrogent sur une “perte de savoir-faire culinaire” chez les femmes de 20-35 ans.

Mathilde, 32 ans, ne s’en cache pas : contrairement à sa mère, elle n’a rien d’un cordon-bleu. Cas particulier, exemple isolé ? Pas si sûr. Les experts du comportement alimentaire commencent à s’interroger sur l’existence de ce qu’ils appellent “une perte de savoir-faire culinaire” parmi les femmes de la génération des 20-35 ans, en particulier lorsqu’elles sont actives et résident dans les grandes villes. S’ils évoquent les femmes, c’est que les chercheurs assurent - sans l’ombre d’une hésitation - que, dans le couple, l’homme n’assure toujours que de façon marginale la préparation des repas. Sauf, peut-être, le week-end, pour épater la galerie (mais il range rarement la débauche d’ustensiles de cuisine qu’il a déballée…).
(…)

“La responsabilité des repas incombe toujours à la femme, mais le temps passé ou le mal que l’on s’est donné n’est plus valorisant, en tout cas les soirs de la semaine”, considère Christophe Misrachi, directeur du marketing des produits Marie. Il faut, insiste-t-il, “continuer de déculpabiliser” les mamans qui “ne se sentent plus jugées sur leurs qualités de cuisinière mais sur leur capacité à réussir la convivialité du moment repas”. Et ça se réchauffe au four à micro-ondes, la “convivialité du moment repas” ?

Source : Le Monde.

Tout fout le camp, même dans le pays de la gastronomie. C’est sans doute le prix à payer pour la libération de la femme !

En tout cas, c’est dramatique pour les enfants. Quel éducation du goût vont-ils avoir à manger des pizzas surgelées de chez Marie, ou des pâtes, ou des steaks-frites ? Quelle curiosité culinaire auront-ils adultes ?

Élevés au coke et aux plats industriels, aux saveurs standardisées, connaîtront-ils la saveur d’un miroton, d’une daube ? N’est-ce pas aussi la fin de nos spécialités tripières, gloires de nos terroirs, tripoux, cervelle d’agneau, ris de veau, andouillette, coeur de boeuf, tripes à la mode de caen, pieds de porc, cervelas, museau, langue de boeuf et j’en oublie ? J’observe que les enfants et jeunes adultes d’aujourd’hui sont dégoûtés rien qu’à entendre cette liste.

Les as du marketing veulent déculpabiliser les mamans ? Donnez du junk à vos enfants pour vous libérer du temps et qui nous fera gagner beaucoup d’argent ?

Parents indignes. Pauvre France !

PS Oui, je sais, je fais vieux réac. Mais c’est un cri du coeur ! Pour moi, la bouffe, c’est sacré.

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Anti-américain ? [mardi 28 janvier 2003]

To be genuinely anti-American, as the Italian political scientist Robert Toscano points out, is to disapprove of the United States “for what it is, rather than what it does.” Bush Administration officials and their supporters in the media would like to confuse this point in order to dismiss or delegitimize widespread concern and anger about the course of US foreign policy. To listen to their words, Europe has become a smoldering caldron of anti-Americanism, in which even our best qualities are held against us by a jealous, frustrated and xenophobic population led by cowardly, pacifistic politicians. The picture painted in the US media is one of almost relentless resentment. [ Eric Alterman, The Nation ].

L’Amérique de Carrie Bradshaw et des Sopranos, OUI, l’Amérique de Bush & Co, NON.

P.S. La contrepartie : l’anti-europeanisme. À noter que ces expressions anti-européennes se nourrissent volontiers de racisme alors que c’est rarement, voir jamais, le cas des attaques anti-américaines. Et si finalement l’Amérique était-elle avant tout essentiellement raciste ? Non, je dis des bêtises. Pas racistes. La preuve : les USA pratiquent une discrimination positive des nègres pour les exécutions capitales.

À ce rythme là, à quand la guerre des États-Unis contre l’Axe du Mal européen ?

P.S. bis. Je crois que les USA ont trouvé plus moderne que Voice of America, maintenant ils font des blogues.

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Pouillasserie [mercredi 29 janvier 2003]

Je vous prédis une bonne guerre pour la Saint-Valentin.

Pour rebondir sur l’amusant billet de la Tribu du verbe, je dirais que le Canada fait partie de l’Axe du Mal car le froid qui malmène actuellement l’économie étasunienne a pour origine le Grand Nord canadien. Je serais canadien que je ne serais vraiment pas rassuré d’avoir un tel voisin. Des visionnaires vous auront déjà prévenus.

Michel Dumais est de retour. C’est étrange comment on arrive à s’inquiéter de quelqu’un que l’on ne connaît à peine.

Il faut connaître ses opposants. Et si la guerre était terminée ? En tout cas, voici un site consensuel. Made on Mac, of course. La résistance à encore du travail faire.

Lu dans Télérama ce matin (N° 2768, couverture : “Non à la guerre”), dans le courrier des lecteurs : “Télérama prend toujours la défense des minorités et demande leur respect. Les lecteurs de droite du journal sont en minorité. N’auraient-ils pas droit à un minimum de respect, eux aussi, ou bien le respect de Télérama envers les minorités ne serait-il que subjectif ?”. Autre courrier : “Télérama, tu m’emmerdes avec ton incessante réflexion humaniste bon teint d’intello de gauche. Tu passes plus de temps à te branler le neurone pour pouvoir te regarder dans une glace (…) Tu as l’insurrection molle du flower-dans-le-cul power. (…) Qu’il fait du bien ce petit courrier des lecteurs au style ampoulé et consensuel.”

Oui, ce billet est la première occurrence historique du mot pouillasserie dans le Web mondial.

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Lire Foglia [jeudi 30 janvier 2003]

Encore un billet de Pierre Foglia à lire :

Soyons clairs. Ce ne sera pas un match. Avant d’engager un seul soldat au sol, les Américains vont bombarder, bombarder, bombarder. Ils vont détruire ce qu’il reste de l’Irak en utilisant comme en 1991 des obus contenant de l’uranium, des obus fabriqués avec leurs déchets nucléaires, dont la radioactivité dure des millions d’années… En 1991, les Américains ont déversé sur l’Irak l’équivalent de sept fois la puissance de la bombe atomique d’Hiroshima. Détruisant toutes les infrastructures, télécommunications, égouts, tout. Entre 130000 et 180000 morts, dont 70% de civils.

(…)

Deux cent mille morts parce qu’on ne serait pas capable de supporter cinq minutes de plus Saddam le monstre des monstres qui torture lui-même les petits enfants devant leurs parents? Combien d’années avez-vous toléré Pinochet? Bokassa? Amin Dada? Somoza? Trujillo? Stroessner? Non seulement vous avez toléré tous ceux-là, mais vous les avez installés, vous les avez dorlotés, vous les avez armés, vous avez instruit leurs tortionnaires, comme vous avez aussi dorloté et armé Saddam. Et vous venez de vous apercevoir que Saddam torture? Non? Vous n’êtes pas sérieux, il torture? Mais c’est épouvantable. Videla-Massera-Galtieri, ça vous rappelle quelque chose? Les présidents de l’Argentine dans les années 1980. Trente mille morts, 30 000 arrestations la nuit, des universitaires, des syndicalistes, on les emmenait faire un tour d’hélicoptère au-dessus de la mer. Plouf. Aucun président des États-Unis n’a jamais menacé Videla, ni Galtieri… Il est vrai qu’ils étaient dans l’axe qui faisait du bien aux intérêts américains dans la région.

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Armer Al-Qaida [jeudi 30 janvier 2003]

“Secrètement, sans laisser d’empreintes, Saddam Hussein pourrait procurer l’une de ses armes cachées à des terroristes, ou les aider à développer les leurs”, a déclaré Bush mardi soir. “Imaginez ces 19 pirates [du 11 septembre] munis d’autres armes, d’autres plans, cette fois-ci armés par Saddam Hussein ?”.

Saddam Hussein n’avait aucune raison d’armer Al-Qaida et autres islamistes terroristes. Ce n’était pas son combat. George Bush et son administration sont incapables de prouver la moindre collusion passée avec Al-Qaida, le moindre financement de ces mouvances. Ce qui n’est pas le cas pour l’Arabie Séoudite, “alliée” des États-Unis. Ce qui légitime les discours des opposants à la guerre : le 11 septembre n’est que le prétexte d’une guerre qui n’avait aucune urgence et d’autres motifs que ceux déclarés.

En acculant Saddam Hussein, le gouvernement américain ne risque-t-il pas de voir ses fantasmes transformés en réalité ? N’ayant plus rien à perdre, M. Hussein ne pourrait-il pas se laisser aller à armer des mouvements terroristes anti-américains ou anti-israéliens ? Quitte à mourir, M. Hussein ne serait-il pas prêt à finir comme martyr du combat islamiste ? M. Bush joue continuellement avec le feu, c’est un homme dangereux pour les fragiles équilibres du Proche et Moyen-Orient, et peut-être est-ce un homme dangereux tout court.

Il faut savoir comment les États-Unis ont créé les conditions du 11 septembre, faire le travail historique nécessaire, établir les vraies responsabilités. Il faut savoir aussi comment le gouvernement Bush instrumentalise le 11 septembre au profit d’une idéologie.

Pour terminer, l’Axe des lèche-culs européens : la Grande-Bretagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Hongrie, le Danemark, la Pologne et la République tchèque. Enfin, plutôt que de stigmatiser des nations, citons les noms : Tony Blair, Jose Maria Aznar, José Manuel Durão Barroso, Silvio Berlusconi, Peter Medgyessy, Leszek Miller, Anders Fogh Rasmussen, Václav Havel. [ source ]

Voilà. Encore une journée qui commence bien.

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Wired ? [jeudi 30 janvier 2003]

“La guerre est une nécessité, affirmait notamment un convive, Louis Rossetto, le fondateur de la revue Wired. D’une part, pour nous défendre, car l’Amérique, attaquée, vit encore sous la menace. D’autre part, parce qu’il nous faut en finir avec l’Arabie saoudite, notre véritable ennemie, qui depuis dix ans prêche des valeurs d’intolérance et finance, à coups de milliards, le terrorisme islamiste. Enfin, parce que l’objectif principal n’est pas tant l’Irak que la réorganisation du Proche-Orient, l’installation durable de la puissance américaine dans la région, et le basculement progressif de tous les régimes vers la démocratie.” Ses voisins en restaient cois. Mais enfin, se risquait l’un d’eux, pourquoi cette précipitation sur l’Irak ? “Vous comprendrez quand vous verrez les Irakiens accueillir avec des fleurs et des cris de joie leurs libérateurs américains !” Mais comment faire si peu de cas de l’ONU et des pays alliés ? “Allons donc ! La France et l’Allemagne ne sont guidées que par leurs intérêts et accords pétroliers avec l’Irak. L’Amérique sera d’autant plus respectée qu’elle se montrera inflexible et forte. Qui songerait à lui reprocher de s’être un jour engagée dans la guerre contre le nazisme ?” Le débatteur était très fort, les pacifistes KO.
[ Le Monde : Calmes colombes de Berkeley ]

Quand démagogie rime avec naïveté.

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Bébé nommage [jeudi 30 janvier 2003]

Isabelle Brosseau ne verra jamais plus le dépanneur Val Maher du canton de Shefford de la même façon. Et pour cause. Elle a donné naissance à son troisième enfant, une vigoureuse petite fille prénommée Érika, dans…. le stationnement du commerce de la rue Denison Est ! [ Voix de l’Est ]

C’est pas en Bretagne que l’on nommerait sa fille Erika.

La Régie des Rentes du Québec nous informe des prénoms d’enfants les plus populaires. Ainsi, 149 Erika sont nées en 1997, 89 en 2001. Erika est en perte de vitesse…

Mais apprêtez-vous à voir prochainement beaucoup de Gabrielle, Audrey, Camille, Laurie, Noémie, Sarah, Megan, Jade, Sabrina, Catherine et Maude. Et pour les garçons : Samuel, Gabriel, William, Olivier, Jeremy, Alexandre, Zachary, Nicolas, Anthony, Vincent.

Mario est en chute libre… 22 en 1966, 6 en 2001. J’ai une pensée particulière pour les 2 Yves et les 59 Laurent nés en 2001 (allez savoir pourquoi…).

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Au secours ! [jeudi 30 janvier 2003]

Je viens de découvrir un site absolument effrayant (via Michel Dumais), il s’agit de l’Institut Économique de Montréal. Une association qui organise des dîners-causeries avec Jean Charest et Mario Dumont, avec des recommandations de l’honorable Mike Harris, ex-premier ministre de l’Ontario, et de Bernard Landry. Je n’ai pas trop le courage de développer ma pensée ce soir, mais ce site sera une source féconde de croustillantes chroniques sur Navire.net. J’ai rarement vu (sauf chez les libertariens, qui doivent être gourous de cette secte) un tel ramassis de stupidités néo-libérales. Un vrai coffre au trésor !

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Fuck Ebay [vendredi 31 janvier 2003]

fuck ebay

Avec Safari 1.0 beta v51, avec Internet Explorer 5.2, avec Nestcape 7.0, avec Chimera 0.6, tout pareil. Va te faire foutre, Ebay. Ebay sucks.

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Le beaujolais nouveau, c’est de la merde ? [vendredi 31 janvier 2003]

Hélas, toute vérité n’est pas bonne à dire, je n’ai pas 284 000 euros en banque à dépenser en dommages et intérêts pour les syndicats de vignerons du Beaujolais, alors, non, je ne vous dirais pas que le beaujolais nouveau, c’est de la merde, même si je pense que le beaujolais nouveau, c’est vraiment de la merde, et que ce n’est même pas un vin.

La décision a choqué. Il y a deux semaines, le tribunal de Villefranche-sur-Saône condamnait le mensuel Lyon Mag à plus de 284 000 euros de dommages et intérêts, pour avoir interviewé un expert qui déclarait notamment : “Le beaujolais, c’est de la merde.”
Saisi par une soixantaine de viticulteurs pour dénigrement de produit, le tribunal avait conclu que le magazine et l’interviewé abusaient “gravement de la liberté d’expression et d’impression”. Des attendus aux arômes prononcés de censure, dans un tribunal situé en plein coeur du Beaujolais.
[ Libération ]

Voir aussi : Lyon Mag’ condamné pour avoir dit la vérité, le Beaujolais nouveau, c’est de la merde.
Et le Times : Where Vin de Merde from?.

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Biculturalisme [vendredi 31 janvier 2003]

Figurez vous que ma mère est normande et mon père breton. Et oui, je suis le fruit d’une union contre-nature. Pourtant, je me sens comme essentiellement breton. Les gènes normands seraient-ils récessifs par rapport aux bretons ? Le sang celte est-il plus puissant que le viking ? L’atavisme amoricain est-il plus fort que le normand ? Ou encore fuis-je inconsciemment les affres d’un biculturalisme insoutenable ?

En tout cas, je vous le dis, avec toute ma mauvaise foi, le Mont Saint-Michel est breton !

Pour terminer, ma n’eus mui den da ganañ war ar menez, ma n’eus den ken da lenvañ war e leve, piv a nac’ho, piv a stourmo evit Breizh-Izel, piv a stourmo, piv a nac’ho chadenn Breizh-Izel (Glenmor).

P.S. Merci de prendre ce badinage pour ce qu’il est. Je ne souhaite pas déterrer la hache de guerre !

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Interrogations militaires [vendredi 31 janvier 2003]

Et puis, s’interroge Norman Schwarzkopf, a-t-on bien réfléchi à la Maison Blanche à ce qui se pourrait se passer, une fois Saddam renversé ? “À quoi ressemblera l’Irak d’après-guerre, avec les Kurdes, les sunnites et les chiites ? C’est une énorme question, à mon avis. Cela devrait faire partie du plan d’ensemble. (…) Je voudrais croire que nous avons prévu des ressources adéquates pour devenir une armée d’occupation, car nous allons marcher vers le chaos !”

“Stormin’Norman” n’est pas le seul officier prestigieux à exprimer ainsi ses doutes. Anthony Zinni, le très politique général de marines et ancien commandant des forces américaines au Proche-Orient, analyse dans Newsweek la tactique de l’administration : “Au départ, on parlait au moins des liens avec le terrorisme de l’Irak. Quand ce lien n’a pu être établi, ce fut le tour des armes de destruction massive. Quand on n’a pas pu le prouver, ça a été le manque de coopération. Maintenant, la raison avancée pour partir en guerre c’est que “vous ne nous laissez pas parler à vos scientifiques”. Et “nous savons ce que les Irakiens possèdent, mais nous ne pouvons vous le dire”. Je pense que tout cela est trop confus.” Il faudra donc attendre les preuves que George W. Bush a promises à l’ONU pour le 5 février.

[ Le Monde ]

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Fais le beau, gentil toutou [vendredi 31 janvier 2003]

Dans le Wall Street Journal d’aujourd’hui, Alain Madelin propose un appel enflammé aux autorités françaises pour que la France rejoigne les huit pays européens dans leur déclaration de soutien à George Bush.

Nous savions déjà que Tony Blair était le caniche des américains, et nous découvrons maintenant que nous avons en France un petit chihuahua des américains.

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Le Québec dans l’impasse néolibérale [vendredi 31 janvier 2003]

Observer le paysage politique du Québec me plonge toujours dans la plus grande perplexité. Ni parti de droite, ni de gauche, aucun des habituels repères qui permettent de décrypter le paysage politique de la plupart des pays (démocrates versus républicains, travaillistes versus conservateurs, etc.). La seul ligne de clivage évidente semblait être le souverainisme, qui transcendait l’opposition progressistes/conservateurs. Mais aujourd’hui ?

Ai-je bien compris : l’électeur québécois à aujourd’hui le choix entre Parti québécois (PQ), libéral, l’Action démocratique du Québec (ADQ), libérale, et le Parti libéral du Québec (PLQ), libéral lui aussi comme son nom l’indique ? Existe-t-il un projet de société autre que libéral au Québec ?

Au-delà de la personnalité des trois premiers ministres qui se sont succédé au pouvoir depuis la victoire électorale péquiste en 1994, la politique économique du gouvernement est restée étonnamment stable et simple : c’est exclusivement de la croissance du commerce international (dont 85 % est effectué avec les Etats-Unis) que dépend la gestion de tous les dossiers de politique intérieure, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux. Le Québec est ainsi devenu, plus particulièrement depuis 1996, un des laboratoires les plus avancés de la globalisation néolibérale.
[ Dorval Brunelle et Pierre Drouilly, professeurs à l’Université du Québec ]

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