Le Concordia (IMO 1001269) a quitté Recife en direction de Montevideo le 8 février, avec 64 personnes à bord (48 élèves de 16 à 19 ans, 8 professeurs et 8 marins) originaires de 10 pays (Canada, États-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Pologne, Mexique, Australie, Nouvelle-Zélande et Japon).
Le Concordia chavire mercredi vers 14 h 15 et sombre 30 minutes plus tard, à environ 300 milles au sud-ouest de Cabo Frio, dans des conditions météorologiques difficiles.
Le signal de la radio-balise est capté seulement en soirée par la Marine brésilienne, vers 22 h 00.
Vers 17 heures, le Commandement du Premier district naval (SALVAMAR SUESTE) demande une reconnaissance aérienne au Centre des opérations de la Seconde force aérienne (II FAE).
À 18 heures, un P-95A de l’escadrille Cardinal décolle de la base aérienne de Santa Cruz.
À 19 h 45, l’avion atteint la zone d’émission du signal de détresse et commence les recherches. Rapidement, il localise une première embarcation de sauvetage avec des survivants.
Vers 0 h 00, la frégate Constituição (F-42) quitte son port avec un hélicoptère à bord, ETA sur zone vers 13 h 00.
À 2 h 00, un Hercule C-130 de la Première escadrille du Premier groupe de transport quitte la base aérienne de Galeão.
Trois navires marchands, Hokuetsu Delight (IMO 9167370), Crystal Pioneer (IMO 9363118) et Sestao Knutsen (IMO 9338797) se déroutent.
À 3 h 10, le KC-130 arrive sur zone et trouve les trois autres radeaux avec environ 48 personnes. Le Hokuetsu Delight, un cargo de 200 m faisant route vers l’Argentine, est arrivé à proximité, mais ne peut intervenir en raison des vents forts et de l’état de la mer.
À 7 H 00, le Hokuetsu Delight commence les opérations de sauvetage à la lumière du jour. Cela fait plus de 40 heures que l’équipage du Concordia dérive sur les radeaux de survie.
À 9 h 00, la frégate Liberal (F-43) quitte Rio de Janeiro.
Vers midi, le remorqueur de haute mer Almirante Guillobel (R-25) est envoyé de Rio de Janeiro et devrait être sur zone samedi matin (ETA 6 h 00).
La frégate Constituição arrive sur zone.
Dans l’après-midi du vendredi, l’hélicoptère de la frégate Constituição tente de rapatrier les rescapés que sont à bord des navires marchands, mais le vent fort rend la tâche délicate et l’opération est abandonnée au coucher du soleil.
La frégate Constituição doit arriver à la Base navale de l’île de Mocanguê, dans la baie de Guanabara, cette fin de matinée (10-12 h 00).
L’amiral Gilberto Max Rossé Hirsch Feld, commandant du Premier district naval, a salué les compétences du capitaine du Concordia qui a réussi à rassembler tous ses passagers dans les embarcations de sauvetage par des conditions de mer difficiles.
[Sources : Ministère de la Défense, Jornal do Barsil.]
MÀJ. 1. La frégate Constituição est arrivée à la Base navale de Mocanguê à 10 h 40, heure locale. Il y a 13 rescapés à bord, 12 étudiants et le capitaine du Concordia, William J. Curry, récupérés du Hokuetsu Delight. En raison du mauvais temps, il n’a pas été possible de transférer plus de monde à bord de la frégate. Les 51 autres rescapés sont restés à bord des deux navires marchands qui se déroutent vers Rio de Janeiro.

Edgardo Ybranez, le capitaine du Hokuetsu Delight, joint par l’Associated Press, a déclaré avoir secouru 44 personnes (soit 3 embarcations de sauvetage et un canot pneumatique) dans une mer très formée, dont le médecin du bord qui serait légèrement blessé. Les 20 autres, sur le 4e radeau, ont été récupérées par le Crystal Pioneer.
Selon les premiers témoignages, le Concordia aurait été victime le 17 février vers 14 h 15 d’une rafale descendante (micro-burst) alors qu’il était sous voiles, ce qui l’aurait couché. Le voilier se redressait quand une seconde rafale l’aurait couché à nouveau sans qu’il ne puisse se relever. Il a coulé en une trentaine de minutes, ce qui a permis à l’équipage de revêtir les combinaisons de survie avant d’embarquer sur les radeaux.
Ruth McArthur, 23 ans, de Brampton, Ontario, enseignait la biologie quand le coup de vent est arrivé, et explique que les opérations d’évacuation se sont déroulées avec efficacité et dans le calme. « Tout le monde savait ce qu’il avait à faire et où il devait se trouver ».
L’électronique de bord étant noyée, c’est une radiobalise EPIRB qui a donné automatiquement le signal de détresse. Le bosco Geoff Byers s’est jeté à l’eau pour récupérer la radiobalise à la dérive.
Les circonstances de ce naufrage me font penser à celui du trois-mats barque Marques en 1984, à l’issue bien plus dramatique.
MÀJ. 2. Vers 15 h 00, le Hokuetsu Delight et le Crystal Pioneer sont arrivés devant Rio de Janeiro. Les 51 rescapés, restés à bord de ces deux navires, ont été transbordés par la Marine brésilienne et déposés à terre vers 16 h 20.
Nigel McCarthy, president du West Island College International se pose des questions sur le délai entre le déclenchement de la balise EPIRB et le début des opérations de secours. [Source Calgary Herald.]
School officials are now looking for “clarification” on the time that elapsed between when the distress signal went out and when emergency crews were dispatched, said McCarthy.
“We have questions,” he said.
“Our concern is simply the length of time it took to respond to the EPIRB (Emergency Position Indicating Radio Beacon). We don’t know how long it took them to respond. It’s something we’re looking for some clarification on,” said McCarthy, adding: “It’s a long time for them to be in the water.”
The investigation into what happened will be led by officials in Barbados, where the Concordia was registered.

Une triste nouvelle ce matin, le Concordia a fait naufrage, à 300 milles au large de Rio de Janeiro, lors de sa traversée Recife-Montevideo.
Le Concordia est un trois-mâts goélette de 58,1 mètres lancé en 1992 aux chantiers de Szczecin en Pologne pour le compte de Class Afloat, un projet éducatif qui lie études, expérience de la mer et du monde.
L’équipage de 64 personnes (8 marins, 8 professeurs, 48 étudiants de 16 à 18 ans) est sain et sauf.
Hier, vers 17 heures, heure locale, les autorités brésiliennes ont reçu un signal de détresse. Un avion des forces aériennes brésiliennes a localisé vers 20 heures une embarcation de sauvetage. À 3 heures du matin, le Hokuetsu Delight (IMO 9167370 - photo), un cargo de 200 m faisant route vers l’Argentine, avait atteint les lieux, mais les conditions de mer ne permettaient pas le sauvetage des naufragés.
Les frégates Constituição et Liberal ont été envoyées sur zone et trois navires marchands se sont portés au secours.
Le remorqueur de haute mer Almirante Guillobel a été envoyé de Rio de Janeiro et devrait être sur zone samedi matin.
Le navire aurait chaviré dans une tempête.

Dernier voyage du Concordia cette saison, parti de Lunenburg (Nouvelle-Écosse) le 7 septembre dernier.

Le Concordia filant 20 nœuds par vent arrière. Photo West Island College International - Class Afloat.
Le 5 décembre 1996, un malheureux accident avait endeuillé le Concordia. Lors de son voyage de Brisbane à Darwin, un étudiant était passé à la mer. Il était en train d’enlever la rouille à l’aide d’une disqueuse sur le capot de fermeture du compartiment à batteries (pour l’électronique de bord), situé sous la timonerie, quand une explosion le projeta à la mer. L’enquête a déduit que les étincelles du moteur de la disqueuse avaient allumé de l’hydrogène provenant des batteries dans un espace insuffisamment ventilé. Sous la violence du corps projeté par le souffle, l’épaisse lisse bâbord fut brisée et une batayole tordue.
Le corps de l’étudiant n’a pas été retrouvé.

Accident de 1996. Photo de l’Unité d’enquête sur les accidents maritimes (MIIU), Canberra, Australie.
L’été promet d’être chaud sur la Méditerranée. Si le capitaine Paul Watson met ses menaces à exécution, les navires Steve Irwin et Bob Barker, actuellement dans l’Océan Austral à la chasse des baleiniers japonais, viendraient taquiner les pêcheurs de thon rouge (Thunnus thynnus) sur la grande bleue.
Les pêcheurs méditerranéens ayant le sang aussi chaud que celui de leurs proies et une affabilité qui n’a rien de nippone, cela augure de violentes scènes de batailles navales.
“La Sea Shepherd Conservation Society a l’intention de se confronter avec les braconniers et ne cédera pas aux menaces et violences des pêcheurs. Nos campagnes de ces six dernières années en Océan Austral contre les baleiniers japonais nous ont donné l’expérience et la détermination pour faire face à la violence des braconniers partout dans le monde.”
(Pour ceux qui ne connaissent pas, la Sea Shepherd Conservation Society est un peu ce qu’est Act Up, le mouton noir, dans le paysage de la lutte contre le Sida — et Greenpeace serait Aides.)
Qu’il me soit permis de suggérer au capitaine Watson de ne pas oublier son gilet pare-balles pour naviguer en ces eaux chaudes.
19,09 nœuds de moyenne sur 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Ça décoiffe.
Libération : “Francis Joyon souffle le record du tour du monde en solitaire”.
Chez Triton Corsaire, jeune et fringant officier de la Marine Marchande, j’ai régulièrement ma dose d’air du large et de vrais embruns.
Le vent est bien établi, pourtant. Il souffle est, force cinq au moins, depuis que la dépression islandaise a chassé l’anticyclone. Il est établi et pourtant l’écume s’éparpille de façon chaotique. Au vent et sous le vent du navire, les remous sont tout sauf ce qu’ils devraient être. Alors les yeux s’habituent plus et les vagues brillent, remontent au vent et replongent.
Autour de nous un banc de dauphins s’amusent, et pêchent un peu sans doute. Les yeux continuent à s’habituer et les corps clairs, grisés et puis blancs, sous le ventre, apparaissent à la surface et sous l’eau. Ils deviennent bleus quand ils plongent, brillant quand ils remontent, un instant, et font mousser la surface.
J’essaye de les suivre au projecteur, mais ils n’en ont cure. Le ballet continue, plus laborieux que féerique, mais captivant quand même. J’éteins et je les regarde, moi seul, car le bateau dort et qu’il n’y à personne pour partager le spectacle.
Triton Corsaire : “Atterrissage”.
Et si vous êtes en manque de navires, vous pouvez aussi relâcher du côté de Vivi Navarro.
Suite à discussion de vocabulaire maritime.
Quelques définitions tirées d’ouvrages de référence pour le fameux verbe “sancir” :
Le Cours des Glénans n’est pas vraiment une référence en terminologie ;-) Le problème avec les plaisanciers, c’est qu’ils n’ont souvent que peu de connaissance du vocabulaire maritime, souvent de façon impropre.
“Sancir : Couler à fond sous voiles et à l’ancre, lorsque l’eau embarque par les hauts, se porte à l’avant de la cale et empêche le bâtiment de pouvoir se relever à la lame. Ainsi, le navire qui sancit, plonge et s’abîme en s’enfonçant par l’avant, tandis que les verbes chavirer, sombrer, capoter ou faire capot, s’appliquent à la perte d’un navire qui s’abîme en tournant sur le côté ou autour de son axe longitudinal. (Bonnefoux et Paris, 1856).
“Sancir : On dit qu’un navire sancit, lorsque l’avant se remplit d’eau au point que, s’enfonçant par l’avant, il coule à fond.” (Paasch, 1901).
“Sancir : Couler en mer, en emplissant par les hauts, et en s’enfonçant par l’avant, où l’eau s’accumule et empêche le bâtiment de se relever à la lame.” (Soé-Dupont-Roussin).
“Sancir (ang. to sink) : Un navire à l’ancre sancit, lorsque ayant embarqué de l’eau dans les hauts, il coule par l’avant et droit. Note(s) : Sancir s’oppose à chavirer qui signifie inclinaison et retournement sur le côté. Par comparaison avec le verbe couler, on remarquera qu’ici, le navire est à l’ancre.” Grand Dictionnaire Terminologique.
Le Cours des Glénans utilise le verbe “sancir” à propos de catamarans de sport (qui ne coulent pas !) [cf. edition 1990 , p. 90]. Si un marin dit à un autre “mon navire a sanci”, ce dernier comprend que le navire a coulé. L’usage des plaisanciers, pour un navire qui se retourne par l’avant, est donc proche de l’impropriété.
PS. Bien sûr, il faut prendre ces précisions avec l’humour qui lui sied. On est bien en droit de dire que son catamaran a sanci quand il a “fait soleil” et de “barrer” son bateau quand d’autres le gouvernent, de se prendre un retour de “bôme” quand d’autres se prennent le gui. Mais il est toujours bon de connaître les différences entre le vocabulaire maritime traditionnel et celui propre à la plaisance moderne.
Aujourd’hui, j’ai reçu un courriel de Mathieu P. Il vient d’être nommé commandant du B. :
Ah, j’oubliais, je suis désormais Commandant de ce fier navire ! Ce n’est pas moi qui le dit, il suffit de lire les journaux (cf. “Le Marin” du 20 décembre) ! Mais je n’ai jamais cru les journaux !
Les journalistes sont des marrants.
J’ai appris également que Christophe K. était nommé second capitaine du trois-mâts goélette La Boudeuse pour un tour du monde de deux années.
Pour ma part, je commence à songer à mon petit programme de navigation 2003…
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